Agrippa d'Aubigné - Œuvres complètes tome troisième, 1874/Stances/XIX

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

I. II. III. IV. V. VI. VII. VIII. IX. X. XI. XII. XIII. XIV. XV. XVI. XVII. XVIII. XIX. XX.

Agrippa d'Aubigné - Œuvres complètes tome troisième, 1874/Stances
Œuvres complètes de Théodore Agrippa d’AubignéAlphonse Lemerre éd.3 (p. 114-115).

XIX.

Quiconque sur les os des tombeaux effroiables
Verra le triste amant, les restes miserables
D’un cueur seché d’amour & l’immobile corps
Qui par son ame morte est mis entre les morts,
Qu’il deplore le sort d’un ame à soy contraire,

Qui pour ung autre corps à son cors adversaire
Me laisse exanimé sans vye & sans mourir,
Me faict aux noirs tombeaux aprés elle courir.
Demons qui frequentez des sepulchres la lame,
Aidez moy, dites moy nouvelles de mon ame,
Ou montrez moy les os qu'elle suit adorant
De la morte amytié qui n’est morte en mourant.
Diane, où sont les traitz de ceste belle face ?
Pourquoy mon œil ne voit comme il voyoit ta grace,
Ou pourquoi l’œil de l’ame, & plus vif & plus fort,
Te voit & n’a voulu se mourir en ta mort ?
Elle n’est plus icy, o mon ame aveuglee,
Le corps vola au ciel quant l’ame y est allee :
Mon cueur, mon sang, mes yeux verroient entre les mors,
Son cueur, son sang, ses yeux, si c’estoit là son cors.
Si tu brule à jamais d’une eternelle flamme,
A jamais je seray un corps sans toy, mon ame,
Les tombeaux me verront effrayés de mes cris,
Compagnon amoureux des amoureux espritz.