Bepred Breizad/Une Chanson de Kloarek
Quand j’étais à étudier en la ville de Tréguier, — une lettre me fut envoyée pour m’appeler à la maison, — pour m’appeler promptement à la maison, si je voulais voir encore — ma douce, mon amour Geneviève Kerloas.
Si je voulais voir une dernière fois, avant de mourir, — ma pauvre Geneviève sur le point de s’envoler au ciel. — Dieu, la terrible nouvelle ! quand je l’appris, — mon pauvre cœur défaillit, et je me mis à pleurer.
Puis je ficelai mes livres trois à trois, — livres latins et français, avec mes cahiers d’études, — et aussitôt je me mis en route vers Plouaret, — où ma douce jolie était retenue par la maladie.
J’étais triste comme la Mort ; quel crève-cœur ! — les larmes de mes yeux roulaient sur le chemin. — « Ah ! comment vivre encore dans ce monde, — si est morte Geneviève, celle que j’aimais ! » —
Vers le soir, comme j’étais sur le grand chemin, — arrivé près de la chapelle de Saint Yves, j’entendis tinter le glas ! — Tout mon corps trembla alors, comme une feuille, — quand souffle le vent du nord dans le hêtre ou le chêne.
O mon Dieu, mon Sauveur, qu’est-ce donc que j’entends ? — Ce son-là me brise le cœur. — Si c’est Geneviève, ma douce jolie, qui est morte, — ah ! je ne resterai pas longtemps après elle dans ce monde.
« — Dites-moi, jeune fille, je vous prie, — pour qui l’on sonne le glas, et qui a quitté ce monde ? » — « Geneviève Kerloas, hélas ! la plus jolie jeune fille — qui fût » dans le pays, morte de regret de son cher Kloarec. » —
— À ces mots je tombai à terre, — noyé dans mes larmes et aussi dans ma douleur : _ la jeune fille me releva et me dit : — « Kloarec, c’est la volonté de « Dieu, le meilleur serait de prier.
« Comme l’étoile radieuse qui brille au nord, — elle est maintenant dans le jardin de Dieu, le paradis ; — Kloarec, ne pleurez pas, quand vous mourrez sur cette terre, — demandez d’aller la rejoindre par dessus le soleil et la lune ! » —
Et j’entendais les oiseaux, dans les arbres, au-dessus de ma tête, — à mesure que j’avançais sur la route, qui disaient ainsi : — « La plus belle rose qui fût dans tout le pays, — a été cueillie ; elle est à présent avec Dieu ! » —
Quand j’arrivai devant la porte de la cour, à Keralsy, — je vis qu’on sortait le pauvre cher corps de la maison : — sur un bout du cercueil était une couronne — de fleurs des champs, aubépines blanches, bruyères et primevères.
Sur la route qui mène au bourg, chantaient les prêtres, — et moi je suivais tout du long à travers champs : — les larmes jaillissaient abondamment de mes yeux, — et les ronces déchiraient mes pieds et mes habits.
Pendant toute la messe, quand Je corps fut dans l’église, — je m’agenouillai pour prier, à un bout du grand autel ; — à un bout du grand autel je me suis agenouillé, — et sur ma douce jolie j’ai pleuré, à noyer mon cœur.
Et quand son pauvre corps fut descendu en terre, — je restai sur sa tombe, jusqu’à minuit ; — je suis resté sur sa tombe, priant et pleurant, — si bien que je désirais la suivre et quitter ce monde.
Et alors j’ai demandé à Dieu — que je pusse la revoir une fois encore, comme quand elle était en vie, — que je pusse la revoir une fois encore et qu’elle me parlât, — sans quoi, ô mon Jésus, je mourrais de douleur ! —
Et comme je m’en retournais chez moi, du cimetière, — la Mort dans mon cœur, je vis une apparition : — je vis une belle ombre, au moment où je gravissais la colline, — près de la rivière, vers l’heure de minuit.
Et elle éclairait comme le soleil béni, — au printemps, quand il brille sur le monde : — comme Geneviève, elle était habillée de blanc, — et elle me souriait et me parla de la sorte : —
— « Cessez, mon doux Kloarek, cessez de répandre des larmes, — j’ai été retirée de dessus la terre par le bon Dieu — pour notre bien à tous deux, pour que vous soyez prêtre, — et que nous puissions nous revoir dans le paradis ! » —
Alors elle monta au ciel, belle comme les étoiles, — et mon pauvre cœur fut aussitôt consolé. — Que la volonté de Dieu soit faite, son œil est partout, — et ce qu’il fait, doit être bien fait pour nous ! —
Je suis maintenant Recteur de la commune de Plouaret ; — sur la tombe de Geneviève, à l’endroit où elle a été ensevelie, — j’ai semé des roses rouges et aussi des lys blancs, — et là on me voit souvent en prière.
Les roses sentent bon ; les lys blancs sont beaux, — au-dessus de sa tête le rossignol chante dans l’if, — et son chant est si beau, qu’il me semble, chaque nuit, — entendre la voix des anges qui chantent dans le paradis ! —