Année des dames/2/11 octobre
11 octobre. — Mme DE STAAL.
Mme de Staal, connue d’abord sous nom de Mlle de Launai, était fille d’un peintre, qui fut obligé de sortir de la France, et qui la laissa dans la misère. Elle eut le bonheur de plaire à la supérieure du prieuré de Rouen, qui la prit dans sa maison et l’éleva avec soin. Mais cette dame étant morte, M. de Launai retomba dans l’indigence. Elle entra en qualité de femme de chambre chez la duchesse du Maine. La faiblesse de sa vue et sa maladresse la rendaient incapable de remplir ses nouveaux devoirs, et elle allait être renvoyée par la princesse, lorsqu’un incident singulier la tira d’embarras. Une jeune demoiselle attirait tout Paris, par la manière dont elle contrefaisait la possédée. Fontenelle qui l’était allé voir, comme toute la cour, fit une relation très-plaisante de la prétendue possession. Mlle de Launai écrivit à ce philosophe une lettre pleine de sel sur son jugement. Cette bagatelle ingénieuse fit connaître son esprit. La duchesse du Maine ne la considéra plus comme sa femme de chambre, elle l’employa dans les fêtes qu’elle voulut donner, la chargea de faire des vers pour es pièces que l’on y jouait, et d’imaginer des divertissemens. M. de Launay s’acquit bientôt la confiance générale. Pendant la régence qui suivit la mort de Louis XIV, elle fut comprise dans la disgrâce de la duchesse du Maine et enfermée deux ans à la Bastille. Ce contre-temps ne l’empêcha pas, aussitôt qu’elle eut recouvré sa liberté, de retourner auprès de sa princesse, à qui elle ne fut pas inutile. La duchesse du Maine, reconnaissante, la maria avec M. de Staal, qui fut depuis maréchal de camp. Mme de Staal, rassurée sur sa fortune, se livra dès-lors entièrement aux lettres, qu’elle cultiva avec tant de succès. Elle avait plus de gaieté dans ses ouvrages que dans sa conversation, parce qu’elle était naturellement timide, et que les malheurs de ses premières années n’avaient fait qu’augmenter cette timidité. Elle avait le cœur bon et beaucoup de qualités excellentes. Elle a laissé les Mémoires de sa vie, en trois volumes ; et deux comédies charmantes : l’Engouement et la Mode. Ses Mémoires, pleins de traits ingénieux et de détails piquans, se font lire avec délices, par ceux qui cherchent dans un livre un style élégant et simple, de l’esprit et du goût, et des choses naturelles. — Cette femme célèbre mourut le 11 octobre 1750.