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Barzaz Breiz/1846/L’Enfer/Bilingue

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Barzaz Breiz, édition de 1846
L’Enfer



VI


L’ENFER.


( Dialecte de Léon. )


Descendons tous, chrétiens, en enfer, pour voir quel supplice effroyable endurent les âmes damnées que la colère de Dieu tient enchaînées au milieu des flammes, pour avoir abusé de ses grâces en ce monde.

L’enfer est un abîme profond plein de ténèbres, où ne luit jamais la plus petite clarté ; les portes ont été fermées et verrouillées par Dieu, et il ne les ouvrira jamais ; la clef en est perdue !

Les dalles rougies d’un four d’ici-bas ne sont que fumée, au prix du feu de l’enfer, du feu qui dévore les âmes damnées ; mieux vaudrait brûler, en ce four, jusqu’à la fin du monde, que d’être, pendant une heure, tourmenté en enfer.

Ils hurlent à tue-tête, comme des chiens enragés ; ils ne savent où fuir ; partout des flammes ! des flammes sur leur tête, des flammes sous leurs pieds, des flammes de tous côtés, qui les dévoreront à jamais.

Le fils s’élancera sur son père, et la fille sur sa mère, et ils les traîneront par les cheveux, au milieu des flammes, avec mille malédictions :

— Soyez maudite, femme perdue, qui nous avez mis au monde ; soyez maudit, homme insouciant, qui êtes la cause de notre damnation.


Ce sera Satan qui leur préparera à manger, et les ordures des monstres de l’enfer, ramassées dans les ruisseaux de feu, qu'il leur servira ; et pour boisson, ils auront leurs larmes, mêlées de mille immondices et de sang de crapaud.

Et leur peau sera écorchée et leur chair déchirée par la dent des serpents et des démons ; et leur chair et leurs os seront jetés au feu, pour alimenter la fournaise immense de l’enfer.

Après qu’ils auront été laissés quelque temps dans les flammes, ils seront plongés, par Satan, dans un lac de glace ; et du lac de glace replongés dans les flammes, et des flammes dans l’eau, comme la barre de fer en forge.

Alors, ils se mettront à pleurer, à pleurer amèrement :
— Ayez pitié, mon Dieu, ayez pitié de nous ! —
Mais ce sera en vain qu’ils pleureront, car tant que Dieu durera, dureront leurs tourments et leurs maux.

Le feu qui les brûlera en enfer sera si vif, que leur moelle bouillira dans leurs os ; plus ils demanderont grâce, plus ils seront tourmentés ; ils auront beau hurler, ils brûleront éternellement.

Ce feu-là. c’est la colère de Dieu qui l’a allumé ; et il ne pourrait plus l’éteindre, quand même il le voudrait ; jamais il ne jettera de fumée, et jamais il ne consumera ; il les brûlera éternellement, sans jamais les détruire.


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