« Le temps léger s’enfuit sans m’en apercevoir »

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
« Le temps léger s’enfuit sans m’en apercevoir »
Cléonice. Dernières Amours dans [[Desportes - Premières œuvres (éd. 1600)|Desportes - Premières œuvres (éd. 1600)]]Mamert Patisson (p. 124a).

XXI.


Le temps leger s’enfuit ſans m’en apperceuoir,
Quand celle à qui ie ſuis mes angoiſſes conſole :
Il n’eſt vieil, ny boiteux, c’eſt vn enfant qui vole,
Au moins quand quelque bien vient mon mal deceuoir.

A peine ay-ie loiſir ſeulement de la voir,
Et de rauir mon ame en ſa douce parole,
Que la nuict à grands pas ſe haſte & me la volle,
M’oſtant toute clairté, toute ame & tout pouuoir.

Biẽheureus quatre iours, mais quatre heures ſoudaines
Que n’auez vous duré pour le bien de mes paines,
Et pourquoy voſtre cours s’eſt il tant auancé ?

Plus la joye eſt extreme & plus elle eſt fuitiue :
Mais i’en garde pourtant la memoire ſi viue,
Que mon plaiſir perdu n’eſt pas du tout paßé.