Analyse du Kandjour/Çer-chin

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Texte établi par Musée Guimet, Paris (Tome 2p. 201-210).


II. ÇER-CHIN



Selon l’index, la deuxième grande division du Bkah-hgur est le Çes-rab-kyi-pha-rol-tu-phyin-pa ཤེས་རབ་ཀྱི་པ་རོལ་ཏུཔྱིན་པ (contracté en ཤེར་པྱིན Çes-phyin que l’on prononce Cher-tchhin : Sk. Prajñâ-pâramitâ, « sagesse transcendante »). Sous ce titre, il y a, dans le Bkah-hgyur, vingt et un volumes classés sous les subdivisions ou distinctions suivantes :

1. Çes-rab-kyi-pha-rol-tu phyin-pa-stong phrag-brgya-pa (ou hbum) ཤེས་རབ་ཀྱི་པ་རོལ་ཏུཔྱིན་པ་སྟོང་ཕྲག་བརྒྱ་པ ou འབུམ​, Sk. Çata-sahasrikâ-prajnâ-pâramitâ, « sagesse transcendante en cent mille Çlokas », en douze volumes contenant soixante- quinze chapitres (tib. lehu) (et trois cent trois divisions artificielles (tib. Bdm po) composées cliacnnede trois cents Çlokas en vers ou de l’équivalent en prose ; : chaque Bam-po occupe en général vingt et un feuillets du Bkah-hgyur. Le nombre total des Çlokas est de cent mille, le tout en prose.

La Prajñâ-pâramitâ est traitée tout au long dans ces douze volumes, dont les autres subdivisions ne sont que des abrégés. Ils furent traduits du sanscrit en tibétain, pour la première fois, au ixe siècle, par les Pandits indiens Jina-mitra et Surendra-Rodhi et par le Lotsava (Sk. Locchava) tibétain Ye-Çes sde. Depuis ils ont été revus et mis en ordre par d’autres.

2. Çes-rab-kyi-pha-rol-tu phyin-pa-stong phrag-hi-çu lnga-pa (ou en nombre rond Ñi-khri, 20,000) ཤེས་་་་པྱིན་པ་སྟོང་པྱག་ཉི་ཤུ་ལྔ་པ​ ou ཉི་ཁི, Sk. Panca-vim̃çati-sahasrikâ-prajñâ-pâramitâ, « sagesse transcendante en vingt-cinq mille Çlokas » : trois volumes. On y compte soixant-seize chapitres, soixante-dix-huit bam-po, et vingt-cinq mille Çlokas. C’est un abrégé des douze volumes décrits ci-dessus. Nul traducteur n’est nommé.

3 Çes-rab-kyi-pha-rol-iu phyin-pa-khri brgyad-stong-pa ཤེས་་་་པྱིན་པ་ཁྱི་བརྒྱད་སྟོང་པ Sk. Asta daça sahasrikâ prajnd pâramitâ, « sagesse transcendante en 18,000 Çlokas » : trois volumes contenant quatre-vingt sept chapitres (lehu), cinquante petites divisions (Bam-po) et dix-huit mille Çlokas. Ces trois volumes sont un abrégé encore plus resserré des douze volumes spécifiés plus haut. Nul traducteur n’est mentionné.

4. Çes-rab-kyi-pha-rol-tu-phyin-pa-khri-pa (ou par contraction Çes- khri) ཤེས་་་པྱིན་པ་ཁྲི་པ ou ཤེས་ཁྲི, Sk. Daça-sahasrikâ prajñâ-pâramitâ, « la sagesse transcendante en dix mille Çlokas », un volume de six cent treize feuilles, contenant trente-trois chapitres et trente-quatre bam-po, ou petites divisions. Ce volume est un abrégé du Yum-hbring ou des trois volumes en vingt-cinq mille Çlokas ci-dessus spécifiés ; il a été traduit par Jina-Mitra, Prajñâ-Varma et le Lotsava tibétain Bande Yé-Çes.

5. Çes-rah-kyi-pha-rol-tu-phyin-pa-brgyad-stong-pa (ou simplement brgyad stong-pa) ཤེས་་་་ཕྱིན་པ་རོལ་བརྒྱད་སྟོང་པ ou བརྒྱད་སྟོང་པ, Sk. Aṣṭa sahasrikâ-prajña-pâramitâ, « la sagesse transcendante en huit mille Çlokas », un volume de quatre cent soixante-deux feuillets, vingt-quatre bani-po, et trente-deux tchu. Ce volume contient également un abrégé des divers dharmas contenus dans les volumes énumérés ci- dessus. Ce qu’il renferme fut proclamé, aussi bien que ce que contiennent les divisions précédentes, par Bcom ldan-hdas^^1. (Çâkya) résidant sur le Bya-rgod-phung-pohi-ri, བྱ་རྒོད་ཕུང་པོའ་རི (Sk. Gṛdhra kûṭa-parvata), près de Râjagṛha en Magadha. C’est un des volumes favoris des Tibétains qui lui témoignent un respect tout particulier ; aussi les exemplaires tant manuscrits qu’imprimés s’en rencontrent-ils en fort grand nombre.

6. Un Volume intitulé སྣ་ཙོགས་ Sna-ts’ogs, « mélanges » de toutes sortes

1 Sk. Bhagavat.  (L. F.) d’aphorismes de la Prajña-paramitâ. Il y a dans ce volume dix-huit traités ou aphorismes différents dont voici les titres :

I. Rab rtsal-gyis-rnam-par-gnon-pas-jus-pa རབ་རྩལ་གྱིས་རྣམ་པར་ Sk. Suvikrânta-vikramî paripṛccha (prajñâ-pâramitâ) par Bcom-ldan-hdas), à la requête de Suvikrânta-vikrami (un Bodhisattva) du folio 1 à 130. Cet aphorisme et les suivants appartiennent tous à la Prajñâ-pâramitâ et contiennent soit des répétitions abrégées, des explications de certains termes, soit des recommandations de retenir et de lire la Prajñâ-pâramitâ.

II. Bdun-brgya-pa. བདུན་བརྒྱ་པ Sk. Saptaçatikâ. La Prajnâ-pâramitâ en sept cents Çlokas (Nota : pour abréger on supprime souvent, dans les titres, les mots Çes-rab-kyi-pha-rol-tu phyin-pa (ou Çer-phyin) et Prajnâpâramitâ).

III. Lnga-brgya pa. ངླ་བརྒྱ་པ Sk. Pancaçatikâ ; la même en 300 Çlokas.

IV. Çer Phyin-sdud-pa-ts’igs-su bcad-po. ཤེར་པྱིན་སྡུད་པ. Sk. Prajñâ-pâramitâ-sancaya-gâthâ, vers où sont résumées les matières de la Prajñâ-pâramitâ.

V. Rdo-rje-gcod-pa རྡོ་རྗ་གཅོད་པ Sk. Vajracchedika, « le coupeur de diamant » (ou « Sûtra aux effets merveilleux » ). Cet aphorisme occupe dix-huit feuilles (222 à 240). Bcom-ldan-hdas (Çâkya) s’entretenant avec Rab-hBYOR (Sk. Subhuti), un de ses principaux disciples, lui enseigne le véritable sens de la Prajñâ-pâramitâ. Les Tibétains ont pour ce Sûtra un grand respect ; aussi en trouve-t-on des exemplaires en abondance^^1.

VI. Ts’ul-brgya-lnga-bcu-pa ཙུལ་བརྒྱ་ལྔ་བཅྱ་པ « cent cinquante règles ou procédés. »

VII. Çes-rab-kyi-pa-rol-tu-in-phyin-pahi-mts’an brgya-rtsa-brgyad-pa ཤེས་་་་པྱིན་པའི་མཙན་བརྒྱ་རྩ་བརྒྱད་པ, Sk. Prajñâ-pâramitâ nâma-aṣṭa-çataka, « les cent huit noms ou termes de la Prajñâ-pâramitâ^^2. »

VIII. Bcom-ldan-hdas ma-çes-rab-kyi-pha-rol-tu-phyin-pa-lnga-

1 Le texte sanscrit de ce sûtra célèbre a été conservé. — Les éditions de la version chinoise sont très multipliées, peut-être aussi répandues que la tibétaine, — M. Beal en a publié une traduction anglaise d’après la version chinoise, dans le Journal asiatique de Londres, 1865.  L.-F.

2 Ce texte est reproduit dans la VIIe section (Rgyud XI. 19).  L.-F. bcu-pa བཅོམ་ལྡན་འདས་མ་ཤེས་རབ་ཀྱི་པ་རོལ་ཏུ་ཕྱིན་པ་ Sk. Bhagavati prajña-pâramitâ ardha-çataka ; — « La Prajña-pâramitâ en cinquante Çlokas. »

IX. Hphags-ma-çes-rab-kiji-pha-rol-tu phyin-pa-de-bjin-gçegs-pa-thams-cad-kyi-yum-yi-ge-gcig-ma འཕགས་མ་ཤེས་རབ་ཀྱི་པ་རོལ་ཏུ་ཕྱིན་པ་དེ་བཇིན་བཞིན་གཤེགས་པ་ཐམས་ཅད་ཀྱི་ཡུམ་ཡི་གེ་གཅིག་མ་, Sk. Bhagavati prajña-pâramitâ sarva-tathâgate eka axari, « sagesse transcendante, comprise dans la lettre A, la mère de tous les Tathâgatas ou Buddhas. » Dans les ouvrages bouddhiques, la lettre A est considérée comme la mère de toute sagesse : aussi dit-on que tous les hommes de génie, tous les Bodhisattvas et Buddhas ont été produits par A, puisque c’est le premier élément qui serve à former des syllabes, des mots, des phrases, un discours entier, et donne le moyen d’acquérir la connaissance et la sagesse. Ici la Prajña-pâramitâ tout entière est renfermée dans la lettre A. C’est le Sûtra le plus abrégé de la sagesse transcendante, puisqu’il se réduit à une seule lettre (folio 256 de ce volume).

X. Kohuçika ཀོཧུཤིཀ (Sk. Kauçiha), nom d’Indra. Dans ce Sûtra Çâkya lui enseigne la Prajña-pâramitâ, d’où le titre de ce Sûtra^^1.

XI. Çer-phyin-yige-ñung-du ཤེར་ཕྱིན་ཡི་གེ་ཉུང་དུ, Sk. Alpa-axara, « la sagesse transcendante en peu de lettres. »

XII. Çer phyin-sgo-ñi-çu-rtsa-lnga-pa ཤེར་ཕྱིན་ཡི་གེ་ཉུང་དུ (Sk. Panca-prajña-pâramitâ mukhâ), « les vingt-cinq portes ou commencement de la sagesse transcendante » ; il s’y trouve autant de Vijamantras.

XIII. Bcom-ldan-hdas-ma-çer-phyin-sñing-po བཅོམ་ལྡན་འདས་མ་ཤེར་ཕྱིན་སྙིང་པོ (Sk. Bhagavati-prajña-pâramitâ-hrdaya), « l’essence de la sagesse transcendante^^2. »

XIV. Çer-phyin-ñi-mahi-sñing-po ཤེར་པྱིན་ཉི་མའི་སྙིང་པོ (Sk. Prajña-pâramitâ sûrya-garbha).

XV. Zla-vahi-sñing-po (çer-phyin) ཟླ་བའི་སྙིང་པོ (Sk. Candra-garbha Prajña-pâramitâ).

1 Ce texte est répété dans le Rgyud (section VII), vol. XI, 20.  (L.-F.)

2 Ce texte reproduit dans le Rgyud (VIIe section XI, 13) existe en sanscrit ; on en a des éditions pentaglottes (sanscrit, tibétain, mongol, mandchou, chinois. M. Beal en traduit en anglais d’après la version chinoise, (Journal asiat. de Londres, 1865.)  (L.-F.)

XVI. Çer phyin-kun-tu-bzang-po ཞེར་པྱིན་ཀུན་ཏུ་བཟང་པོ (Sk. Prajñâ-pâramitâ-samantabhadra).

XVII. Çer-phyin-lag-na-rdo-rje ཞེར་པྱིན་ལག་ན་རྡོ་རྗེ (Sk. Prajñâ-pâramitâ Vajrapâni).

XVIII. Çer-phyin-rdo-rje-rgyal-mts’an ཞེར་པྱིན་ལག་རྡོ་རྗེ་རྒྱལ་མཚན​ (Sk. Prajñâ-pâramitâ Vajraketu). — Ces cinq derniers aphorisrmes sont ainsi appelés à cause des noms des Bodhisattvas qui y figurent s’entretenant avec Çàkya sur la Prajnâ-pâramitâ.


MATIÈRES DE L’ENSEMBLE DE LA PRAJÑA PÂRAMITÂ

Les vingt et un volumes du Çer-phyin traitent de spéculations, ou théories philosophiques, c’est-à-dire qu’ils contiennent la terminologie psychologique, logique et métaphysique des bouddhistes, sans aborder la discussion d’aucun sujet déterminé. On compte cent huit de ces sujets (Dharmas) termes ou phrases avec plusieurs subdivisions ou distinctions ; il suffit d’y ajouter un attribut quelconque, pour former dos propositions affirmatives ou négatives. La plupart de ces termes ont été introduits dans le dictionnaire sanscrit et tibétain, qui a été préparé par d’anciens pandits indiens et interprètes tibétains et qui se trouve dans le Bstan-hgyur (classe Mdo, volume Go).

Voici quelques exemples des termes ou sujets de la Prajña-pâramitâ.

1. Phung-po : ཕུང་པོ (Sk. Skandha), agrégat ou corps ; ces agrégats sont au nombre de cinq, savoir :

1 2 3. 4. 5.
Corp. Perception. Représentation ou conscience. Composition ou notion. Connaissance.
Tib. Gzugs. Ts’or-va. Hdu-çes. Hdu-byed. Rnam-par-çes-pa.
གཟུགས་

ཚོར་བ འདུ་ཞེས​་ འདུ་བྱེད​ རྣམ་པར་ཞེས་པ
Sk. Rûpa. Vedanâ. Sanjñà. Sanskâra. Vijñâna.

2. Skye mched-drug, སྐྱེ་མཆེད་དྲུག​, « les six sens », savoir : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et le sens moral.

3. Skye-mched-beu gñis, སྐྱེ་མཆེད་བཅུ་གཉིས་, énumération des six organes et objets des sens.

4. Khams-bco-brgyad, ཁམས་བཅོ་བརྒྱད་, les dix-huit régions ou royaumes des sens relativement aux opérations de l’esprit agissant par les six organes en rapport avec les six objets des sens.

5. Khams-drug-ni, ཁམས་དྲུག་ནི་, les six éléments, qui sont : la terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther (ou espace vide), l’esprit (ou l’intellect). En tibétain Sa, chu, me, rlung, nam-mkah, rnam-par-çes-pa.

6. Rten-hbrel-bcu-gñis, རྟེན་འྦྲེལ་བཅུ་གཉིས་, connexion dépendante ou enchaînement causal (de douze choses)[1].

01. Ignorance Ma-rig-pa མ་རིག་པ Avidyâ
02. Composition ou notion Hdu-byed འདུ་བྱེད Samskâra
03. Connaissance Rnam-par-çes-pa ནེམ་པར་ཤེས་པ Vijñâna
04. Nom et corps Ming-dang-gzugs མིང་དང་གཟུགས Nâmarûpa
05. Les six sens Skye-mched-drug སྐྱེ་མཆེདྲུ་ངག Ṣadâyatana
06. Le toucher Reg-pa རེག་པ Sparça
07. La perception Ts’or-va ཙོར་བ Vedanâ
08. L’affection Sred-pa སྲེད་པ Tṛṣṇâ
09. Le retrait Len-pa ལེན་པ Apâdana
10. L’existence Srid-pa སྲིད་པ Bhava
11. La naissance Skye-va སྐྱེ་བ་ Jâti
12. La vieillesse et la mort Rga-çi རྒ་ཤི་ Jarâmarana

L’existence de toutes choses, mais spécialement celle de l’âme humaine, dépend de cet enchaînement de causes. Il y a dans le Bstan-hgyur plusieurs commentaires sur ce thème.

7. Pha-rol-tu-phyin-pa-drug-ni, les six choses transcendantes (ou vertus cardinales) sont :

01. Charité Sbyin-pa སྦྱིན་པ Dâna
02. Moralité Ts’ul-khrims ཚུལ་ཁྲིམས Çîla
03. Patience Bzod-pa བཟོད་པ Xânti
04. Activité ou application
 sérieuse
Brtson-hgrus བརྕོན་འགྲུས​ Virya
05. Méditation Bsam-gtan བསམ་གཏན་ Dhyâna
06. Habileté ou sagesse Çes-rab ཤེས་རབ​ Prajñâ

Aux termes ci-dessus on en ajoute quelquefois quatre autres :

07. Méthode ou manière Thabs ཐབས​ Upâya
08. Souhait ou prière Smon-lam སྨོན་ལམ​ Pranidhâna
09. Force d’âme Stobs སྟོབས​ Bala
10. Prescience ou science Ye-çes ཡེ་ཤེས​ Dhyâna

8. Stong-pa-ñid. སྟོང་པ་ཉིད​, Sk. Çûnyatâ. Le vide, la vacuité, notion abstraite. On distingue dix-huit variétés du Çunyatâ.

Telle est la nature du contenu de la Prajñâ-pâramitâ. Il ne s’y trouve rien d’historique. Tout y est spéculation ; les termes abstraits et les définitions y abondent, et il est nécessaire de les connaître pour bien comprendre le système bouddhique, principalement celui de la philosophie madhyâmikâ. Mais je suis hors d’état de pousser plus loin l’esquisse de la Prajña-pâramitâ, à moins d’énumérer des termes abstraits tels que ceux qui précèdent. Comme ce serait fastidieux pour le lecteur et peu propre à augmenter la somme des renseignements, je demande la permission de ne pas pousser plus loin les éclaircissements.

Toute la doctrine, dans ces vingt et un volumes, est attribuée à Bcom-ldan-hdas (Çâkya). Il donna cet enseignement sur la Prajña-pâramitâ (seize ans après être devenu Buddha, ou dans sa cinquante et unième année, selon les écrits tibétains), étant sur la montagne voisine de Râjagṛha en Magadha, qui porte en tibétain le nom de bya-rgod-phung-pohi-ri (sk. Gṛdra-kûṭa-parvata), « la montagne où se rassemblent les vautours[2] ». Ses auditeurs étaient, outre un grand nombre de Bodhisattvas (parmi lesquels Byams-pa (sk. Maitreya) et de dieux (parmi lesquels Kauçika ou Indra), ses propres disciples, au nombre de cinq mille prêtres) , dont les principaux étaient Çarihi-bu ou Garadvati-HiBU, Rab-hByor, HoD-SRUXG et KUN-dGAH- vo). C’est en général Bcom-LDAN-HDAS (Çâkya) qui a la parole ; il s’adresse d’abord à Çaradvatihibu, ensuite à Rab-hByor, ses disciples. Ceux-ci posent à plusieurs reprises une question à Çâkya, qui ne donne pas une réponse directe, mais formule des propositions telles qu’ils sont amenés à trouver eux-mêmes la solution. C’est en général avec Rab-hbyor (sk. Subhûti) que Çàkya s’entretient dans tous ces volumes.

Le premier compilateur de la Prajnâ-pâramita fut Kâçyapa (tib. Hod-srung), que Çâkya désigna pour être son successeur quand il ne serait plus.

Dans le Bstan-hgyur, les seize premiers volumes de la classe Mdo sont tous des commentaires sur la Prajnâ-pâramitâ. Ensuite viennent plusieurs volumes où l’on expose la philosophie Madhyâmikâ, qui est fondée sur la Prajnâ-pâramitâ. On dit que la Prajñâ-pâramitâ a été enseignée par Çâkya, et que le système Madhyâmikâ l’a été par Nâgarjuna (tib. Klu-sgrub), lequel aurait vécu 400 ans après la mort de Çâkya, qui avait prédit que ce personnage naîtrait après ce délai pour développer les principes les plus élevés posés dans la Prajnâ-pâramitâ. Avec Nàgarjuna commence le système philosophique Madhyâmikâ. Avant lui les philosophes de l’Inde se jetaient dans deux extrêmes, annonçant ou bien la durée perpétuelle ou bien l’anéantissement complet de l’âme. Il adopta une voie moyenne, d’où vient le nom de cette secte philosophique. Il y a dans le Bstan-hgyur plusieurs ouvrages de lui, et aussi de ses successeurs, où la doctrine de l’école Madhyâmikâ est expliquée.

Entre autres objets de spéculation, on discute et on analyse dans le système Madhyâmikâ les vingt-sept sujets suivants :

11. Cause efficiente (accessoire ou secondaire) 
 Rkyen.
12. La venue (dans le monde) et le départ 
 Hong-va dang-ḥgro-va.
13. Les organes (des sens) 
 Dvang-po.
14. Agrégat ou corps 
 Phung-po.
15. Province ou région (des sens) 
 Khanis.
16. Passion et affection 
 Hdod-chags.
17. Naître, durer, cesser 
 Skye-va, gnas-pa, dang hgag-pa.
18. L’agent et l’acte 
 Byed-pa-podang las.
19. Existence antérieure 
 Sngarol-na-gnas-pa.
10. Le feu et le bois qui brûle 
 Mt ? dang bud çing.
11. Limites antérieures et postérieures de l’existence du monde 
 Sngoii-dang-pliyi mahi mthah.
12. Fait par soi-même et fait par un autre 
 Vdag-gis bi/as-pa’dang gjan-gi/is byas-pa.
13. Composition ou formation des notions 
 Hdu-bi/ed.
14. La rencontre 
 Hphrad-pa.
15. Existence propre ou nature 
 Rang-yjin..
16. Lié et délivré 
 Bcings-padangthat’-pa.
17. L’acte et son fruit 
 Las dang hbras-bu.
18. Moi ou Ego 
 Bdag.
19. Temps 
 Dus.
20. Union (delà cause et des causes efficientes). 
 Ts’ogs-pa (rgi/u dang vkyen.)
21. Origine ou commencement et destruction 
 libyuiig-va-dang-hjig-pa.
22. Tathâgata ou Buddha 
 De-vjin-gçegs-pa.
23. Tort, erreur ou fausseté 
 PJn/in ci-log.
24. Vérité sublime 
 Rjihags-pahi-vden-pa.
25. Délivrance ou délivré de la douleur 
 Mya-ngan’las-hdas-pa[3].
26. Connexion dépendante ou enchaînement des causes 
 Rten-hbrel[4].
27. Critique des théories 
 Lt-va-brtag-pa.

Tels sont les principaux lieux communs de la philosophie Madhyâmikâ. J’ai cru utile de les énumérer ici à cause de leur similitude avec les sujets de la Prajñâ-pâramitâ.

  1. C’est ce qu’on nomme en sanscrit Nidâna, et l’émunération s’appelle « les douze Nidâna, » quoiqu’il soit plus correct de dire « le Nidâna des douze choses ou le Nidâna duodécimal. « Burnouf s’est occupé de ce point important de la métaphysique bouddhique, qui est parfaitement connu, s’il n’est pas parfaitement compris ni parfaitement clair (Voir Introd. à l’hist. du Buddh. ind. pp. 432 et 561 de la Réimpression, et Lotus de la Bonne Loi).
  2. « La montagne dont le sommet a la forme du bec du vautour », selon l’explication donnée par le voyageur chinois Hiouen-Thsang. (L. F.)
  3. C’est ce qu’on appelle en sanscrit Nirvâna. (L. F.)
  4. Nidâna. (L. F.)