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Œuvres complètes de Theophile (Jannet)/Que mon espoir est foible et ma raison confuse

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STANCES.


Que mon espoir est foible et ma raison confuse !
C’est bien hors de propos,
Bruslant comme je fais, que mon esprit s’amuse
À chercher du repos.
Les remedes plus doux qui touchent à ma playe
Irritent ma douleur,
Et je suis en fureur quand mon discours s’essaye
De ruyner mon mal-heur :
Car un si cher ennuy combat ma violence,
Je meurs si doucement,
Que pour me secourir je ferois conscience
De parler seulement.
Phillis, dans les tourmens que ta rigueur me donne,
Quoy que je meure à tort,
Je me diray coulpable, afin qu’on te pardonne
L’injure de ma mort.
Amour a resolu que je sois ta victime ;
Mais que ta cruauté
À son occasion ne fasse point de crime
Qu’avecques ta beauté.
Non, mon sort est meilleur : Phillis veut que je vive,
Et sans compassion
Ne sçauroit endurer qu un deplaisir arrive
À mon affection.
On void sur son visage, animé de sa flame,
Qu’elle a de la pitié,
Et ma fureur me trouble où je vois que son ame
Entend mon amitié.
Je sçais bien que l’honneur et les loix de la vie
Combattent son desir,
Et que sa chasteté resiste à mon envie
Avecques déplaisir,

Son cœur, dans cet effort sauvant son innocence,
Languit pour mon subject,
Et donne ses souspirs sans doute à mon absence,
Plustost qu’à son object.
Un rival me traverse ; elle, qui s’en afflige,
Se defferoit de luy ;
Mais la condition de ce fascheux l’oblige
De souffrir avec luy.
Cet amant importun, dont elle est offencée,
Pese à son entretien,
Et recognoist assez qu’elle a dans la pensée
Autre feu que le sien.