Œuvres complètes de Theophile (Jannet)/Sonnet de Theophile sur son exil

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SONNET DE THÉOPHILE.

Sur son exil.


Quelque si doux espoir où ma raison s’appuye,
Un mal si découvert ne se sçauroit cacher :
J’emporte, mal-heureux, quelque part où je fuye,
Un traict qu’aucun secours ne me peut arracher.

Je viens dans un desert mes larmes espancher,
Où la terre languit, où le soleil s’ennuye,
Et d’un torrent de pleurs qu’on ne peut estancher
Couvre l’air de vapeurs et la terre de pluye.

Parmy ces tristes lieux trainant mes longs regrets,

Je me promene seul dans l’horreur des forests
Où le funeste orfraye et le hibou se perchent.
 
Là, le seul reconfort qui peut m’entretenir,
C’est de ne craindre point que les vivans me cherchent
Où le flambeau du jour n’osa jamais venir.