Anthologie des humoristes français contemporains/Giboulées
IV
Giboulées.
Elle, c’est le printemps ; pluie et soleil ; je l’aime ;
Je m’y suis fait.
Un jour, elle me dit :
« Quand même
On est tout seuls, les bois sont doux. Les belles eaux !
La campagne me plaît à cause des oiseaux.
Écoutons-les chanter. »
Moi, l’âme épanouie,
J’écoutais.
« Les oiseaux, dit-elle, ça m’ennuie.
Jouons.
— Aux cartes ?
— Non.
— À quoi ?
— Je hais le jeu
Causons. Le jaune est laid, je préfère le bleu.
— Je suis de ton avis.
— Toujours dans les extrêmes !
— Le bleu, dis-je, c’est beau.
— Pourquoi ?
— D’abord, tu l’aimes.
Ensuite c’est le ciel.
— Mais le jaune, c’est l’or.
— Va pour le jaune.
— Il est de mon avis encor !
C’est assommant !
— Faisons la paix.
— Je te pardonne. »
Un autre jour :
« Ami, viens, je me sens très bonne,
Le temps est beau, sortons à pied. »
Comme j’offrais
Mon landau :
« Non, dit-elle, il faut, par ce vent frais,
Marcher, rôder, courir au bois à l’aventure. »
On s’habille, on descend.
« Où donc est la voiture ?
— Mais tu voulais sortir à pied.
— À pied ? Jamais !
Marcher par ce vent froid ! fi donc ! »
Je me soumets.
On attelle.
« Voici le landau.
— Pour quoi faire ?
— Mais pour sortir.
— Tords-moi le cou, je le préfère.
Ah çà ! tu veux sortir par cet horrible temps ! »
Un autre jour :
« Nos cœurs, dit-elle, sont contents.
Ami, j’ignore tout, mais je suis ta servante.
Puisque je sais aimer, je suis assez savante.
Je t’adore. Mon Dieu, c’est toi ! »
Le lendemain,
Un grand soufflet sortit de sa petite main,
Et tomba sur ma joue.
« Eh ! dis-je.
— Bagatelle !
Viens m’embrasser. Comment me trouves-tu ? dit-elle.
— Charmante ! »
Et c’est ainsi que je m’accoutumai
Aux inégalités d’humeur du mois de mai.