Éloge de la folie (Nolhac)/LVII

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Traduction par Pierre de Nolhac.
Garnier-Flammarion (p. 75-76).

LVII. — Dignes rivaux des princes, voici les Souverains Pontifes, les cardinaux et les évêques. Ils en sont presque à les dépasser. Qu’un d’entre eux pourtant réfléchisse, il verra que son beau rochet, blanc comme la neige, est l’emblème d’une vie sans tache ; que sa mitre aux deux cornes réunies par un même nœud suppose en lui la connaissance égale et approfondie du Nouveau et de l’Ancien Testament ; que les gants dont il couvre ses mains indiquent qu’il doit être pur de toute souillure pour administrer les sacrements ; que sa crosse pastorale symbolise la vigilance sur son troupeau ; que la croix portée devant lui signifie la victoire sur toutes les passions humaines. S’il pense à ces choses et à bien d’autres, ne vivra-t-il pas dans la tristesse et dans l’anxiété ? Aujourd’hui, tout au contraire, ces pasteurs ne font rien que se bien nourrir. Ils laissent le soin du troupeau au Christ lui-même, ou aux dénommés frères, ou à leurs vicaires. Ils oublient que leur nom d’évêque signifie labeur, vigilance, sollicitude. Ces qualités leur servent pour mettre la main sur l’argent, car c’est alors qu’ils ouvrent l’œil.