Avantures galantes de Rosalie/Aux aimables Danseuses de tous les Théâtres de Londres
Aux aimables Danseuses de
tous les Théâtres de Londres.

Êtres charmans, êtres volages, autant par goût que par besoin et par principes, c’est à vous que je dédie cet opuscule, qui n’est pas aussi libertin qu’on le croiroit en lisant le titre ; puissai-je, en récompense, obtenir de vous un sourire flatteur. Le sujet que je traite vous paroîtra bien léger, bien frivole. Je n’ai ni la profonde politique des Cécrops, ni des Cromwell ; je n’ai ni l’érudition des Mirabeau, ni des Voltaire ; je n’ai ni la facilité de la Fare, ni de Dorat ; je n’ai ni l’éloquence de Rousseau, ni de Racine ; je n’ai pas non plus la profondeur d’Helvétius, ni la vôtre… ce qui fait que j’aime mieux m’entretenir avec vous d’amour, que de discuter sur l’existence du vers spermatique, ou la possibilité des monades, préférant votre rigodon au télégraphe, et votre flic-flac à la quadrature du cercle, où je ne comprends rien du tout, tandis que je vois de l’expression dans vos attitudes, des sentimens dans les contours de vos mouvemens, du talent dans vos pas, et des grâces dans tout ce que vous faites. Apollon règle son rithme sur vous, et ce dieu ne respira musicalement, que d’accord avec vos mouvemens. La puissance de votre pied, peut subjuguer le capitaine le plus terrible, transiger des mesures, assurer le triomphe d’un auteur, émouvoir tout un parterre, troubler le cœur le plus tranquille, fixer le plus volage, échauffer l’ame la plus froide, soumettre les monarques, ou casser un quinquet… Ah ! charmantes Danseuses, que vous avez de moyens de plaire ! Comme la délicatesse des récits et la malignité des avantures peuvent être bien saisies de vous, aimables danseuses, je vous offre ce fruit de mes veilles, voir assurant bien que si j’ai envie que quelque chose, qui m’appartienne, soit entre vos mains, c’est encore moins mon manuscrit que… et je vous jure que si, en pensant à vous, mon livre en est devenu le plus long, vous eussiez eu le même pouvoir sur autre chose, avec lequel je finirois bien volontiers toujours les dédicaces que je vous offrirai.
du beau sexe.