Œuvres mêlées/À Célimène
Sſiſe à l’ombre d’un chêne
Sur le bord d’un clair Ruiſſeau
La Bergere Celimene
Rêvoit au doux bruit de l’eau ;
Son troupeau dans la prairie
Sur l’herbe tendre & fleurie
Erre au gré de ſes deſirs,
Dans le temps que la Bergere
Qu’un noir chagrin deſeſpere
S’abandonne à ſes ſoûpirs.
En vain d’un tendre ramage
Les oyſeaux de ce Bocâge
Veulent charmer ſa douleur
Tout déplaît à ſa langueur :
Le trouble qui l’inquiette
Rend ſes ennuys ſi preſſens
Que même de ſa Muſette
Elle hait les doux accents.
Tircis, ce Berger volage
Eſt la cauſe de ſes pleurs,
Pour de nouvelles ardeurs
Il a quité le Village.
La belle loin de bannir,
L’image de l’infidelle
Ne ſçauroit s’entretenir
Que du feu qu’il eut pour elle.
Levant au Ciel ſes beaux yeux
Qu’offuſque un torrent de larmes,
Ce fut, dit-elle, en ces lieux
Que mon cœur rendit les armes,
Ce fut dans ces mêmes Bois
Que l’ingrat cent & cent fois
Mais les perfides ſerments
Dont il ſeduiſoit mon ame
Oüy dans le ſiecle où nous ſommes
Tous cherchent à nous tromper
N’a rien qui nous duſt fraper.
Lors que par mille tendreſſes
Ils ont engagé nos cœurs,
Sans ſonger à leurs promeſſes
Ils en font autant ailleurs.
Petits Moutons, innocents animaux,
Et fuit tous les liens nouveaux.
Et chez-vous c’eſt aſſez qu’on aime
Pour aimer éternellement.
Ainſi que vous ſe laiſſent enflâmer
Charmez du ſeul plaiſir d’aimer
À de pernicieux détours.
Que cherchant à nous éblouïr
Par tout ce qu’ils nous font ouïr :
Loin de les écouter fuions les deſormais,
Cherchons dans ces vaſtes foreſts
Parmy le ſilence & les ombres
Le doux repos que mon cœur a perdu :
L’empire ne s’eſt étendu.
Par vôtre agréable murmure,
Belles fleurs, Gazons, Arbres verts,
Banniſſez les inquiétudes
Charmez ſi bien mes ſens, aimables ſolitudes,