À Cochin

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À Cochin

Air nouveau de Victor Leclerc, ou du Bureau de Placement. 

Lorsque l'on apprit, sort fatal ! 
Que c' pauvr' Machin, un poitrinaire. 
Plus malade qu'à l'ordinaire, 
Venait d'entrer à l'hôpital, 
Il était trois heur's moins un quart. 
Et chacun dit : « il est trop tard. 
« Nous irons ensemble à Cochin 
« Le voir jeudi prochain. » 

Le jeudi suivant on se dit :
« On connaît Machin à la ronde, 
« Il ne faut pas que trop de monde 
« Se bouscule autour de son lit. 
« Dans la sall' ça f'rait du pétard ; 
« D'ailleurs aujourd'hui c'est trop tard. 
« Nous irons ensemble à Cochin 
« Le voir dimanch' prochain. » 

Le dimanche, les grandes eaux 
D'un ciel gris tombaient avec rage ; 
On n'eût pas affronté l'orage 
Sans être mouillé jusqu'aux os. 
On c' s'rait cru l' jour d' la Saint-Médard, 
Et chacun dit : « il est trop tard, 
« Nous irons ensemble à Cochin 
« Le voir jeudi prochain. » 

Le jeudi, par un gai soleil, 
Le ciel était sans un nuage. 
Et l'on se dit : « c'est bien dommage 
« D' s'enfermer par un temps pareil, 
« Attendons qu'il fass' du brouillard, 
« D'ailleurs aujourd'hui c'est trop tard, 
« Nous irons ensemble à Cochin 
« Le voir dimanch' prochain. » 

Le dimanche matin suivant 
On s' dépèch' de casser la croûte ; 
On achèt' des orang's en route, 
Et l'on s'en va, le nez au vent ; 
Mais, à l'hôpital, un potard 
Nous dit : « Messieurs, il est trop tard, 
« Ça ferme à trois heur's à Cochin. 
« Rev'nez jeudi prochain. » 

Nous persévérons, et l' jeudi, 
Comme il faisait un temps propice 
Nous arrivons tous à l'hospice 
Pour y passer l'après-midi. 
A tous les échos de Cochin 
Nous réclamons l'ami Machin. 
On nous dit : « N' criez pas si fort, 
« D'puis hier il est mort ! »