Élégie (Antoinette Quarré)

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AnonymeAntoinette Quarré

Élégie


 
Oh ! s’il m’était donné d’être brillante et belle,
D’avoir de longs cheveux en noirs anneaux flottants,
Et de riches joyaux où la perle se mêle
               Aux rubis éclatants ;

Une taille élancée, aux formes ravissantes,
Au doux balancement, au contour gracieux,
Et puis de frais atours, des robes élégantes
               À longs replis soyeux ;

L’éclat d’un noble nom, l’attrait plus cher encore
D’un regard enchanteur par l’amour embelli,
Aussi pur que les cieux quand l’astre qui les dore
               Sur le soir a pâli ;

Et de vastes salons, où, joyeuse et parée,
Régnant sur tous les cœurs de mes charmes épris,
Je verrais, dans les yeux de la foule enivrée,
               Mes triomphes écrits !

Puis je voudrais avoir, au rang de mes conquêtes,
Des héros, des vainqueurs, beaux de gloire et d’amour,
Des princes conviés à mes brillantes fêtes,
               Et des rois à ma cour.

Mais, pour tous ces amants insensible et sévère,
À celui que j’aimais gardant toujours ma foi,
Aimante avec lui seul, avec les autres fières,
               Je serais toute à toi !

Et mon cœur, dédaignant la royale tendresse,
L’amour des nobles ducs et celui des guerriers,
Pour un de tes baisers ou pour une caresse,
               Donnerait volontiers

Ces biens dont la pensée est trop peu pour mon âme,
Tous ces dons éclatants, pleins de frivolité,
Et ne voudrait garder que d’une simple femme
               La touchante beauté.