À la Lune

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Dernières chansonsMichel Lévy Frères (p. 215-216).


O toi qui dans le vieux Paris,
Comme quelqu’un qu’on doit connaître,
Venais tout le long des toits gris
Me regarder par ma fenêtre ;

Toi qui, du bout de tes rayons,
Répandais, veilleuse obstinée,
Tes pâles consolations
Sur le noir de ma destinée !

Sœur de la terre, astre charmant,
Loin des cités où l’homme est chiche,
Quels bons coins sous le firmament
Je te ferais, ― si j’étais riche !


Que de bois profonds j’offrirais,
O lune, à tes pudeurs jalouses,
À tes ébats, que de lacs frais,
À tes langueurs, que de pelouses !

Oh ! Les frais coteaux pour s’asseoir !
Oh ! Le sable uni des terrasses
Où tu promènerais, le soir,
Tes pieds d’argent, aux blanches traces !

Comme, sans peur d’événements,
On verrait, en lueurs superbes,
Tout ton collier de diamants
S’égrener dans les hautes herbes !

Et comme tu pourrais encor,
À l’abri des vertes arcades,
Balayer, de ta robe d’or,
L’escalier bruyant des cascades !

— « Pauvre ami, dit l’astre aux yeux doux,
La plus chère de mes retraites
Est encor le crâne des fous,
Ou la cervelle des poëtes !… »