« Oh ! serait-ce vrai, ma belle ? »

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Oh ! serait-ce vrai, ma belle,
Ce qu’un prêtre m’a conté,
Qu’une torture éternelle
Suit la douce volupté,
Que la blanche main des femmes
Sans cesse attire nos âmes
Au fond des gouffres ardents,
Et qu’au ténébreux empire
On doit payer un sourire
Par des grincements de dents ?


Ta lèvre en doux mots abonde
Et tu riras de mes fers,
Juliette, dans ce monde,
Astarté, dans les enfers !
Oui, ― je le sens, dans mon âme ―
Satan pour sœur te réclame
Aux rivages embrasés ;
Car ton regard est de flamme,
Et brûlants sont tes baisers !

Calmes dans leur allégresse,
Jamais les élus aux cieux
N’ont bu cette ardente ivresse
Qui pétille dans tes yeux ;
Pour eux jamais, ô ma belle,
Tant d’amour ne chargea l’aile
Du timide séraphin,
Et l’éternelle ambroisie
Contient moins de poésie
Qu’une goutte de ton vin !

Démon ! Démon ! Que m’importe
Que par une dure loi
Le ciel me ferme sa porte

Si j’ai l’enfer avec toi ?
Fille des sombres phalanges,
Rions des craintes étranges
Qui planent sur les tombeaux ;
J’aurais plutôt peur des anges,
Quand les diables sont si beaux !