Au Palais d’Injustice
AU PALAIS D’INJUSTICE
Mince de rigolade qu’il y a eu mardi au Palais d’Injustice ! c’est rien de le dire, fallait voir ça.
Les compagnons Martinet, Chenal, Mursch et la galbeuse compagne Eliska étaient de la fête. Un autre copain aurait dû y être aussi, mais il s’est fait la paire et fait la nique aux jugeurs de l’autre couchta de la frontière.
C’était au sujet de la grande affiche, faite par eux au 1er mai, qui avait pour titre l’Armée coloniale, et qui fit bougrement rogner tous les jean-foutre de la haute, qu’avait lieu la petite comédie.
Dans cette affiche, les copains s’en souviennent, il était conseillé aux troubades de Paris de ne pas tirer sur le populo.
Si tous les pousse-cailloux avaient suivi ce bon conseil on n’aurait pas eu le massacre de Fourmies.
C’est Martinet qui a tenu le crachoir. D’abord comme la salle n’était pas pleine, et que des camerluches poirotaient à la porte, il a gueulé que la séance ne serait pas ouverte avant que toutes les places ne soient prises. Alors, avec une mine moitié poivre et sel, les bourriques ont laissé envahir la salle jusqu’à la bonde.
Ensuite, Martinet a déclaré qu’il plaidait l’incompétence du tribunal, et qu’il en avait pour jusqu’à 6 plombes du soir à jaboter.
Ce qu’il te les a emmerdés, nom de dieu ! Il n’a été que jusqu’à trois heures, mais les vaches étaient bougrement à cran.
Il leur a demandé ousqu’ils avaient pêché le droit de se foutre jugeurs, d’envoyer des types qui sont dix fois plus chouettes qu’eux en prison, ou au bagne ?
Ensuite il les a fait renauder plus encore en se payant leur tronche et en leur demandant pourquoi ils s’habillaient en écrevisses, et pourquoi ils se foutaient des moules à pâtisserie en guise de galurins ?
Il te leur en a foutu des attendus que ceci ; … attendu que cela ; … mes charognards en rotaient.
Ils étaient d’une humeur à guillotiner une fournée d’innocents !
Quand Martinet a eu fini, les marchands d’injustice ont ruminé sur le flanche qu’il leur avait poussé, et turellement ils n’ont rien voulu en savoir. Pour lors, ils se sont déclarés bons pour le jugement.
Du coup, Martinet, Chenal et Eliska ont foutu leur camp, disant aux jugeurs qu’ils ne voulaient rien savoir de leurs gnoleries et qu’ils faisaient défaut.
Il ne restait que Mursch, qui fait son temps comme troubade, et que les potirons ont acquitté.
En suite de quoi, les jugeurs ont foutu un an de clou à Martinet et à Chenal, huit mois à Sluys, et trois mois à Eliska.
Il était bougrement près de six heures quand le fourbi a été bâclé.
Bast, cette histoire-là n’est pas finie ; comme c’est par défaut qu’ils ont été salés, on repiquera au truc un de ces quatre matins, et ça fera une nouvelle occasion pour foutre quelques glabiots sur le sale gniass des enjuponnés.