Académie des sciences - Séance du 9 février 1874
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ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 9 février 1874. — Présidence de M. Bertrand.
Élection de candidats. — La mort de M. Coste a laissé vacante la chaire d’embryogénie comparée du Collège de France. Il s’agit d’y pourvoir et pour cela l’Académie des sciences doit présenter, au choix du ministre, une liste de deux candidats. C’est à la confection de cette liste qu’on va procéder aujourd’hui. Les savants qui en feront partie sont en ce moment des candidats de candidats, des candidats au carré si vous voulez. Il faut dire que lundi dernier, après l’expulsion du vulgum pecus, les sections compétentes ont déjà présenté à la discussion de toute la docte assemblée une liste de deux personnes, savoir : en première ligne, M. Balbiani ; en seconde ligne, M. Gerbe.
C’est donc sur cette liste qu’il faut voter et, de peur de simplifier les choses, on en fera l’objet de deux scrutins successifs. Il faut d’abord nommer un premier candidat ; puis cela fait en nommer un second.
1er acte : votants 49. M. Gerbe {le second sur la liste), obtient 25 suffrages ; M. Balbiani, 25; M. Dareste, 1.
2e acte : votants 51. M. Balbiani réunit 35 voix ; M. Dareste, 11; il y a deux bulletins blancs.
On dit que l’échec de M. Balbiani, proposé en 1re ligne et admis en seconde atteint la même partie de l’Académie (le même parti si l’on veut) que celui éprouvé l’autre jour par M. Stéphan.
Nouveau manomètre. — Il est des savants qui ont la main particulièrement heureuse. M. Cailletet est du nombre ; chacun de ses mémoires contient un point frappant. Il étudie aujourd’hui l’effet de la compression sur des ballons en verre (c’est de la physique pure), et il en résulte un nouveau manomètre (c’est une révolution industrielle).
L’auteur commence par montrer que la même pression ne produit pas le même effet quand, appliquée au même vase de verre, elle agit de dedans au dehors, ou au contraire de dehors en dedans. Mettez de l’eau dans un ballon de verre et essayez de comprimer à 120, 200, 500 atmosphères ! ou plutôt n’essayez pas si vous ne tenez pas à fabriquer du verre cassé. Au contraire, le vase plein d’eau soumis en dehors à cet effort considérable résiste parfaitement. En même temps, le liquide qu’il contient, chassé dans le col, s’élève comme le mercure contenu dans la tige d’un thermomètre qu’on échauffe. Ce n’est pas tout, la hauteur de l’ascension est exactement proportionnelle à la compression exercée ; celle-ci cessant, le vase reprend sa forme primitive et la liquide son niveau initial. L’appareil constitue donc, comme on voit, un nouveau manomètre, et le plus simple de tous, le plus précis : un vrai thermomètre de la pression.
Charbon de sucre. — Tout le monde croit connaître le charbon de sucre parce que tout le monde en a produit. Cependant nous ne nous doutions pas de quoi cette matière est capable. M. Monier, par des expériences très-simples, révèle le charbon de sucre sous un jour tout nouveau qui laisse entrevoir des applications importantes.
Faites brûler du sucre, non pas dans une pelle, mais dans un creuset, et chauffez au blanc ; laissez refroidir, puis versez dans le creuset un épais sirop, remettez au feu et chauffez comme précédemment. Recommencez cinq ou six fois. Le charbon sera devenu extrêmement compacte et en même temps d’une dureté tout à fait imprévue ; rayer le verre est un jeu pour lui, il laisse sa trace sur le cristal de roche, et M. Dumas pense que si on le portait à la température où fond le platine, il serait bien plus dur encore. Ne voyez-vous pas tout de suite la valeur industrielle de ce nouveau produit ? Le polissage des corps durs lui sera confié, et peut-être le percement des tunnels trouvera-t-il en lui un précieux succédané du diamant noir.
Avertisseur des incendies. — Pour n’être peut-être pas très-pratique, l’idée émise par M. Barbier n’en est pas moins ingénieuse. Il s’agit d’un appareil chargé de crier au feu ! en cas de besoin. Il se compose de deux fils de cuivre recuit, enroulés l’un autour de l’autre, mais protégés contre leur contact mutuel par une couche de gutta-percha et reliant une pile à une sonnerie électrique. Si la température du lieu où sont les fils s’élève seulement jusqu’à 100 degrés, la gutta fond, les fils se touchent, le courant passe, la sonnerie marche et c’est à vous de savoir ce que vous avez à faire.