Bibliothèque historique de la France/Nlle éd., 1768

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Bibliothèque historique de la France/Nlle éd., 1768
(1768)


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Préface 1719
Préface 1768



Index alphabétique


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NOPQRSTUVWXYZ


BIBLIOTHÈQUE

HISTORIQUE

DE LA FRANCE,

CONTENANT

Le Catalogue des Ouvrages, imprimés & manuscrits,

qui traitent de l’Histoire de ce Royaume,

ou qui y ont rapport ;

AVEC DES NOTES CRITIQUES ET HISTORIQUES :

Par feu JACQUES LELONG, Prêtre de l’Oratoire,

Bibliothécaire de la Maison de Paris.

NOUVELLE ÉDITION

Revue, corrigée &considérablement augmentée

Par M. FEVRET DE FONTETTE, Confeiller au Parlement de Dijon.

TOME PREMIER.

A PARIS,

De l’imprimerie de JEAN-THOMAS HERISSANT, Imprimeur ordinaire

du Roi, Maifon & Cabinet de SA MAJESTÉ.

M. DCC. LXIII

AVEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI.


Preface de 1719

PREFACE.

DANS LAQUELLE L’ON MONTRE

Premièrement, que bien des Nations n’ont pas moins d’intérêt que les François à étudier l’Histoire de France, & qui sont les Auteurs qui depuis un siecle & demi ont le plus illustré cette Histoire. Secondement, quel est le plan que l’on a suivi dans cet Ouvrage, & de quelle manière il a été exécuté. Troisièmement, d’où l’on a eu connoissance d’un si grand nombre de Livres soit imprimez, soit manuscrits, & qui sont ceux qui y ont contribué. Quatrièmement comment on pourroit porter cette Bibliothèque historique de la France à une plus grande perfection ce qui est suivi d’une invitation aux Etrangers d’en entreprendre une semblable par rapport a leur Païs.

LE titre de ce Livre en annonce l’utilité ; & ce nombre prodigieux d’Ouvrages imprimés & manuscrits que j’indique, en fournit les preuves. On trouvera dans ce Catalogue tout ce qui peut donner la connoissance exacte d’une Histoire également importante par sa matière & par son antiquité, & qui n’est pas moins l’objet des recherches des Etrangers que des François.

I. Les Etats voisins principalement ont presque autant d’intérêt que nous-mêmes à cultiver l’étude de l’Histoire de France ; car n’étant, pour la plupart, que des démembremens de cette ancienne Monarchie, ils pourront découvrir dans notre Histoire la source & les fondemens de la leur propre. Et quoiqu’on en doive excepter une partie des Espagnes & le Royaume de la Grande-Bretagne, ces Nations néanmoins ont eu, durant plusieurs siècles, de si grands démêlés avec les François, qu’elles ne peuvent être parfaitement instruites de leurs prétentions, du succès de tant de Guerres & de Traités de Paix ou d’Alliance, qu’en joignant à leurs Historiens le secours de ceux de la France.

Cependant, je conviens sans peine que nos premières Histoires ne méritent guères le nom d’Histoires ; ce ne sont, la plupart, que des Chroniques, le plus souvent très-abrégées, défectueuses en plusieurs endroits, écrites d’un style sec barbare, & dont les Auteurs n’ont fait que se copier successivement les uns les autres. Il est même très-rare de trouver dans leurs Ouvrages des preuves solides de ce qu’ils avancent ; ce n’est pas qu’ils en manquassent, les Bibliothèques des Abbayes & des Monastères en furent fournies de bonne heure. Mais comme parmi les Actes authentiques, il se trouve des Légendes de Saints souvent remplies de fables, & des Chartes quelquefois suspectes de fausseté ou d’altération, ces Historiens destitués des lumières de la critique, ont eu le malheur de suivre des guides qui les ont souvent égarés.

Le goût n’a commencé à s’épurer que vers la fin du XVIe siècle ; & avec le secours des règles d’une saine critique, on s’est mis sur les voies de la vérité. Les François, honteux de se voir comme étrangers dans leur pays, se font appli-

à

PREFACE.

qués à en déterrer les antiquités, à bien connoître la suite de leur Histoire, & à en rejetter tout ce que la crédulité ou l’imposture y avoient fait entrer.

Les deux frères du Tillet, qui se nommoient l’un & l’autre Jean, font les premiers qui ont ouvert la carrière : non-seulement ils rassemblèrent un grand nombre de Pièces originales sur ce qui regardoit la France, mais ils s’attachèrent aussi à se rendre exacts dans ce qu’ils ecrivoient sur les différens Règnes de nos Rois. L’aîné ; qui étoit Greffier du Parlement, avoit à sa disposition le Trésor des Chartes de la Couronne ; il avoit eu communication des Registres du Parlement de Paris ; il avoit fouillé dans quelques Bibliothèques & manié les titres de plusieurs Eglises de France. Ces travaux lui procurèrent le moyen de joindre à quelques-uns de ses Traités l’inventaire des Titres qui en étoient les preuves. Le second, Evêque de Meaux, poussa encore plus loin ses recherches : car, muni d’une permission de François I, il visita les anciennes Bibliothèques du Royaume dans un temps où elles n’avoient pas encore été exposées aux ravages que causèrent dans la suite les guerres civiles, durant lesquelles elles furent pillées & dissipées. Il tira de leurs Manuscrits tout ce qu’il put trouver de meilleur sur différens sujets, ainsi que l’observe M. de Thou (a), qui enrichit lui-même son Histoire si célèbre de pareilles découvertes.

* Hist. sui temporis lib. 45, ad annum 1570.

Leur exemple fut bientôt fuivi par les deux frères, Pierre & François Pithou ; qui ne se sont pas moins distingués que les deux du Tillet, par leur érudition & par leur sçavoir. François de Belleforest les avoit précédés de quelques années. On trouve ensuite Nicolas Viguier, Jean de Serres, Claude Fauchet, Bernard Girard, Sieur du Haillan, Jacques Bongars, Paul Petau, Conseiller au Parlement de Paris, & Marquard Freher, qui étoit Allemand. Ceux-ci eurent encore d’illustres Successeurs : car, qui ne connoît pas le célèbre Claude Fabry de Peyresc, le sçavant André du Chesne, père de l’Histoire de France ; les PP. Jacques Sirmond, Philippe Labbe, Charles le Comte, Luc d’Achery, Adrien Jourdan, Jean Mabillon, Thierry Ruinart ; MM. Théodore & Denys Godefroy, Pierre & Jacques Dupuy, Scévole & Louis de Sainte-Marthe, Louis Chantereau le Fevre, Scipion Dupleix, Pierre de Marca, François Bosquet, Louis-Auguste de Loménie, Comte de Brienne, le Comte de Bethune, François de Mezeray, Geraud de Cordemoy, Charles de Fresne du Cange, Antoine Vyon d’Herouval, Adrien de Valois, Honoré Caille du Fourni, & François Roger de Gaignières.

Je me flattois que M. Baluze, à qui les Antiquités Françoises font si redevables, auroit place ici avec ceux qui sont pleins de vie, quoiqu’il fût dans sa quatre-vingt-huitième année, tant santé paroissoit encore ferme ; mais la mort qui vient de nous le ravir, m’oblige avec regret de le séparer du sçavant Abbé de Longuerue, des RR. PP. Audren, Lobineau, Daniel, de Sainte-Marthe, Martenne, Durand ; de MM. les Abbés de Choisy, le Gendre, le Grand, & de Camps ; de MM. Rousseau, Godefroy l’aîné, d’Hozier & Clairambaud, & d’autres sçavans Hommes qui continuent de courir dans la même carrière, selon leurs différens desseins.

En travaillant à mon Ouvrage, j’ai eu principalement en vue ces laborieux Auteurs, afin de les soulager dans leurs travaux. Ceux même qui s’attacheront dans la suite à recueillir d’anciens Actes, ne seront plus exposés, comme il leur est arrivé quelquefois, d’en donner qui auroient deja vu le jour, & ils seront aussi plus en état d’en bien juger, en connoissant ceux qui n’ont pas encore été rendus publics ; & je découvre ici aux Auteurs qui composeront dorénavant des Histoires sur ces Titres, les sources où ils doivent puiser.

II. Je me suis donc proposé de ramasser dans cette Bibliothèque historique tous les titres des Histoires de France & de tous les Ouvrages qui y ont rapport. Je ne sçai si le Lecteur ne fera pas surpris de voir qu’on ait pu faire un si ample Recueil sur l’Histoire d’une seule Nation : car on rapporte ici plus de dix-huit mille Ouvrages, dont il y a environ six mille Auteurs nommés ; & entre les Anonymes & Pseudony-

PREFACE.

mes, je découvre le véritable nom de douze cens. A l’égard de la disposition des matières, quelque simple qu’elle paroisse, j’avouerai que ce n’a pas été sans l’avoir retouchée plusieurs fois, que j’en ai dressé le plan dans l’état ou je le donne au Public.

On partage ordinairement les Histoires d’un Pays ou d’un Royaume en deux classes, en Ecclésiastiques & en Civiles ; je subdivise cette dernière classe en Politique & en Civile. L’Histoire Politique comprend l’Histoire de ceux qui gouvernent, ou des Rois & de leurs principaux Officiers : la Civile, l’Histoire de ceux qui sont gouvernés ou des Citoyens, comme les Histoires des Provinces, des Villes, des grandes Maisons, des Académies, des Universités, des Hommes illusires dans les Lettres, & des Dames célèbres. Mais comme il y a des Traités qui appartiennent à l’Histoire Ecclésiastique & à la Civile, tels que sont les Traités de Géographie, & que d’autres n’appartiennent à aucune des deux ; par exemple, l’Histoire naturelle, j’ai placé ces sortes de Traités & d’Histoires au commencement de l’Ouvrage, sous le titre de Préliminaires, & joint les Histoires des Peuples qui occupoient les Gaules avant que les François en fissent la conquête.

Ainsi cette Bibliothèque est divisée en quatre Livres. Le premier contient les Préliminaires de l’Histoire de France ; & le second l’Histoire Ecclésiastique ; l’Histoire Politique remplit le troisième, & la Civile le quatrième. On voit le plan de chaque Livre dans la Préface qui le précède, & celui de tout l’Ouvrage dans la Table des Chapitres, qui est après cette Preface.

J’ai suivi tantôt l’ordre des temps, tantôt l’ordre alphabétique, selon que ces deux ordres convenoient le mieux à mon sujet : par exemple, l’ordre chronologique m’a paru le meilleur pour les Histoires des Evêques d’un même Siége, pour celles des Rois, des Chanceliers de France, qui font toutes ensemble un corps d’Histoire. Mais j’ai préféré l’ordre alphabétique, lorsque j’ai rangé les Vies des Saints, celles des personnes du second Ordre du Clergé, celles des Maréchaux de France, des Sçavans, des Dames célèbres, parceque ces sortes de Vies n’ont pas entr’elles une liaison nécessaire.

Les titres de chaque Ouvrage sont exprimés en la langue dans laquelle ces Ouvrages sont écrits, excepté ceux qui le sont en Allemand & en Anglois ; car alors, je les rapporte en François, ajoutant qu’ils sont composés en l’une de ces deux langues étrangères. Ces Titres font précédés d’un numéro ; & je n’ai employé dans tout l’Ouvrage qu’une seule suite de chiffres, pour faciliter les citations & les renvois dans le corps du Livre, & la composition des Tables, où je marque les numéros & non point les chiffres des pages. On trouvera sept Tables à la fin de ce volume. La première contient, selon l’ordre de l’alphabet, les noms des Auteurs, dont les Ouvrages composent la meilleure partie de cette Bibliothèque ; & lorsque leur nom n’est pas connu, ou marqué dans le titre de leurs Livres, ou qu’il y est déguisé, je fais connoitre alors leur véritable nom, en enfermant entre deux crochets (1) le numéro qui indique leur Ouvrage anonyme ou pseudonyme. La seconde Table est proprement Topographique, n’étant composée que des noms des lieux dont on rapporte les Histoires. La troisième est celle des Manuscrits, qui y sont rangés par ordre de matière suivant le plan de cette Bibliothèque. On trouve dans la quatrième Table les Histoires générales, ou qui contiennent du moins deux Règnes de nos Rois, rangées selon l’ordre des temps : & dans la cinquième, selon l’ordre de l’alphabet, les noms de ceux dont on a composé la Vie, ou l’Eloge ou l’Oraison funèbre. Comme l’on est curieux des Livres imprimés sous le titre de Mémoires, j’en ai dressé une Table, qui est la sixième. J’ai mis dans la septième & dernière les Histoires romanesques ou suspectes de déguisement & de faussetés, avec quelques Poèmes historiques. Il y a, au-devant de plusieurs de ces Tables, des Avis qui en expliquent l’usage.

PREFACE.

Les Sçavans sont partagés sur les années où commencent & sur celles où finissent les Règnes de plusieurs de nos Rois de la première & de la seconde Race. Dans la suite chronologique que j’ai mise au-devant du premier Livre, j’ai suivi, pour la première race, les sentimens que M. l’Abbé de Longuerue a fort bien établis dans ses Mémoires historiques, que M. l’Abbé Béraud m’a communiqués. Ces sortes de difficultés ne se rencontrent dans la seconde Race, que dans la suite des Rois depuis Charles-le-Gros. Le Révérend Père Mabillon, dans sa Diplomatique, m’en a fourni les éclaircissemens. Pour la troisième Race, je me suis conformé aux dates rapportées par M. Blanchard, dans son Recueil des Ordonnances de nos Rois. Je compte le commencement du Règne des premiers Rois de cette Race, du jour de leur Sacre, qui s’est toujours fait du vivant de leur père jusqu’à Philippe Auguste, excepté Louis le Gros, qui même fut désigné Roi plusieurs années avant la mort de son père.

Pour donner une Notice plus exacte des principaux Historiens de France, j’ai mis ensuite de leurs Ouvrages, des notes historiques & critiques. Elles ne contiennent quelquefois que les années où commencent & celles où finissent les Histoires, quand il n’en est pas fait mention dans leur titre. Si c’est d’un Auteur anonyme, j’en mets souvent le nom ; & s’il est pseudonyme, je le démasque. J’y ai toujours indiqué les Bibliothèques où se conservent les Manuscrits dont les titres sont cités, & j’ai désigné avec soin les Recueils où se trouvent les Pièces que j’en ai tirées.

Pour les jugemens & notes critiques, je les ai prises d’ailleurs ; j’ai suivi, par exemple, sur les Vies des Saints, les jugemens des Bollandistes & de MM. de Tillemont & Baillet : sur les anciens Historiens Latins, ceux d’André du Chesne & de Gérard-Jean Vossius : sur ceux de Lyon, le P. Ménestrier : sur ceux de Provence, Pitton, Bouche, de Haitze, M. de Mazaugues & le Père Bougerel & sur ceux de Reims, M. Lacourt, Chanoine de cette Eglise. Quoique Sorel & Varillas aient peu de réputation parmi les Sçavans, j’ai quelquefois allégué leur témoignage sur des faits dont ils pouvoient être bien instruits. Enfin, on trouvera quelques jugemens de l’Auteur de la Méthode pour étudier l’Histoire, j’en ai omis plusieurs de cet Auteur, qui m’ont paru faux ou trop hazardez.

J’avois fait des Notes plus étendues sur dix ou douze de nos Historiens modernes ; mais de peur que ces Notes n’interrompissent trop la suite de mon Ouvrage, je les ai placées après le Supplément, sous le titre de Mémoires historiques ; je raconte, dans un Avis qui est a la tête, ce qui m’a donné lieu de les composer.

Les Ouvrages manuscrits étoient distingués des imprimés dans une première copie de cette Bibliothèque ; j’ai cru, en la retouchant, devoir changer cette disposition, en mêlant ensemble les uns avec les autres : elle m’a paru plus commode pour les Lecteurs, qui trouveront par ce moyen tous les Livres concernant la même matière, ramassés dans un même endroit. Pour satisfaire néanmoins la curiosité de ceux qui ne voudroient avoir connoissance que des Manuscrits, j’en ai dressé une Table, ou je marque le sujet de chacun, & le numéro de cette Bibliothèque, qui fait connoître où il se trouve. J’y ai désigné les Manuscrits par les lettres Mf. qui sont au commencement de l’article, afin de les découvrir plus aisément ; & dans la Table alphabétique des Auteurs, j’ai mis une étoile (1) au-devant des numéros qui indiquent des Manuscrits.

III. Cette Bibliothèque est donc composée d’Ouvrages imprimés & de manuscrits : voici d’où j’ai eu connoissance des uns & des autres. A l’égard des Livres imprimés qui regardent l’Histoire de France, les Bibliothèques de Paris, qui en possedent un plus grand nombre, sont celle du Roy, celle de la Maison de l’Oratoire de la rue Saint-Honoré, dont on m’a confié le soin, & celle de feu M. l’Abbé d’Estrées. Après avoir tiré de ces trois Bibliothèques tout ce qui pouvoit convenir à

mon

PREFACE.

dessein, j’ai été visiter avec soin les autres Bibliothèques de cette Ville, du moins les plus considérables, & quelques Cabinets de Livres, oû j’ai fait encore de nouvelles découvertes.

J’ai marqué en détail toutes les Pièces dont font composés les Recueils des Historiens de France, publiés par Pithou, Freher & du Chesne. j’ai fait de même à l’égard d’un Recueil de Pieces appellé communément les Mémoires du Prince de Condé ; des Mémoires d’Etat sous le Règne de Charles IX ; des Mémoires de la Ligue ; du Recueil de Pièces publié par Paul Hay du Chastelet, & de celui de son antagoniste Matthieu de Morgues, Sieur de Saint-Germain. Tous les Livres inserés par du Chesne, dans la seconde édition de sa Bibliothèque des Auteurs qui ont écrit de la Topographie & Histoire de France, ont eu ici leur place. L’Histoire de France d’Adrien de Valois, les Annales de l’Eglise de ce Royaume du Père le Cointe, les Actes des Saints de Bollandus (que j’ai toujours cités sous son nom, quoique continués par plusieurs de ses Confrères,) & l’Histoire de l’Eglise de Paris du Père du Bois, m’ont fourni quelques articles curieux, & des Dissertations sur plusieurs sujets. J’en ai aussi tiré quelques-uns du Dictionnaire historique & critique de Bayle, avec toute la précaution que demande la lecture d’un pareil Ouvrage.

On m’a communiqué deux Recueils de Pièces qui concernent notre Histoire, imprimées en divers temps. Ils font chacun reliés dans une différente suite de volumes : j’en ai tiré un grand nombre de Narrations historiques & d’Ecrits politiques qui m’ont paru les plus utiles & les plus interessans, ayant supprimé les autres comme inutiles à la connoissance de notre Histoire. Le premier Recueil, composé de cent soixante-dix volumes in-8°. fort épais, contient presque tout ce qui s’est fait depuis la mort du Roi Henri II, jusqu’au commencement du Règne de Louis XIV : il étoit alors dans la Bibliothèque de M. Foucault, Conseiller d’Etat ordinaire. Le second Recueil est conservé dans la Bibliothèque de l’Abbaye de Sainte-Geneviève, en cinquante gros volumes in-4°. Il renferme les Pièces composées pendant nos dernières guerres civiles, depuis le mois d’Octobre 1648, jusqu’à la fin de l’année 1652.

J’ai trouvé encore plusieurs Pièces appartenantes à, notre Hiloire dans les Recueils de Henri Canisius, publiés sous le titre de Leçons antiques, dans le Spicilège de Dom Luc d’Achery ; les Mélanges de M. Baluze, le Trésor de Pièces anecdotes des RR. PP. Martenne & Durand, & dans les diverses Collections des Historiens d’Angleterre, d’Allemagne, d’Espagne & d’Italie.

J’ai fait aussi entrer dans cette Bibliothèque toutes les Vies des Saints de France imprimées dans les six premiers mois du Recueil de Bollandus, & dans les six derniers mois du Recueil de Surius ; enfin, dans les Actes des Saints de l’Ordre de saint Benoît, qui sont, pour la plupart, François : mais en faveur de ceux de notre Nation à qui la langue Latine n’est pas familière, j’ai encore tiré des Vies des Saints du Père Giry, Minime, & de celles de M. Baillet & des Mémoires de M. de Tirlemont, pour l’Histoire Ecclésiastique, un Indice des Saints François qui se trouvent dans ces trois Ouvrages.

Comme les Manuscrits sont plus rares & plus inconnus que les Livres imprimés ; & qu’ils renferment des anecdotes qu’on peut regarder comme la clef de l’Histoire, j’ai cru que j’en devois faire une recherche encore plus exacte ; j’avoue que celle que j’ai entreprise, m’a coûté beaucoup de soins & de peines. Le Lecteur en pourra juger par le grand nombre que m’ont fourni & les Bibliothèques de France & celles des Pays étrangers.

De toutes les Bibliothèques de l’Europe, il est constant qu’il n’y en a point de plus riche en Manuscrits . que celle du Roi, surtout par rapport .à notre Histoire depuis le commencement du Règne de Louis XI, jusqu’à ces derniers tems. Cette

é

PREFACE.

belle Suite a été formée de plusieurs Recueils de Manuscrits mis de temps en temps dans cette nornbreuse Bibliothèque. Ceux du Comte de Béthune & du Cardinal Mazarin, excepté son Ministère, font à présent une même suite avec ceux qui s’y trouvoient auparavant ; mais le Recueil de Comte de Brienne a été placé séparement dans un Cabinet qui lui a été destiné. Depuis peu, le nombre de ces Manuscrits a augmenté de plus de trois mille trois cens volumes, par l’acquisition que la Bibliothèque du Roi a faite de ceux de MM. de Gaigniéres & d’Hozier, de ceux de M. l’Abbé de Louvois, qui les lui a légués ; & en dernier lieu, par ceux de M. Baluze, la plûpart concernant l’Histoire de France, & surtout les plus illustres Familles de ce Royaume.

Le facile accès que j’ai trouvé dans les Bibliothèques de plusieurs Communautés de Paris, m’a procuré la connoissance d’un grand nombre de Manuscrits qu’on y conserve, & qui regardent notre Histoire. Les principales de ces Bibliothèques sont celles de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Pres, de l’Abbaye de Saint-Victor, des RR. PP. Minimes de la Place Royale, du Collége des Jésuites, & du Séminaire de MM. des Missions étrangères. Je n’ai pas eu un moindre accès dans les Bibliothèques de quelques illustres Particuliers, comme dans celle de M. le Duc de Bourbon, Prince de Condé ; dans celles de MM. Séguier & d’Aguesseau, Chanceliers de France ; de MM. Colbert & Peletier, Ministres d’Etat ; de M. Bouthillier, ancien Evéque de Troyes & Conseiller d’Etat du Conseil de la Régence ; de M. Foucault, Conseiller d’Etat ordinaire ; de MM. de Harlay & de Mesmes, Premiers Présidens au Parlement de Paris ; de M. de Menars, Président à Mortier ; de M. Joly de Fleury, Procureur-Général au même Parlement ; de M. de Caumartin, Evèque de Vannes ; de MM. les Abbés d’Estrées, de Louvois & de Camps ; de MM. Baluze & Godefroy l’ainé. J’ai aussi consulté les Cabinets de plusieurs gens de Lettres, & j’ai trouvé dans tous ces différens endroits la meilleure partie des. Manuscrits cités dans cet Ouvrage.

Il est à propos d’observer premièrement, que la Bibliothèque de M. le Chancelier Séguier est venue par succession à M. le Duc de Coislin, Evêque de Metz, son petit-fils ; elle esta présent en dépôt dans l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Secondement, que M. le Chancelier d’Aguesseau a joint aux Manuscrits qu’il possédoit déja, plus de quatre cens volumes qu’il a acquis de M. Rousseau, Auditeur en la Chambre des Comptes, célèbre par la grande connoissance qu’il a des anciens Titres. Troisièmement, que la Bibliothèque de M. Colbert le Ministre, appartient aujourd’hui à M. le Comte de Seignelay son petit-fils, & qu’on y conserve, outre un grand nombre de Manuscrits concernant notre Histoire, les anciens Manuscrits de M. de Thou, tous ceux du Ministère du Cardinal Mazarin, une copie de ceux de M. le Comte de Brienne. Quatrièmement, que la Bibliotèque de M. Péletier le Ministre, est à Monsieur son fils aîné, ancien Premier Président du Parlement de Paris. Cinquièmement, que je n’ai pu profiter que du Catalogue des anciens Manuscrits de M. le Premier Président de Harlay, dont tous les Manuscrits viennent de passer à M. de Chauvelin, Président à Mortier, par la donation que lui en a fait M. de Harlay le fils, Conseiller d’Etat : il m’avoit a la vérité montré l’Inventaire des Manuscrits modernes ; mais comme les dates n’y étoient pas marquées, & que ces Livres étoient alors dans son Château de Gros-Bois, je n’ai pu tirer aucun avantage de la faveur qu’il me faisoit. Sixièmement, que le Recueil des Manuscrits .de M. Dupuy appartenoit depuis long-temps à M. le Président de Menars, que depuis sa mort ils sont en vente ; qu’il n’y a point de Sçavans à Paris qui ne souhaitent que ce beau Recueil augmente le grand nombre de Manuscrits qui sont conservés dans la Bibliothèque du Roi. Septiemement, que les Manuscrits de M. Foucault font paires depuis peu dans la Bibliothèque de M. l’Abbé de Rothelin ; ceux

PREFACE.

de M. l’Abbé d’Estrées, dans celle de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, & ceux de M. de Gaignières, de M. l’Abbé de Louvois & de M. Baluze, dans celle du Roi. Enfin, quand j’ai trouvé les mêmes Manuscrits dans différens lieux, j’ai toujours indiqué la Bibliothèque Royale, ou celle d’une Communauté, préférablement à celles des particuliers, qui sont sujettes à parler successivement en différentes mains.

M. Thomassin de Mazaugues m’a envoyé un Catalogue des Manuscrits de M. de Peyresc, qui est plus exact que celui qui est imprimé à la fin de sa Vie, dans l’Edition de la Haye. La plûpart de ces Manuscrits sont confervés à Aix, dans le Cabinet de M. de Mazaugues. J’ai lu aussi le Catalogue des Manuscrits de M. Bouhier, Président au Parlement de Bourgogne, & de ceux de M. de la Mare, Conseiller au même Parlement : le Catalogue des Manuscrits de l’Histoire de Bretagne, que doit encore publier le Père Dom Lobineau, & celui des Historiens de. Languedoc, que possède M. le Marquis d’Anbais, dans son Château, qui est à quatre lieues de Nismes, m’ont été aussi communiqués.

Les Commentaires de Lambécius sur les Manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Vienne, indiquent un grand nombre d’excellentes Pièces qui regardent notre Histoire, aussi-bien que les Catalogues des Manuscrits d’Angleterre, sur-tout celui de la Bibliothèque du Chevalier Cotton, qui est conservée à Londres ; le Catalogue des Manuscrits de Flandres, publié par Sanderus ; enfin, le Catalogue des Manuscrits de la Reine Christine de Suède, qui sont passés dans la Bibliothèque du Vatican, où les a fait mettre le Pape Alexandre VIII. Il les avoit acquis dei Légataires du Cardinal Azolin, à qui cette Reine avoit légué sa Bibliothèque. J’ai trouvé dans tous ces Catalogues de quoi enrichir le mien.

J’y ai même marqué des Manuscrits qui ne sont que cités dans plusieurs Livres imprimés, principalement dans les Preuves des Histoires généalogiques, & dans le Plan des Historiens de France de du Chesne : comme des Auteurs fidèles, qui ont écrit depuis, moins d’un siècle, en ont fait mention, & ont même rapporté des Extraits de quelques-uns, il y a apparence qu’ils subsistent ; d’autres plus heureux que moi en feront un jour la découverte.

Outre ces sources si abondantes, qui m’ont fait connoître tant d’Ouvrages, je fuis ravi de l’occasion qui se présente de témoigner ici ma reconnoissance à plusieurs de mes amis, qui m’ont beaucoup aidé de leurs lumières. M. Lancelot, dans la vue d’un pareil dessein, avoit ramassé un grand nombre de Mémoires sur les Histoires des Provinces de France & sur les Genéalogies des Familles illustres ; il me les a généreusement communiqués. j’ai aussi d’étroites obligations à M. Godefroy l’aîné & à M. l’Abbé des Thuilleries ; ils m’ont fourni plusieurs éclaircissemens, soit pour les noms des Auteurs, soit pour des dates. Le R. P. Dom Bernard de Montfaucon, de l’Académie des Inscriptions, m’a prêté le Catalogue des Manuscrits de la Reine de Suède, & celui de M. le Président Bouhier ; & M. l’Abbé le Roi, de l’Académie de Politique, m’a procuré les moyens de voir ceux de quelques célèbres Bibliothèques de Paris. Les Mémoires de M. Papillon, Chanoine de Dijon, sur les Historiens de Bourgogne, & ceux de M. de Mazaugues & du Père Bougerel, sur ceux de Provence, m’ont été d’un grand secours. Certaines Pièces fugitives auroient pu m’échapper, si M. l’Abbé Bosquillon, de l’Académie de Soissons, ne m’en avoit donné la connoissance. J’avois enfin quelques obligations à feu M. Pinsson, Avocat au Parlement ; dans un Cabinet peu nombreux en Livres, il avoit sçu ramasser bien des Livres singuliers qui regardoient l’Histoire des Provinces de France.

IV. Au reste, quelques soins que j’aie pris pour mettre cette Bibliothèque historique dans l’état où elle est, je suis néanmoins persuadé qu’on la peut augmenter tous les jours de nouvelles découvertes. Sur cela je prie ceux qui s’intéressent à

PREFACE.

l’étude & à la perfection de notre Histoire & qui possèdent des Livres, soit imprimés, soit manuscrits, d’un caraetère convenable a mon dessein, d’avoir la bonté de m’en communiquer les titres & les autres circonstances employées dans mon Ouvrage, comme les noms & surnoms des Auteurs, le temps de leur mort, l’année où ils commencent, & celles où ils finissent, &c. Ils pouront m’adresser leurs Mémoires, ou aux Libraires dont les noms sont la premiere page de ce volume ; je leur en témoignerai publiquement ma reconnoissance dans un second Supplément que je ferai, lorsque j’aurai assez de matériaux pour en composer un nouveau.

Afin de porter cet Ouvrage à un plus haut point de perfection, il seroit à souhaiter qu’on voulût exécuter ce que Philibert de la Mare propofoit dans la Préface de son Plan des Historiens de Bourgogne. « Si j’avois entrée, disoit–il, dans les Assemblées des Sçavans, je leur donnerois cet Avis, que sous l’autorité des Intendans des Provinces, on députât dans chacune des personnes bien instruites de l’Histoire de France, pour y faire des recherches exactes des monumens historiques qui s’y conservent, imprimés ou non ; en publier ensuite de bons Catalogues : on y verroit d’un coup d’œil toutes les Histoires des François ; & la République des Lettres tireroit un grand avantage de ce travail ».

Il seroit encore à souhaiter, qu’à l’exemple de nos Voisins, on pût procurer une ample Edition des principaux Actes solennels & publics qui sont en dépôt dans le Tresor des Chartes & à la Chambre des Comptes, qu’on peut regarder comme une des sources de l’Histoire des plus pures, & qui servent en même temps d’époques fixes & de règles certaines pour l’ordre des temps. Personne n’ignore aujourd’hui le prix & l’utilité du Recueil de Rymer, publié ces dernières années en Angleterre,. Si, à son exemple, & sous les ordres du Prince, on entreprenoit quelque chose de semblable, l’on trouveroit aisément de quoi en composer un plus nombreux. Ce seroit le moyen le plus assuré pour conserver quantité de Pièces qui se perdent tous les jours, l’on travailleroit utilement pour la postérité.

Mais après avoir excité les François à suivre l’exemple des Etrangers, oserois-je proposer à ceux-ci pour modèle cette Bibliothèque historique de la France ? Si des personnes zèlées pour l’honneur de leur Patrie, du moins dans les grands Etats de l’Europe, travailloient sur le plan de cet Ouvrage ou sur un pareil, ne pourroit-on pas espérer d’avoir dans peu un Recueil exact & complet de tous les Historiens de cette partie du monde ou les Arts & les Sciences fleurissent depuis tant d’années ; & où il est arrivé un si grand nombre d’événemens des plus considérables ? Car, s’il se trouve tant de difficultés lorsqu’une seule personne travaille à recueillir tous les Historiens de son Pays, il convient encore moins à un seul homme de ramasser tous les Historiens de l’Europe ; l’exécution d’un si vaste projet, pour avoir toute sa perfection, ne peut être que le fruit du travail assidu de plusieurs personnes exactes de différentes Nations, qui trouveront, chacune dans leur Pays, des secours & des lumières qu’elles chercheroient inutilement ailleurs.

Préface de 1768

PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE ÉDITION,


L’HISTOIRE est le dépôt des faits, & présente la suite des temps. Sans le secours des monumens qu’elle fournit, les hommes passeroient comme l’ombre, dont il ne reste aucune trace. Les événemens auxquels ils ont eu plus ou moins de part, s’évanouiroient de même, & seroient comme eux entraînés dans l’oubli, si l’Histoire, en les recueillant, n’en conservoit le souvenir : L’Histoire, que Thucydide appelle si bien une possession perpétuelle est la seconde vie des morts, & l’école des vivans : c’est le théâtre qui rassemble & qui reproduit à nos yeux tous les hommes dignes de mémoire, tous les temps qui nous ont précédés.

Mais de toutes les parties de l’Histoire, celle dont la connoissance nous intéresse le plus, après l’étude des monumens de la Religion, c’est l’Histoire moderne, qui, par un défaut qu’on peut reprocher à notre éducation, se trouve moins connue que l’Histoire ancienne, & même moins approfondie à certains égards.

Depuis l’extinaion de l’Empire Romain, où commence l’Histoire moderne, le monde a changé de face : le gouvernement, la police, la guerre, les mœurs, les caradères nationaux, tout est différent. L’Histoire ancienne, il est vrai, peut nous faire connoître l’homme en général ; celle des siècles postérieurs y ajoute la connoissance de nos relations particulières. Elle nous montre des exemples d’autant plus frappans, qu’ils font plus proches de nos yeux, & nous guide par des routes actuellement frayées.

L’Histoire moderne est donc aujourd’hui celle qui doit avoir pour nous le plus d’attraits. Et quelle partie de cette Histoire est plus utile & plus

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nécessaire à un François, que l’Histoire de son pays ? Aussi curieuse, aussi variée, aussi riche que puitre l’être aucune Histoire ancienne ou moderne, elle a de quoi nous attacher encore davantage, soit par les exemples domeniques d’héroïsme & de vertu qu’elle nous présente ; soit par le tableau de nos coutumes & de nos loix particulières, dont elle nous apprend l’origine & les progrès ; soit par la peinture de nos mœurs dans les différens âges de la Monarchie ; soit enfin, par la comparaison que nous pouvons faire des mœurs anciennes, avec le génie actuel des François, c’est-à-dire, de nous avec nous-mêmes.

Nous sommes bien éloignés sans doute de manquer de secours pour notre Histoire ; le fonds au contraire en est immense ; on le voit par cette Bibliothèque. Pourquoi donc, au milieu de cette abondance, avons-nous si peu de bons Historiens ? Les uns, & c’est le plus grand nombre, ont manqué de matériaux, faute de connoître ceux qu’ils devoient employer ; les autres n’ont pu rassembler ceux qu’ils connoissoient, parceque ces monumens étant devenus rares, il ne leur a pas été possible de se les procurer.

Pierre PITHOU imagina le premier de faire imprimer en un seul corps quelques-uns de nos anciens Annalistes qui ont écrit l’Histoire de leur temps. Cette Collection, qui parut en 1588, & dont il donna une suite en 1596, a le mérite d’avoir fait naître celles qui l’ont suivie.

André DU CHESNE, encouragé par le Cardinal de Richelieu, donna le premier volume de sa grande Collection en 1636, & en publia quatre autres volumes dans l’intervalle qui s’écoula jusqu’en 1649. Cette Collection s’étend jusqu’à 1286, première année du Règne de Philippe-le-Bel ; & l’on peut dire que c’est proprement la première que nous ayons en ce genre. Avant lui, notre Histoire étoit aride, peu sûre, remplie d’anachronismes ; les preuves de ce qu’elle rapportoit de plus clair & de plus certain étoient ignorées. C’est par la recherche des titres de Familles & des Actes particuliers, que du Chesne est parvenu à la connoissance des anciens Manuscrits ; & comme il avoit des liaisons d’étude avec Paul PETAU, avec les SIRMOND, les DE THOU, & les autres Sçavans de ce temps-là ; comme il étoit d’ailleurs très-laborieux, il acquit en peu d’années la gloire & le nom de Réparateur de l’Histoire de France. Cependant, ce que nous avons de lui n’est pas sans défauts ; toutes les Pièces qu’il a ramassées

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ne sont pas également dignes de confiance : mais il faut considérer que dans le siècle où il vivoit, l’étude des anciens Monumens ne faisoit, pour ainsi dire, que d’éclore.

MM. de SAINTE-MARTHE, DU PUY & le P. LABBE parurent environ dans le même temps. Animés du même esprit de recherches, & du même desir d’établir notre Histoire sur de solides fondemens, les uns s’appliquèrent à dépouiller le Trésor des Chartes ; les autres, à rassembler des Manuscrits : tous concoururent au même but.

Les BOLLANDISTES, c’est-à-dire, les Jésuites d’Anvers, qui continuent avec succès de recueillir les Vies des Saints selon le Plan du P. Bollandus, ont aussi beaucoup contribué au même dessein, sans avoir eu le même objet. Entre les Saints dont ils ont rapporté les Actes, plusieurs ont occupé les grands Sièges de l’Eglise de France, & par conséquent ont eu des liaisons avec le Gouvernement ; ce qui fait que l’on trouve dans leurs Vies & dans les Dissertations qui les accompagnent, des événemens dont on n’avoit aucune idée, des usages particuliers, des dates plus exactes, & quelquefois des circonstances qu’on ne pouvoit découvrir par les Chroniques & les Histoires générales.

Les BÉNÉDICTINS de la Congrégation de saint Maur, après avoir enrichi la Littérature de plusieurs Collections de cette ecpèce, se cont attachés à des premiers temps de la Monarchie, & particulièrement à ce qui concerne la partie eccléciactique. Que d’obligations n’a-t-on pas aux P P. DIACHERY, MABILLON, RUINART, MARTENNE, ainsi qu’à ceux qui nous ont donné le Gallia Christiana & la Nouvelle Diplomatique ? Le P. DE MONTFAUCON avoit déja publié les Monumens de la Monarchie Françoise. Enfin, D. BOUQUET s’est appliqué pendant plus de trente années à ce qui en concerne proprement l’Histoire ; & depuis 1738 jusqu’en 1754, il a donné neuf volumes du nouveau Recueil des Historiens des Gaules & de France. Après sa mort, quelques-uns de ses Confrères ont continué, avec succès, cette importante Collection. Le XIe volume, qui vient de paroître, finit à l’an 1060, avec le Régne de Henri I.

Ainsi, l’on peut se promcttre que par les travaux non interrompus de tant d’habiles gens, notre Histoire parviendra bientôt à ce degré de

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perfection que l’on desire depuis plus d’un siècle. Il sera facile alors, en rapprochant & réunifiant tant de morceaux réparés, de composer une Histoire suivie, & appuyée, d’âge en âge, du récit des Auteurs contemporains.

Cependant, pour parvenir à ce point, il nous manque encore une Collection de Chartes & d’Actes authentiques tirés des dépôts publics qui font en grand nombre dans ce Royaume. On trouve, il est vrai, une partie de ces Pièces dans les Ouvrages de Diplomatique, dans les Jurisconsultes, & dans plusieurs Historiens. Mais outre qu’elles sont, pour la plupart, égarées dans ces Livres, souvent même simplement indiquées, le nombre de celles qui restent ignorées est beaucoup plus considérable, & ces morceaux précieux, dont une partie périt dans la poussière, offrent une ample moisson aux recherches des Sçavans qui ont assez de courage pour les rassembler.

L’exécution de cette entreprise a occupé la vie de M. DE FONNTANIEU, Conseiller d’État ordinaire. Ce Magistrat, qui est mort le 26 Septembre dernier, a laissé, en 841 Porte-feuilles in-4, un Recueil de Titres de Chartes, &c. concernant l’Histoire de France jusqu’â nos jours, Ces Pièces font tirées principalement des Manufcrits de la Bibliothèque du Roi, des Chambres des Comptes de Paris & de Dauphiné, du Tréfor des Chartes, & de plusieurs autres Dépôts particuliers. A cette vaste Collection, M. de Fontanieu a joint des Notes, des Observations & même des Dissertations sur les Pièces qui exigeoient des éclaircissemens. Mais quelqu’utile que puisse être ce grand Ouvrage manuscrit, qui est déposé à la Bibliothèque du Roi, on desirera toujours de voir paroître sous les auspices du Gouvernement, une Collection complette des monumens qui intéressent notre Histoire. Les Anglois nous ont donné un bel exemple à cet égard. Le Recueil des Actes de Rymer fait autant d’honneur à cette Nation, qu’aux Souverains qui ont procuré cette précieuse Collection.

L’honneur & l’exécution d’un pareil projet pour la France, étoient réservés à nos jours & à notre auguste Monarque. Sur la fin du siècle dernier, M. le Chancelier DE PONTCHARTRAIN avoit voulu réunir en un corps les Ordonnances de nos Rois depuis la troisième Race, comme BALUZE avoir fait pour les Capitulaires des deux premières. Les Sçavans à qui ce Magistrat avoit confié cette entreprise, par les conseils de

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MM. D’AGUESSEAU, père & fils, publièrent, en 1706, un Essai de leur travail, que les malheurs des années fuivantes suspendirent jusqu’â la mort de Louis XIV. M. D’AGUESSEAU fils, devenu peu après Chancelier de France, reprit avec zèle un projet qui étoit en partie son ouvrage. M. DE LAURIERES publia le premier volume dès 1723 ; M. SECOUSSE qui lui succéda en 1728, fit paroître les huit suivans ; & le dixième, qui va jusqu’en 1418, a été donné en 1755, par les foins de M. DE VILEVAULT, Maître des Requêtes, & de M. DE BRÉQUIGNY de l’Académie dés Inscriptions & Belles-Lettres, chargés par le Roi de la continuation de ce travail.

Pour rendre cette Colleâion plus ample & plus exacte, un Ministre (1) éclairé sur tous les objets du bien public, fait faire depuis quelques années, dans l’intérieur du Royaume, la recherche des Actes relatifs à cet objet. M. de Bréquigny a été envoyé à Londres (2) pour y recueillir les Monumens dispersés qui peuvent concerner notre Histoire. Si ce projet a toute son exécution, comme on a lieu de s’en flatter, on fera sûr alors qu’il existe un Recueil complet de matériaux propres à nous procurer un jour une Histoire exacte & suivie de la Monarchie Françoise.

L’usage de toutes ces grandes Colletions seroit très-difficile, si l’on n’avoit un Ouvrage qui indiquât, dans un ordre méthodique, les différentes Pièces qu’elles renferment. Tel est un des principaux objets de la Bibliothèque historique donnée en 1719 par le P. LELONG.

Je ne m’étendrai pas sur les autres avantages de ce Livre, qui est connu de toute l’Europe. Indiquer tout ce qui a paru sur chaque partie de notre Histoire, c’est encourager ceux qui se sentiront des talens pour y travailler : c’est leur épargner des recherches pénibles & souvent rebutantes, pour découvrir des monumens sans lesquels ils ne pourroient rien entreprendre. Donner une Notice exacte & raisonnée des principaux Ouvrages qui ont rapport à notre Histoire, c’est la mettre à la portée de tout le monde : c’est épargner à ceux qui veulent être instruits, l’embarras de lire des volumes entiers, dont la lecture leur déroberoit plus de temps qu’elle

(1) M. BERTIN Ministre & Secrétaire d’État.

(2) M. DE BRÉQUIGNY a passé deux ou trois ans en Angleterre, occupé à faire des recherches sur notre Histoire parmi les Titres qui sont conservés à la Tour de Londres, & dans les autres Dépôts publics. Voyez l’Abrégé du Mémoire qu’il a lu à l’Académie, sur le fruit de ses recherches, dans le Journal de. Verdun, 1767, Juin, pag. 4.i0-462. j & dans celui des Ssavans, Août pag. 605-611.

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ne leur procureroit de connoissances utiles : c’est enfin, indiquer à ceux qui voudront former un cabinet d’Histoire de France, les morceaux qu’ils doivent préférer.

Les Livres que tout amateur de notre Histoire peut rechercher, sont de deux espèces ; les uns sont utiles, les autres simplement curieux. Les Livres utiles, sont ceux qui servent essentiellement à l’Histoire, soit parce qu’ils contiennent une suite de faits écrits par des Auteurs contemporains, ou sur des Mémoires originaux ; soit parce qu’on y trouve ou des Pièces originales imprimées & manuscrites, ou des recherches sur les mœurs & les usages de la Nation, ou des discussions propres à éclaircir des faits historiques.

Les Livres de simple curiosité se subdivisent en quatre espèces : les uns font recherchés des Curieux, pour la beauté de l’édition ; d’autres, pour leur rareté, ce qui annonce ordinairement leur peu de valeur intrinsèque ; d’autres, pour leur singularité ; d’autres enfin, pour leur malignité. Notre Histoire est abondamment fournie de Livres de ce dernier caractère, & ce sont les plus séduifans. Combien d’Écrits satyriques, de Critiques amères, &c. n’ont pas enfantés les troubles de la Ligue, ceux des Minorités de Louis XIII & de Louis XIV, même les contestations entre les Théologiens ? Un homme de Lettres, un Curieux, peut donner à ces Pièces une place dans son cabinet. Pour ne pas manquer d’exactitude, j’ai dû leur en ménager une dans la Bibliothéque historique ; mais tout homme sensé, tout bon citoyen, doit se défier de ces fortes de Livres, & les lire avec précaution.

On sera peut-être étonné qu’un Ouvrage aussi récent & aussi rempli que la Bibliothèque du P. le Long, puisse être presque triplé dans une seconde édition mais outre qu’il a paru, depuis plus de quarante-cinq ans, un grand nombre de Livres nouveaux sur toutes les parties de l’Histoire de France, beaucoup de ceux mêmes qui existoient avant 1719, avoient échappé aux recherches de l’Auteur.

Le P. le Long, mort à Paris le 13 Août 1721, sentoit si bien ce qui manquoit à son Ouvrage, que s’il eût encore vêcu quelques années, il en auroit donné lui-même une seconde Edition. Le Père Des-Molets le dit positivement dans la Vie de ce Sçavant, imprimée en 1723 à la tête de la seconde Edition de la Bibliothèque sacrée, autre Ouvrage du P. le

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Long. M. de la Roque retire aussi dans la Préface de la Vie de Mezeray, publiée en 1726. Ce qui le confirme encore, ce sont les recherches que le Père le Long avoit faites dès 1720, pour préparer cette seconde Édition ; mais les infirmités dont il étoit accablé lorsque la première parut, & le peu de temps qu’il a vécu depuis, ne lui permirent pas de les pousser bien loin. Ces recherches, mêlées avec des lettres de divers Sçavans, relatives au même objet, m’ont été communiquées par le P. Jannart, Bibliothécaire de la Maison de l’Oratoire de Paris. De plus, j’ai recouvré l’Exemplaire de l’édition de 1719, qui avoit appartenu à l’Auteur. J’avois toujours soupçonné, & même oui dire, qu’il existoit un Exemplaire de la Bibliothèque borique chargé de notes de l’écriture du Père le Long, qui avoit passé après lui au Père Des-Molets. Après l’avoir long-temps cherché, sans pouvoir le découvrir, M. Barbeau de la Bruyère m’en donna connoissance en 1765, & M. de Beaucousin, Avocat au Parlement de Paris, qui en étoit possesseur, voulut bien me le céder. La plus grande partie des additions que j’ai trouvées sur les marges de cet Exemplaire, renfermaient les notes & les corrections qui étoient déja dans le Supplément imprimé à la fin de l’Édition de 1719, ou dans les Observations manuscrites communiquées par le P. Jannart.

Le Père le Long se propofoit aussi de transposer beaucoup d’articles, & même des chapitres entiers de sa Bibliothèque historique. Mais je n’ai pas cru devoir adopter toutes ces transpositions, ni changer l’ordre que j’avois commencé de suivre, & qui est le même, à peu de chose près, que celui de l’Édition de 1719, parce que ces changemens ne m’ont pas paru nécessaires, & que les premières feuilles de mon Édition étant déja imprimées, ce nouvel ordre eût causé beaucoup de dérangement, sans une grande utilité.

A l’égard du P. Des-Molets, il est certain qu’il avoit d’abord eu l’idée de donner la seconde Édition projettée par l’Auteur ; c’est ce qui résulte des Lettres que j’ai vues. Mais j’ai lieu de croire qu’il avoit abandonné ce projet, & qu’il n’y a plus songé jusqu’à sa mort, arrivée en 1760, dans un âge fort avancé, puisque, quelques recherches que j’aie faites, je n’ai rien pu trouver de lui qui eût rapport à cet objet.

Mon cabinet, l’un des mieux assortis sur toutes les parties de l’Histoire de France, & quinze années de recherches, m’ont produit de quoi doubler & par-delà, la Bibliothèque du Père le Long, tant en

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extraits, additions, corrections, qu’en articles nouveaux. Cependant, pour procurer à cette Édition tous les avantages possibles, le projet en fut communiqué, en 1764, à toutes les Académies & Sociétés Littéraires du Royaume. Les Sçavans des différentes Provinces ainsi invités à concourir à la perfection de l’Ouvrage, le furent encore d’une manière authentique & plus pressante par M. le Contrôleur-Général (1). Ce Magistrat, déja si distingué dans son premier état, d’où ses vertus & ses talens l’ont conduit au Ministère, animé par son goût naturel pour les Lettres, & par l’amour du bien public, a procuré â cette entreprise la protection de SA MAJESTÉ conséquemrnent il a fait passer ses ordres à MM. les Intendans des Provinces, avec un Mémoire détaillé, pour faire faire les recherches nécessaires chacun dans son Département. Plusieurs d’entr’eux ont adressé des Notices qui ont été inférées dans cette nouvelle Édition, & même des morceaux entiers, dont on a publié, en 1766, un Recueil en deux volumes in-12. sous le titre de Nouvelles Recherches sur la France.

Indépendamment de ces recherches générales, on en a fait de particulières. On a d’abord profité de la partie du Catalogue de la Bibliothèque du Roi, qui a été imprimée. Le Père le Long avoit tiré des Catalogues manuscrits, tout ce qu’il avoit pu, jusqu’en 1719 : moi-même, j’en ai extrait différentes Notices ; & j’ai fait usage en particulier des Porte-feuilles de M. LANCELOT qui m’ont été communiqués.

Ce seroit manquer au premier de mes devoirs, si j’omettois de parler ici des Sçavans que j’ai consultés, & dont le travail ou les lumières ont utilement servi mon zèle : c’est tout-à-la fois un hommage que je dois à la vérité, & un juste tribut de ma reconnoissance.

M. l’Abbé GOUJET, Chanoine de S. Jacques-l’Hôpital, ce vertueux Ecclésiastique, ce vrai Sçavant, que nous venons de perdre, m’a prodigué le trésor des connoissances qu’il possédoit, & m’a communiqué toutes les Notes littéraires du Catalogue de sa Bibliothèque. M. SCHOEPFLIN, Professeur en Histoire & Belles-Lettres à Strasbourg ; M. l’Abbé SAAS, Chanoine de l’Eglise Métropolitaine de Rouen ; M. SEGUIER, Secrétaire de l’Académie de Nîmes ; M. DROZ, Conseiller au Parlement de Besançon ; M M. JOUSSE, père, & de COINCES, fils, Conseillers

(1) M. DE L’AVERDY, d’abord Conseiller au Parlement de Paris.

au

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au Présidial d’Orléans ; D. VINCENT, Bibliothécaire de l’Abbaye de Saint-Remy de Reims ; M. DESBIEY, Bibliothécaire du Collége Royal de Bordeaux ; M. MUTTE, Doyen de la Cathédrale de Cambray ; le P. ARCÈRE, Prêtre de l’Oratoire, de la Maison de la Rochelle ; M. NADAULT, Curé de Tayjac, dans le Diocèse de Limoges, & plusieurs autres Gens de Lettres m’ont envoyé des Observations & différens articles dont j’ai fait usage. L’amitié dont m’honorent MM. DE MEYNIÈRES, DE FONCEMAGNE & DE SAINTE-PALAYE, m’a valu, de leur part, beaucoup de fecours & d’excellens avis dont j’ai profité. Je ne suis pas moins redevable aux Sçavans qui président aux Bibliothèques de Paris, & qui pleins de zèle pour l’utilité publique, se font empressés de communiquer les dépôts confiés à leurs soins, même de faire part du fruit de leurs recherches.

Mais les plus grandes obligations dont je fois chargé à cet égard, font celles que j’ai particulièrement à M. BARBEAU DE LA BRUYÈRE, de la Société des Sciences, Arts & Belles-Lettres d’Auxerre. Ce Sçavant, connu par ses Ouvrages sur la Géographie & la Chronologie, a non-seulement revu, étendu & corrigé le Chapitre qui concerne la Géographie, mais il a travaillé avec le même zèle sur toutes les autres parties. Plus à portée que moi de consulter les Bibliothèques de Paris & les Dépôts publics, il n’a rien négligé pour procurer à mon Ouvrage toute l’exactitude possible : il l’a revu & corrigé, soit avant, soit après l’impression ; & c’est principalement à son travail que ce Livre devra sa plus grande perfection.

Les divisions nouvelles sous lesquelles M. Barbeau a rangé les Cartes & les Descriptions géographiques du Royaume, ont servi de modèle pour le Chapitre de l’Histoire Naturelle, qui, dans la première Édition, étoit encore plus imparfait que celui de la Géographie. Le P. le Long avoit à peine effleuré la matière, qu’il réduisoit presque à la seule indication des Eaux minérales de la France. Ce Chapitre a été refait en entier par M. Louis-Antoine-Prosper HERISSANT, des Académies de Béziers & d’Auxerre, l’un des fils de l’Imprimeur de cette nouvelle Édition tout le travail qu’il a fait a été vu & approuvé de plusieurs Sçavans très-versés dans cette partie.

M. Louis-Théodore HERISSANT, son frère, Avocat au Parlement de Paris, a refondu de même le Chapitre qui concerne les Droits &

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les Bénéfices de l’Église de France, & a présenté, sous un ordre plus méthodique, les Livres que l’on a publiés sur les Libertés de l’Église Gallicane. Je dois aussi à ses recherches nombre d’observations intéressantes répandues dans la suite de l’Ouvrage.

Malgré tous ces secours, je ne puis raisonnablement me flatter d’avoir rassemblé tout ce que le P. le Long avoit omis ; tout ce qui a paru depuis ; en un mot, tout ce qui existe sur l’Histoire de France, sans exception. Plus de trente mille articles nouveaux, d’additions, de notes & de corrections, augmentent de deux Volumes cette nouvelle Édition : D’autres viendront après moi, qui répareront les omissions du Père le Long & les miennes ; ils ajouteront â la Bibliothèque historique ce que je n’aurai pas découvert ; & ce n’est que par ce moyen qu’avec le temps on pourra former une Bibliothèque complette de l’Histoire de France.

J’ai cru devoir donner des notices, des extraits, des sommaires, quelquefois même des jugemens, d’un grand nombre de morceaux peu connus, tant de ceux dont le Père le Long avoit déja placé les titres, que de ceux qui lui avoient échappé. Je me suis attaché principalement à faire connoître les Ouvrages qui ont précédé l’établissement des Journaux Littéraires, ou dont ces Journaux n’ont pas parlé. A l’égard de ceux qui font venus depuis, j’ai cité, à chaque article, les Journaux & autres Écrits de Littérature qui ont fait mention de ces Ouvrages. Le Père le Long en indiquoit quelques-uns, mais il en a beaucoup omis ; & depuis 1719, il a paru un grand nombre de Livres de cette espèce.

Quoique j’aie à peu prés fuivi l’ordre de la première Édition, j’ai cependant cru devoir l’intervertir dans quelques endroits : en voici un exemple. Le Père le Long, avant que de traiter l’Histoire de chaque Règne, avoit fait un Article particulier des Plans, Sommaires & Abrégés de l’Histoire de France. Quant aux Histoires générales, telles que celles de DU HAILLAN, de MEZERAY, du P. DANIEL, & autres, il les avoit placées sous le Règne où elles finissent. Je n’ai jamais pu comprendre le motif de cette disposition, dont les inconvéniens sont sensibles ; j’ai donc transposé toutes les Histoires générales, & je les ai réunies, avec les Abrégés, sous un même titre. Je l’ai fait avec d’autant plus de confiance,

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que j’ai vu, par l’Exemplaire de M. de Beaucousin, que le Père le Long avoit reconnu ce défaut, & qu’il se préparoit à faire ce changement dans une nouvelle Édition.

J’ai inséré aussi différens Articles qui m’ont paru nécessaires pour une étude approfondie, & pour le détail complet de l’Histoire de France : tels sont par exemple, I° l’Article qui contient une énumération des Traités & des Ouvrages sur les mœurs, usages & coutumes des François ; sur les Antiquités & sur la Langue Françoise, partie très-intéreffante par elle-même. Le Père le Long en avoit beaucoup omis, & ceux dont il a parlé étoient dispersés dans sa Bibliothèque : je les ai rassemblés en un seul Article. 2°. Celui des Mélanges & d’autres Ouvrages qui traitent plusieurs objets appartenans à l’Histoire de France ; tels que ceux de LIMNAEUS, de PASQUIER, de FAUCHET & de DU TILLET, &c. La plupart font dispersés par morceaux dans la Bibliothèque du Père le Long ; j’ai réuni les principaux dans un Article séparé, parcequ’il m’a paru convenable de donner une place distinguée à des Écrits qui peuvent servir utilement pour notre Histoire. 3° Les grandes Collections d’Historiens, les anciennes Chroniques & autres monumens de cette espèce, tels que les Recueils de du Chesne, de Dom Bouquet, de d’Achery, de Mabillon, de Martenne, &c. méritoient bien encore de former un article, & j’ai cru devoir leur en assigner un particulier. Lorsque le Père le Long a composénsa Bibliothèque, il existoit peu de ces collections si précieuses ; c’est apparemment pour cette raison qu’il n’avoit pas jugé à propos d’en faire un Article séparé.

Il seroit trop long de détailler ici tous les nouveaux Articles ajoûtés dans cette seconde Édition ; ils sont indiqués à mesure par une courte note placée à la tête de chacun ; & chaque volume de cette Édition contiendra une Table des Chapitres dont il fera composé, avec une marque distinctive pour faire reconnoître ces nouveaux Articles.

Un attachement naturel pour la Province de Bourgogne, où je suis né, & la facilité que j’ai eue de connoître plus exactement ce qui a rapport à son Histoire, m’ont porté à en donner un plus grand détail que de celle des autres. En général, la partie de l’Histoire des Provinces et une de celles que le Père le Long avoit le moins approfondies. Les Lettres circulaires écrites aux différentes Académies du Royaume, les ordres de

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SA MAJESTÉ adressés, en 1764, à MM. les Intendans, & les recherches que j’avois faites précédemment par moi-même, ont produit dans cette partie une augmentation très-considérable.

Le Père le Long s’étoit proposé de mettre à la fin de sa Bibliothèque historique, quelques Vies abrégées des principaux Historiens de France : il n’en avoit donné que douze ; on en trouvera un bien plus grand nombre dans cette nouvelle Édition.

Enfin, j’ai refondu les additions & les corrections qui composoient l’ancien Supplément de 1719, & celles que le Père le Long avoit écrites de sa main sur son Exemplaire ; Ces dernières font désignées par une *.

Tous les Articles & les Numéros nouveaux, les Notes, les Corrections & les Additions seront indiqués par une  fermés par un ]. Les additions qui auront moins d’étendue, feront renfermées entre deux crochets [] ; &, pour éviter la confution, les étoiles, les mains & les crochets qui étoient dans l’Édition de 1719, ont été supprimés en entier dans celle-ci.

Les Tables que le P. le Long avoit jointes à son Livre, seront nécessairement augmentées par les nouveaux articles de cette Édition. Pour rendre ces Tables complettes, on en ajoûtera une des Écrits anonymes, qui sera très-commode, surtout pour les différentes Pièces répandues dans l’Histoire des Règnes. La Table des Auteurs de 1719 avoit cet inconvénient, que sous le nom d’un même Auteur, il falloit souvent parcourir un grand nombre de numéros pour trouver l’Ouvrage qu’on cherchoit : par exemple, à l’article Baillet, il falloit en parcourir 542. La nouvelle Table des Auteurs contiendra sous chaque numéro indiqué, les premiers mots du titre de l’Ouvrage ; c’est ainsi qu’est faite la Table de la Méthode pour étudier l’Histoire, par M. l’Abbé Lenglet du Fresnoy. Ces Tables seront dûes aux soins de M. RONDET, sçavant aussi laborieux qu’instruit, qui a fait avec succès la Table des Matières de l’Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury. Déja chargé de relire une des épreuves de mon Ouvrage, il m’a fourni plusieurs observations utiles, qui font connoître ce que je dois attendre du foin qu’il prend de travailler aux Tables nécessaires dans une Collection de cette nature.

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Toutes ces Tables, avec les Vies des principaux Historiens, dont on vient de parler, formeront la plus grande partie du volume, qui sera le quatrième de la nouvelle Édition, & je me propose d’y ajoûter quatre morceaux intéressans.

Le premier, est la Table générale du grand Recueil de M. de Fontanieu : elle est divisée en deux parties, comme la Collection même. On trouve dans la première, les Titres, Chartes & Pièces fugitives qui ont rapport à chaque Règne, jusqu’à la présente année 1767. La seconde a pour objet le Droit Public de France : les Pièces y sont distribuées sous les divisions générales & particulières.

Le second, est le Catalogue détaillé d’une Collection d’Estampes, de Desseins, de Plans, de Monnoies, de Médailles ; rangés par ordre de dates, avec des Notes historiques, qui repréfentent divers événemens de l’Histoire de France, à commencer dès les premiers temps, jusqu’à la date de cette Édition. Cette Collection pittoresque & chronologique que j’ai ramassée avec beaucoup de peines & de dépenses, comprend plus de vingt mille morceaux. Elle forme une suite singulière & peut-être unique, digne de trouver place dans le riche Cabinet de SA MAJESTÉ auquel tout semble annoncer qu’elle est destinée.

Le troisième, est le détail du curieux Recueil de M. de Gaignières. Ce morceau précieux pour notre Histoire, principalement pour ce qui concerne le Costume & la manière de s’habiller dans tous les temps de la Monarchie, depuis Clovis jusqu’à nos jours, fait partie de la donation qu’il fit au Roi en 1711. Le Cabinet des Estampes le possède depuis 1715, & il y est conservé en vingt-une grandes boëtes en forme de Porte-feuilles.

La France n’a presque pas d’Églises, d’anciens Édifices, de Tombeaux, de Figures antiques, que M. de Gaignières n’ait fait dessiner en tout ou en partie, lorsqu’il y a trouvé quelque chose de remarquable par rapport à la Topographie, à l’Histoire, aux anciens Usages, principalement aux habillemens & à ce que nous appelions Modes. Il avoit formé de tout cet amas un Cabinet rare, & qui étoit depuis long-temps l’admiration des Curieux : il craignit qu’il ne fut disperfé après lui, & crut, avec raison, que la Bibliothèque Royale étoit le

xiv PREFACE, &c.

seul lieu digne de ce qu’il avoit rassemblé avec tant de soins & de dépenses (*) »

Le quatrième morceau est une Table alphabétique qui contient la suite presque complette de plus de quarante mille Portraits de François illustres dans tous les états, avec une courte Notice de ce qui concerne leur personne, leurs emplois, l’année de leur naissance & de leur mort ; le nom des Peintres, Dessinateurs & Graveurs qui les ont mis au jour. J’y indique aussi l’endroit où ils se trouvent : le Cabinet du Roi & le mien les rassemblent presque tous.

Je me suis déterminé à réunir ces quatre morceaux singuliers, & à les placer à la fin de cette Édition, sur l’assurance que m’ont donnée plusieurs personnes de goût, qu’ils seroient d’autant plus agréables au Public, qu’ayant du rapport à l’Histoire de France, ils ne seroient point déplacés à la suite de la Bibliothèque historique.

On trouvera à la fin du troisième Volume un Supplément au corps de l’Ouvrage. Cette addition est indispenfable dans une Collection de cette espèce. Quelques recherches qu’on ait faites avant de commencer l’impression de ce premier Volume, il y a plusieurs Articles qui n’ont été envoyés que depuis qu’il étoit sous presse, & que par conséquent il n’a pas été possible de placer dans le rang qui leur convient. Les Savans qui examineront cet Ouvrage à mesure que les Volumes en paroitront, feront sans doute de nouvelles découvertes. Ils sont priés d’envoyer leurs obfervations à M. HERISSANT, Imprimeur de cette Bibliothèque. Ces Remarques réunies dans le Supplément avec celles que nous ferons de notre côté, donneront un nouveau degré de perfection à un Livre si utile pour l’étude de notre Histoire.

(*) Mém. sur la Bibliothèque du Roi, à la tête du premier volume du Catalogue imprimé au Louvre en 1739 : in-fol.