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Anthologie des humoristes français contemporains/Giboulées

La bibliothèque libre.
Anthologie des humoristes français contemporainsLibrairie Delagrave (p. 30-31).

IV

Giboulées.

Elle, c’est le printemps ; pluie et soleil ; je l’aime ;
Je m’y suis fait.
Je m’y suis fait.Un jour, elle me dit :
Je m’y suis fait.Un jour, elle me dit :« Quand même
On est tout seuls, les bois sont doux. Les belles eaux !
La campagne me plaît à cause des oiseaux.
Écoutons-les chanter. »
Écoutons-les chanter. »Moi, l’âme épanouie,
J’écoutais.
J’écoutais.« Les oiseaux, dit-elle, ça m’ennuie.
Jouons.
Jouons.— Aux cartes ?
Jouons. Aux cartes ?— Non.
Jouons. Aux cartes ? Non.— À quoi ?
Jouons. Aux cartes ? Non. À quoi ?— Je hais le jeu
Causons. Le jaune est laid, je préfère le bleu.
— Je suis de ton avis.
— Je suis de ton avis.— Toujours dans les extrêmes !
— Le bleu, dis-je, c’est beau.
Le bleu, dis-je, c’est beau.— Pourquoi ?
Le bleu, dis-je, c’est beau. Pourquoi ?— D’abord, tu l’aimes.
Ensuite c’est le ciel.
Ensuite c’est le ciel.— Mais le jaune, c’est l’or.
— Va pour le jaune.
— Va pour le jaune.— Il est de mon avis encor !
C’est assommant !
C’est assommant !— Faisons la paix.
C’est assommant ! Faisons la paix.— Je te pardonne. »
Un autre jour :
Un autre jour :« Ami, viens, je me sens très bonne,
Le temps est beau, sortons à pied. »

Le temps est beau, sortons à pied. »Comme j’offrais
Mon landau :
Mon landau :« Non, dit-elle, il faut, par ce vent frais,
Marcher, rôder, courir au bois à l’aventure. »
On s’habille, on descend.
On s’habille, on descend.« Où donc est la voiture ?
— Mais tu voulais sortir à pied.
— Mais tu voulais sortir à pied.— À pied ? Jamais !
Marcher par ce vent froid ! fi donc ! »
Marcher par ce vent froid ! fi donc ! »Je me soumets.
On attelle.
On attelle.« Voici le landau.
On attelle. Voici le landau.— Pour quoi faire ?
— Mais pour sortir.
Mais pour sortir.— Tords-moi le cou, je le préfère.
Ah çà ! tu veux sortir par cet horrible temps ! »
Un autre jour :
Un autre jour :« Nos cœurs, dit-elle, sont contents.
Ami, j’ignore tout, mais je suis ta servante.
Puisque je sais aimer, je suis assez savante.
Je t’adore. Mon Dieu, c’est toi ! »
Je t’adore. Mon Dieu, c’est toi ! »Le lendemain,
Un grand soufflet sortit de sa petite main,
Et tomba sur ma joue.
Et tomba sur ma joue.« Eh ! dis-je.
Et tomba sur ma joue.« Eh ! dis-je.— Bagatelle !
Viens m’embrasser. Comment me trouves-tu ? dit-elle.
— Charmante ! »
— Charmante ! »Et c’est ainsi que je m’accoutumai
Aux inégalités d’humeur du mois de mai.

(Toute la lyre ; Hetzel et Quantin édit.)