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Œuvres mêlées/Pour le jour de la naissance du roi

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POUR LE JOUR DE LA
naiſſance du Roy.



Raſſemblez aujourd’huy les plaiſirs
& les jeux,
Qu’en ces celebres murs on allume des feux,
Et que tout le peuple y deploye
Les vifs & doux tranſports d’une éclatante joye.
France, c’eſt dans cet heureux jour
Que Loüis receut la lumière :
Si-tôt qu’il commença ſon auguſte cariere,
Il fut de tous les cœurs & l’eſpoir & l’amour.
Mais de quelque vaſte eſperance
Qu’il ait pû nous combler dans ſon aimable enfance,
Il la ſurpaſſe bien encor :
Toûjours à la vertu propice
Par ſa bonté, par ſa juſtice ;
Il ramene le ſiecle d’or.

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Son regne eſt un tiſſu de ſurprenants miracles.
En vain les folles unions
De cent jalouſes Nations
Prétendoient luy ſervir d’obſtacles :
Il donne à l’univers les merveilleux ſpectacles
De mille auguſtes actions.
En vain l’uſurpateur ſi chery de la Ligue
Oppoſe à ce vainqueur & la force, & la brigue :
Nôtre grand Roy ſeul contre tous
Accable ce Tiran ſous d’intrepides coups.
Nous verrons ſous leur poids ſuccomber un perfide :
Il a déja ſenti d’aſſez juſtes revers.
Nôtre vaillant Héros, à l’exemple d’Alcide,
De monſtres odieux veut purger l’Univers.
La priſe de Namur, & les exploits divers,
Faits entre Stinquerque & Tubiſe,
En ont preſque achevé la fameuſe entrepriſe.

Mais pendant que Loüis rempliſſant ſes projets

Fait reſſentir par tout le pouvoir de ſes armes,
Il empêche que Mars & ſes triſtes alarmes
Ne viennent troubler ſes ſujets.
Nous le voyons montrer ſans ceſſe
Aux peuples fortunez qui vivent ſous ſes loix,
Que leur bonheur ſeul l’intereſſe
Et qu’il eſt le plus grand & le meilleur des Rois.
Celebrons donc le jour où le Ciel à la terre,
A fait préſent de ce Heros,
Auſſi ſage au milieu des horreurs de la guerre,
Qu’occupé noblement dans le ſein du repos.
Prions pour luy le Ciel d’une ardeur vive & pure :
Ah ! s’il veut nous donner un bonheur aſſuré,
Qu’il faſſe ſeulement, propice à la nature,
Que de Loüis le Grand le charmant regne dure.
Encore plus qu’'il n’a duré.

Année 1694.