Œuvres mêlées/Artaut ou l’Avare puni
Ous, dont les bons mots enjouez
De tous les connoiſſeurs ſont juſtement loüez ;
Vous, dont l’expreſſion naïve
A ſçû divertir tant de fois
Dans des Contes charmans le plus puiſſant des Rois ;
Vous qui peignez les mœurs d’une couleur ſi vive.
Inimitable le Camus,
Oſerai-je à mon tour dans un recit fidele
Vous raconter une nouvelle ?
Oüi, que craindrois-je la deſſus ?
Vouloir vous imiter ſont des ſoins ſuperflus ;
Mais je n’eſpere pas atteindre à ce modele,
Vous contant aujourd’huy certaine bagatelle
Qui met bien dans leur jour, & vices, & vertus :
Puiſſiez-vous approuver les leçons de morale
Qu’en badinant ma Muſe étale.
Fort peu de fiction entre dans mon projet.
Joinville qui d’un Roy tout éclatant de Gloire,
Nous donna la fameuſe Hiſtoire
Dans ſes naïfs écrits m’a fourny mon ſujet.
Jadis regnoit dans la Champagne,
Par les dons de Bacchus fort renommé Climat,
Et pour tout païs de Caucagne ;
Un Prince, dont les mœurs firent beaucoup d’éclat.
Il étoit vaillant dans la Guerre
Prudent dans ſon Conſeil, & plein de fermeté ;
Mais ce qui plus encor fit bruit par toute terre
Ce fut ſa libéralité :
Affable, genereux, d’effets plus qu’en paroles,
Vertu tres-peu commune aux gens de qualité
Dont tant n’ont qu’en diſcours de generoſité
Pour mettre tout leurs biens à des dépenſes folles.
Nôtre heros avec ſoin les fuyoit
Et croiant ſon grand cœur à pleines mains verſoit
Et les écus, & les piſtoles
Sur ceux de ſes fujets, que le ſort maltraitoit.
Secours des malheureux, il eut l’ame ſi belle,
Son humeur donnante fut telle,
Il fut ſi genereux, ſi bon,
Que de HENRY LE LARGE il reçût le ſurnom.
Communément la Ville, la Province,
Règlent leurs mœurs ſur celles de leur Prince ;
Auſſi les Champenois pendant ſon regne heureux
Se piquant de délicateſſe
De grandeur, & de politeſſe
Se montroient preſque tous braves, & genereux.
Entr’autre un certain Gentilhomme
Des plus grands Seigneurs du Païs
Riche, liberal, bien appris,
S’étoit toûjours fait voir vaillant, & galant homme ;
Il ne ſe donnoit nul combat
Qu’il ne ſe ſignalât à bien ſervir l’Etat.
Ce zele étoit commun à tous ceux de ſa race :
Cependant par un ſort, qui paroiſſoit fatal,
Le Prince en tout ſi liberal,
N’avoit ſur ce Baron jamais verſé de grace.
Pourquoy ? c’eſt que Henry des malheureux l’apuy,
D’Ernoux (tel fut ſon nom) connoiſſant les richeſſes
Quand il faiſoit des dons ne penſoit point à luy,
Croiant qu’il ſe pouvoit paſſer de ſes largeſſes.
Ernoux de ſon côté ne luy demandoit rien ;
N’imitant pas ces courtiſans ſordides
Qui riches, & toûjours avides
Vont fatiguer leur maître à demander du bien.
Le bon Seigneur tout au contraire
Faiſoit tout ſon plaiſir d’en faire :
Parents, amis, vaſſaux, valets,
Trouvoient toûjours chez luy ſecours, & bonne chere.
Sans nul ménagement pour les vils intereſts.
Auſſi n’avoit-il pas de nombreuſe famille ;
Pour tout enfant il n’avoit, qu’une fille
Mais ſi pleine d’eſprit, de douceur, & d’atrais,
De ſageſſe, & de grandeur d’ame,
Qu’on ne pouvoit trouver jamais
Plus de charmes dans une femme.
Chaque jour ſes appas vainqueurs
Captivoient mille, & mille cœurs.
Mais parmy la brûlante bande,
De ſes ſoûpirans (quoique grande)
Elle ſçut fort long-temps conſerver ſes froideurs.
Enfin un Cavalier d’une maiſon illuſtre
Jeune, bien fait, galant, ſage, reſpectueux,
Et qui par cent faits pleins de luſtre
Avoit encore rendu ſon grand nom plus fameux,
S’aviſa de brûler pour elle :
Il devoit moins, que tous convenir à la Belle ;
Car malgré ſes titres pompeux,
Et de ſes qualitez l’aſſortiment heureux
Il n’avoit pas pourtant la plus eſſentielle :
C’étoit un grand Seigneur fort gueux.
Cependant l’aimable Nantide,
(C’eſt ainſi qu’on nommoit cette fille d’Ernoux)
Aimant le merite ſolide
Le regarda d’un œil fort doux,
Comme elle étoit modeſte, & fiere ;
Quoyqu’elle fût ſenſible aux ſoins du Cavalier,
Pour quitter ſes hauteurs, & ſa froide manière
Elle ſe fit long-temps prier.
Enfin elle avoüa qu’Imbert ſavoit luy plaire.
Et même elle promit de couronner ſon feu,
Pourveu qu’il obtînt de ſon pere
En ſa faveur un doux aveu.
Cet amant tranſporté d’une joye incroiable
Ne ſongea plus qu’à trouver un moment
Qui luy fût aſſez favorable
Pour avoir ce conſentement.
L’affaire à ſon eſprit paroiſſoit difficile ;
Il avoit peu de bien, & ſavoit fort qu’Ernoux
Au gré de ſes ſouhaits pouvoit faire à ſa fille,
Du plus riche Seigneur aiſément un époux.
Cependant flaté d’eſperance
Par ſa valeur & ſa naiſſance,
Et par la generoſité
Du pere de l’objet, qui le tient enchanté,
Il va d’un air ſoûmis, & d’une voix timide,
Luy conter ſon amour pour la belle Nantide ;
Et dit, que ſi ſes feux pleins du plus vif tranſport
Ne peuvent avoir ſon ſufrage,
Pour l’obtenir en mariage,
Dans le premier combat il cherchera la mort.
Quoyqu’Ernoux connût bien ſes feux, & ſon courage,
Il ne crut pas au fonds quoyqu’il tînt ce langage
Qu’à devenir deffunt il s’empreſſât ſi fort.
En effet il auroit eu tort.
Le vieux Baron avoit l’ame fort penetrante
Et ſes yeux s’étoient apperçus
Qu’auprés de ſa fille charmante
Les tendres ſoins d’Imbert n’étoient pas mal reçus.
Ainfi ſans conſulter la maxime commune,
Qui met dans les treſors, la gloire, le repos,
Le mauvais ſort d’Imbert n’a rien qui l’importune,
Il ſuffit qu’il luy voit une ame de heros.
Il luy répondit donc par ces obligeans mots :
Vous n’avez pas beaucoup de biens de la fortune ;
Mais grace à mon deſtin heureux,
Nantide en aura pour vous deux,
Non pas pour ſoûtenir une dépenſe affreuſe,
Mais pour ſe faire un ſort, qui ſoit commode & doux :
Ma fille n’eut jamais l’humeur ambitieuſe,
Et quitteroit le bien pour choiſir un époux
D’un mérite auſſi grand que vous :
Contez donc la deſſus c’eſt une affaire faite ;
Sitôt que nous verrons le jour
Où l’oncle de ma fille a marqué ſon retour
Vôtre ardeur ſera ſatisfaite ;
Juſque-là tenez la ſecrette.
Imbert à l’objet de ſes vœux
Va conter ce ſuccez heureux
Tous deux ſe livrent à la joye :
Mais qu’ils goûtent peu leur bonheur !
Tout à coup le Ciel leur envoye
Une violente douleur.
Dans une maiſon de campagne
Des plus belles de la Champagne ;
Sous un bon coffre fort, Ernoux ſoigneuſement
Conſervoit les deniers d’un gros rembourſement ;
Et gardoit cet argent pour marier ſa fille :
Quoyque ce celebre Château
Fût auſſi fort qu’il étoit beau
Le précieux treſor un adroit voleur pille.
Ce n’eſt pas tout, on apprend qu’un Banquier,
Chez qui le bon Seigneur a tout ſon bien à rente,
Quoyqu’on prônaſt par tout ſa fortune opulente
Sans retour devient banqueroutier.
Ce vol & cette banqueroute
Mirent ſi fort Ernoux, & ſa fille en deroute,
Qu’on les crut par ce coup fatal
Preſque reduits à l’hôpital.
Dés que la nouvelle en fut ſçuë
Qu’à la Cour, à la Ville elle fut repanduë,
Nantide vit bien-tôt ſes amans s’écarter ;
C’eſt en vain qu’elle eſt ſage & belle,
Elle n’a plus de dot, plus de penchant pour elle,
Les ſoupirans vont déſerter.
Le ſeul Imbert tendre & fidele
Tâche à flater les maux de ſon adverſité,
Et parle d’accomplir leur hymen projetté.
Mais ſa maîtreſſe qui ſe pique
De nobles ſentimens de generoſité,
Luy répond d’un air héroïque :
Si vous aviez du bien pour ſoûtenir le rang,
Que vous donne l’éclat du ſang,
Puiſque nous ſentons même flâme
Je ſerois bien tôt vôtre femme
Et même mon bonheur me paroîtroit plus doux
Si je le tenois tout de vous.
Mais du deſtin la cruelle injuſtice
Par la perte des biens vous fit ſentir ſes coups,
N’allons donc pas ſuivant un trop tendre caprice
Unir nôtre ſort par des nœux,
Qui pourroient devenir funeſtes à tous deux ;
Sans l’heureux ſecours des richeſſes
Souvent les plus fortes tendreſſes,
Se changent en mépris affreux.
Ainſi tournez ailleurs vos vœux,
Et cherchez le ſecret de plaire,
À quelque opulente heritiere
Je ſouffriray bien moins ſi je vous voy heureux.
Imbert de ce diſcours s’offence
Et jure à ſa maîtreſſe éternelle conſtance
Malgré leur deſtin rigoureux :
Leur entretien jadis ſi plein de charmes
Se termina par bien des larmes.
Dans la maiſon d’Ernoux, où regnoient les plaiſirs,
Regne une triſteſſe muette
Qu’on n’interrompt que par quelques ſoupirs.
Nantide avoit une Soubrette
Qui ſe fâchoit fort de ce train :
Elle aimoit beaucoup ſa maîtreſſe
Mais elle haïſſoit encor plus le chagrin.
À l’aimable Nantide elle prônoit ſans ceſſe,
Que la plus mortelle triſteſſe
N’apporte aux accidens aucun ſoulagement ;
Cette ſuivante avoit de l’agrément
Etoit adroite, & babillarde,
Aimoit qu’on luy contât ſouvent tendres propos ;
Et quoyque ſage au fonds ſe montroit trop gaillarde
Dans ſes diſcours, & ſes bons mots.
Au reſte bonne enfant : qui dans ſon caractere
Ne laiſſoit pas de beaucoup plaire.
Un jour témoignant un tranſport
Qui partoit du fond de ſon ame
À Nantide, elle dit, Madame,
Nous allons voir changer vôtre malheureux ſort.
Artaut juſqu’à l’excez vous aime
De ce fameux Bourgeois vous connoiſſez l’état,
Le credit, la richeſſe extréme,
Il ne tiendra qu’à vous d’en partager l’éclat.
Il me vient de dire luy-même,
Que tant qu’il vit du bien chez vous
Il n’oſoit aſpirer à ſe voir vôtre époux ;
Mais qu’ayant veu vôtre diſgrace
Il vous offre à preſent, & ſon cœur, & ſon bien ;
Dés demain ſi l’on veut le contrat il en paſſe,
Sans qu’en vous épouſant il vous demande rien.
Ah ! je ne le croy pas répondit ſa maîtreſſe ;
L’indigne Artaut n’a point une telle tendreſſe ;
Car jamais un vieux débauché
N’a le cœur fortement touché.
Il veut voir ſeulement ſi j’auray la foibleſſe,
De donner dans de tels filets ;
Pour publier par tout, que malgré ma jeuneſſe,
Ma fierté, mon rang, mes attraits,
Et malgré ce qu’on dit de ſon humeur jalouſe,
J’ay fait tous mes efforts pour être ſon épouſe.
Mais quand ſes feux ſeroient bien vrays
Je ne ſerois pas fille à faire
Avec ce Barbon une affaire ;
Son eſprit lâche & bas, & ſa bizarre humeur
M’ont toûjours donné de l’horreur.
Je dis plus, il auroit, & merite, & nobleſſe
Que je refuſerois de m’unir à ſon ſort,
J’ay pour Imbert une tendreſſe
Qui ne finira qu’à la mort.
Ne croy donc pas, que jamais je me donne ;
Puis que je ne puis être à luy,
Je ne prétens être à perſonne.
Il vous faut pourtant un appuy,
Reprit la Suivante en colere ;
Vous vouliez bien hier, qu’il prît une heritiere,
Prenez un Richard aujourd’huy.
J’avois raiſon, luy dit Nantide ;
Mais tu vois qu’il ne le veut pas :
Si quelque heureux deſtin le guide,
Comme il eſt brave & ſage il peut par les combats,
S’avancer, & changer ſa dure deſtinée ;
Mais ſi la fortune obſtinée
Refuſe à ſa vertu ſes éclatans ſecours ;
Pour luy rendre la foy que ſon cœur m’a donnée,
Je veux dans un Convent aller paſſer mes jours.
Ah juſte Ciel ! le beau recours !
S’écria la vive Soubrette,
Que vous ſeriez bien ſatisfaite
D’être entre quatre murs à pleurer vos amours !
Mais enfin au Barbon, que faut-il que je die ?
Dis luy, que Je le remercie,
Dit la belle, & qu’en vain il me viendroit prier
Puiſque je ne prétens jamais me marier.
Nantide avoit raiſon de refuſer l’hommage
De ce vieux bouru de Bourgeois ;
C’étoit un vilain perſonnage
Par une centaine d’endroits.
Il avoit ſu dans ſon jeune âge
Manger ſon patrimoine en moins de quatre mois,
À quoy ? c’eſt qu’il courait de Coquette, en Coquette,
De Berlan en Berlan, de Griſette en Griſette,
Sans honte, ſans égard, ſans choix ;
S’il ſe trouvoit dans le Village
La Meuniere étoit ſon partage.
Quand elle l’eut été déja de deux ou trois,
Tout étoit bon pour ſon libertinage.
Quand il ſe vit ſans fonds comme ſans revenus,
Il n’eſt tours remplis de ſoupleſſes
Paſſes droits, mauvaiſes fineſſes,
Dont il ne ſe ſervît pour avoir des écus,
Qu’il portoit aux Traitteurs, aux Berlans, aux Maîtreſſes :
Après avoir ſuivi de telles paſſions
Il changea d’inclinations ;
Tout d’un coup on vit l’Avarice
Être l’objet de ſon caprice.
Ayant par un ſoin diligent
Fait amas de beaucoup d’argent ;
Il prit party dans les finances ;
C’eſt là, que ſon art excela,
Jamais Maltotier n’égala
Son Brigandage affreux, ſes dures impudences.
Il plaidoit tout le monde & gagnoit ſes procez,
Et ſçut porter ſi loin ſes avares excez,
Qu’il vouloit qu’à ſes gens le ſeul os d’une éclanche,
Leur fournît du potage au moins cinq ou ſix fois,
Ne mettoit de chemiſe blanche
Tout au plus qu’une fois le mois ;
Et que du Franc-ſalé qu’il tiroit d’une charge
Qu’il avoit chez HENRY LE LARGE
Il vendoit le ſel à faux poids.
On ne peut exprimer la peine, la miſere,
Qu’avoient dans ſa maiſon & commis & valets ;
Il fut l’inventeur mercenaire
D’un almanach, qui fait exprés
Les Fêtes retranchoit & triploit les Vigiles,
Qu’il faiſoit jeûner à l’excez :
Enfin dans la rapine il ſavoit des ſecrets
Que tous les Harpagons, même les plus habiles
Ne pouront découvrir jamais
Etant ſi pillard & ſi chiche
En peu de temps il devint riche.
Lors il eut en tous lieux, grand pouvoir, grand credit,
On vanta par tout ſon adreſſe
Ses talens, ſon ſubtil eſprit,
Tant le peuple toûjours revera la richeſſe.
Il eſt vray, qu’il étoit laborieux, actif,
Fin, penetrant, expeditif ;
Qu’il euſt, quoique fantaſque, une aſſez bonne tête,
Qu’à ſavoir la chicane il n’eut point ſon pareil,
Et qu’il eut toûjours au Conſeil
Pour trouver de l’argent une invention prête.
Ce fut par ces talens que malgré ſon humeur,
Sa craſſe, ſa rapine extrême,
Qu’auprés d’un Prince ſage, & la largeſſe même
Il ſçût trouver de la faveur.
Tout cela frapoit tant les yeux de la Suivante,
Que quoy que Nantide en eût dit
La réponſe qu’elle luy fit
Ne fut point du tout rebutante :
Elle contenoit ſeulement,
Qu’à preſent ſa jeune maîtreſſe
Etoit trop dans l’accablement
Pour aller tout d’un coup paſſer à l’allegreſſe
En changeant de nom, & d’état :
Que cela feroit trop d’éclat
Mais qu’aprés quelque mois il pourroit ſans myſtere
L’aller demander à ſon pere.
Artaut gonflé d’un fol eſpoir
Tout fier d’avoir ſi tôt ſû plaire
En luy tout de nouveau cent merites crut voir
Si bien qu’il oublia ſon âge & ſa baſſeſſe.
He ! quelle Dame pût refuſer ſa tendreſſe !
Diſoit-il, quand le ſort luy preſente un amant,
Qui comme moy plein d’eſprit, d’agrément,
Y joint encor le credit, la richeſſe :
Puis les Belles jamais ne m’ont refuſé rien.
Mais Nantide pourtant quand tu ſeras ma femme,
Si quelque beau Blondin t’alloit ſeduire l’ame ;
Non j’y mettrai bon ordre, & te garderai bien.
Enſuite il fait projet de faire
Aprés ſon mariage enrager ſon beau pere.
En donnant la torture aux loix :
Il veut s’approprier l’uſage,
Des reſtes délabrez de ſon riche heritage.
Dont ſes tours chicanneurs multipliront les droits
Plus d’une centaine de fois.
Car quoy qu’il aimât fort Nantide
Il eut été dans un grand deſeſpoir
De ſigner un contrat ſans en rien recevoir,
Ou ſe flater du moins de quelque gain ſordide.
Cependant du Seigneur Ernoux
Il avoit mille fois reçû de bons offices,
Des preuves de bontez, & d’obligeans ſervices,
Dont il eût dû garder un ſouvenir bien doux.
Lors que par l’horreur de la guerre ;
La Champagne avoit vû ſon peuple deſolé,
Le Baron par trois fois de ſa plus belle terre
Preſerva le Château d’être pillé, brulé
Il fit encore plus, Artaut dans un Village
Se trouvant ſottement pour quelque beau menage ;
Fut par les ennemis enlevé priſonnier :
Ernoux qui vit ſous ſa conduite
Un party de Soldats d’élite
Courut, le délivra, ſans que d’un ſeul denier
Artaut remerciât les Soldats de ſa ſuite.
Ernoux pour apaiſer les Soldats mal contens
Les fit amplement boire à ſes propres dépens.
Artaut de ſa rançon épargnant les piſtoles
Fut prodigue en belles paroles,
Et dit au bon Seigneur qu’il n’oubliroit jamais
Ses ſecours obligeans, ſes genereux bienfaits.
Plus on a l’ame grande & bonne,
Et plus on eſt facile à ſe laiſſer duper.
Par cet endroit plus que perſonne
Ernoux fut propre à ſe laiſſer tromper.
Ainſi lorſque depuis ſa triſte decadance
Il vit venir Artaut ſouvent dans ſon logis,
Il crut que ce Bourgeois plein de reconnoiſſance
Etoit vraiment de ſes amis.
Car il ignoroit la menée
Qu’il tramoit touchant l’Himenée
Qu’il vouloit faire avec ſa chere enfant.
Quoyque Nantide de ſon pere
Connût la grandeur d’ame, & l’amitié ſincere,
Elle avoit empêché qu’il n’en euſt eu le vent,
De peur que par hazard il n’approuvât l’affaire
À cauſe du beſoin preſſant.
Au Barbon cependant elle fit froide mine ;
À la Suivante il s’en plaignoit
Qui diſoit fortement que cela ne venoit
Que de ce qu’elle étoit chagrine.
En attendant ſa bonne humeur,
Pour ſe dedommager, ce fantaſque rêveur,
S’aviſa de conter ſornette
À l’officieuſe Soubrette,
Qui l’écouta ſans aigreur,
Tant elle aimoit la fleurette,
Car à s’expliquer ſans détour
Ce vieux craſſeux étoit un remede d’amour.
Pourtant pour ſes écus toûjours pleine de zele
En ſa faveur encore elle prêcha la Belle
Et n’y gagna pas plus que l’autre fois
Plus que jamais, ardent, fidele,
Imbert attaché ſous ſes loix
Sembloit ne vivre que pour elle :
Ainſi ſans nul égard elle prôna bien haut
Son amour pour Imbert, ſa haine pour Artaut,
Et deffendit à ſa Soubrette
De lui parler jamais de cet affreux objet :
La fripone étant fort adroite
Euſt bien-tôt changé de projet ;
Et reſolut du moins de tirer une ſomme
Par détour de ce vilain homme,
Pour prix de ſes ſoins empreſſez,
Qui ſeroient ſans cela fort mal recompenſez.
Ainſi quand il parla de ſa flame amoureuſe,
Et du fonds qu’il faiſoit ſur ſon adroit eſprit :
Elle luy dit d’un air contrit,
Que Nantide vouloit être Religieuſe,
Et brûloit de l’ardeur d’avoir l’occaſion
De ſuivre ſa vocation.
Il luy prend là, dit-il, une ſubite envie.
Mais n’eſt-ce point plûtôt une tendre paſſion
Qui la porte à chercher un tel genre de vie ?
Non dit-elle, ce n’eſt que par dévotion :
Depuis un certain temps nuit & jour elle prie ;
Et comme un zele ardent avec elle me lie
On me verra guimper par imitation.
Tu parois trop de ſens, trop jeune, & trop jolie
Pour faire, dit Artaut, une telle folie :
Et ce n’eſt pas auſſi d’aujourd’huy que je croy
Ta maîtreſſe moins belle, & plus ſote que toy ;
Ce freluquet d’Imbert, qui vient tant chez ſon pere
Peut-être aura trop ſû luy plaire.
Tels breteurs n’ont jamais un ſou :
Ernoux n’étant pas aſſez fou
Pour vouloir luy donner ſa fille
Elle ira ſotement s’enfermer d’une grille.
Ah ! que vous êtes entêté
Reprit bruſquement la Suivante,
Je vous l’ai déja dit c’eſt pure pieté.
Que cela ſoit, ou non, charmante,
Repliqua le Barbon de ſon ton radoucy ;
Si tu veux ſeulement m’être un peu complaiſante
Je me moque de tout cecy.
Je voy bien, Monſieur luy dit-elle,
Que vous ne me connoiſſez pas
Malgré ma gayeté naturelle
Je n’en ai pas le cœur plus bas,
De ma maîtreſſe enfin je veux ſuivre les pas.
Quoy qu’Artaut en eût dit ayant martel en tête,
Dés que la nuit vient il s’apprête
Pour entrer au logis d’Ernoux :
Il croit que ſa fille aime : Ergo les rendez-vous
Sont frequents pour celuy qui ſait charmer l’ingrate.
Les brutaux comme luy pleins de groſſiers projets
Ne peuvent concevoir qu’on puiſſe aimer jamais
D’une tendreſſe délicate,
Il prétend cette nuit que la vengeance éclate ;
II crut y reüſſir gagnant heureuſement
Le jardin où donnoit plus d’un appartement.
Cette nuit-là n’étoit pas brune,
Il faiſoit un beau clair de lune ;
Ainſi comme il portoit ſes pas
Devers un appartement bas,
La Suivante le vit paroître
Heureuſement de la fenêtre.
Le reconnoiſſant bien elle ne manqua pas,
De juger par quelle avanture
On voyoit ſa ſote figure,
Et comme en cas pareils elle avoit de l’eſprit
Plus qu’un démon à ce qu’on dit,
Elle conceut à l’heure même
Dans ſa cervelle un ſtratageme
Propre à berner ce vieux jaloux,
Et propre à diſculper ſon aimable Maîtreſſe
Dont la gloire toûjours fortement l’intereſſe :
Enfin bon à tromper le plus ruſé des foux :
Ayant donc vu ſans en être aperceuë,
Que ce vieux fripon s’approchoit
Des fenêtres tant qu’il pouvoit,
Du moment qu’elle crût pouvoir être entenduë,
Elle ſe mit à caqueter
Pour luy donner lieu d’écouter.
C’étoit tout ce qu’il pouvoit faire
Dans cette ſalle baſſe étoit de la lumière ;
Mais les vollets étoient fermez
Écoutant donc glapir une voix éclatante
Il connut que c’étoit celle de la Suivante ;
Ce qui calma fort peu tous ſes ſens alarmez
Qui pour deux à la fois ſe trouvoient enflâmez.
Il entendit que d’un ton de colere,
Elle diſoit, Imbert, vous ne ſauriez me plaire,
Malgré tous vos airs doucereux ;
Je vous l’ay déjà dit, laiſſez moy je vous prie,
Je n’entendray pas raillerie
Vous n’êtes qu’un coquet fort gueux :
Puis malgré mon humeur & malgré ma franchiſe
Je ne ſerois pas fille à faire une ſotiſe
Et fortement il me déplaît
De vous voir à l’heure qu’il eſt :
À cauſe que Monſieur vous aime & vous careſſe
Vous croyez avoir ma tendreſſe.
Oh ! qu’il n’en ſera pas ainſi,
Décampez donc vîte d’icy ;
Ou je feray grand bruit afin que tout s’éveille,
Alors elle ſe tut : Artaut prêtant l’oreille
Plein d’impatience attendoit
Ce qu’lmbert luy repartiroit.
Son attente fut vaine il ne put rien entendre
De ce que le Blondin luy dit.
Mais auſſi-tôt elle reprit
Souvent on eſt puny d’oſer trop entreprendre :
C’eſt en vain que vous parlez bas
Je m’en vais faire un beau fracas.
Vous, promeſſe de mariage !
Et vous n’avez le bien ni l’âge :
Si vous étiez bien riche & fort maître de vous
Je vous accepterois volontiers pour époux.
Mais ſans cela point de nouvelle :
Me donner vôtre foy c’eſt pure bagatelle,
Car je ne veux pas l’accepter.
Elle ſe tut, puis dit, que venez-vous conter ?
Et bien oüi, plus que vous je l’aime,
Il eſt riche & poſé, ſage dans ſes diſcours,
Ses honneurs croiſſent tous les jours ;
Et je ne feindray pas de vous dire à vous même,
Qu’en dépit de ſon âge il auroit mes amours,
S’il m’offroit comme vous une bonne promeſſe
Qui me prouvât bien ſa tendreſſe.
Elle ſe tut encor pendant quelque moment,
Et puis reprit fort bruſquement
Je ris de tels diſcours ; he bien bien, s’il eſt chiche
Il deviendra toûjours de plus riche en plus riche.
Je le repete encor que mon ſort ſeroit doux,
Si du Seigneur Artaut j’avois ſû gagner l’ame
Juſqu’à me voir un jour ſa femme,
Que je ſerois heureuſe avec un tel époux !
Artaut ne ſe ſentant pas d’aiſe
Sentoit dans ſon poitrail encor croître la braiſe
Qui le brûloit déja pour cet objet charmant.
Elle prônant toûjours ſur ſon ton vehement,
Pourſuivit-en diſant, hé bien je vous pardonne.
Une entrepriſe ſi friponne
Si vous voulez, mais promptement
Sortir d’icy ſi finement
Que vous ne puiſſiez être apperceu de perſonne.
Lors marchant avec bruit on ſe mit en devoir
D’ouvrir porte & fenêtre ; afin, dit-on, de voir
Si tout dans le jardin étoit en ſolitude.
Artaut ſe met à fuir rempli d’inquietude,
En ſe recommandant à Dieu.
Tous les Buiſſons luy ſont un objet de chimere :
Et ſans ceſſe il ſe dit, quelle affreuſe miſere
S’il faut être d’Imbert rencontré dans ce lieu ?
Enfin tout eſſouflé d’avoir couru ſi vîte,
Il quite les jardins & regagne ſon gîte.
Lors délivré de ſa frayeur
Il ſe livre à la joye & repaſſe en ſon cœur
Les mots flateurs de la Suivante ;
Et ſa forte habitude au métier de voleur
L’entraînant toûjours dans ſa pente
Il ſonge à luy voler au plûtôt ſon honneur.
Pour ne pas languir dans l’attente,
Tout auſſi-tôt qu’il fait grand jour,
Il va luy conter ſon amour,
Et luy dit que l’ardeur de ſa flâme brûlante
Luy donne lieu de tout oſer
Et que malgré le Prince il la veut épouſer.
Il ajoûte qu’il faudra faire
Avec grand ſecret cette affaire :
Puiſque depuis deux jours il vient de s’excuſer
D’épouſer une aimable fille,
Fort riche & d’une illuſtre & nombreuſe famille
Qui du Comte toûjours ſe vît favoriſer ;
Mais qu’il veut cependant bien prouver ſa tendreſſe
À ſa chere maîtreſſe :
En attendant le jour heureux,
Qu’il l’épouſe en public ſelon ſes plus doux vœux :
Luy donnant une bonne & fidelle promeſſe :
Mais qu’il prétend auſſi, tant ſon ardeur le preſſe,
Qu’aprés on couronne ſes feux.
Quoique cette jeune Suivante
Fût bien loin du deſſein dans le fonds de ſon cœur,
De rendre cette ardeur contente,
Elle donna dans tout ce que dit le réveur.
Ah ! qu’elle ſe faiſoit de joye
D’attraper ce papier de cet Avare eſprit,
Eſperant bien par cet écrit
Tirer du vieux bouru groſſe piece ou monnoye.
La finette diſoit, Par tout ce qu’il a dit,
Je voy que ce fripon croi me prendre pour dupe :
Mais il verra le radoteux,
Quoyqu’à ſavoir fourber nuit & jour il s’occupe,
Qui ſera dans cecy la dupe de nous deux.
Artaut qu’un ſoin preſſant engage
La quitte & va dés le moment
Compoſer le beau grifonnage
D’une façon de mariage.
Rien n’étoit comparable à ſon raviſſement,
S’imaginant que la Soubrette,
Comme elle étoit vive & folette,
Iroit juſqu’au bout aiſément.
La promeſſe au fripon ne fait aucune peine ;
Il ſe dit qu’un procez ſaura la rendre vaine.
Ainſi content & plein d’eſpoir
Il s’en retourne dés le ſoir
Faire un preſent à ſa maîtreſſe
De ſa ſçelerate promeſſe.
Elle l’écoute doucement,
Prend ſon papier le ſerre promptement,
Mais lors qu’elle voit qu’il s’apprête,
De ſe donner le droit de venir fréquemment
Luy conter ſes feux tête à tête,
Elle luy répond froidement,
Quoyque toûjours obligeamment
Qu’il faut qu’auparavant ſe celebre la fête
De leur Hymen quoyque caché
Afin que rien ne luy ſoit reproché,
Il feint de conſentir à ce qu’elle deſire,
Quoyqu’il prétende bien ſans cela la ſeduire.
Cependant le Seigneur Ernoux,
Que toûjours la fortune accable de ſes coups,
Croyant Artaut plus honnête homme
Qu’on ne le dit en mille endroits :
Va fort civilement prier ce vieux Bourgeois
De vouloir luy préter une legere ſomme :
Cet indigne mortel qu’il obligea cent fois,
Non ſeulement n’en veut rien faire ;
Mais reçoit fort mal ſa priere.
Ainſi le cœur outré d’ennuy
Le bon Seigneur s’en retourna chez luy
Conter ſa douleur à Nantide :
Comme elle avoit l’eſprit auſſi vif que ſolide
Elle le conſola, luy tenant ce diſcours :
Du malheur qui nous accompagne
Nôtre grand Comte de Champagne
Pourra ſeul arrêter le cours.
Vous connoiſſez ſa bonté, ſa largeſſe,
Implorons-la, Seigneur, dans l’ennuy qui nous preſſe.
Le Baron, de Nantide approuvant le conſeil,
Prend ſon temps, & ſuivi de ſon aimable fille,
Qui malgré ſon chagrin de mille graces brille,
Trouve lieu d’aborder le Prince à ſon reveil.
Il croioit ce temps favorable
Pour trouver à la Cour moins de faquins d’eſprits ;
Cependant par un ſort qu’il trouva déplorable,
Artaut dont la preſence & l’irrite & l’accable
Entretenoit déja le Souverain d’Edits,
Malgré la preſence importune
De cet indigne favory
De la trop aveugle fortune :
Ernoux ne laiſſa pas d’expoſer à Henry
Et les diſgraces & les pertes
Que ſa triſte maiſon a depuis peu ſouffertes ;
Il luy peint le ſoucy, dont il eſt agité :
Diſant qu’il n’eſt point de remede
À la douleur qui le poſſede
Qu’en ſa genereuſe bonté.
Artaut que ſa faveur rendoit plein d’inſolence,
Sans donner au Comte le temps
De pouvoir d’un ſeul mot marquer ſes ſentimens ;
Dit au Seigneur Ernoux d’un ton plein d’arrogance,
Qu’il le trouvoit bien imprudent
De venir demander au Prince,
Qui par ſes trop grands dons étoit de la Province
Le Seigneur le plus indigent,
Et manquoit de reſſource auſſi-bien que d’argent :
Qu’ainſi c’étoit une harangue vaine
De venir demander du bien
À qui pour trop donner ne poſſedoit plus rien.
Le Comte le laiſſant achever avec peine,
Luy dit d’un ton moqueur, daignez me pardonner,
Monſieur le vilain[1] mon audace
D’oſer vous démentir en face :
Mais vous vous trompez bien ; j’ai fort de quoy donner,
Quand ce ne ſeroit que vous même
Dont je prétends tout à preſent.
À ce Baron faire preſent.
Saiſiſſez cet Avare extrême
Dit le Comte au Seigneur Ernoux,
Enfermez-le dés mieux ſous grilles & verroux,
Faites luy bien faire carême,
Tant qu’il vous ait donné d’argent un bon amas
Pour finir tous vos embarras.
Ce vieux fourbe dans mes finances
A volé des ſommes immences
De tous mes droits je vous fais don
Faites-les valoir tout de bon.
Ernoux charmé de la maniere
Et genereuſe & ſinguliere
Dont le Souverain l’obligeoit
Emmene Artaut qui fremiſſoit
De depit, de honte & de rage :
Et tout d’abord le met en cage,
Dont ſes ſoins pour ſortir furent tous ſuperflus
Qu’il n’eût au vieux Baron donné cent mille écus,
Dont il fit une dote à ſa fille charmante.
Ce n’eſt pas tout : La finette Suivante,
Voiant le vieux pillart dans cet état réduit
De ſa promeſſe fait grand bruit,
Et dit qu’il faut qu’un mariage
Pour le laiſſer ſortir ſa parole dégage.
Quoyqu’elle affectât grand couroux
Elle n’eſperoit pas l’obtenir pour Époux
Et vouloit ſeulement tirer de ce riche homme
Par ſon bruit quelque groſſe ſomme.
Il arriva que le ſuccés
Surpaſſa beaucoup ſes ſouhaits.
Le Comte informé de l’affaire
Et las de plus d’un mauvais tour
Que faiſoient fréquemment les brigans en amour,
Voulant qu’à l’avenir on leur fût plus ſevere,
Sans écouter Artaut qui vouloit s’excuſer,
Ordonna qu’au plûtôt il eût à l’épouſer.
Ainſi la juſtice du Comte
Jointe à ſa libéralité,
D’une maniere vive & promte
De Nantide & d’Imbert fait la félicité,
Ainſi le fourbe Artaut qui prétendoit ſeduire,
Ne trouve pas ſujet de rire,
Voyant que ſans raiſonnement
Il faut qu’il aille promptement
Épouſer une ſimple fille
De la plus obſcure famille,
Sans rang, ſans crédit, ſans écus,
Et fort gaillarde par deſſus.
Les deux jeunes amans ſe livrent à la joye
Et pour celebrer les beaux nœuds
Dont l’Hymen les unit tous deux,
On voit de tous côtez briller l’or & la ſoye.
Tout le monde à la Cour d’eux paroît enchanté,
On aplaudit leur air, leur generoſité,
Et du Prince par tout on vante la largeſſe.
Ernoux eſt comblé d’allegreſſe,
La Suivante en a plus encor
D’épouſer un Creſus, qui malgré la reſſource
Qu’on vient de puiſer dans ſa bource
Eſt cependant tout chargé d’or.
Le ſeul Artaut accablé de triſteſſe,
Outré, deſeſperé, confus,
De voir tous ſes bons tours & ſes vols ſuperflus,
Tombe après ſon Hymen en ſi grande détreſſe
Qu’il s’en va : mais très-bruſquement
D’un plein ſaut dans le monument,
Et laiſſe veuve la Soubrette
Qui dans le fond du cœur ſent un plaiſir bien doux,
D’être riche & ſi tôt deffaite
De ſon vieux Fantasque d’Époux.
Tel eſt toûjours le deſtin d’un Avare,
Qui débauché, fourbe, bizarre,
Ne ſonge qu’à remplir ſes injuſtes deſirs
Par la richeſſe & les brutaux plaiſirs :
Le Ciel pour ſes forfaits plein d’une horreur étrange
Enfin ſeverement ſe vange.
- ↑ Terme du diſcours du Comte de Champagne raporté par Joinville.