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Œuvres complètes de Buffon, éd. Lanessan/Histoire naturelle des animaux/Animaux de l’ancien continent

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Texte établi par J.-L. de Lanessan, A. Le Vasseur (Tome IV, Histoire naturelle des animauxp. 557-571).

ANIMAUX DE L’ANCIEN CONTINENT


Les plus grands animaux sont ceux qui sont les mieux connus, et sur lesquels en général il y a le moins d’équivoque ou d’incertitude : nous les suivrons donc dans cette énumération, en les indiquant à peu près par ordre de grandeur.

Les éléphants appartiennent à l’ancien continent, et ne se trouvent pas dans le nouveau ; les plus grands sont en Asie, les plus petits en Afrique : tous sont originaires des climats les plus chauds, et, quoiqu’ils puissent vivre dans les contrées tempérées, ils ne peuvent y multiplier ; ils ne multiplient pas même dans leur pays natal lorsqu’ils ont perdu leur liberté ; cependant l’espèce en est assez nombreuse, quoique entièrement confinée aux seuls climats méridionaux de l’ancien continent ; et non seulement elle n’est point en Amérique, mais il ne s’y trouve même aucun animal qu’on puisse lui comparer, ni pour la grandeur, ni pour la figure.

On peut dire la même chose du rhinocéros, dont l’espèce est beaucoup moins nombreuse que celle de l’éléphant ; il ne se trouve que dans les déserts de l’Afrique et dans les forêts de l’Asie méridionale[NdÉ 1], et il n’y a en Amérique aucun animal qui lui ressemble.

L’hippopotame habite les rivages des grands fleuves de l’Inde et de l’Afrique[NdÉ 2] ; l’espèce en est peut-être encore moins nombreuse que celle du rhinocéros, et ne se trouve point en Amérique, ni même dans les climats tempérés de l’ancien continent.

Le chameau et le dromadaire, dont les espèces, quoique très voisines, sont différentes, et qui se trouvent si communément en Asie, en Arabie et dans toutes les parties orientales de l’ancien continent, étaient aussi inconnus aux Indes occidentales que l’éléphant, l’hippopotame et le rhinocéros. L’on a très mal à propos donné le nom de chameau au lama[1] et au pacos[2] du Pérou, qui sont d’une espèce si différente de celle du chameau, qu’on a cru pouvoir leur donner aussi le nom de moutons ; en sorte que les uns les ont appelés chameaux, et les autres moutons du Pérou, quoique le pacos n’ait rien de commun que la laine avec notre mouton, et que le lama ne ressemble au chameau que par l’allongement du cou. Les Espagnols[3] transportèrent autrefois de vrais chameaux au Pérou ; ils les avaient d’abord déposés aux îles Canaries, d’où ils les tirèrent ensuite pour les passer en Amérique ; mais il faut que le climat de ce nouveau monde ne leur soit pas favorable, car, quoiqu’ils aient produit dans cette terre étrangère, ils ne s’y sont pas multipliés, et ils n’y ont jamais été qu’en très petit nombre.

La girafe[4] ou le camelo-pardalis, animal très grand, très gros et très remarquable, tant par sa forme singulière que par la hauteur de sa taille, la longueur de son cou et celle de ses jambes de devant, ne s’est point trouvé en Amérique ; il habite en Afrique et surtout en Éthiopie, et ne s’est jamais répandu au delà des tropiques dans les climats tempérés de l’ancien continent.

Nous avons vu, dans l’article précédent, que le lion n’existait point en Amérique, et que le puma du Pérou est un animal d’une espèce différente. Nous verrons de même que le tigre et la panthère ne se trouvent que dans l’ancien continent, et que les animaux de l’Amérique méridionale auxquels on a donné ces noms sont d’espèces différentes. Le vrai tigre, le seul qui doit conserver ce nom, est un animal terrible et peut-être plus à craindre que le lion ; sa férocité n’est comparable à rien ; mais on peut juger de sa force par sa taille ; elle est ordinairement de quatre à cinq pieds de hauteur, sur neuf, dix et jusqu’à treize et quatorze pieds de longueur, sans y comprendre la queue ; sa peau n’est pas tigrée, c’est-à-dire parsemée de taches arrondies ; il a seulement, sur un fond de poil fauve, des bandes noires qui s’étendent transversalement sur tout le corps, et qui forment des anneaux sur la queue dans toute sa longueur ; ces seuls caractères suffisent pour le distinguer de tous les animaux de proie du nouveau monde, dont les plus grands sont à peine de la taille de nos mâtins ou de nos lévriers. Le léopard et la panthère de l’Afrique ou de l’Asie n’approchent pas de la grandeur du tigre, et cependant sont encore plus grands que les animaux de proie des parties méridionales de l’Amérique. Pline, dont on ne peut ici révoquer le témoignage en doute, puisque les panthères étaient si communes qu’on les exposait tous les jours en grand nombre dans les spectacles de Rome ; Pline, dis-je, en indique les caractères essentiels, en disant que leur poil est blanchâtre et que leur robe est variée partout[5] de taches noires semblables à des yeux ; il ajoute que la seule différence qu’il y ait entre le mâle et la femelle, c’est que la femelle a la robe plus blanche. Les animaux d’Amérique auxquels on a donné le nom de tigres ressemblent beaucoup plus à la panthère qu’au tigre ; mais ils en diffèrent encore assez pour qu’on puisse reconnaître clairement qu’aucun d’eux n’est précisément de l’espèce de la panthère. Le premier est le jaguar, ou jaguara ou janowara, qui se trouve à la Guyane, au Brésil et dans les autres parties méridionales de l’Amérique. Ray avait, avec quelque raison, nommé cet animal pard[6] ou lynx du Brésil ; les Portugais l’ont appelé once ou onça, parce qu’ils avaient précédemment donné ce nom au lynx par corruption, et ensuite à la petite panthère des Indes ; et les Français, sans fondement de relation, l’ont appelé tigre[7], car il n’a rien de commun avec cet animal. Il diffère aussi de la panthère par la grandeur du corps, par la position et la figure des taches, par la couleur et la longueur du poil, qui est crêpé dans la jeunesse, et qui est toujours moins lisse que celui de la panthère : il en diffère encore par le naturel et les mœurs ; il est plus sauvage et ne peut s’apprivoiser, etc. Ces différences cependant n’empêchent pas que le jaguar du Brésil ne ressemble plus à la panthère qu’à aucun autre animal de l’ancien continent. Le second est celui que nous appellerons couguar, par contraction de son nom brésilien cuguacu-ara[8], que l’on prononce cougouacou-ara, et que nos Français ont encore mal à propos appelé tigre rouge ; il diffère en tout du vrai tigre et beaucoup de la panthère, ayant le poil d’une couleur rousse, uniforme et sans taches, ayant aussi la tête d’une forme différente et le museau plus allongé que le tigre ou la panthère. Une troisième espèce à laquelle on a encore donné le nom de tigre, et qui en est tout aussi éloignée que les précédentes, c’est le jaguarète[9], qui est à peu près de la taille du jaguar et qui lui ressemble aussi par les habitudes naturelles, mais qui en diffère par quelques caractères extérieurs : on l’a appelé tigre noir, parce qu’il a le poil noir sur tout le corps, avec des taches encore plus noires, qui sont séparées et parsemées comme celles du jaguar. Outre ces trois espèces, et peut-être une quatrième qui est plus petite que les autres, auxquelles on a donné le nom de tigres, il se trouve encore en Amérique un animal qu’on peut leur comparer et qui me paraît avoir été mieux dénommé : c’est le chat-pard[NdÉ 3], qui tient du chat et de la panthère, et qu’il est en effet plus aisé d’indiquer par cette dénomination composée que par son nom mexicain tlacoosclotl[10] : il est plus petit que le jaguar, le jaguarète et le couguar, mais en même temps il est plus grand qu’un chat sauvage, auquel il ressemble par la figure ; il a seulement la queue beaucoup plus courte et la robe semée de taches noires, longues sur le dos et arrondies sur le ventre. Le jaguar, le jaguarète, le couguar et le chat-pard sont donc les animaux d’Amérique auxquels on a mal à propos donné le nom de tigres. Nous avons vivants le couguar et le chat-pard ; nous nous sommes donc assurés qu’ils sont chacun d’une espèce différente entre eux, et encore plus différente de celle du tigre et de la panthère ; et à l’égard du puma et du jaguar, il est évident, par les descriptions de ceux qui les ont vus, que le puma n’est point un lion, ni le jaguar un tigre ; ainsi nous pouvons prononcer sans scrupule que le lion, le tigre et même la panthère ne se sont pas plus trouvés en Amérique que l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe et le chameau. Toutes ces espèces ayant besoin d’un climat chaud pour se propager, et n’ayant jamais habité dans les terres du Nord, n’ont pu communiquer ni parvenir en Amérique ; ce fait général, dont il ne paraît pas qu’on se fût seulement douté, est trop important pour ne le pas appuyer de toutes les preuves qui peuvent achever de le constater : continuons donc notre énumération comparée des animaux de l’ancien continent avec ceux du nouveau.

Personne n’ignore que les chevaux, non seulement causèrent de la surprise, mais même donnèrent de la frayeur aux Américains lorsqu’ils les virent pour la première fois : ils ont bien réussi dans presque tous les climats de ce nouveau continent, et ils y sont actuellement presque aussi communs que dans l’ancien[11][NdÉ 4].

Il en est de même des ânes, qui étaient également inconnus, et qui ont également réussi dans les climats chauds de ce nouveau continent ; ils ont même produit des mulets, qui sont plus utiles que les lamas pour porter des fardeaux dans toutes les parties montagneuses du Chili, du Pérou, de la Nouvelle-Espagne, etc.

Le zèbre[12] est encore un animal de l’ancien continent, et qui n’a peut-être jamais été transporté ni vu dans le nouveau ; il paraît affecter un climat particulier et ne se trouve guère que dans cette partie de l’Afrique qui s’étend depuis l’équateur jusqu’au cap de Bonne-Espérance.

Le bœuf ne s’est trouvé ni dans les îles ni dans la terre ferme de l’Amérique méridionale : peu de temps après la découverte de ces nouvelles terres, les Espagnols y transportèrent d’Europe des taureaux et des vaches. En 1550, on laboura pour la première fois la terre avec des bœufs[13] dans la vallée de Cusco. Ces animaux multiplièrent prodigieusement dans ce continent, aussi bien que dans les îles de Saint-Domingue, de Cuba, de Barlovento, etc. ; ils devinrent même sauvages en plusieurs endroits. L’espèce de bœuf qui s’est trouvée au Mexique, à la Louisiane, etc.[14], et que nous avons appelé bœuf sauvage ou bison, n’est point issue de nos bœufs ; le bison existait en Amérique avant qu’on y eût transporté le bœuf d’Europe, et il diffère assez de celui-ci pour qu’on puisse le considérer comme faisant une espèce à part : il porte une bosse entre les épaules ; son poil est plus doux que la laine, plus long sur le devant du corps que sur le derrière, et crêpé sur le cou et le long de l’épine du dos ; la couleur en est brune, obscurément marquée de taches blanchâtres. Le bison a de plus les jambes courtes ; elles sont, comme la tête et la gorge, couvertes d’un long poil : le mâle a la queue longue avec une houppe de poil au bout, comme on le voit à la queue du lion. Quoique ces différences m’aient paru suffisantes, ainsi qu’à tous les autres naturalistes, pour faire du bœuf et du bison[15] deux espèces différentes, cependant je ne prétends pas l’assurer affirmativement : comme le seul caractère qui différencie ou identifie les espèces est la faculté de produire des individus qui ont eux-mêmes celle de produire leurs semblables, et que personne ne nous a appris si le bison peut produire avec le bœuf, que probablement même on n’a jamais essayé de les mêler ensemble, nous ne sommes pas en état de prononcer sur ce fait[NdÉ 5]. J’ai obligation à M. de la Nux, ancien conseiller au conseil royal de l’île de Bourbon et correspondant de l’Académie des sciences, de m’avoir appris par sa lettre[16], datée de l’île de Bourbon du 9 octobre 1759, que le bison ou bœuf à bosse de l’île de Bourbon produit avec nos bœufs d’Europe ; et j’avoue que je regardais ce bœuf à bosse des Indes plutôt comme un bison que comme un bœuf[NdÉ 6]. Je ne puis trop remercier M. de la Nux de m’avoir fait part de cette observation, et il serait bien à désirer qu’à son exemple les personnes habituées dans les pays lointains fissent de semblables expériences sur les animaux : il me semble qu’il serait facile à nos habitants de la Louisiane d’essayer de mêler le bison d’Amérique avec la vache d’Europe, et le taureau d’Europe avec la bisonne ; peut-être produiraient-ils ensemble, et alors on serait assuré que le bœuf d’Europe, le bœuf bossu de l’île de Bourbon, le taureau des Indes orientales et le bison d’Amérique ne feraient tous qu’une seule et même espèce. On voit, par les expériences de M. de la Nux, que la bosse ne fait point un caractère essentiel, puisqu’elle disparaît après quelques générations ; et d’ailleurs j’ai reconnu moi-même, par une autre observation, que cette bosse ou loupe que l’on voit au chameau comme au bison est un caractère qui, quoique ordinaire, n’est pas constant, et doit être regardé comme une différence accidentelle dépendante peut-être de l’embonpoint du corps ; car j’ai vu un chameau maigre et malade qui n’avait pas même l’apparence de la bosse. L’autre caractère du bison d’Amérique, qui est d’avoir le poil plus long et bien plus doux que celui de notre bœuf, paraît encore n’être qu’une différence qui pourrait venir de l’influence du climat, comme on le voit dans nos chèvres, nos chats et nos lapins, lorsqu’on les compare aux chèvres, aux chats et aux lapins d’Angora, qui, quoique très différents par le poil, sont cependant de la même espèce : on pourrait donc imaginer, avec quelque sorte de vraisemblance (surtout si le bison d’Amérique produisait avec nos vaches d’Europe), que notre bœuf aurait autrefois passé par les terres du nord contiguës à celles de l’Amérique septentrionale, et qu’ensuite ayant descendu dans les régions tempérées de ce nouveau monde, il aurait pris avec le temps les impressions du climat, et de bœuf serait devenu bison. Mais jusqu’à ce que le fait essentiel, c’est-à-dire la faculté de produire ensemble, en soit connu, nous nous croyons en droit de dire que notre bœuf est un animal appartenant à l’ancien continent, et qu’il n’existait pas dans le nouveau avant d’y avoir été transporté.

Il y avait encore moins de brebis[17] que de bœufs en Amérique ; elles y ont été transportées d’Europe, et elles ont réussi dans tous les climats chauds et tempérés de ce nouveau continent ; mais quoiqu’elles y[18] soient assez prolifiques, elles y sont communément plus maigres, et les moutons ont, en général, la chair moins succulente et moins tendre qu’en Europe ; le climat du Brésil est apparemment celui qui leur convient le mieux, car c’est le seul du nouveau monde où ils deviennent excessivement gras[19]. L’on a transporté à la Jamaïque non seulement des brebis d’Europe, mais aussi des moutons[20] de Guinée qui y ont également réussi ; ces deux espèces, qui nous paraissent être différentes l’une de l’autre, appartiennent également et uniquement à l’ancien continent.

Il en est des chèvres comme des brebis : elles n’existaient point en Amérique, et celles qu’on y trouve aujourd’hui, et qui y sont en grand nombre, viennent toutes des chèvres qui y ont été transportées d’Europe. Elles ne se sont pas autant multipliées au Brésil[21] que les brebis ; dans les premiers temps, lorsque les Espagnols les transportèrent au Pérou, elles y furent d’abord si rares qu’elles se vendaient jusqu’à cent dix ducats pièce[22] ; mais elles s’y multiplièrent ensuite si prodigieusement qu’elles se donnaient presque pour rien, et que l’on n’estimait que la peau ; elles y produisent trois, quatre et jusqu’à cinq chevreaux d’une seule portée, tandis qu’en Europe elles n’en portent qu’un ou deux. Les grandes et les petites îles de l’Amérique sont aussi peuplées de chèvres que les terres du continent ; les Espagnols en ont porté jusque dans les îles de la mer du Sud ; ils en avaient peuplé l’île de Juan-Fernandès[23], où elles avaient extrêmement multiplié ; mais comme c’était un secours pour les flibustiers, qui dans la suite coururent ces mers, les Espagnols résolurent de détruire les chèvres dans cette île, et pour cela ils y lâchèrent des chiens qui, s’y étant multipliés à leur tour, détruisirent les chèvres dans toutes les parties accessibles de l’île ; et ces chiens y sont devenus si féroces qu’actuellement ils attaquent les hommes.

Le sanglier, le cochon domestique, le cochon de Siam ou cochon de la Chine, qui tous trois ne font qu’une seule et même espèce, et qui se multiplient si facilement et si nombreusement en Europe et en Asie, ne se sont point trouvés en Amérique : le tajacou[24], qui a une ouverture sur le dos, est l’animal de ce continent qui en approche le plus ; nous l’avons eu vivant et nous avons inutilement essayé de le faire produire avec le cochon d’Europe ; d’ailleurs il en diffère par un si grand nombre d’autres caractères que nous sommes bien fondés à prononcer qu’il est d’une espèce différente. Les cochons transportés d’Europe en Amérique y ont encore mieux réussi et multiplié que les brebis et les chèvres. Les premières truies, dit Garcilasso[25], se vendirent au Pérou encore plus cher que les chèvres. La chair du bœuf et du mouton, dit Pison[26], n’est pas si bonne au Brésil qu’en Europe ; les cochons seuls y sont meilleurs et y multiplient beaucoup : ils sont aussi, selon Jean de Læt[27], devenus meilleurs à Saint-Domingue qu’ils ne le sont en Europe. En général, on peut dire que, de tous les animaux domestiques qui ont été transportés d’Europe en Amérique, le cochon est celui qui a le mieux et le plus universellement réussi. En Canada comme au Brésil, c’est-à-dire dans les climats très froids et très chauds de ce nouveau monde, il produit, il multiplie, et sa chair est également bonne à manger. L’espèce de la chèvre, au contraire, ne s’est multipliée que dans les pays chauds ou tempérés, et n’a pu se maintenir en Canada ; il faut faire venir de temps en temps d’Europe des boucs et des chèvres pour renouveler l’espèce, qui, par cette raison, y est très peu nombreuse. L’âne, qui multiplie au Brésil, au Pérou, etc., n’a pu multiplier en Canada ; l’on n’y voit ni mulets ni ânes, quoiqu’en différents temps l’on y ait transporté plusieurs couples de ces derniers animaux auxquels le froid semble ôter cette force de tempérament, cette ardeur naturelle qui, dans ces climats, les distinguent si fort des autres animaux. Les chevaux ont à peu près également multiplié dans les pays chauds et dans les pays froids du continent de l’Amérique ; il paraît seulement[28] qu’ils sont devenus plus petits ; mais cela leur est commun avec tous les autres animaux qui ont été transportés d’Europe en Amérique : car les bœufs, les chèvres, les moutons, les cochons, les chiens, sont plus petits en Canada qu’en France ; et, ce qui paraîtra peut-être beaucoup plus singulier, c’est que tous les animaux d’Amérique, même ceux qui sont naturels au climat, sont beaucoup plus petits en général que ceux de l’ancien continent. La nature semble s’être servie dans ce nouveau monde d’une autre échelle de grandeur ; l’homme est le seul qu’elle ait mesuré avec le même module : mais avant de donner les faits sur lesquels je fonde cette observation générale, il faut achever notre énumération.

Le cochon ne s’est donc point trouvé dans le nouveau monde, il y a été transporté ; et non seulement il y a multiplié dans l’état de domesticité, mais il est même devenu sauvage[29] en plusieurs endroits, et il y vit et multiplie dans les bois comme nos sangliers, sans le secours de l’homme. On a aussi transporté de la Guinée au Brésil[30] une autre espèce de cochon différente de celle d’Europe, qui s’y est multipliée. Ce cochon de Guinée, plus petit que celui d’Europe, a les oreilles fort longues et très pointues, la queue aussi fort longue et traînant presque à terre ; il n’est pas couvert de soies longues, mais d’un poil court, et il paraît faire une espèce distincte et séparée de celle du cochon d’Europe : car nous n’avons pas appris qu’au Brésil, où l’ardeur du climat favorise la propagation en tout genre, ces deux espèces se soient mêlées, ni qu’elles aient même produit des mulets, ou des individus féconds.

Les chiens, dont les races sont si variées et si nombreusement répandues, ne se sont, pour ainsi dire, trouvés en Amérique que par échantillons difficiles à comparer et à rapporter au total de l’espèce. Il y avait à Saint-Domingue de petits animaux appelés gosqués, semblables à de petits chiens ; mais il n’y avait point de chiens semblables à ceux d’Europe, dit Garcilasso, et il ajoute[31] que les chiens d’Europe qu’on avait transportés à Cuba et à Saint-Domingue, étant devenus sauvages, diminuèrent dans ces îles la quantité du bétail aussi devenu sauvage, que ces chiens marchent par troupes de dix ou douze et sont aussi méchants que des loups. Il n’y avait pas de vrais chiens aux Indes occidentales, dit Joseph Acosta[32], mais seulement des animaux semblables à de petits chiens qu’au Pérou ils appelaient alcos, et ces alcos s’attachent à leurs maîtres et ont à peu près aussi le naturel du chien. Si l’on en croit le P. Charlevoix[33], qui sur cet article ne cite pas ses garants, « les gochis de Saint-Domingue étaient de petits chiens muets qui servaient d’amusement aux dames[34] ; on s’en servait aussi à la chasse pour éventer d’autres animaux ; ils étaient bons[35] à manger, et furent d’une grande ressource dans les premières famines que les Espagnols essuyèrent : l’espèce aurait manqué dans l’île, si on n’y en avait pas apporté de plusieurs endroits du continent. Il y en avait de plusieurs sortes : les uns avaient la peau tout à fait lisse, d’autres avaient tout le corps couvert d’une laine fort douce : le plus grand nombre n’avait qu’une espèce de duvet fort tendre et fort rare ; la même variété de couleurs qui se voit parmi nos chiens se rencontrait aussi dans ceux-là, et plus grande encore, parce que toutes les couleurs s’y trouvaient, et même les plus vives. » Si l’espèce des goschis a jamais existé avec ces singularités que lui attribue le P. Charlevoix, pourquoi les autres auteurs n’en font-ils pas mention ? et pourquoi ces animaux qui, selon lui, étaient répandus non seulement dans l’île de Saint-Domingue, mais en plusieurs endroits du continent, ne subsistent-ils plus aujourd’hui ? ou plutôt, s’ils subsistent, comment ont-ils perdu toutes ces belles singularités ? Il est vraisemblable que le goschis du P. Charlevoix, dont il dit n’avoir trouvé le nom que dans le P. Pers, est le gosqués de Garcilasso ; il se peut aussi que le gosqués de Saint-Domingue et l’alco du Pérou ne soient que le même animal, et il paraît certain que cet animal est celui de l’Amérique qui a le plus de rapport avec le chien d’Europe. Quelques auteurs l’ont regardé comme un vrai chien : Jean de Læt[36] dit expressément que, dans le temps de la découverte des Indes, il y avait à Saint-Domingue une petite espèce de chiens dont on se servait pour la chasse, mais qui étaient absolument muets. Nous avons vu, dans l’histoire du chien[37], que ces animaux perdent la faculté d’aboyer dans les pays chauds ; mais l’aboiement est remplacé par une espèce de hurlement, et ils ne sont jamais, comme ces animaux trouvés en Amérique, absolument muets. Les chiens transportés d’Europe ont à peu près également réussi dans les contrées les plus chaudes et les plus froides d’Amérique, au Brésil et au Canada, et ce sont de tous les animaux ceux que les sauvages[38] estiment le plus ; cependant ils paraissent avoir changé de nature ; ils ont perdu leur voix dans les pays chauds, la grandeur de la taille dans les pays froids, et ils ont pris presque partout des oreilles droites : ils ont donc dégénéré, ou plutôt remonté à leur espèce primitive, qui est celle du chien de berger, du chien à oreilles droites, qui de tous est celui qui aboie le moins. On peut donc regarder les chiens comme appartenant uniquement à l’ancien continent, où leur nature ne s’est développée tout entière que dans les régions tempérées, et où elle paraît s’être variée et perfectionnée par les soins de l’homme, puisque dans tous les pays non policés et dans tous les climats excessivement chauds ou froids, ils sont également petits, laids et presque muets.

L’hyène[39], qui est à peu près de la grandeur du loup, est un animal connu des anciens, et que nous avons vu vivant ; il est singulier par l’ouverture et les glandes qu’il a situées comme celles du blaireau, desquelles il sort une humeur d’une odeur très forte : il est aussi très remarquable par sa longue crinière, qui s’étend le long du cou et du garrot ; par sa voracité, qui lui fait déterrer les cadavres et dévorer les chairs les plus infectes, etc. Cette vilaine bête ne se trouve qu’en Arabie ou dans les autres provinces méridionales de l’Asie ; elle n’existe point en Europe, et ne s’est pas trouvée dans le nouveau monde.

Le chacal[40] qui de tous les animaux, sans même en excepter le loup, est celui dont l’espèce nous paraît approcher le plus de l’espèce du chien, mais qui cependant en diffère par des caractères essentiels, est un animal très commun en Arménie, en Turquie, et qui se trouve aussi dans plusieurs autres provinces de l’Asie et de l’Afrique ; mais il est absolument étranger au nouveau continent. Il est remarquable par la couleur de son poil, qui est d’un jaune brillant ; il est à peu près de la grandeur d’un renard : quoique l’espèce en soit très nombreuse, elle ne s’est pas étendue jusqu’en Europe, ni même jusqu’au nord de l’Asie.

La genette[41], qui est un animal bien connu des Espagnols puisqu’elle habite en Espagne, aurait sans doute été remarquée si elle se fût trouvée en Amérique ; mais comme aucun de leurs historiens ou de leurs voyageurs n’en fait mention, il est clair que c’est encore un animal particulier à l’ancien continent, dans lequel il habite les parties méridionales de l’Europe, et celles de l’Asie qui sont à peu près sous cette même latitude.

Quoiqu’on ait prétendu que la civette se trouvait à la Nouvelle-Espagne, nous pensons que ce n’est point la civette de l’Afrique et des Indes, dont on tire le musc que l’on mêle et prépare avec celui que l’on tire aussi de l’animal appelé hiam[NdÉ 7] à la Chine, et nous regardons la vraie civette comme un animal des parties méridionales de l’ancien continent, qui ne s’est pas répandu vers le Nord, et qui n’a pu passer dans le nouveau.

Les chats étaient, comme les chiens, tout à fait étrangers au nouveau monde, et je suis maintenant persuadé que l’espèce n’y existait point, quoique j’ai cité[42] un passage par lequel il paraît qu’un homme de l’équipage de Christophe Colomb avait trouvé et tué sur la côte de ces nouvelles terres un chat sauvage ; je n’étais pas alors aussi instruit que je le suis aujourd’hui de tous les abus que l’on a fait des noms, et j’avoue que je ne connaissais pas encore assez les animaux pour distinguer nettement dans les témoignages des voyageurs les noms usurpés, les dénominations mal appliquées, empruntées ou factices ; et l’on n’en sera peut-être pas étonné, puisque les nomenclateurs, dont les recherches se bornent à ce seul point de vue, loin d’avoir éclairci la matière, l’ont encore embrouillée par d’autres dénominations et des phrases relatives à des méthodes arbitraires, toujours plus fautives que le coup d’œil et l’inspection. La pente naturelle que nous avons à comparer les choses que nous voyons pour la première fois à celles qui nous sont déjà connues, jointe à la difficulté presque invincible qu’il y avait à prononcer les noms donnés aux choses par les Américains, sont les deux causes de cette mauvaise application des dénominations, qui depuis a produit tant d’erreurs. Il est, par exemple, bien plus commode de donner à un animal nouveau le nom de sanglier[43] ou de cochon noir, que de prononcer son nom mexicain, quauh-coyamelt ; de même, il était plus aisé d’en appeler un autre renard américain[44], que de lui conserver son nom brésilien tamandua-guaeu ; de nommer de même mouton ou chameau[45] du Pérou des animaux qui dans cette langue se nommaient pelon-iehia-oquitli ; on a de même appelé cochon d’eau[46] le cabiai ou cabionara, ou capybara, quoique ce soit un animal très différent d’un cochon ; le carigueibeju s’est appelé loutre. Il en est de même de presque tous les autres animaux du nouveau monde, dont les noms étaient si barbares et si étrangers pour les Européens qu’ils cherchèrent à leur en donner d’autres par des ressemblances, quelquefois heureuses, avec les animaux de l’ancien continent ; mais souvent aussi par de simples rapports, trop éloignés pour fonder l’application de ces dénominations. On a regardé comme des lièvres et des lapins cinq ou six espèces de petits animaux, qui n’ont guère d’autre rapport avec les lièvres et les lapins que d’avoir, comme eux, la chair bonne à manger. On a appelé vache ou élan un animal sans cornes ni bois, que les Américains nommaient tapiierete au Brésil, et manipouris à la Guyane, que les Portugais ont ensuite appelé anta, et qui n’a d’autre rapport avec la vache ou l’élan, que celui de leur ressembler un peu par la forme du corps[NdÉ 8]. Les uns ont comparé le pak ou le paca[NdÉ 9] au lapin, et les autres ont dit qu’il était semblable à un pourceau[47] de deux mois. Quelques-uns ont regardé le philandre comme un rat, et l’ont appelé rat de bois ; d’autres l’ont pris pour un petit renard[48]. Mais il n’est pas nécessaire d’insister ici plus longtemps sur ce sujet, ni d’exposer dans un plus grand détail les fausses dénominations que les voyageurs, les historiens et les nomenclateurs ont appliquées aux animaux de l’Amérique, parce que nous tâcherons de les indiquer et de les corriger, autant que nous le pourrons, dans la suite de ce discours, et lorsque nous traiterons de chacun de ces animaux en particulier.

On voit que toutes les espèces de nos animaux domestiques d’Europe, et les plus grands animaux sauvages de l’Afrique et de l’Asie, manquaient au nouveau monde ; il en est de même de plusieurs autres espèces moins considérables, dont nous allons faire mention le plus succinctement qu’il nous sera possible.

Les gazelles, dont il y a plusieurs espèces différentes, et dont les unes sont en Arabie, les autres dans l’Inde orientale et les autres en Afrique, ont toutes à peu près également besoin d’un climat chaud pour subsister et se multiplier : elles ne se sont donc jamais étendues dans les pays du nord de l’ancien continent pour passer dans le nouveau ; aussi ces espèces d’Afrique et d’Asie ne s’y sont pas trouvées : il paraît seulement qu’on y a transporté l’espèce qu’on a appelée gazelle d’Afrique, et qu’Hernandès nomme algazel[49] ex Aphricâ. L’animal de la Nouvelle-Espagne, que le même auteur appelle temamaçame, que Seba désigne par le nom de cervus, Klein par celui de tragulus, et M. Brisson[50] par celui de gazelle de la Nouvelle-Espagne, paraît aussi différer, par l’espèce, de toutes les gazelles de l’ancien continent.

On serait porté à imaginer que le chamois, qui se plaît dans les neiges des Alpes, n’aurait pas craint les glaces du Nord, et que de là il aurait pu passer en Amérique ; cependant il ne s’y est pas trouvé. Cet animal semble affecter non seulement un climat, mais une situation particulière ; il est attaché au sommet des hautes montagnes des Alpes, des Pyrénées, etc., et, loin de s’être répandu dans les pays éloignés, il n’est jamais descendu dans les plaines qui sont au pied de ces montagnes. Ce n’est pas le seul animal qui affecte constamment un pays, ou plutôt une situation particulière : la marmotte, le bouquetin, l’ours, le lynx ou loup cervier, sont aussi des animaux montagnards que l’on trouve très rarement dans les plaines.

Le buffle, qui est un animal des pays chauds, et qu’on a rendu domestique en Italie, ressemble encore moins que le bœuf au bison d’Amérique, et ne s’est pas trouvé dans ce nouveau continent.

Le bouquetin se trouve au-dessus des plus hautes montagnes de l’Europe et de l’Asie, mais on ne l’a jamais vu sur les Cordillères.

L’animal[51] dont on tire le musc[NdÉ 10], et qui est à peu près de la grandeur d’un daim, n’habite que quelques contrées particulières de la Chine et de la Tartarie orientale ; le chevrotain[52][NdÉ 11], que l’on connaît sous le nom de petit cerf de Guinée, paraît confiné dans certaines provinces de l’Afrique et des Indes orientales, etc.

Le lapin, qui vient originairement d’Espagne, et qui s’est répandu dans tous les pays tempérés de l’Europe, n’était point en Amérique ; les animaux de ce continent, auxquels on a donné son nom sont d’espèces différentes, et tous les vrais lapins, qui s’y voient actuellement, y ont été transportés d’Europe[53].

Les furets qui ont été apportés d’Afrique en Europe, où ils ne peuvent subsister sans les soins de l’homme, ne se sont point trouvés en Amérique : il n’y a pas jusqu’à nos rats et nos souris qui n’y fussent inconnus ; ils y ont passé avec nos vaisseaux[54], et ils ont prodigieusement multiplié dans tous les lieux habités de ce nouveau continent.

Voilà donc à peu près les animaux de l’ancien continent : l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, le chameau, le dromadaire, le lion, le tigre, la panthère, le cheval, l’âne, le zèbre, le bœuf, le buffle, la brebis, la chèvre, le cochon, le chien, l’hyène, le chacal, la genette, la civette, le chat, la gazelle, le chamois, le bouquetin, le chevrotain, le lapin, le furet, les rats et les souris ; aucuns n’existaient en Amérique lorsqu’on en fit la découverte. Il en est de même des loirs, des lérots, des marmottes, des mangoustes, des blaireaux, des zibelines, des hermines, de la gerboise, des makis et de plusieurs espèces de singes, etc., dont aucune n’existait en Amérique à l’arrivée des Européens, et qui par conséquent sont toutes propres et particulières à l’ancien continent, comme nous tâcherons de le prouver en détail, lorsqu’il sera question de chacun de ces animaux en particulier.


Notes de Buffon
  1. Camelus dorso levi, gibbo pectorali. Linn. System. natur., édit. X, p. 65. — Camelus pilis brevissimis vestitus… Camelus Peruanus, le chameau du Pérou. Brisson, Règne anim., p. 56. — Ovis Peruana. Marcgrav. Hist. Brasil., p. 243.
  2. Camelus tophis nullis, corpore lanato. Linn. System. natur., édit. X, p. 66. — Camelus pilis prolixis toto corpore vestitus. La Vignogne. Brisson, Règne animal, p. 57. — Ovis Peruana pacos dicta. Marcgrav. Hist. Brasil., p. 244.
  3. Voyez l’Histoire naturelle des Indes, de Joseph Acosta, traduite par Robert Renaud, Paris, 1600, depuis la p. 44 jusqu’à la p. 208. Voyez aussi l’Histoire des Incas, Paris, 1744, t. II, p. 266 et suiv.
  4. Giraffa quam Arabes zurnapa, Græci et Latini camelo-pardalis nominant. Belon, Obs., p. 118.
  5. « Pantheris in candido breves macularum oculi… varias et pardos, qui mares sunt, appellant in eo omni genere creberrimo in Africâ Syriâque ; quidam ab iis pantheras candore solo discernunt, nec adhuc aliam differentiam inveni. » Plin. Hist. nat., lib. viii, cap. xvii.
  6. Pardus an Lynx Brasiliensis, juguara dicta. Marcgr. Ray, Synops. quadrup., p. 166.
  7. Gros tigre de la Guyane. Desmarchais, t. III, p. 299. Le tigre d’Amérique. Brisson, Règne animal, p. 270.
  8. Cuguacu-ara. Pison, Hist. nat. Ind., p. 104. — Le tigre rouge, Barrère, Hist. Fr. equin., p. 165. — Le tigre rouge. Brisson, Règne animal, p. 272.
  9. Jaguarète. Pison, Hist. nat. Ind., p. 103. — Once, espèce de tigre. Desmarchais, t. III, p. 300. — Le tigre noir. Brisson, Règne animal, p. 271.
  10. Vide Hernandez, Hist. Mex., p. 512. — Chat-pard. Hist. de l’Acad. des sciences, ou Mémoires pour servir à l’Histoire des animaux, t. III, part. i, p. 109. — Chat-pard. Brisson, Règne animal, p. 273.
  11. Tous les chevaux, dit Garcilasso, qui sont dans les Indes espagnoles, viennent des chevaux qui furent transportés d’Andalousie, d’abord dans l’île de Cuba et dans celle de Saint-Domingue, ensuite à celle de Barlovento, où ils multiplièrent si fort qu’il s’en répandit dans les terres inhabitées, où ils devinrent sauvages, et pullulèrent d’autant plus qu’il n’y avait point d’animaux féroces dans ces îles qui pussent leur nuire, et parce qu’il y a de l’herbe verte toute l’année. Histoire des Incas. Paris, 1744. — Ce sont les Français qui ont peuplé les îles Antilles de chevaux ; les Espagnols n’y en avaient point laissé comme dans les autres îles et dans la terre ferme du nouveau continent. M. Aubert, second gouverneur de la Guadeloupe, a commencé le premier pré dans cette île et y a fait apporter les premiers chevaux. Histoire générale des Antilles, par le P. du Tertre. Paris, 1667, t. II, p. 289.
  12. Zebra. Ray, Syn. quad., p. 69. — Edwards, Gleanings of natural History. London, 1758, p. 27 et 29. — Âne sauvage. Kolbe, t. III, p. 22. — Le zèbre ou l’âne rayé. Brisson, Règne animal, p. 101.
  13. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 266 et suiv.
  14. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Læt. Leyde, 1640, liv. x, chap. iv.
  15. Voyez l’article du bœuf.
  16. Extrait de la lettre écrite par M. de la Nux à M. de Buffon. — Je ne dois pas négliger de vous donner à connaître que les bisons, si la loupe ou bosse qu’ils ont sur le garrot est le seul caractère qui les distingue des bœufs, ne sont point une espèce particulière et différente de ceux-ci, comme vous paraissez en être persuadé (au VIIIe vol. in-12 de votre Hist. nat., p. 134). En cette île, où, depuis plus de trente ans, j’ai vu bœufs bretons, bœufs indiens, bisons, il est très assuré que ce sont des animaux de même espèce, mais de races différentes, qui, s’étant mêlées depuis ce temps, ont produit des individus qui en ont eux-mêmes produit d’autres, dont nos savanes sont actuellement couvertes. J’ai eu entre autres une vache bretonne qui a été chez moi la souche de plusieurs générations, et je n’ai jamais eu de taureaux indiens ni bretons, mais seulement des bisons entiers. Les premiers bâtards du mélange des bisons avec les races bretonnes, ont leur loupe ou bosse fort petite : il y en a même qui n’en ont presque pas, seulement le dessus des omoplates est plus charnu que dans les bœufs bretons ou indiens ; encore après plusieurs mélanges de trois races bâtardes, tout disparaît ; et j’ai actuellement plusieurs jeunes bêtes qui n’ont pas la moindre apparence des bosses ou loupes très diminuées que portent les mères qu’elles tettent. Nous nous servons ici des bœufs, de quelques races qu’ils soient, pour porter les grains et autres denrées : l’âpreté de nos montagnes ne permet ni la charrue, ni les charrois. Cet objet rend ici la race des bisons plus recommandable ; et la plupart de nos anciens colons voient avec grand regret la diminution progressive des loupes ou bosses, ils font ce qu’ils peuvent pour conserver les souches les plus bossues ; en effet, dans les descentes assez raides, cette bosse retient la charge ; malgré cela, j’ai l’expérience, et depuis bien des années, que la privation de la bosse ne rend pas nos bœufs moins propres à ce service. Il y a huit mois que je me suis défait d’un bœuf portant ou bœuf de charge, né chez moi très métis, qui avait servi pendant plus de quatre ans, et qui n’avait pas la moindre apparence de bosse ; j’ai encore sa mère qui a bosse et qui, âgée de dix-sept à dix-huit ans, donne encore des veaux bien étoffés. Ces bœufs de charge sont conduits et gouvernés par le nez, qu’on perce entre les narines : on passe dans l’ouverture un fer courbé en croissant, un peu ouvert aux deux extrémités, auxquelles sont attachés deux anneaux ; cette espèce de bridon est supporté par une têtière qui passe derrière les cornes et les oreilles. La corde ou longe de conduite, longue de quinze à seize pieds, est attachée à l’un des anneaux : ordinairement le bœuf devance le conducteur. J’oubliais de vous faire observer que les bisons entiers ont toujours été trouvés ici plus faibles non seulement que les taureaux bretons, mais encore que les bâtards de la race bretonne ; je sens bien qu’on voudrait savoir si cela est égal dans les individus provenus d’un taureau et d’une vache bisonne, et dans ceux provenus d’un bison. Je ne suis pas en état de répondre, etc.
  17. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 322.
  18. Voyez l’Histoire du Brésil, par Pison et Marcgrave.
  19. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Laet. Leyde, 1640, liv. xv, chap. xv.
  20. Ovis Guineensis seu Angolensis. Marcgravii, lib. vi, cap. x. Ray, Synopsis, p. 75. Voyez l’Histoire de la Jamaïque, par Hans-Sloane. Londres, 1707, vol. I, p. 73 de l’Introduction.
  21. Voyez l’Histoire du nouveau monde, liv. xv, chap. xv.
  22. Voyez l’Histoire des Incas, t. II, p. 322.
  23. Voyez le Voyage autour du monde, par Anson, liv. ii, p. 101.
  24. Tajacu. Pison, Ind., p. 98. — Tajacu aper Mexicanus moschiferus. Ray, Synops. quadrup., p. 97. — Le sanglier du Mexique. Les Français de la Guyane l’appellent cochon noir. Brisson, Règne animal, p. 111.
  25. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 266 et suiv.
  26. Vide Pison, Hist. nat. Brasil. cum app. Marcgravii.
  27. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Laet. Leyde, 1640, chap. iv, p. 5.
  28. Voyez l’Histoire de la Jamaïque, par Hans-Sloane. Londres, 1707 et 1725.
  29. Les cochons d’Europe ont beaucoup multiplié dans toutes les Indes occidentales ; ils y sont devenus sauvages, et on les chasse comme le sanglier, dont ils ont pris le naturel et la férocité. Histoire naturelle des Indes, par Joseph Acosta. Paris, 1600, p. 44 et suiv.
  30. Vide Pison, Hist. nat. Brasil. cum app. Marcgravii.
  31. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 322 et suiv.
  32. Voyez l’Histoire naturelle des Indes, par Joseph Acosta, p. 46 et suiv. Voyez aussi Histoire du nouveau monde, par Jean de Laet. Leyde, 1640, liv. x, chap. v.
  33. Voyez l’Histoire de l’isle Saint-Domingue, par le Père Charlevoix. Paris, t. ier, p. 35 et suiv.
  34. Y avait-il des dames à Saint-Domingue lorsqu’on en fit la découverte ?
  35. La chair du chien n’est pas bonne à manger.
  36. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Læt, liv. xv, chap. xv.
  37. Voyez l’article du chien.
  38. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Læt, liv. xv, chap. xv, p. 513.
  39. Hyœna. Aristotelis, Hist. animal.Dabuh Arabum. Charleton, Exer., p. 15.
  40. Lupus aureus… Jackall. Ray, Synops. quadrup., p. 174. — Asiaticum animal. Adil, nuncupatum. Belon, Obs., p. 160. — Canis flavus… Le loup doré. Brisson, Règne animal, p. 237.
  41. Genetta. Belon, Observ., p. 76. — Genetta. Catus Hispaniæ Genethocatus. Charleton, Exer., p. 20, — La genette. Brisson, Règne animal, p. 252.
  42. Voyez l’article du chat.
  43. Voyez le Voyage de Desmarchais, t. III, p. 112 ; et l’Essai sur l’Histoire naturelle de la France équinoxiale, par Barrère. Paris, 1740, avec l’Histoire du Mexique, par Hernandès, p. 637 ; et l’Histoire de la Nouvelle-Espagne, par Fernandès, p. 8.
  44. Voyez Desmarchais, t. III, p. 307.
  45. Voyez Hernandès, Histoire du Mexique, p. 660.
  46. Voyez Desmarchais, t. III, p. 314.
  47. Voyez l’Histoire du nouveau monde, par Jean de Læt, p. 481 et suiv.
  48. Vide Klein, De quadrup., p. 59 ; et Barrère, Histoire de la France équinoxiale, p. 166.
  49. Voyez Hernandès, Histoire du Mexique, p. 512.
  50. Voyez le Règne animal, par M. Brisson, p. 70.
  51. Hiam. animal musci. Boym, Flor. sinen., 1656, — Animal moschiferum. Ray, Synops. quadrup., p. 127.
  52. Chevrotain. Brisson, Règne animal, p. 95.
  53. Voyez l’Histoire des Incas. Paris, 1744, t. II, p. 322 et suiv.
  54. Idem, ibidem.
Notes de l’éditeur
  1. Le rhinocéros de l’Afrique est distinct de celui de l’Asie ; il a deux cornes, tandis que celui de l’Asie n’en a qu’une seule.
  2. L’hippopotame n’existe que dans les fleuves de l’Afrique. Il manque en Asie et en Amérique.
  3. Ou, mieux, ocelot.
  4. Le cheval n’existait pas en Amérique au moment de la conquête, mais on a récemment trouvé dans les pampas de l’Amérique du Sud, à l’état fossile, une espèce éteinte de cheval.
  5. On a observé la fécondation de la vache par le bison.
  6. C’est le zébu.
  7. Moschus moschiferus.
  8. C’est le tapir.
  9. C’est le Cavia paca.
  10. Moschus moschiferus L.
  11. Moschus pygmæus.