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Année des dames/1/10 juin

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(1p. 227-228).

10 juin. — Mme GUYON.

Jeanne-Marie Bouvières de La Mothe Guyon, naquit à Montargis en 1648. Elle fut mariée à dix-huit ans, et resta veuve à vingt-cinq, avec de la beauté, de la fortune, et un esprit fait pour le monde. Mais elle s’adonna tout-à-coup aux pratiques de la plus austère dévotion, et abandonna ses grands biens pour se livrer à l’étude et à la prière. Poussée par un zèle, peut-être exagéré, elle composa un grand nombre d’ouvrages, où l’on aperçut des systèmes singuliers de spiritualité, qui furent jugés dangereux. Son obstination à les soutenir lui fit essuyer des persécutions. Elle fut enfermée à plusieurs reprises dans différens couvens, et dans des châteaux forts. Cependant sa bonne foi, sa douceur, l’austérité de ses principes, et même son éloquence, portèrent Mme de Maintenon et plusieurs dames illustres à la protéger, et à la faire sortir de sa captivité. L’illustre auteur de Télémaque conçut pour ses vertus l’estime la plus profonde : la plus pure amitié les unissait. Après avoir éprouvé des malheurs, causés par un esprit trop exalté et une piété extrême, Mme Guyon mourut à Blois, le 10 juin 1702. Elle a laissé plusieurs volumes de piété.