Œuvres complètes de Saint-Just/Tome 1/Avant-propos

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Avant-propos
Texte établi par Charles Vellay, Eugène Fasquelle, éditeur (L’Élite de la Révolution) (Tome premierp. i-iii).

AVANT-PROPOS


Aucune tentative n’a été faite jusqu’à ce jour pour réunir et classer les œuvres complètes de Saint-Just. L’édition qui parut, en 1834, sous le titre : Œuvres de Saint-Just, ne contient que les rapports et les principaux discours de Saint-Just, ainsi que les Fragments d'Institutions républicaines. Organt et l’Esprit de la Révolution avaient été publiés par Saint-Just lui-même, l’un en 1789, l’autre en 1791. D’autre part, si l’on en excepte quelques documents publiés au hasard de la rencontre, et les fragments donnés dans Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just et Payan, supprimés ou omis par Courtois (Paris, 1828), le reste de l’œuvre de Saint-Just est demeuré inconnu.

Assurément, dans cette œuvre diverse et hâtive, tout n’est pas d’une égale valeur. Mais tout, du moins, est d’une importance documentaire indiscutable. C’est pour cela qu’on trouvera ici, en même temps que les rapports et les discours politiques, les premiers essais de la jeunesse de Saint-Just, ce qu’il nous a été permis de retrouver de sa correspondance, et les actes officiels du Comité de salut public et des Armées, qu’il a rédigés ou signés. Replacée dans la suite chronologique des faits, cette œuvre permet de concevoir, année par année, jour par jour, l’évolution laborieuse de cette grande âme. De 1789 à 1794, l'effort de cette pensée se dessine, se développe et s’épanouit jusqu’à donner au monde un prodigieux exemple de grandeur morale. Cette ascension infatigable, il est possible de la suivre ici, à travers toutes ses manifestations.

Malheureusement, les éléments d’une édition des œuvres complètes de Saint-Just sont aujourd’hui si dispersés que les plus patientes recherches n’en pourraient reconstituer l’ensemble parfait. Les uns ont été égarés, d’autres détruits, d’autres encore ne sortent plus du silence des collections où ils se trouvent enfermés. C’est ainsi que, malgré nos efforts, nous n’avons pu retrouver les manuscrits de Saint-Just qui figuraient, jusqu’en 1878, dans la collection d’autographes de Benjamin Fillon, notamment une comédie en un acte, Arlequin Diogène, une Épigramme sur le comédien Dubois qui a joué dans Pierre le Cruel, un Dialogue entre M. D... et l'auteur du poème d’Organt, etc. D’autre part, il nous a été impossible de découvrir certaines lettres de Saint-Just, dont on retrouve cependant la trace jusqu’en 1880. Il est presque superflu d’ajouter que les lacunes ne sont pas moins fréquentes en ce qui concerne les arrêtés du Comité de salut public et les arrêtés aux armées. Là encore, tout a été dispersé, et le rassemblement de ces documents épars est

chose à peu près impossible. Les Archives Nationales sont, sur ce point, très incomplètes, et on ne peut attendre que d’un hasard heureux la découverte de quelques-uns des documents qui manquent au recueil des Actes du Comité de salut public, publié dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France. C’est grâce à des circonstances de ce genre que nous avons pu placer dans cette édition quelques actes de la correspondance du Comité, qu’on ne trouve point dans ce recueil officiel.

Ainsi, bien loin de prétendre que cette première édition des œuvres de Saint-Just ferme le champ à toutes recherches, nous pensons qu’elle l’ouvre au contraire, et qu’elle doit marquer le point de départ de nouvelles investigations, jusqu’à ce que le monument brisé soit reconstruit dans tous ses détails.


C.V.