À Henri Cazalis - Jeudi matin (7 ? janvier 1864)

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Jeudi matin
[7? janvier 1864]


Mon Henri,

Je t'envoie enfin ce poème de l'Azur que tu semblais si désireux de posséder. Je l'ai travaillé, ces derniers mois, et je ne te cacherai pas qu'il m'a donné infiniment de mal, ― outre qu'avant de prendre la plume il fallait, pour conquérir un moment de lucidité parfaite, terrasser ma navrante Impuissance. Il m'a donné beaucoup de mal, parce que bannissant mille gracieusetés lyriques et beaux vers qui hantaient incessamment ma cervelle, j'ai voulu rester implacablement dans mon sujet. Je te jure qu'il n'y a pas un mot qui ne m'ait pas coûté plusieurs heures de recherche, et que le premier mot, qui revêt la première idée, outre qu'il tend par lui-même à l'effet général du poème, sert encore à préparer le dernier. L'effet produit, sans une dissonance, sans une fioriture, même adorable, qui distrait, ― voilà ce que je cherche. ― (à suivre)

Ton


STÉPHANE