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Année des dames/2/8 août

La bibliothèque libre.
Crevot, libraire (2p. 54-56).

8 août. — Mme DUBOCAGE.

Marie-Anne Lepage Dubocage, née à Rouen en 1710, des académies de Rome, de Bologne, de Padoue, de Lyon, etc., réunissait aux charmes de la figure, les agrémens de l’esprit et du caractère. Elle commença sa réputation par un petit Poëme, qui remporta le prix à l’académie de Rouen, et se fit bientôt un nom par de plus grands ouvrages. Son Paradis perdu, poëme en six chants, imité de Milton, offre à chaque pas de grandes beautés. Peut-être une femme dont l’esprit était gracieux, ne devait-elle pas lutter avec le terrible Milton. Aussi, Mme Dubocage n’a-t-elle pu rendre les mâles tableaux de son modèle. Mais elle peignit d’une manière si séduisante, les amours d’Adam et d’Ève, que Voltaire lui adressa des stances, dont voici la première :

Milton, dont vous suivez les traces,
Vous prête ses transports divins ;
Ève est la mère des humains,
Et vous êtes celle des Grâces…

Après le Paradis perdu, Mme Dubocage publia la Colombiade, ou la découverte de l’Amérique, poëme en dix chants, où l’on trouve de très-beaux vers, et des idées vraiment sublimes. On doit encore à cette dame : Les Amazones, tragédie ; le Temple de la Renommée, poëme traduit de Pope ; Mélanges de vers et de prose ; une Ode sur l’opéra, et la relation agréablement écrite de ses Voyages en Angleterre, en Hollande, et en Italie. Mme Dubocage fut chérie pour ses vertus douces, son caractère obligeant, son esprit aimable. Elle reçut de son vivant une foule d’honneurs. Voltaire l’accueillit à Ferney, avec les égards que l’on accorderait à une reine. Le pape Benoit XIV, la reçut à Rome de la manière la plus distinguée. La cour de Londres lui rendit des hommages. — Elle mourut à Paris, le 8 août 1802, à quatre-vingt-douze ans. C’était l’amie de Mme Bourdic-Viot, qui la précéda d’un jour dans la tombe. — Les œuvres de Mme Dubocage forment ordinairement trois volumes.