Œuvres complètes de Theophile (Jannet)/Enfin mon amitié se lasse

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
ODE.


Enfin mon amitié se lasse :
Je suis forcé de me guérir.
L’amour qui me faisoit périr
Tous les jours peu à peu se passe.
J’ay rappelle mon jugement,
J’ay fait vœu d aymer sagement.
Je rougis de ma servitude
Et proteste devant les Dieux
Que je hay ton ingratitude
Plus que je n’ay chery tes yeux.
Je n’ay plus le soing de te plaire :
Mes charmes sont esvanouys ;
Désormais je me resjouys
De ta haine et de ta colère.
Geste lascheté d’endurer
Ne me sçauroit guère durer ;
Je veux estre exempt de souffrance
Aussi bien que toy de pitié.
Et vivre avec l’indifférence
Dont tu traictes mon amitié.
Jamais douleur insupportable
Jusques à mon mal n’empira,
Jamais esprit ne souspira
D’un travail si peu profitable.
Je vis trop amoureusement,

Je sers trop mal-heureusement :
Ma belle ne veut point entendre
Le mal qu’elle me fait sentir,
Et me deffend de rien pretendre
Que la honte et le repentir.

Ô mes Dieux ! ô mon influence !
Regardez la peine où je suis !
Sans faire un crime je ne puis
Esperer une recompense.
Ô Dieux qui gouvernez nos cœurs !
Si vous n’estes des Dieux mocqueurs
Ou des Dieux sans misericorde,
Remettez-moy dans ma maison,
Ou faictes enfin qu’on m’accorde
Ou la mort ou la guerison !

|}