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Œuvres poétiques de Chénier/Moland, 1889/Fragments

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Œuvres poétiques, Texte établi par Louis MolandGarnierVolume 2 (p. 31-33).


FRAGMENTS[1]


Allez, fils de l’inceste, allez, fils parricides ;
Retenez bien leur nom, sanglantes Euménides…

Afin qu’ils ne dorment plus et qu’ils sentent que… (des sentences).

J’avais fait pour le tableau de David[2] une épigraphe grecque dont ensuite il n’a pas fait usage… En telle olympiade

κλέος γ’ ἀθηνῶν Σωκράτει ξυγκάτθανε
σὺ δ’ Ἀνύτου μέμνησαι, ὦ ῥαμνουσία

Ô juste Nemésis, souviens-toi d’Anytus !… serait un beau dernier vers.

Il serait bien dans les mœurs antiques de représenter en scène un homme insolent dans la prospérité qui se vanterait, menacerait, et défierait la fortune de lui nuire (sa chute serait le sujet de la pièce) ; l’opprimé l’interromprait par :

… Némésis, entends-tu ce qu’il dit ?


Une des scènes les plus grandes et les plus tragiques que je connaisse, est celle de saint Ambroise avec Théodose après le massacre de Thessalonique[3].

Théodose arriverait avec ses courtisans, ses favoris… des jeunes gens qui lui diraient qu’on parle de cet évêque Ambroise comme d’un homme éloquent… mais que tous ces gens-là tremblent toujours devant les empereurs et viennent leur baiser la main… Lorsqu’ils montent les premiers degrés pour entrer, la porte s’ouvre, l’évêque paraît et lui défend l’entrée… Les jeunes gens témoignent l’un son étonnement, l’autre son admiration, l’autre sa colère. Théodose lui demande pourquoi il lui défend l’entrée du temple… L’évêque parle…

Fuis du temple de paix, monarque sanguinaire, l’eau bénite n’est pas faite pour ton front, ni pour tes mains… nos prières…

Hosanna n’est point fait pour des lèvres sanglantes.[4]


Antoine, Octave et Lépide dans l’Ue… commençant par se fouiller l’un l’autre… se partageant l’empire et écrivant les tables de proscription… Antoine finit par demander la tête de Cicéron… Octave oppose son respect, sa reconnaissance… Antoine lui réponds : « Je te connais, Octave… je sais que toutes les vertus te sont très-indifférentes… je t’ai donné la tête de mon oncle… Lépide, celle de son frère… Tu peux bien m’accorder celle de ce bavard.


Les proscriptions de Marins et de Sylla peuvent fournir de très-belles scènes… un ancien ami de Marins déjà blessé, accourant vers lui et lui demandant sa main qu’il refuse, est percé de coups à ses pieds.

Un des amis et compagnons de Marins lui demandant la grâce d’un de ses parents, se jetant à ses pieds. À chaque nouvelle instance, Marius répond : « Il faut qu’il meure ». Et à la fin après le discours le plus pathétique, accompagné de larmes : « Il doit mourir… qu’on m’apporte sa tête. »


Ô délicieuse étude que celle de ces anciennes histoires !… elles entretiennent le cœur dans une noble haine pour la tyrannie… et l’amour peur…


....................
Cette foule de rois, sujets du peuple roi.


Une charrue barbare (wisigothe, lombarde, turque) foule et retourne les ossements de tels et tels Grecs et Romains. Les Fabiens, les trois cents Spartiates…

Dans le rapide tableau de l’histoire romaine, parler de Marius en imitant Lucain, livre II.

Premiers triumvirs… Grassus !… tu voulus te presser… C’était bien la peine d’avoir battu Spartacus… pour aller faire égorger des légions et périr aux champs de Babylone, blancs d’ossements romains… Et vous, César et Pompée, vous faites une guerre civile au lieu… (Voyez Lucain.) Allez dans ces champs blancs d’ossements romains.


Allez voir de Crassus errer l’ombre sanglante,
Qui, les mains sur le front, les cheveux hérissés,
Pâle, les yeux en pleurs vers la terre baissés,
Maudit et son orgueil et l’Arabe perfide,
Et le Parthe et ses traits et sa fuite homicide.

  1. Ces fragments ont paru pour la première fois dans l’édition de M. G. de Chénier.
  2. La Mort de Socrate.
  3. L’auteur a écrit Antioche, mais il a très-certainement voulu parler de Thessalonique.
  4. M. G. Guizot avait cité cette esquisse et ce vers dans son cours du 3 février 1869.