Étude sur le corset (1907)

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UNIVERSITÉ DE TOULOUSE
FACULTÉ. MIXTE DE MÉDECINE & DE PHARMACIE
ANNÉE 1906-1907
N° 739


ÉTUDE SUR LE CORSET


THÈSE
Présentée et soutenue publiquement en Juillet 1907
PAR
Pierre MONT-REFET
Externe des Hôpitaux


NOMS DES EXAMINATEURS
MM. MARIE, Président.
BÉZY, BAYLAC, DIEULAFÉ, Assesseurs


IMPRIMERIE COOPÉRATIVE TOULOUSAINE
39 RUE PEYROLIÈRES, 39
1907



INTRODUCTION

Mon but avait été primitivement de soutenir une thèse sur l’hygiène du vêtement en général, où chaque chapitre eut été consacré à une partie de cette importante question ; mais devant l’étendue du cadre de ce sujet et d’autre part pressé par le temps et le désir bien naturel de finir sans retard mes études médicales, j’ai restreint, mes investigations d’hygiène au problème si passionnant parce que difficilement soluble du corset et à son rôle dans l’hygiène individuelle et dans la pathologie.

Est-il à dire par là que j’aie voulu soulever pour toujours le voile qui obscurcit depuis si longtemps cette question aussi vieille que le premier corps « à baleine » et que j’aie la prétention de faire adopter par tous mon opinion sur un sujet que tant d’autres plus autorisés que moi ont laissé, encore nimbé d’une auréole d’illustre mais vague incertitude ? Loin de moi cette pensée.

Viendrai-je donc, après les A. Paré, les Winslow, les Van Swieten, les Buffon, les Montaigne, les Cruveilhier, Testut, Bouveret, Glénard, Tylicka, Gaches-sarraute, Witkowski en France ; les Boas, Ewald, Rossenheim, Zimssen, Petermöller, Meinert en Allemagne, demander de rejeter complètement le corset comme un vêtement « antihygiénique et même pathogénique quand on en abuse ? »

Viendrai-je au contraire, comme le dit le docteur O’Followell dans son très intéressant ouvrage Le Corset, « aux noms réunis de la : médecine et de la mode, rejeter l’emploi de tout corset qui n’est pas celui de mon invention ? »

Non, je me contenterai d’exposer dans un ordre logique, le résultat de l’étude consciencieuse que j’ai faite sur le corset.

Après un aperçu nécessaire mais forcément restreint sur l’histoire du corset à travers les âges, j’aborderai son rôle sur le corps et son influence tant organique que physiologique ; je présenterai ensuite le résultat des intéressantes expériences auxquelles m’a amené l’étude de ce vêtement ; et je crois qu’il me sera permis alors de conclure que la question est loin d’être close et qu’il est bon de la reposer de temps en temps pour qu’on n’oublie pas qu’elle existe.


CHAPITRE PREMIER

Historique


L’histoire, du corset a été, faite bien des fois déjà, par tous les auteurs qui se sont occupés de ce vêtement, aussi nous contenterons-nous d’en exposer les grandes lignes, retenant de chacun ce qu’il en aura dit de mieux, et notant, après des recherches personnelles, quelques points laissés dans l’ombre par nos devanciers.

Il est d’usage que l’on adopte comme division de l’histoire du corset, celle proposée par M. Bouvier, dans ses « Recherches historiques et critiques sur le corset », qui date de 1853 et qui est la suivante :

1re Période. — Antiquité, période des bandes ou FASCIÆ ;

2° Période. — Premiers siècles de la monarchie française, une grande partie du Moyen-âge, période de transition marquée par l’abandon des bandelettes romaines, commencement des corsages justes au corps ;

3° période. — Fin du Moyen-Age et commencement de la Renaissance, adoption générale des robes à corsage serré tenant lieu de corset

4° Période. — Corps baleinés du milieu du seizième siècle à la fin du dix-huitième-,

5° Période. — Corsets modernes.

À ces cinq périodes, le Dr O’Followell ajoute une sixième époque, qu’il appelle période médicale. Elle s’étendrait pendant ces vingt dernières années, de 1880 environ jusqu’à nos jours.

Nous nous associons à la conception de cet auteur, mais nous ferons remarquer qu’il semble oublier le temps qui s’est écoulé entres les études de M. Bouvier, en 1853, et cette date de 1880 qu’il fixe comme début de sa 6° période.

Cette étendue de 17 ans n’a pas été stérile pour l’amélioration du corset, et c’est précisément, nous semble-t-il, à elle qu’il faut rattacher les nombreux tâtonnements qui ont acheminé à la période médicale actuelle.

Nous adopterons donc, pour nous résumer : les cinq périodes de M. Bouvier, et celle du docteur O’Followell, que nous dédoublerons en deux période de tâtonnements et période médicale.

1° PÉRIODE DE L’ANTIQUITÉ.

Il semble que l’on puisse dire que l’usage de se serrer la taille avec des bandelettes soit aussi ancienne que l’existence même de l’homme, ou du moins, que le jour où il s’est couvert le corps d’un vêtement quelconque.

Nous avions, tout d’abord, cru pouvoir présenter à titre de curiosité, des documents datant de dix mille ans avant notre ère, et se rapportant à des fragments d’os et d’ivoire sur lesquels sont dessinés des scènes et des figures des habitants de l’époque du mammouth et du renne. Des reproductions existent et on pourra les voir dans la salle de paléontologie du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse. Nous avions cru pouvoir distinguer des bandelettes soutenant les seins d’une femme enceinte ; mais des lumières plus éclairées que les nôtres et qui sont venues à notre secours, nous ont engagé à ne pas affirmer semblable chose, car on n’est pas encore bien fixé sur la question de savoir si les habitants de l’époque du mammouth se couvraient le corps il semble plus probable qu’ils étaient nus, bien qu’on puisse affirmer qu’ils travaillaient le cuir et la peau, grâce aux fines aiguilles d’os et aux racloirs que l’on a découverts en grand nombre, par exemple, aux Eyris, commune de Tarjac (Dordogne). Force nous est donc de nous rabattre (ce qui est déjà bien joli) à 2000 ans avant J.-C. C’est en Crète que l’on a découvert des documents du plus haut intérêt archéologique. Dans le palais de Knossos on a trouvé des figurines en faïence, qui sont actuellement au musée de Candie et qui représentent des femmes dont le modernisme du vêtement n’a pas été une des moindres surprises des archéologues.

Comme on le verra dans les figures 3 et 4, planche I, où nous reproduisons deux de ces figurines, les femmes portaient une sorte de haute ceinture ou « mitré » faisant l’office d’un véritable corset. La jupe à volants s’y attache solidement. Le petit tablier par devant, un autre par derrière semblent une survivance du primitif tablier de pudeur transformé chez les hommes en un caleçon sommaire.

Ces figurines étaient polychromes (orange, vermillon et blanc à fond noirâtre), suivant un décor géométrique. Les hommes aussi portaient des ceintures comme le représentent les deux petites gravures ci-contre (fig. 1 et 2, planche I). Tous ces documents sont de l’époque minoenne moyenne XII° Dynastie et de l’époque minoenne III°-XIII° Dynastie. (on qualifie de minoen l’ensemble de la grande civilisation préhistorique de la Crête) :

Remercions en passant M. Cartaillac, le distingué professeur d’archéologie à la Faculté des Lettres de Toulouse, qui a bien voulu nous communiquer ces documents si intéressants.

C’est ensuite en Égypte que nous trouvons, d’après Racinet, la plus ancienne conception du corset avec « l’Ephod » C’était un corselet serré par une ceinture et maintenu par deux épaulettes. Il laissait la poitrine nue mais on y fixait le « pectoral », sorte de pièce carrée dont on ne s’explique pas bien l’usage, si ce n’est comme ornement (fig. 5, planche II). Chez les Romains ou chez les Grecs, le corset n’existait pas encore, mais déjà les femmes se serraient la taille sous leurs vêtements drapés, à l’aide de bandelettes « c’était la mode que la femme eut l’apparence d’un roseau », et Térence (159 av. J.-C) cite l’habitude qu’ont les mères de ligotter leurs filles et de réduire la quantité de leurs aliments pour qu’elles fussent à la mode. Homère, dans l’Iliade, parle de Junon dont les deux ceintures dessinaient amoureusement la taille.

Qu’étaient donc ces ceintures et ces bandelettes ? Nous allons essayer de décrire toutes celles dont les noms sont arrivés jusqu’à nous en mettant dans leur énumération suffisamment d’ordre pour qu’il en reste quelque chose dans l’esprit du lecteur.

On peut les ramener à deux types ; tout d’abord les bandelettes ou fasciæ destinées à être enroulées autour de la poitrine et les ceintures entourant les hanches ou zonœ.

La Fascia pectoralis (fig. 6, planche II), était une ceinture assez longue attachée autour de la poitrine des jeunes filles pour arrêter par la pression le développement de la gorge et chez les femmes fortes pour soutenir les seins ; on l’appliquait directement sur la peau.

On rattache à la fascia, le strophium (στροφιον de στρεφω tourner) ou mithra, du mot zend et persan dont le radical est MI : couvrir, envelopper.

C’était un vêtement que l’on enroulait et que l’on attachait autour du corps pour soutenir la poitrine ; on l’appliquait par dessus la tunique intérieure et non sur la peau même. Font partie de cette même famille du strophium : le cestus nodus, le cingulum ou cingillium, sortes de ceintures.

L’apoclesme, le stetodesme, le mastodeton, véritable soutien gorge, l’anamakalister (fig. 7, planche II), brassière passant sous les seins et sur les épaules, tous d’origine grecque ; le castula, les fasciœ mammilares et le thorax, d’origine latine, enfin le tœnia, longue bandelette étroite.

Le second groupe a pour type le zona (fig. 8, planche II), qui était une ceinture large appliquée autour des hanches, particulièrement par les jeunes filles. Destiné à soutenir le ventre, c’était une sorte de rempart à la pudeur des femmes. Le jeune époux était seul autorisé à détacher le zona, d’où l’expression de zonam solvere, qui signifie : prendre femme. Ses différentes fasciæ étaient donc de véritables soutiens gorge, le zonœ des ceintures abdominales ; appliquez l’un et l’autre sur la femme, rejoignez-les par quelque moyen que ce soit et vous constituerez le corset moderne.

Bien des fois dans l’évolution du corset, nous le verrons tendre vers l’un ou l’autre de ces anciens vêtements.

C’est ainsi que nous retrouverons à la fin du dix-huitième siècle la gracieuse ceinture directoire, qui est une copie fidèle du zona des élégantes Romaines et Grecques.

DEUXIÈME PÉRIODE

Après la conquête de la Gaule, les Romains apportèrent avec eux leurs mœurs et leurs coutumes, et il n’est pas jusque dans les vêtements où l’on ne retrouve la marque du protecteur devenu rapidement oppresseur.

Les Gallo-Romaines portent les bandes et en particulier le strophium et le capitium.

C’est du troisième au cinquième siècle que la mise des femmes devenant plus recherchée, les robes justes au corps apparaissent, dessinant la taille depuis le cou jusqu’aux hanches.

Pendant les cinquième, sixième, septième et huitième siècles, sous les Mérovingiens (450) et les Carlovingiens (752), nous retrouvons les ceintures romaines. Sous le règne de Louis VI le Gros, au douzième siècle, on voit apparaître les robes moulant le haut du corps et le corsage séparé de la jupe.

Nous reproduisons dans la fig. 9, planche III, la statue nimbée de Clotilde, femme de Clovis Ier, d’après Racinet, où l’on voit le type le plus complet du costume féminin au douzième siècle, il se compose d’un corsage en soie crépelée ajusté au plus près, prenant le ventre, n’ayant qu’une ouverture de dimension restreinte en haut de la poitrine et lacé dans le dos.

Sous le règne de Blanche de Castille et sous le règne de Saint-Louis, les robes, quelquefois doubles, s’adaptaient exactement à la taille tenant lieu de corset ; parfois même on les cousait au corps. Les femmes étaient « si étroitement lacées qu’elle ne pouvaient plier ni leur corps, ni leurs bras ».

Cette robe si serrée s’appelait la gipe ou jupon, origine du mot jupe, mais elle ne se portait que sur le haut du corps.

Suivant certains auteurs, c’est vers le milieu du treizième siècle qu’apparaît le « corcet », corsage lacé commun aux deux sexes (Joinville). Suivant d’autres ; c’est sous le règne de Charles V (1364-1380) que l’on voit pour la première fois le « corset » fendu sur les côtés : quoi qu’il en soit, c’est entre le treizième et le quinzième siècle que l’on constate la disparition absolue des ceintures romaines et l’adoption presque générale des robes â corsage serré, puis du corset.

À cette époque, le corset n’était qu’une sorte de manteau formé de deux pièces, l’une en avant, l’autre en arrière, la première plus courte que l’autre. En terminant la description de cette seconde période, nous reproduisons, toujours d’après Racinet, un curieux portrait de la reine Iseult de Ghamalot avec la cotte hardie (fig. 10, planche III). Ce vêtement qui sera en honneur surtout à la 3e période que nous allons décrire, n’était alors porté que dans les grandes cérémonies.


TROISIÈME PÉERIODE

Cette période va de la fin du quatorzième au milieu du seizième siècle. Comme nous l’avons montré dans la description de l’histoire du corsa dans la période précédente, c’est dès 1340, que la mode était apparue des corsages décolletés, des cottes hardies. Vers 1390, les femmes portent la « sorquanie », surcot lacé en arrière, emprisonnant la taille et moulé sur là poitrine, et si étroit, qu’il fallait venir à l’aide de celui qui le portait, au vestir et, au dépouiller.

On peut résumer les formes des corsages ajustés, au quatorzième siècle, en trois catégories :

Les uns séparés de la jupe ; les seconds faisant corps avec elle, et les troisièmes, consistant en corsages-corsets, sorte de corsage de dessous très ajusté, maintenant la gorge et la poitrine. Toutes ces formes étaient accompagnées de ceintures de dessous ou demi-ceint posées sur la hanche gauche et nouées à droite.

Puis, apparaissent les corsages lacés par devant, et à ce propos, nous reproduisons, d’après Racinet, le portrait de Marie d’Anjou, femme de Charles VII, bien que ce personnage ne soit pas de l’époque que nous décrivons, mais parce que déjà, sous son règne, ce vêtement se portait ainsi (planche III).

On y voit un corset lacé devant, dont les bords laissent apercevoir une cotte de dessous (Racinet, t. IV). Nous y joignons (fig. 12, planche III) un amusant portait de Betsabée au bain, montrant une robe sans ceinture, corsage lacé, dont la large et longue ouverture laissant voir la chemisé transparente, se prolongeait jusqu’à la naissance du ventre, auquel on donnait le volume d’une grossesse de quelques mois.

À la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, apparaît la basquine ou Vasquine, corset de fil ou forte toile garni par devant d’un busc de bois ou de métal, auquel il faut ajouter le vertugadin ou vertu-gardien formé de cerceaux liés ensemble et se terminant par une agrafe, favorable aux filles qui s’étaient laissé « gaster » la taille ; il servait à faire « baller » la robe.

Avec la basquine, réapparaît le buse déjà connu au quatrième siècle ; il était en buis, nacre, acier, laiton ou argent ; souvent sculpté ; apparent et véritable ornement ; mais les femmes enceintes en étaient fort incommodées et il fallut les interdire par une loi somptuaire (fig. 13, planche IV).

QUATRIÈME PÉRIODE

Période allant, du seizième siècle à la fin du dixhuitième.

Avec elle, Catherine de Médicis apporta en France les modes florentines (1532) et, en particulier, les « corps à baleines », baleines juxtaposées, qui fut tout à fait en honneur sous le règne de François II (1560-1574).

C’était un corsage piqué, donnant du maintien, attaché par derrière et avantageant la poitrine. Il était mal construit et resserrait par trop le thorax en le déformant ; aussi ne faut-il pas s’étonner de voir les médecins de cette époque les blâmer et Montaigne dire que : « le corset était une sorte de garni qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des seins jusqu’au défaut des côtes et qui, finissait en pointe sur le ventre… pour faire un corps "bien espagnolé, quelle gehenne ne souffrent-elles pas, guindées et sanglées avec de grosses « coches » sur les costes et jusqu’à la chair vive. Oui, quelquefois à en mourir ». Et « l’espoitrinement » suivant l’expression d’Henri Estienne, devient tel sous les éclisses de métal ou de bois dont elles se sanglaient… etc.

Paul Lacroix nous dit dans ses « Costumes historiques »:« Aux éclisses de bois ont succédé les éclisses et corps de baleine et d’acier »

Sous Henri III, les hommes eux-mêmes portaient des corps à baleine, mais cette mode ne se généralisa heureusement pas.

Le corset devient de plus en plus rigide et nous trouvons alors les corsets tout en acier, recouverts de velours avec Catherine de Médicis. Nous en reproduisons un qui se trouve au musée Carnavalet et qui date du seizième siècle (fig. 14, planche IV).

Avec Henri IV (1589-1598) le corset est moins serré à la taille, mais assez ridicule, c’est la panse ou panseron fortement busqué par le bas, car à cette époque, on n’est distingué qu’avec un gros ventre.

Après la mort de Marie de Médicis, le corps à baleine redevient à la mode. Au seizième siècle, le corset est d’un emploi général. Sous Louis XIV, il est comme tous les vêtements, d’une richesse incomparable (fig. 15, planche IV). Avec Mme de Montespan qui, donnait des enfants au Roi de France, il disparait pour laisser la place aux robes « ballantes », mais après sa disgrâce, et avec Mme de, Maintenon, il reparait, lacé devant et derrière et entr’ouvert par devant, c’est la « gourgandine ».

Sous Louis XV (1715-1774), avec les « paniers » le corset devient très bas et très serré, c’est l’époque des vapeurs. Tout le monde, même les enfants portent le corset ; la consommation des baleines est prodigieuse et c’est avec désespoir que Buffon, J.-J. Rousseau, Diderot, Winslow s’élèvent contre elles.

Le laisser-aller et le « moelleux » qui caractérisent le règne de Louis XVI ne font pas abandonner le corset, mais on voit avec plaisir qu’il se perfectionne. Il, y eut le corset pour femmes grosses, pour monter â cheval ; enfin on inventa les corsets sans baleines pour l’intérieur. Pendant la révolution et surtout à partir de 1796, on ne retrouve plus ni le Corps à baleine, ni le buste allongé, ni la robe juste. Sous la Terreur et le Directoire, qui fut l’âge d’or du nu. les femmes portaient de simples voiles, retenus par des ceintures renouvelées du zona antique (fig. 16, planche V).

CINQUIÈME PÉRIODE

Avec le Consulat et le Premier Empire, on voit, reparaître le corset, mais avec des formes différentes tenant plutôt de la ceinture et du soutien-gorge.

En 1810, les corsets à lacets reprennent leurs droits, on voit le corset à la Ninon, puis ce sont les baleines qui reviennent.

Sous Louis XVIII et Charles X, on, se serre avec fureur, les corsets s’allongent du haut et du bas et sont munis d’épaulettes. Une innovation est alors à signaler, c’est celle du laçage « à la paresseuse », laçage actuel, qui permet à toutes les femmes de se serrer elles-mêmes. La, construction des corsets faits au métier et sans couture date de 1832 et est l’œuvre de Jean Werly, qui fonda une fabrique à Bar-le-Duc.

SIXIÈME PÉRIODE. —

A) Période de tâtonnements.

Sous le second Empire (1852), les corsets s’adaptent au bas des côtes, en se raccourcissant et s’échancrent du haut en goussets pour les seins. C’est la mode des épaules largement découvertes.

Le buse ou buste était, jusqu’à présent, d’un seul morceau, c’est le mécanicien Nollet qui, à cette époque, l’entr’ouvre en deux parties. Trop lourd, ce buse ; est travaillé en 1865, par des ouvriers spéciaux qui le rendent plus léger et le recouvrent de fine peau.

Pendant la guerre, la fabrication se ralentit, après elle, en 1873, paraît le corset-cuirasse avec le busc en poiré qui fait la taille trop longue ét des femmes tout en buste (fig. 17, planche V).

B) Période médicale.

À la suite de l’influence des idées d’hygiène et d’antiseptie qui s’universalisent, les fabricants font d’ans la construction des corsets une véritable révolution. C’est le règne du corset sur mesure, et on évalue de 50 à 55 millons, la production totale des corsets à cette époque. La caractéristique de leur fabrication est la suppression de la saillie abdominale réelle ou apparente qui se produisait avec le corset cambré, et nous assistons au triomple du corset droit (fig. 18, planche V). Le premier date de 1888 et fut construit par Léoty, il a été long à se voir adopter, l’éducation des femmes n’étant pas orientée dans ce sens.

À partir de ce moment, lés hygiénistes et les corsetiers inventent des corsets à l’infini. Nous signalerons le corset Collomp, de Lyon, où les baleines de côté sont remplacées par un tissu élastique. Le corset « Le Rêve », où la taille est prise par une bande de batiste formant ceinture ; le corset de Mme Gaches-Sarraute ou corset abdominal, embrassant le bassin tout entier sans le comprimer ; le corset de Mme veuve Cadolle, réunion du strophium et du zona antiques, qui laisse libre les poumons et l’estomac de se dilater ; il nous paraît un des plus ingénieux, en théorie tout au moins.

Puis, c’est une collection de corsets pour maintenir les organes abdominaux : corsets-ceintures et corsets-sangles. Signalons encore le corset dit de l’Académie, de Mme Féramus, dans lequel le busc de devant est supprimé, et prend la forme d’un V, il facilite les mouvements du diaphragme indispensables pour une bonne respiration.

Comme complément des corsets bas ou ceintures abdominales se présentent les corselets ; nous citons le « callimaste », corselet de Mme le docteur de Griniévitch. Parmi les ceintures abdominales, il faut, tout particulièrement mentionner la sangle de M. le docteur Glénard, sur les principes de laquelle M. Abadie Léotard a construit le corset « ligne » et préconisé le laçage oblique.

Les sangles ou corsets abdominaux nécessitent, plus que tous autres, des attaches destinées à les empêcher de remonter ; c’est ainsi qu’il nous faut, signaler, pour finir cet historique, la grande extension prise par les jarretelles, qui remplissent avantageusement les jarretières si nuisibles au bon fonctionnement de la circulation en retour des membres inférieurs.

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CHAPITRE II

Le Corset et la Beauté du corps
Signes extérieurs des déformations produites par le Corset.


Abordons maintenant l’influence du corset sur le corps de la femme et en premier lieu voyons les déformations plastiques que ce vêtement fait éprouver à son enveloppe si fragile.

Dans La Beauté de la Femme, le, docteur Stratz a traité d’une façon vraiment très intéressante ce côté de la question du corset et ce sera souvent de lui que nous nous inspirerons dans le cours de ce chapitre.

La conception de la beauté au point de vue du corps de la femme est certainement une chose fort relative et qui a varié bien souvent dans l’histoire de la littérature aussi bien que dans celle de la peinture, et de la sculpture. Il nous suffit de comparer la « Vénus de Milo » avec ses formes puissantes, ses 80 centimètres de tour de taille et la « Danseuse » de Falguière, portrait de Cléo de Mérode, et qui passa aujourd’hui pour une des plus belles femmes qui soient, pour nous convaincre de la vérité de ce que nous avançons.

Avec la première, nous avons le type parfait de la femme normale, celui où tous les canons sont observés et les observateurs d’accord pour conclure à une perfection de lignes et de proportions ; avec la « Danseuse » de Falguière, au contraire, c’est le portrait d’une femme moderne dont la taille est déformée par le corset, c’est-à-dire artificiellement rétrécie et le canon des proportions nous enseigne que les seins sont mal placés, la position des genoux défectueux, l’articulation du pied trop forte.

Cette comparaison nous montre, comme le dit très justement le docteur Fr. Glénard, que la taille fine n’est pas dans la nature et que si parmi tous les avantages du corps féminin, celui qui passe pour le plus important c’est la sveltesse de la taille, nous avons encore ici à faire à une fausse conception, de la beauté, mais conception avec laquelle nous sommes obligés de compter aujourd’hui, parce qu’hélas ! la mode dicte fatalement ses lois au goût et partant à l’art.

Pour nous rendre compte de la forme normale du corps, nous avons eu recours à la photographie d’une femme n’ayant jamais porté de corset. Nous avons trouvé cet avis rara dans un service de l’Hôtel-Dieu de Toulouse, mais nous n’avons pu le reproduire ici, un accident étant venu au dernier moment nous priver du cliché fort bien réussi. Et c’est dommage, parce qu’on y voyait très nettement que la taille de cette femme était surtout bien proportionnée à la largeur des épaules, que sans être mince, elle semblait assez svelte et qu’à partir de la région la plus étroite, c’est-à-dire la base inférieure du thorax, le corps s’évasait doucement vers le haut et vers le bas ; pour le tour de taille nous l’avons négligé, tout à fait, au contraire de ce que font la plupart des femmes.

Chez la femme qui n’a jamais porté de corset, les contours du thorax ont pour prolongement naturel les lignes de l’abdomen. Que voyons-nous, au contraire, chez toutes les femmes qui l’ont porté ? Un sillon transversal au-dessus du nombril coupe le corps pour ainsi dire en deux. De plus, les muscles abdominaux comprimés perdent leur tonicité, le ventre devient flasque, rond, de plus en plus saillant. La surface d’attache des muscles est diminuée au thorax, aussi ne peuvent-ils se contracter et tout le poids du ventre se repose sur l’extrémité inférieure des muscles, il devient pendant ; sur les flancs, la couche adipeuse forme un véritable bourrelet et s’il survient un accouchement, il en est fini avec la beauté et les charmes du corps.

Sans vouloir empiéter sur les déformations squelettiques dont il sera question plus loin, il nous faut bien noter au point de vue du respect des lignes, les déviations de la colonne vertébrale produites par le corset.

L’influence du corset est à la vérité moins appréciable sur le dos de la femme que sur sa face antérieure et son ventre en particulier, mais il déforme cette région d’une façon assez sensible pour que de nombreux observateurs aient souvent signalé ce point. C’est à lui qu’il faut imputer le dos creux, conséquence naturelle du faible développement des muscles dorsaux et en particuller du grand dorsal. Nous en avons une preuve avec les maux lombaires dont se plaignent les femmes habituées à porter un corset, qui se voient obligées momentanément à le quitter. De là encore vient le faible développement des hanches de la femme et l’aplanissement de cette longue fossette du dos, appelée sillon médian, dont le degré ultime est l’aplatissement total du dos avec écartement des omoplates et creusement des reins.

Mme Gaches-Sarraute signale également l’immobilisation de l’insertion postérieure des fausses côtes et l’impossibilité du redressement du corps produits par le corset.

Il y a longtemps qu’Ambroise Paré avait dit que : « De mille villageoises, on n’en trouve pas une de bossue à raison qu’elles n’ont eu le corps astreint et trop serré. »

Et Bonnaud : « Toutes les personnes mal bâties et mal construites ne sont communes que dans les grandes villes où on les met à la presse dans des corps à baleine. »

Et ailleurs, Gallien (les causes de la maladies, ch. 7), dit « que le dos est, pour ainsi dire brisé et entraine ; les costes, de sorte qu’une épaule est soulevée, saillante, en tout plus volumineuse, tandis que l’autre est affaissée et aplatie, vices de confirmations dus à la négligence des nourrices qui ne savent pas appliquer un bandage avec une pression uniforme ».

Les seins sont souvent aussi les pauvres victimes du corset ; on lui attribue leurs aplatissements et froissements, leurs affaissements, leurs déformations ou excoriations ; en tout cas, comme le dit Buttin, ce n’est pas le corset qui fait naître les seins quand il n’y en a pas et lorsqu’il y en a, il les compromet en ne les laissant pas à leur place naturelle, comme nous l’avons vu sur la statue de Falguière, véritable Vénus du corset, ainsi que la désigne le docteur Fr. Glénard.

Un effet très fréquent du corset est, avec l’atrophie musculaire qu’il produit et dont nous avons parlé, celle de la peau, qui se ternit dans ses parties les plus serrées et prend une teinte sale devenant plus ou moins rugueuse, avec amaigrissement de la paroi. Parfois, et en particulier sous les aisselles et les hanches, la peau s’excorie et laisse les traces que même l’abandon du corset n’arrivera pas à faire disparaître.

Nous croyons qu’en voilà assez pour montrer combien le corset porte atteinte à la beauté du corps de la femme, car le beau doit être vrai avant tout ; c’est comme le dit Platon : « la splendeur du vrai ».


CHAPITRE III

Le Corset et le Thorax


Nous venons de voir les marques extérieures que produit le corset sur le corps de la femme ; ce vêtement est appliqué étroitement, et de suite cette considération nous permet de signaler son rôle anti-hygiénique sur la perspiration de la peau et le libre jeu des organes.

Avec Mme Tylicka, nous dirons que « la ventilation naturelle est réduite à son minimum et les échanges entre l’air du dehors et l’atmosphère confinée au contact avec la peau n’ont lieu qu’à travers les pores de la matière vestimentaire… la peau ne peut agir en outre comme émonctoire des déchets organiques ».

Proust, dans son Traité d’hygiène observe que le corset trop étroit rompt l’équilibre de la température et est nuisible en ce qu’il supprime entre le corps et le vêtement une couche d’air qui, par sa faible conductibilité, arrête le rayonnement de la chaleur naturelle.

Voyons maintenant ce qu’est le thorax nu et nous envisagerons ensuite les déformations que lui fait subir le corset.

La colonne vertébrale doit être droite, avec une courbe légèrement plus accentuée chez la femme ; les côtes doivent être presque horizontales dans leur partie postérieure et légèrement inclinées vers la base dans leur partie antérieure. La femme a, en outre, le thorax plus étroit et plus long que l’homme.

L’anglexyphoïdien, d’après M. Charpy, « est l’échancrure que présente à sa partie médiane, la circonférence du thorax, limitée par les cartilages infléchis des dernières côtes sternales. Il est en rapport étroit avec la forme et l’ampleur de la base du thorax ; il mesure, en outre, chez l’homme adulte et la valeur de la poitrine, et par elle, celle de l’énergie physique si étroitement liée à la puissance du souffle thoracique ».

Cet angle doit être normalement égal à un droit pour les uns, pour les autres à 75° en moyenne.

Le thorax, dans son ensemble, représente un cône dont la base est en bas et le sommet en haut. « La courbe de ce cône sélargit rapidement de la première à la troisième ou quatrième côte, puis, lentement et progressivement, de celle-ci à la huitième ou neuvième, et se retrécit ensuite, mais d’une manière insensible, au niveau des dernières. (fig. 19, planche VI).

Cependant, Chapotot admet un type, moyen dans lequel, à partir de la huitième côte (de la quatrième ou cinquième côte, pour Hayem), le thorax irait, en s’évasant vers le haut et le bas, et qu’il a rapporté, d’après des observations sur cent thorax de femmes. Ce n’est pas chose facile, en effet, comme le dit M. Charpy, de trouver des poitrines de femmes de 25 à 30 ans qui ne soient pas déformées par le corset ou les vêtements.

Voyons donc maintenant en quoi consistent ces déformations.

Il y a longtemps déjà qu’Ambroise Paré, avait observé dans son livre sur les « accidents qui adviennent pour trop lier et serrer les parties du corps » que « par trop serrer et comprimer les vertèbres du dos, on les jette hors de leur place, qui fait que les filles sont bossues et grandement émaciées ».

Cette constriction est souvent la cause, à la vérité, des déviations de la colonne vertébrale : cyphoses, lordoses et scolioses ont souvent là leur raison d’être, et il devient banal de signaler les mauvaises attitudes prises par les écolières serrées dans leur corset et courbées sur leurs livres.

Riolan, médecin de Marie de Médicis, expliquait lui aussi, les déformations de la colonne vertébrale par l’usage du corset.

Cependant, si l’on en croit Bouvier, l’épaule haute et forte que Galien et Winslow signalent comme dues à la constriction, ne doit pas être plus incriminée aux antiques fasciæ qu’aux corps â baleine.

Il faut encore citer A. Paré pour montrer que de tout temps on a signalé les déformations costales, produites par le port du corset. Il lui attribue l’abaissement et le rapprochement des côtes inférieures, leur chevauchement les » unes par dessus les autres ».

Il est incontestable, et cela nous le vérifierons dans un chapitre prochain, où nous ferons part de nos recherches radiographiques, que généralement les cinq ou six dernières côtes sont repoussées en dedans et en haut et que les cartilages costaux sont refoulés en haut et rapprochés les uns des autres, en même temps que ceux de l’autre côté.

La partie postérieure des côtes n’est plus horizontale, elle s’incline vers le bas, et l’inclinaison de leur partie antérieure a augmenté d’une façon sensible en exagérant leur torsion naturelle.

Le chevauchement des côtes est-il très sensible ? Oui, quelquefois, et nous avons été assez heureux pour examiner en radioscopie une femme depuis longtemps serrée dans son corset, dont les côtes avaient non seulement perdu leur parallélisme relatif, mais encore empiétaient d’une façon très nette les unes sur les autres, surtout au niveau de leur angle, antéro-externe. Et vraiment si les femmes qui ont l’habitude de se serrer outre mesure pouvaient assister à un de ces examens, nul doute qu’elles ne seraient effrayées des conséquences de leur fausse coquetterie.

Comme nous l’avons vu, les côtes inférieures délimitent un angle nommé xyphoïdien, en raison de l’appendice xyphoïde qui occupe son sommet. Cet angle, qui devrait être normalement égal à un droit, est très souvent diminué par la constriction et plus particulièrement par celle du corset et des ceintures. Il est facile de comprendre que la constriction agissant à la base du thorax, tendra à rapprocher les côtes inférieures les unes des autres, partant à diminuer cet angle jusqu’à le réduire à la largeur d’un droit comme l’a vu Engel et même le faire disparaître, comme l’a observé Cruveilhier chez une femme âgée qui se serrait la taille depuis l’âge de la puberté.

Constatons en passant avec M. Charpy que la constriction du corset produit une réduction de l’angle xyphoïdien se rapprochant du type du phtisique, où l’angle est dans les environs de 45°.

Nous arrivons ainsi naturellement à l’étude de la forme générale du thorax. Normalement, nous l’avons vu, la cage thoracique est un cône à base inférieure. Que va produire sur ce cône la constriction du corset ? Nous ne nous attarderons pas à étudier les observations de Dickuson en 1887 qui mesura la pression exercée sur le corps par le corset, grâce à des procédés très ingénieux certes, mais peu concluants.

Sous l’influence du corset, au niveau du maximum de constriction, la paroi antérieure est rapprochée de la paroi postérieure, autrement dit le diamètre antéro-postérieur est diminué et le diamètre transverse augmente ; l’indice thoracique (Broca), c’est-àdire le rapport de ces deux diamètres varie donc.

« Le corset, dit très justement Leroy, représente la forme d’un cône dont la base est en haut et la pointe en bas, structure diamétralement opposée à celle de la poitrine ». Comment vont agir ces deux cônes, l’un vis-à-vis de l’autre ? Pour résoudre cette question il faut tout d’abord observer l’endroit où la constriction va agir au maximum. Si la constriction est diffuse, nous dit Soulé dans sa thèse, la poitrine rétrécie en masse dans sa moitié inférieure prend l’aspect d’une gaîne. Si elle est limitée, c’est le thorax en sablier, caractérisé par son évasement inférieur et l’éversion du rebord costal ; un sillon transversal profond divise la poitrine en deux parties qui sont comme articulées entre elles. C’est la coudure (einknickling) de Petermöller.

Nous rapportons, pour notre part, la constriction thoracique due au corset à deux types différents :

Un premier où la constriction s’exerce à la base même du thorax, sur les dernières côtes qui, refoulées en dedans du côté de la ligne médiane, déforme le thorax en baril et diminue progressivement le diamètre transversal de la huitième ou neuvième côte jusqu’à la douzième ; c’est la constriction sous-hépatique de Hayem. Elle tend à la taille dite de guêpe et constitue la taille haute de Quincke et Hoppe-Seyler.

C’est à cette constriction que fait allusion le docteur Fr. Glénard lorsqu’il dit que « la cage thoracique est étranglée et mobilisée à sa base, précisément où elle est compressible et où la nature a voulu qu’elle fût mobile transversalement et dilatable ».

Avec ce type de constriction, la convexité du thorax diminue en bas pour s’accentuer à la partie moyenne, de sorte qu’à partir de la quatrième côte, la convexité est tournée non plus en avant mais plutôt en bas ; et c’est là surtout que l’angle xyphoïdien est diminué.

Un second type de constriction est signalé en 1835 par Hourmann et Dechambre. Cette constriction, s’opère non plus à la base du thorax, mais à trois ou quatre travers de doigt au-dessus de la marge, cette marge elle-même au lieu de rentrer dans la cavité abdominale est déjetée en dehors, évasée, et le rebord des derniers cartilages vient faire une forte saillie sous les parties molles. De cette façon, le thorax serait plutôt comparable à ces vases antiques à pied élargi et séparé du reste par un col plus ou moins rétréci (fig. 29, planche VI).

C’est la constriction sus-hépathique de Hayem, aboutissant pour lui à la taille courte et carrée et à la taille basse pour Quincke et Hoppe Seyler.

Ce deuxième type n’existe plus guère aujourd’hui avec les corsets longs qui exercent moins haut la constriction.

Quoi qu’il en soit de ces deux types, à quelqu’endroit, nous dit Vaissette, que s’exerce la pression maximum, il n’en reste pas moins une compression générale du thorax sous l’influence des autres parties du corset. En outre, le corset quel qu’il soit, à quelqu’endroit qu’il serre, a une tendance à arrondir de plus en plus la taille et la faire fine autant que possible, c’est-à-dire rend le diamètre transverse égal au diamètre antéro-postérieur en resserrant naturellement la partie la plus évasée. (Voir les figures 21 et 22, planche VI, montrant d’après Soëmmering deux thorax déformés par le corset).

En terminant, citons cette appréciation de M. Charpy : « La déformation par le corset est tellement générale, qu’à partir de trente ans, elle fausse plus ou moins toutes les mesures. On sait qu’elle a pour but de rétrécir le thorax inférieur au bénéfice du thorax supérieur qui doit cencentrer les regards, comme il concentre la respiration ».

Qui ne serait effrayé par de semblables résultats ! Et quand on songe que c’est au moment de la puberté, vers 13 ou 14 ans, c’est-à-dire au moment du développement de la femme ; au moment où l’enfant va revêtir l’enveloppe qui lui permettra de devenir mère ; c’est à ce moment-là, disons-nous, qu’elle livre son corps aux déformations les plus néfastes et que sous prétexte de soutien, elle s’enferme dans une cuirasse… Mais notre but n’est pas pour le moment de juger, aussi poursuivons-nous impartialement le cours de notre étude.

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CHAPITRE IV

Le Corset et la Respiration


La respiration est un phénomène qui a pour but de transformer le sang veineux en sang artériel au niveau de la surface pulmonaire et pour conséquence de vivifier et nourrir les tissus de l’organisme. Cette fonction s’effectue en deux temps : l’inspiration et l’expiration.

Dans l’inspiration, la cavité thoracique se dilate suivant tous ses diamètres : le diamètre antéro-postérieur par un mouvement d’élévation des côtes, le diamètre transversal par un mouvement de rotation des côtes autour d’une corde fictive qui réunirait l’extrémité sternale à l’extrémité vertébrale ; enfin le diamètre vertical par l’abaissement du diaphragme. L’inspiration a besoin pour s’effectuer de l’amplitude totale de ces mouvements et partant de la dilatation au maximum de la cavité thoracique. Or, que se passe-t-il sous l’influence d’une constriction quelconque et plus particulièrement de celle du corset ?

Le diamètre transverse qui l’emporte sur les deux autres dans l’inspiration est presqu’immobilisé avec le corset ; la capacité respiratoire est en conséquence de beaucoup affaiblie. En admettant même que le thorax se développerait, la forme que lui donne le corset suffirait à gêner l’inspiration. M. le docteur Guillet démontre en effet mathématiquement que plus un thorax est aplati, plus il est dilatable, c’est dans l’excès contraire que tombe le port du corset en rendant les diamètres égaux.

M. Guiraud dit aussi qu’il s’oppose à la libre dilatation de la partie inférieure de la cage thoracique.

L’expiration de son côté s’effectue pour ainsi dire passivement ; c’est le poumon qui, en revenant sur lui-même et le vide pleural qui entraîne la paroi thoracique. Par suite de la diminution de la capacité pulmonaire, conséquence de la gêne due au corset, le poumon ne va plus pouvoir pendant l’expiration chasser avec autant de force l’air inspiré. Voilà donc le phénomène entier de la respiration qui est atteint.

C’est qu’aussi, il faut ajouter à la gêne momentanêe, le développement insuffisant auquel a été réduit le thorax osseux ; les muscles sont restés minces et grêles, car, ainsi que le signale Vaissette, « une compression même légère exercée sur un organe, nuit à son développement pourvu qu’elle soit suffisamment prolongée ».

Sibson, de son côté, signale que même les corsets d’enfants amènent une diminution de l’expansion pulmonaire.

Ces inconvénients, vont avoir pour conséquence, tout d’abord, un déplacement des viscères aussi bien thoraciques qu’abdominaux : les poumons et le cæur sont refoulés en haut du thorax et comme le constate Testut, le diaphragme se plisse sur lui-même, et comme les côtes sur lesquelles il s’insère sont à peu près immobiles, il n’agit plus que faiblement sur la respiration qui s’effectue alors suivant le type costal supérieur. »

Là, nous touchons à un problème intéressant et sur lequel les auteurs ne semblent pas d’accord. Le type de respiration costal supérieur est-il réellement produit par le corset ou bien est-il au contraire l’apanage normal de la femme ?

Il semble d’après de nombreuses observations qu’on puisse conclure que la femme a normalement le même type de respiration que l’homme et que c’est la constriction du corset qui, diminuant l’action respiratoire, l’oblige à exagérer la respiration costale supérieure.

Le docteur Fr. Glénard dit que le corset exerce une telle action qu’il va jusqu’à transformer le type de respiration.

Marey, â l’aide de chronophotographies, a bien démontré du reste que la respiration abdominale est normale chez la femme. Pour Beau et Maissait, le corset ne fait qu’exagérer la respiration costo-claviculaire. Mais Mays, de Philadelphie, a montré sur des Indiennes n’ayant jamais porté de corset, le type de respiration bas situé.

On voit maintenant combien cette gêne respiratoire va avoir pour la femme de conséquences désagréables et même funestes. Se trouve-t-elle dans un air confiné, elle ne peut suppléer par l’amplitude du mouvement respiratoire à l’insuffisance oxygénante de l’air.

Le chant et la parole qui ont besoin d’une respiration longue et prolongée, s’accompliront avec difficulté, car, à l’expiration succèdera un besoin irrésistible d’inspirer fortement. Et le rire, « cette suite d’expirations saccadées ». va devenir bien difficile et tout au moins l’occasion de douleurs momentanées.

Le type de respiration artificielle que la femme est obligée d’employer, n’est du reste qu’une compensation insuffisante, car la difficulté augmente avec le travail à effectuer.

Mais alors, comme le dit, Vaissette, quel supplice pour une femme de ne pouvoir parler, ni chanter ni rire !


CHAPITRE V

Le Corset et la circulation

La circulation du sang est intimement liée au phénomène dont nous venons de parler : la respiration. C’est en effet au poumon que le sang vient se revivifier, se débarrasser de l’acide carbonique dont il est gêné et se charger de l’oxygène qu’il va porter avec la vie dans tous les tissus et tous les organes de l’économie.

Le corset, en gênant la respiration comme nous l’avons vu, va donc aussi influencer défavorablement la circulation. L’hématose ne va plus s’accomplir avec régularité, et c’est un sang de mauvaise qualité qui va revenir au cœur et de là être lancé dans la grande circulation d’où : incomplète vitalité des organes lointains et acheminement, peut-être, aux maladies de toutes sortes aux néoplasies même.

Pour Buttin, le cœur est moins sensible à l’action du corset que le poumon ; si le corset n’est pas trop serré, il ne se passe rien d’anormal, mais il ajoute rapidement que lorsqu’il est trop serré, il n’en est plus de même.

Le cœur en effet, enfermé dans le péricarde, a besoin de toute sa liberté d’action pour remplir efficacement son rôle, il n’a plus la même facilité d’expansion maintenant que la capacité de la poitrine est diminuée, il lutte alors avec rage, mais ce n’est que par la vitesse qu’il regagne ce qu’il a perdu en force : Et ce sont les palpitations qui apparaissent avec tout leur cortège de gêne atroce, d’anxiété et de préoccupations.

Ce n’est pas tout : le sang rencontre encore des obstacles, c’est la compression des vaisseaux ; la veine cave inférieure, la veine porte, les veines utéro-ovariennes sont diminuées de calibre et presque étranglées au niveau de la taille.

Les figures 37 et 38, planche IX, le montrent bien, surtout pour la femme assise : nous voyons, en effet, suivant les flèches x, y, z, s’exercer les différentes pressions produites par le corset. En y, les vaisseaux sont comprimés contre la colonne vertébrale ; en x, c’est le foie qui est refoulé, gênant l’expansion du diaphragme ; en z, la cornpression sur les organes abdominaux inférieurs qui augmentent la pression générale.

La circulation périphérique s’accomplit mal elle aussi, les parties comprimées ont une mauvaise circulation capillaire et c’est de là que proviennent les différentes congestions des organes tels que le foie, le poumon et le cerveau. Delà aux évanouissements, aux vapeurs si à la mode sous Louis XV, aux syncopes, il n’y a qu’un pas. Il devient banal de répéter que c’est un des accidents les plus fréquents à, se produire dans les réunions mondaines, les dîners ; celui pour lequel, ainsi que le, dit le docteur Fr. Glénard, le médecin de service est le plus souvent appelé au théâtre, et c’est presque instinctivement que les personnes présentes cherchent à délacer le corset de la malade.

La mort subite, elle-même, peut être la conséquencede cette gêne dans la circulation et il est classique de citer le cas rapporté par A. Paré d’une jeune mariée morte pendant la cérémonie nuptiale, de s’être trop serrée la taille avec un corset. Reveillé-Parise (Gazmed 1872) raconte la désastreuse aventure d’une femme très forte qui, se faisant lacer en trois temps par sa domestique, en mourut, un jour, de suffocation. C’est encore ce dernier auteur qui rapporte l’idée bizarre d’une personne qui, pour être fortement serrée, s’était fait enfermer le corps dans un sac de peau de Penne, qu’elle avait entendu dire être inextensible.

Ælsner signale l’épistaxis comme une conséquence souvent constatée de la congestion produite par la gêne de la circulation attribuée au corset.

Ces obstacles nombreux qui entravent, la circulation générale obligent le cœur à des efforts anormaux ; Buttin considère-t-il justement que le corset peut être une raison de la dilatation cardiaque.

Ceci une fois admis, ce sera plutôt avec une idée pessimiste sur le corset que nous terminerons ce chapitre, car ainsi que, le dit Arnould, « l’hygiène a toujours le droit de, demander que le vêtement masculin ou féminin ne comporte pas de ligatures, ni de constrictions localisées ou étendues, compromettant la circulation sanguine ».


CHAPITRE VI

Le Corset et son influence sur le Fois et la Rate

Le foie, par sa situation dans l’hypocondre droit, est un des organes sur lesquels la constriction thoracique produite par le corset fait le plus sentir son influence. De multiples attaches le retiennent à sa place normale ; c’est la veine cave inférieure, le cordon qui remplace la veine ombilicale, les replis du péritoine, et pourtant il n’est pas absolument fixe, puisqu’il peut faire des mouvements sur place comme dans l’inspiration pendant laquelle il s’abaisse et dans l’expiration où il revient à sa position primitive ; les épanchements pleurétiques peuvent l’abaisser et les tumeurs abdominales l’élever. À ces dernières causes de mouvements, il faut ajouter celle du corset. Bouvier signale la compression du foie comme un des inconvénients de ce vêtement. M. Guiraud dit « qu’il est incontestable que le foie est abaissé par le corset ». Testut, « du côté de l’abdomen, le foie et la rate sont refoulés en dedans, du côté de la ligne médiane ; de plus, comme la région qu’ils occupent est devenue insuffisante pour les contenir, ils se déplacent en bas, demandant à la partie inférieure de l’abdomen l’espace qui leur manque. »

Cruveilhier a observé un cas où le foie descend jusque dans la fosse iliaque droite.

M. Glénard cite trois cas où le foie atteint sans hypertrophie l’épine iliaque antérieure et supérieure. Cependant MM. Faure et Glénard ajoutent que le corset abaisse les foies déjà abaissés.

M. Charpy dit que la constriction par les vêtements et spécialement par le corset ne lui paraît pas suffisante à elle seule pour abaisser le foie ; il faut, en outre, ajoute-t-il, la détension abdominale qui accompagne ordinairement la constriction.

Buttin à son tour rapporte l’observation prise à l’autopsie d’une jeune femme dont le foie est considérablement abaissé.

Il est par conséquent incontestable qu’un des premiers effets de la constriction du corset sur le foie est de l’abaisser, et nous verrons plus loin, quand nous discuterons l’importante question de l’enteroptose, qu’il joue lui aussi son rôle dans cette chute en masse des organes vers la partie inférieure de l’abdomen.

Cette constriction générale se produit, comme nous l’avons vu, par l’intermédiaire de la cage thoracique et en particulier par les côtes. Non contentes de le comprimer, elles laissent sur lui des empreintes ineffaçables qui ont été sous le nom de sillons costaux, particulièrement bien étudiés dans la thèse d’un de nos ainés, M. le docteur Soulé, dontje rapporterai ici les considérations générales sur ce point si intéressant.

Testut avait déjà signalé le sillon de constriction transversal ou « oblique sur le foie, sillon qui répond au point le plus retréci du thorax et qui le divise en deux parties : une supérieure qui se tasse au-dessous du diaphragme et une infférieure qui flotte librement dans l’abdomen inférieur et que l’on voit descendre parfois jusqu’au dessous des crêtes iliaques. »

M. Soulé nous dit qu’il existe deux sortes de sillons du foie :

1° Les sillons diaphragmatiques généralement parallèles, multiples, recevant dans leur profondeur des faisceaux épaissis du diaphragme et qui sont dus à des influences complexes ;

2° Les sillons costaux de direction transversale et de situation sous-jacente aux côtes et que, la plupart des auteurs, en particulier Petermöller, Leue, Hackmann, Morgagni, Cruveilhier, Frerichs, attribuent à la constriction du corset. Ce sont donc ces derniers seuls qui nous occuperont.

Ils siègent exclusivement, d’après M. Charpy, sur la partie descendante ou latérale du lobe droit, d’une direction transversale, mais oblique d’arrière en avant et de haut en bas dans le sens des côtes, ils ont une large superficie et une apparence cicatricielle.

Suivant le degré de la constrition, on a de simples empreintes, des sillons simples el des sillons cicatriciels. Les cicatrices de ces derniers persistent malgré la disparition de leur cause et le foie au niveau des sillons est anémié et hypertrophié (Hackmann). Les cellules hépatiques, d’après Cornil et Ranvier, sont aplaties et la capsule de Glisson s’épaissit.

M. Dieulafé a signalé en outre des sillons formés sur les foies déjà ptosés et qui parcourent toute la face antérieure de l’organe, sillons formés par des ceinturons, des cordons de jupe ou des ceintures de corsage. La longueur des sillons est d’environ 5 â 10 centimètres, leur largeur de. 2 à 3 centimètres, leurprofondeur de 5 millimètres à 2 centimètres. Voyons maintenant les déformations générales produites par la constriction du corset sur le foie.

Pour Vaissette, c’est l’organe que dans les autopsies on trouve le plus souvent déformé. M. Testut a vu lui aussi des déformations profondes produites par le corset sur le foie.

Garny cite le cas d’une fille de 38 ans, à l’autopsie de laquelle on trouve un foie considérablement déprimé à la face antérieure du lobe droit ; le lobe descendant de plusieurs pouces dans l’abdomen : c’était un foie presque bilobé.

Frerichs appuie sur ce fait que par la constriction annulaire, une partie du lobe droit et très souvent du lobe gauche se trouve presque séparée du reste de l’organe. Le sillon ainsi formé pénètre parfois assez profondément dans le parenchyme pour qu’il ne reste plus qu’une connexion ligamenteuse lâche qui permet de mouvoir la partie ainsi séparée.

Parfois le sillon est si prononcé, en effet, que le foie paraît coupé en deux et le fond de la dépression prend une couleur différente.

Le foie prend alors des formes variées. C’est parfois le foie bombé, appelé par M. Charpy : foie en dôme ; c’est le foie allongé ou linguiforme, où le diamètre transversal est accru ; c’est enfin le foie plat, où le diamètre vertical s’abaisse jusqu’à 4 cent. 5.

C’est surtout la face inférieure du foie qui souffre de ces déformations : La partie du lobe droit allongé, séparée du reste de l’organe par le sillon costal, arrive à former le lobe appelé par Soulé : « lobe de constriction » que nous avons représenté dans la (fig. 23, planche VII), et qu’il ne faut pas confondre avec le lobe de Riedel, qui est un cas particulier, sorte de lobe par rétraction.

M. Dieulafé a rencontré, à l’autopsie d’une femme âgée, une déformation hépatique très accentuée ; le foie était abaissé, et au voisinage du bord inférieur, le lobe droit était découpé par une incision profonde de 25 millimètres, correspondant à l’extrémité antérieure de la onzième côte et formant un petit lobe détaché, correspondant au lobe de constriction de Soulé.

Ce n’est pas tout : Mme Tylicka nous dit que là compression continue sur le foie et la vésicule biliaire, se manifeste par un catarrhe de la vésicule qui détermine une stase de la bile, puis la formation de calculs.

À la vérité, il faut reconnaître que cette dame est d’accord sur ce point avec Hoffmann, Haller, Sömmering, Pinel, Frérichs, Trousseau, Monneret, qui disent que la cliolélithiase est plus commune chez la femme que chez l’homme, et il faut rapporter, en outre, l’opinion de M. Glénard, pour lequel le corset fait des déplacements et des déformations, des engorgements et des congestions, et par la compression de la vésicule et des canaux biliaires, amène l’ictère chronique.

Enfin, signalons pour terminer, l’observation rapportée par Butin, où il est dit qu’à l’autopsie d’une jeune femme, on a trouvé un foie considérablement abaissé ; sur la face convexe était un sillon transversal. On constata des signes de périhépatite suppurée, et, fait probant, ce sillon du foie correspondait aux macules de la peau produites par la constriction du corset.

Nous ne finirons pas ce chapitre sans dire quelques mots de la rate, qui, comme le dit M. Dieulafé, ne saurait, par sa situation dans l’hypocondre gauche, échapper à l’action de la compression du thorax. Nous reproduisons d’après notre maître (fig. 26, planche VII) une grosse rate, avec, sur sa face extérieure, cinq sillons transversaux très profonds, ; la rate hypertrophiée pesait 320 gr., et les diamètres étaient normaux : 4 et 8 centimètres, elle correspondait à un thorax rétréci et à un angle xyphoïdien très étroit.

Cet organe appartenait à une femme morio tuberculeuse, et qui, de son vivant, menait une vie de mœurs légères, expliquant par là la constriction à laquelle elle s’était soumise jusqu’à sa maladie extrême.

Pour M. Dieulafé, la rate ne subit pas de déplacements notables, mais elle est quelquefois redressée verticalement, condition de l’empreinte des côtes, et il se produit peut-être des lobules accessoires.

Le 1er avril 1904, dans le Toulouse Médical, M. Dieulafé signale de nouveaux cas, trouvés par lui, de déformations spléniques : dans trois de ces cas, il existe des sillons sur la face externe, et dans deux seulement l’organe est déformé en masse. Très peu d’auteurs, à part notre distingué professeur, se sont occupés de cette question. Nommons Corbin, qui signale les déplacements de la rate, refoulée sur la partie médiane du corps, et qui auraient pour conséquences les pincements de l’estomac entre le foie et l’organe splanchnique. Leue, de Kiel, a, dans sa thèse, traité ce sujet avec un certain intérêt.

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Fig. 33. — 38.

Fig. 33 Fig. 34 Fig. 35 Fig. 36 Fig. 37 Fig. 38


CHAPITRE VII

Le Corset et son influence sur l’estomac et la digestion


Comprimant le foie, la rate, le thorax et par lui les poumons et le cæur, il serait extraordinaire que le corset n’eut pas une action sur l’estomac. Mais nous croyons qu’on peut avancer sans crainte ce fait, que c’est de tous les organes abdominaux celui sur lequel, à cause même de ces fonctions, le corset a la plus néfaste influence.

Il n’est presque pas d’auteur qui l’ait niée. Bouvier signale la compression de l’estomac, les lésions des fonctions digestives et la réduction du volume de l’estomac. M. Guiraud dit qu’il est incontestable que, le corset comprime l’estomac et peut être la cause de certains troubles de la digestion. Le docteur Albert Mathieu dit que c’est à lui qu’est due la dyspepsie flattulente. A. Paré parle de « la mort d’une dame de la Cour tombée dans le marasme à la suite de vomissements répétés des aliments, dus â la pression’de l’estomac par un corps à baleine ». Vaissette en parlé dans sa thèse, Buttin et M-° Tylicka également ; Chabrié et Chapotot ont consacré entièrement la leur à cette importante question. Voyons donc comment agit cette compression et les effets qu’elle produit.

À l’état normal, l’estomac est vertical pendant la période fœtale et à l’âge adulte il est légèrement oblique, mais très près de la verticale ; la peule courbure est parallèle au bord gauche de la colonne vertébrale. Lorsqu’il se remplit normalement, l’estomac se dilate et pour cela écarte ses parois dans tous les sens, mais surtout en haut, en avant et en bas.

Comprimé, quels sont les organes qui agissent sur lui ? Tout d’abord, ce sont les côtes qui, refoulées en dedans, produisent deux sortes de constriction : une constriction annulaire formant le thorax en sablier et une constriction en masse donnant le thorax en gaîne ou cylindre.

Ces côtes agissent sur l’estomac et y produisent comme sur le foie et la rate un sillon transversal qui souvent se continue avec celui marqué sur ces organes. Nous reproduisons d’après Chabrié, un estomac (fig. 24, planche VII) comprimé par les côtes, où un sillon est resté visible, correspondant au 9me cartilage, le pylore est sur la ligne médiane, le colon transverse est descendu eu le foie en dôme. Le foie lui-même peut exercer une compression sur l’estomac, Rasmussen l’a signalée.

Quoi qu’il en soit, le corset agit sur l’estomac comme le dit Mme Tylicka, non plus sur les parties comprimées mais sur les parties les plus mobiles. Le cardin, la grosse tubérosité sont fixes, le pylore l’est aussi relativement ou peu mobile, grâce à ses attaches sur les côtés des corps vertébraux. La grande courbure est la partie la plus mobile, et c’est elle qui va subir les plus grandes déforniations, prenant, pour axe de rotation les points fixes plus haut décrits.

Pour Bouveret et Chapolol, l’estomac est pincé entre le foie et la rate, il s’allonge, s’abaisse en tournant autour du cardia et arrive à la biloculation par les degrés suivants :

1er degré, simple verticalité.

2me degré, abaissement plus ou moins marqué du pylore avec agrandissement apparent, le diamètre transversal diminue.

3me degré, formation de l’ectasie sous pylorique. La poche pylorique descend de plus en plus jusqu’à pendre derrière le pubis.

On pourra suivre ces différents stades dans les figures 28, 29, 30, 31, planche VIII, d’après Chapotot, où les trois premières correspondent aux deux premiers degrés et la quatrième à la formation de l’ectasie sous-pylorique.

Voilà les tomiac biloculaire consuitué. C’est, en effet, comme, le dit Chabrié : un estomac qui présente vers sa partie médiane un étranglement plus ou moins accentué qui le divise en deux poches distinctes. (La figure 27, planche VIII, représente un estomac en place), d’après Boas.

Cette déformation donne à l’estomac une direction si non absolument verticale, du moins très voisine d’une ligne parrallèle à l’axe longitudinal de la colonne vertébrale. La capacité de cet organe devient, inférieure à la normale. Quant à la fréquence de cette déformation, elle doit être assez grande puisque M. Charpy, pour sa part, en a trouvé trois cas en deux ans.

Sæmmering, Sappey, Cruveilhier Fora l’on décrit. Cependant tous les auteurs ne sont pas d’accord pour attribuer à la constriction du corset l’estomac biloculaire. Certains en font une déformation congénitale, d’autres l’attribuent à des cicatrices d’ulcères de l’estomac, à une simple raison physiologique, à une persistance de la constriction de l’estomac qui se produit pendant la digestion par suite de la contraction des fibres obliques (Laborde), mais nous nous en tenons avec la majorité des auteurs modernes à l’explication de l’origine mécanique produite par une pression extérieure.

Trollard rapporte dans ce sens de nombreux cas où il a observé constamment la coïncidence du sillon du corset avec la déformation, en particulier chez les Espagnoles qui abusent de ce vêtement et chez les soldats sanglés dans leur ceinturon.

Quels vont être les effets cliniques de la formation côte à côte de ces deux poches, dont l’une supérieure est aplatie et comprimée, contenant des gaz ; l’autre inférieure contenant les aliments et les liquides ?

Avec les principaux auteurs, nous décrirons des troubles mécaniques, des troubles chimiques et des troubles nerveux et de nutrition.

Les troubles mécaniques sont tous les troubles primitifs produits par la simple compression du corset ; ils ont lieu généralement après les repas, l’estomac ayant de la difficulté â se dilater, la femme boit pour aider cette dilatation. Il y a de la rétention gastrique, une sensation de pesanteur â l’épigastre, du clapotage à jeun, du péristaltisme douloureux, des douleurs semblables à celles de l’hyperchlorhydrie : trois ou quatre heures après les repas, des contractions musculaires visibles sur la peau, des vomissements.

La percussion indique la présence du grand cul de sac en haut et que l’organe se trouve entièrement vertical et à gauche. On a enfin le bruit de glouglou.

M. Clozier (de Beauvais), auquel Buttin attribue la découverte de ce bruit, l’appelle hydro-aérique, dit qu’il est isochrone â la respiration et ajoute qu’il est symptomatique de la compression stomacale par le corset.

Glenard, au contraire, dit que le corset ne fait que favoriser ce qu’il peut y avoir d’anachrone dans la contraction physiologique de l’estomac.

Bouveret a observé que le glouglou se produisait pendant l’expiration et l’inspiration et disparaissait par une compression sous-ombilicale énergique, qui refoulait et remontait fortement le grand cul de sac. Cet auteur, du reste, explique ce bruit de glouglou d’une façon fort ingénieuse et très plausible. Il dit que c’est le diaphragme qui agit sur les gaz et les liquides contenus dans la cavité, inférieure de l’estomac biloculé et qui les fait refluer avec bruit dans la cavité supérieure.

Le chimisme gastrique se trouve souvent modifié tantôt dans le sens de l’hyperchlorhydrie, tantôt dans celui de l’hypochlorhydrie. Pour Bouveret, c’est le plus souvent l’anachlorhydrie ou l’hypochlorhydrie, qui se présentent et par conséquent donnent lieu à des fermentations secondaires.

Quant aux troubles du système nerveux, ce sont ceux que nous avons signalés dans les chapitres intéressant la respiration et la circulation : les congestions des fins de repas avec les sensations de bouffées de chaleur alternant avec les palpitations de cœur,

Qui oserait nier, après une semblable description, la nécessité pour les femmes au moins de quitter leur corset pour se mettre à table et de ne le remettre qu’après la digestion accomplie. Est-il besoin pour assombrir le tableau de signaler les conséquences de ces troubles ? La dyspepsie (Labat), la dyspepsie flattulente (docteur A. Mathieu), la dilatation de l’estomac (Bartels), l’atonie stomacale si douloureuse, la sténose du pylore (Grinfeld) et enfin souvent la constipation opiniâtre. Nous savons bien que nous prêchons dans le désert… mais n’est-ce pas à force de semer qu’on finit un jour par récolter ?


CHAPITRE VIII

Le Corset et soin influence sur le rein, l’intestin et l’utérus.

Passons, maintenant à l’appareil urinaire et abordons de suite l’étude du rein au point de vue de la constriction qu’est susceptible de produire sur lui les autres organes comprimés par le corset. On sait que depuis un certain temps la question du rein mobile a fait de grands progrès, parce qu’on sait aujourd’hui découvrir cette affection dans nombre de cas où elle était autrefois ignorée. Le procédé du pouce de Glénard est un adjuvant précieux pour cette recherche. Grâce à lui, en effet, nous nous rendons compte de l’ectopie rénale, car lorsque le rein n’est pas mobile, il ne petit être senti à l’aide de la palpation. Or, que constatons-nous en général ? deux faits importants qu’il faut retenir :

1° L’ectopie rénale porte presque toujours sur le rein droit ;

2° Cette affection est surtout fréquente chez les femmes.

Comment expliquer que le rein droit est si souvent déplacé ? Les partisans de la théorie constrictive disent que c’est le foie qui dans l’hypocondre droit transmet au rein la cornpression qu’il subit et le fait sortir de sa loge habituelle.

Glénard seul veut que la néphroptose ne soit qu’un cas particulier de l’entéroptose.

Quant à sa fréquence chez la femme, de nombreuses statistiques sont là pour la prouver : Fritz, en 1859, 30 cas sur 35 ; Rosenstein, 1870, 80 p. 100 ; Ebstein, 85 p. 100. Là encore Glénard explique cette fréquence par les grossesses répétées. Il est certain que ce dernier facteur a sa valeur, mais après avoir cité comme autre cause : les relâchements des parois abdominales, les contusions, les efforts musculaires violents, la résorption dé la couche cellulo-graisseuse qui entoure le rein, nous ménagerons sa place â l’influence du corset.

À côté de cet abaissement ou chute du rein, devenu mobile, il faut y ajouter les empreintes costales qui, quoique rares, ne doivent pas être laissées dans l’ombre.

M. Dieulafé en a publié dans le Toulouse médical d’avril 1904 des cas très intéressants. Nous reproduisons une de ces gravures (fig. 32, planche VIII) sur laquelle on voit bien le sillon produit par l’empreinte de la dixième côte sur le bord convexe et la face antérieure qui est en réalité antéro-externe.

L’intestin également, outre la ptose qui peut l’entraîner et que nous étudierons dans le chapitre suivant, peut se trouver serré à l’excès, et on peut parfois noter sur lui des traces évidentes de constriction. Nous donnons (fig. 25, planché VII) la reproduction d’un cas rapporté par MM. Dieulafé et Herbin, où le colon ascendant est rétréci d’une façon très sensible par une constriction. Cette constriction a été produite par un refoulement des tuniques muqueuses ét musculeuses, et a formé une valvule à la manière de la valvule iléocæcale, mais dans, la constitution de laquelle entre aussi la couche musculeusé longitudinale ».

Il nous reste à examiner l’influence que peut avoir la constriction du corset sur l’utérus, qui, pour être étudié le dernier des organes, n’en est pas moins des plus importants. N’a-t-on pas dit quelque part, en effet, que la femme est un utérus servi par des organes, et n’est-ce-pas de ce côté que le médecin a toujours la ressource de recourir, quand son diagnostic risque de s’égarer ?

Comme pour le développement des autres organes, c’est â l’âge où on l’affuble d’un corset que la jeune, fille voit apparaître les premiers symptômes de sa vie utérine ; les règles s’installent au moment où, poussée par la coquetterie, elle croit se rendre belle en se serrant la taille. Aussi, il est fréquent de voir de ces jeunes personnes dont les menstruations ne peuvent apparaître sans douleurs épouvantables, comparables à celles de l’accouchement, et il ne l’est pas moins de les voir obligées de quitter ce vêtement pendant les deux ou trois premiers jours de ce phénomène physiologique qui devrait s’effectuer si normalement. Ce n’est pas tout : comprimé, pressé par tous les organes abdominaux que projette sur lui la constriction du corset, on voit l’utérus se mettre en antéversion, en abtéflexion ou en rétroversion, causes très fréquentes de l’endoméirite. Ce sont alors les écoulements leucchoréiques qui apparaissent et avec eux la stérilité. La femme a-t-elle assez bien passé cette période dangereuse, et une grossesse commence-t-elle ? Si elle continue le port du corset et c’est fréquent, nous verrons la grossesse se modifier dans les deux premiers mois au moins, comme le nous le dit le Traité d’obstétrique, de Ribemont, Désaigne et Lepage ; les troubles de la grossesse, tels que vomissements incoercibles, malaises, seront exagérés jusqu’au jour où les symptômes de gêne s’étant aggravés, la femme déçue dans ses espérances de mère fera un pénible avortement.

Tout le monde est d’accord de nos jours pour citer de nombreux cas d’avortement produits par cette, cause, et il n’est pas de clinique ou d’hôpital où l’on n’en cite de fréquentes observations.

Il y a deux causes principales d’avortement, dit Penard : l’usage d’un corset trop serré et l’abus du coït. Je sais bien que la plupart des femmes enceintes abandonnent leur corset ou bien en portent un adapté à leur position, Mais, hélas ! cette règle n’est pas absolue et il n’est pas rare d’en rencontrer des exceptions.

Les filles-mères en particulier, qui sont dans l’obligation, grâce aux ménagements qu’elles doivent aux stupides conceptions de notre civilisation, de dérober la preuve de leur faute, payent un pénible tribu au port du corset et, il est vraiment navrant le cas, que l’on m’a rapporté d’une femme, entrant dans une Maternité en état de grossesse à terme, pourvue d’un corset serré à l’excès et où, pour renforcer la constriction, elle avait suppléé aux lacets insuffisants par une corde entourant plusieurs fois le bassin. EL cet autre cas, que nous a rapporté M. le professeur Audebert, d’une femme venant à la clinique d’accouchement, de la Faculté de Médecine de Toulouse pour se faire examiner. « Elle avait, au premier aspect, nous dit notre maître, le ventre tout à fait plat, puis quand nous lui dîmes de se dévêtir, nous fûmes surpris qu’elle portât un corset ; mais notre étonnement fut à son comble quand nous vîmes qu’à mesure qu’elle ôtait ce vêtement, le ventre se relevait, bondissant pour ainsi dire jusqu’à prendre les proportions d’un abdomen de femme à terme, ce que nous vérifiâmes après par l’examen. »

De semblables constrictions d’utérus gravides ne peuvent faire autrement que de donner lieu à des conséquences des plus fâcheuses. Le foetus ainsi comprimé, pour peu qu’il y ait de l’oligoamnios, souffre et à la naissance on n’est pas étonné de voir survenir quelque accident.

C’est ainsi que nous avons recueilli l’observation d’un enfant né avec un pied-bot, attribué à cette compression du corset. Mme Tylicka cite de sont côté, le cas d’une femme qui, ayant porté un corset jusqu’à terme, eut un garçon petit et peu musclé.

Il semble que c’est en dire assez pour admettre comme un principe que la femme enceinte devra toùjours s’abstenir de se serrer le corps avec un de ces instruments si funestes.


Planche X
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Fig. 39



Planche XI
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Fig. 40


Planche XII
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Fig. 41


CHAPITRE IX

Le Corset et l’Entéroptose

C’est à Franz Glénard que nous devons les études remarquables qui ont été faites sur l’entéroptose, aussi en parler, c’est citer constamment Franz Glénard ; du reste on lui a donné le nom de « maladie de Glénard ».[GLENARD, Franz. — Neurasténie et entéroptoseIn : La Semaine médicale (1881), 1886, Vol. 6, pp. 211-2]

C’est, en effet, une véritable maladie que la ptose de l’intestin qui entraîne à sa suite celle de tous les organes tels que foie, estomac, rate, rein, et analyser ses symptômes, c’est faire un tableau clinique des plus variés : à l’amaigrissement, la malade joint « l’insomnie, » la dyspepsie, avec sensation de tiraillement, de creux, de vide, de délabrement dans la région de l’estomac et atonie opiniâtre de l’intestin.

À l’aspect extérieur, on voit l’abdomen distendu et la masse intestinale réduite. Souvent le rein est mobile, pas toujours cependant, et chose fort importante, une sangle abdominale soulage les douleurs, qu’il y ait ou non rein mobile. Le soulagement est d’autant plus grand que la sangle est placée plus bas et en outre, si l’on supprime brusquement la sangle, la sensation de faiblesse générale, de douleur, de ventre tombant réapparaît immédiatement. Les malades éprouvent le besoin de s’étendre et sont soulagés par cette position.

Tous ces symptômes ont fait penser à Glénard que les organes abdominaux devaient être mal soutenus. En effet, le défaut de soutien de l’intestin est une cause directe de troubles digestifs, car l’intestin tire sur les points par lesquels il est relevé. (Par les figures 33 et 34, planche IX), empruntées à Franz Glénard, on verra l’effet que produit le soutien artificiel de la sangle.

Tous les auteurs sont d’accord pour attribuer au corset l’entéroplose. Certes, la grossesse y contribue quelquefois, mais elle joue un rôle passif bien moins néfaste que le rôle actif joué de tout temps par le corset. Il comprime la taille en déplaçant les organes dans le sens de l’entéroptose, et il ne peut faire autrement, car en haut se trouve un obstacle : le diaphragme. On verra bien cette action en examinant les figures 35 et 36, planche IX.

En outre, il est facile de s’imaginer que le corset agit dans ce sens, en songeant qu’il serre trop haut, qu’il serre une zone trop étroite, et de plus qu’il est trop rigide, ne se prêtant pas aux déplacements des organes suivant les diverses positions prises normalement par le corps (Voir fig. 37 et 38, planche IX).

La maladie de Glénard est causée par le corset et la sangle qu’il préconise nous semble ce qui a été inventé de mieux pour y rémédier.


CHAPITRE X

Étude expérimentale

Il nous a semblé intéressant de pousser plus loin l’étude de l’influence du corset sur l’organisme humain et de faire appel aux découvertes encore relativement récentes de la physique médicale ; je veux parler de la radioscopie et de la radiographie.

Il est probable que beaucoup d’auteurs ont dû, dans le silence du laboratoire, faire dés études approfondies du corset à l’aide de ce procédé. Il est naturel, en effet, que la curiosité du chercheur soit attirée vers un moyen grâce auquel on peut aller saisir dans l’intimité de l’organisme les preuves de la vérité des lois de la nature qui, jusqu’à présent, n’étaient à la portée que des objets, visibles seulement par l’œil humain. Mais, à part Abadie-Léotard qui s’en est servi pour démontrer la supériorité d’un corset sur les autres et quelques rares auteurs, nous n’avons pas de documents donnant le résultat de ces recherches. C’est qu’à la vérité, toute ingénieuse qu’elle soit, la radiographie n’a pas permis encore de retenir l’image des principaux organes tels que le foie, la rate, l’estomac, l’intestin, le rein, etc. Les os, le cœur, le diaphragme seuls donnent des images bien nettes de leurs formes et de leur situation. Nous avons fait nos recherches dans le service et sous la haute direction de M. le professeur Marie ; M. Bernardin a bien voulu nous prêter sa précieuse compétence d’opérateur.

Notre étude a d’abord porté sur l’examen du thorax d’une jeune femme de 20 ans qui était dans le. service de M. le professeur Audry. Nous avions particulièrement choisi cette personne parce qu’en même temps qu’assez mince et pas très grande, elle nous avoua avoir porté depuis le très jeune âge un corset très serré et qu’elle l’avait abandonné seulement depuis une huitaine de jours, à son entrée à l’Hôtel-Dieu. Nous nous sommes fait confier par elle le corset qu’elle portait en dernier lieu et l’avons préparé pour les études radiographiques de la façon suivante : le pourtour du corset aussi bien dans le haut que dans le bas fut garni de petites lamelles de fer blanc, de même les parties correspondantes au baleinage ordinaire.

Nous devons ajouter que le corset était d’un modèle ancien, cambré devant et sur les côtés. Nous donnons ce détail parce que nous tenons à bien montrer que notre but a été dans cette étude de nous mettre dans les plus mauvaises conditions possibles pour faire ressortir les plus grands inconvénients que peut faire subir â l’organisme un corset mauvais.

Notre intention n’a as été en effet dans cette thèse de condamner ce vêtement, mais d’en montrer brutalement les mauvais effets, laissant aux chercheurs le soin d’en trouver un meilleur. S’ils l’ont déjà fait, nous ne pouvons que les en féliciter, mais nous ne le croyons pas.

La première radiographie faite fut celle d’une jeune femme servant de sujet, sans son corset, et nous : montrons sur la planche X le résultat de cette épreuve.

L’examen a porté ensuite sur sa cage thoracique revêtue, du corset préparé comme nous l’avons décrit plus haut. Une radiographie simple n’eut donné que des résultats approximatifs, on a donc eu recours à un procédé dont M. le professeur Marie a fixé dans ces dernières années les règles précises ; je veux parler de la radiographie stéréoscopique. Sans entrer dans de grands détails sur ce procédé aussi ingénieux que riche en résultats, nous dirons qu’il consiste à radiographier deux fois de suite le sujet examiné qui doit rester dans l’immobilité la plus absolue, en donnant à l’objectif radiographique, c’est-àdire au tube de Crookes dans la circonstance, un déplacement déterminé pour que les deux images puissent venir se superposer dans l’espace lorsque plus tard on les examinera côte à côte avec un stercoscope ordinaire.

Sur les planches XI et XII, on trouvera le résultat de cette radiographie-stéréoscopique, et si, muni d’un, stéréoscope convenable, on examine les deux épreuves en me me temps, il est facile de voir, comme si on était à l’intérieur de la cage thoracique, le chevauchement des côtes produit par le corset, la diminution du diamètre transverse, la constriction générale du thorax qui lui donne véritablement la forme en baril décrite dans un chapitre précédent.

M. le professeur Marie nous avait conseillé de pousser plus loin cette étude radiographique, et nous aurions eu un véritable plaisir scientifique à rechercher en particulier la gêne de la respiration produite par le corset, en prenant à témoin les différentes positions du diaphragme, ce régulateur automatique des mouvements respiratoires. Il avait déjà fait une très intéressante radiographie-stéréoscopique où le diaphragme et le cæur étaient saisis sur le vif en respiration forcée, mais la nécessité de terminer notre travail et de plus, la disparition fortuite du sujet qui servait à nos expériences, nous a obligé à remettre à d’autres temps la poursuite de cette étude.

Force a été de se contenter de la simple radioscopie, et nous n’avons pas à le regretter, car ce procédé a permis de mettre sous les yeux du lecteur deux schémas radioscopiques des plus concluants.

La personne qui s’est prêtée à cet examen est également une femme qui s’est longtemps et souvent serrée avec un corset moderne et droit cette fois, mais non moins funeste, comme on va le voir.

Dans le schéma de la planche XIII, nous avons figuré une ligne reproduisant la limite extrême du diaphragme en expiration et en inspiration forcée sans corset. Nous avons également fait figurer le cœur qui, grâce à la puissance du tube employé pour cette étude, était très visible.

Cet organe est très fortement enveloppé à sa partie inférieure par le diaphragme dans l’expiration forcée. L’écartement entre les deux lignes extrêmes de la course du diaphragme, ce que nous a ppellerons l’amplitude du diaphragme a été mesurée par nous très exactement ; nous avons trouvé : 7 cent. 5 à la plus grande expansion, 7 cent. à droite, 7 cent. 1 à gauche (du sujet).

La même femme revêtue du corset a été examinée de nouveau dans les mêmes conditions et nous avons figuré sur la planche XIV les résultats obtenus.

L’amplitude du diaphragme se trouve cette fois-ci réduite à 5 cent. là où précédemment nous avions 7 cent. 5 ; à 4 cent. 5 et à 4 cent. 4 aux endroits où nous avions constaté 7 cent. et 7 cent. 1.

Donc, 2 cent. 5 de différence d’amplitude à la région médiane, 2 cent. 5 à droite et 2 cent. 7 à gauche (du sujet).

Qui voudrait nier, après cela, les résultats réellement désastreux que peut avoir pour le bon fonctionnement de l’organisme, le port d’un semblable étau ?

Comment ne pas reconnaître cette influence néfaste aussi bien sur l’inspiration que sur l’expiration, et partant sur la circulation ?

Qu’on veuille bien remarquer, en outre, que les expériences ont été faites sur une femme non prévenue, ignorante de ce que nous voulions rechercher et qui, en outre, se trouvait à jeun. Il est facile de s’imaginer par conséquent, que les résultats eussent été certainement encore plus probants chez une personne dont l’estomac rempli à la suite d’un copieux repas, eut apporté lui aussi son appoint de compression sur le diaphragme.

C’est par cet exposé expérimental que nous terminerons notre travail, heureux si nous avons pu contribuer par nos faibles moyens à attirer une fois de plus sur la question si passionnante du corset, l’attention des chercheurs dans un but d’amélioration et de perfectionnement.

Planche XIII

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Fig. 42


Planche XIV
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Fig. 43


CONCLUSION

Nous avons fait une étude aussi approfondie que possible de l’influence du corset sur les divers organes de l’économie et sur les fonctions physiologiques de l’organisme humain.

Nous avons vu que le corset déforme le thorax, qu’il comprime les poumons et le cœur, et par là gêne la respiration et la circulation, prédispose en outre à la tuberculose. Nous avons vu qu’il est souvent la cause d’accidents très graves, de syncopes, de cardiopathies et même de mort subite.

Chemin faisant, nous avons examiné les sillons du foie, les déformations de la rate et de l’estomac dont il est cause ; nous avons signalé les traces qu’il laisse sur le rein et les désordres qu’il cause dans la vie utérine. Nous avons vu aussi la part que lui doit la ptose générale des organes et le rôle vraiment pathogénique qu’il joue d’une façon générale dans l’économie de la femme.

Comme on le voit, nous avons borné notre tache à montrer les inconvénients du corset, sans mettre le remède à côté du mal, à quoi bon ?… À quoi servirait-il de prêcher une fois de plus la suppression du corset ? L’améliorer ou lui substituer quelque vêtement meilleur ; cela a été fait avant nous un nombre incalculable de fois et ce n’est pas là un remède.

En tout cas, il ne semble pas que le médecin puisse jamais arriver tout seul à une solution, car il faut compter avec la mode et avec ceux qui la lancent.

Le jour où une entente se fera entre ces deux facteurs de la civilisation nous serons peut-être près de la solution. Pour le moment, on n’écoute que rarement le médecin en cette matière, le bon faiseur seul est écouté, et c’est souvent pour le plus grand mal des écouteurs.

Vu : Le Président de la Thèse, Dr MARIE.

Vu : Le Doyen, Dr CAUBET.

Vu et permis d’imprimer : Toulouse, le 11 Juillet 1907.

Le Recteur, Président du Conseil de l’Université, PERROUD.


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