Œuvres complètes de Shakespeare/Hugo, 1865-1872/Apocryphes, tome 3/Notes

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Traduction par François-Victor Hugo.
Pagnerre (3p. 415-418).

NOTES

SUR

LOCRINE, LORD CROMWELL, LE PRODIGUE DE LONDRES ET LA PURITAINE.



(1) « Dans les temps primitifs, il n’existait pas de rivière nommée Humber. Le cours d’eau que nous nommons aujourd’hui Humber, et qui était appelé Abis par Ptolémée, Aber par Léland, ne porte ce nom que jusqu’à la réunion de la Trent avec la Dure. Ce noble bras de mer doit son appellation moderne à Humber ou Umar roi des Scythes, qui envahit cette île. au temps de Locrine, croyant y fonder son empire. Mais Dieu, qui de tout temps témoigna une singulière sollicitude pour le bien de la Bretagne, voulut que cet Humber fût mis en fuite et que son armée fût exterminée. Humber se noya essayant de regagner sa flotte, et voilà pourquoi nous nommons Humber le fleuve où il trouva la mort.

 » Dum fugit, obstat ei flumen, submergitur illie, —
mmDeque suo tribuit nommine aquœ.
 »
(Holinshed, Description de la Bretagne, p. 92, — 1574.)


(2) Le Jardin de Paris, dont il est question dans un drame-chronique de Shakespeare, Henry VIII[1], était un amphithéâtre construit, dès le commencement du seizième siècle, dans la paroisse de Southwark. Cet amphithéâtre était affecté aux combats d’ours. Un terrible accident y eut lieu le dimanche 13 janvier 1583. Une des estrades de bois, où étaient entassés les spectateurs, s’étant écroulée, huit ou dix personnes furent tuées, un grand nombre furent blessées, et les puritains ne manquèrent pas d’attribuer cette catastrophe à la colère du Ciel irrité de la violation du commandement qui prescrit le repos du sabbat.

(3) D’après un dicton populaire, les femmes mortes en état de virginité sont condamnées à conduire des singes en enfer. Dans Beaucoup de bruit pour rien, Shakespeare fait allusion à cette singulière croyance :


BÉATRICE.

Je consens à prendre pour douze sols toute la ménagerie des barbus et à conduire tous ces singes-là en enfer.


LÉONATO.

Tu iras donc en enfer !


BÉATRICE.

Seulement jusqu’à la porte. Là, le diable viendra au devant de moi avec des cornes sur la tête, comme un vieux cocu qu’il est, et il me dira : Allez au ciel, Béatrice ! Sur ce, je lui remets mes singes, et je pars pour le ciel.

(4) La tisane de lierre est une médecine purgative dont on faisait grand usage autrefois.

(5) L’église Sainte-Marie Overies (aujourd’hui nommée Saint-Sauveur) est un des plus anciens édifices religieux de la paroisse de Southwark. Elle est située au sud de la Tamise, tout à côté de l’emplacement où était bâti le théâtre du Globe. Ce voisinage est significatif.

(6) « Il n’y a pas une femme mariée qui ait une vie plus heureuse que mistress Page ; elle fait ce qu’elle veut, dit ce qu’elle veut, reçoit tout, paie tout, va au lit quand il lui plaît, se lève quand il lui plaît ; tout ça comme elle l’entend, et vraiment elle le mérite ; car s’il y a une aimable femme, c’est celle-là. » (Les joyeuses Épouses de Windsor, scène V.)

(7) Othello, à Émilia : À vos fonctions, mistress ! Laissez seuls ceux qui veulent procréer, et fermez la porte ! Toussez, et criez hem ! si quelqu’un vient. Votre métier ! votre métier ! Allons, dépêchez-vous ! (Othello, scène XII.)

(8) Le collège de Jésus, où George Pyeboard dit avoir été élevé, fut bâti à Oxford au commencement du règne d’Élisabeth.

(9) « Quoique la vertu ne soit pas puritaine, elle n’en est pas plus malfaisante. » (Tout est bien qui finit bien, scène III.)

(10) Cette prédiction sur les règnes de Henry V et de Henry VI est familière à tous les lecteurs des drames historiques de Shakespeare.

(11) Cette plaisanterie à l’adresse des Brownistes est tout à fait dans le goût de Shakespeare, qui a raillé cette secte puritaine dans son inimitable comédie du Soir des Rois. (Voir tome. XIV, page 337.)

(12) My heels are sorer than a whitsun morris dancer’s. Il est souvent question, dans les pièces authentiques du maître, de ce pas morisque qui se dansait dans les fêtes populaires de l’Angleterre. Dans Tout est bien qui finit bien, il est fait mention d’une morisque pour la première journée de mai, a morris for may-day, et, dans Henry IV (seconde partie), la morisque est, comme ici, un divertissement de la Pentecôte, a whitsun morris dance.

(13) On se rappelle que, dans la seconde partie de Henry IV, un personnage s’écrie : Voici une coupé de Charneco here is a cup of Charneco. C’était un vin du Midi fort goûté des contemporains d’Élisabeth.

(14) Pour bien saisir ici l’intention de l’auteur, il faut se souvenir que le mot pyeboard signifie une pelle à four, spécialement destinée à la pâtisserie.

FIN DES NOTES.
  1. Voir le tome XIII des œuvres complètes de Shakespeare, p. 426.