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Bibliothèque historique et militaire/Histoire générale/Livre XIII

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Histoire générale
Traduction par Vincent Thuillier.
Texte établi par Jean-Baptiste Sauvan, François Charles LiskenneAsselin (Volume 2p. 778-782).
FRAGMENS
DU

LIVRE TREIZIÈME.


I.


Dorimaque et Scopas donnent des lois aux Étoliens.


Des guerres continuelles et un luxe désordonné avaient jeté les Étoliens dans de si grandes dépenses, que sans que l’on s’en aperçût, sans qu’ils s’en aperçussent eux-mêmes, ils se trouvèrent enfin accablés de dettes. Dans cet état, ne voyant de ressource que dans le changement du gouvernement, ils mirent à leur tête Dorimaque et Scopas, deux hommes factieux, et dont tous les biens étaient engagés à leurs créanciers. Élevés à cette dignité, ces deux hommes prescrivirent des lois à leur patrie. (Excerpta Valesiana.) Schweighæuser.


Alexandre l’Étolien résistait aux législateurs Dorimaque et Scopas, leur démontrant par de nombreux argumens, que partout où se trouvait le germe de ces lois, on ne pouvait l’étouffer sans exciter de grands malheurs chez les peuples qui les suivaient. Il demandait donc que non-seulement on s’occupât de diminuer actuellement le fardeau des impôts, mais que l’on songeât encore à consolider cette mesure. Il regardait, en effet, comme une chose absurde, de donner sa vie en temps de guerre pour protéger sa famille, et de ne point s’occuper pendant la paix de ce qui peut assurer l’avenir. (Angelo Mai, etc., ubi suprà.)


Scopas, législateur des Étoliens, ayant été dépouillé de la dignité en vertu de laquelle il avait écrit ces lois, porta ses vœux sur Alexandrie, espérant y obtenir des biens qui soulageraient sa misère et satisferaient son avidité. Il ignorait sans doute que, de même qu’un hydropique ne peut soulager sa soif par aucune boisson avant que le médecin ait guéri la maladie, ainsi la soif de posséder ne saurait être rassasiée à moins qu’on n’extirpe par quelque moyen le vice de l’âme qui le produit. L’homme dont je parle est un exemple remarquable de cette vérité. Il arrive à Alexandrie ; on le fait général des troupes ; on lui confie les principales affaires ; le roi lui donne chaque jour dix mines pour sa table, tandis que les officiers subalternes n’en recevaient qu’une : tout cela lui paraissait encore trop peu. Sa première avidité ne fut pas rassasiée ; il la porta à de tels excès que, devenu odieux à ceux mêmes qui l’avaient enrichi, il perdit et ses richesses et la vie. (In cod. Urbin. apud Schweigh. Vide etiam apud Angel. Maium, ubi suprà.)



II.


Franchise et droiture des Achéens dans les affaires publiques. — Telle était aussi autrefois la manière des Romains.


Quoique la fraude et la tromperie dans le maniement des affaires publiques ne soient pas dignes d’un roi, on a cependant vu des hommes qui ne se faisaient nul scrupule de s’en servir ; il y en a même qui, à force de les voir en usage, ont été jusqu’à soutenir qu’elles étaient nécessaires. Les Achéens étaient fort éloignés de cette pensée ; loin de tromper leurs amis pour augmenter leur puissance, ils ne voulaient pas même que la tromperie eût la moindre part aux victoires qu’ils remportaient sur leurs ennemis. La victoire, selon eux, n’avait rien d’éclatant ni de solide, si l’on ne combattait ouvertement et si l’on ne devait ses succès à son courage. Ils s’étaient fait une loi de ne jamais cacher les traits dont ils devaient se servir, ni d’en lancer de loin, se persuadant que le seul combat légitime est celui qui se fait de près et de pied ferme. C’est pour cela qu’en guerre non-seulement ils s’avertissaient les uns les autres du combat qu’ils avaient résolu de se donner, mais encore du lieu où il se donnerait ; et aujourd’hui on ne fait aucun cas d’un général qui ne cache pas ses desseins. On voit encore chez les Romains quelques légères traces de cette ancienne manière de faire la guerre ; car ils la déclaraient à leurs ennemis ; ils se servaient rarement d’embuscades, et se battaient de près, et de main à main. Maintenant les choses sont bien changées. Il y a parmi les chefs une espèce d’émulation à se tromper les uns les autres, soit dans les affaires civiles, soit dans les militaires, et ce sont les excès où l’on tombe sur ce sujet qui m’ont fait faire ces réflexions. (Dom Thuillier)


Portrait d’Héraclide.


Philippe, comme pour donner à Héraclide un sujet de s’exercer, lui ordonna de chercher comment il pourrait nuire à la flotte des Rhodiens et la faire périr, et en même temps il envoya en Crète des ambassadeurs pour irriter les Crétois contre ce peuple, et les porter à lui déclarer la guerre, Héraclide, homme naturellement malfaisant, reçoit cet ordre avec joie. Il pense aux moyens de l’exécuter, met à la voile et arrive à Rhodes. Il était originaire de Tarente, né de parens du plus petit peuple, et qui gagnaient leur vie du travail de leurs mains. Il avait apporté en naissant toutes les dispositions imaginables pour devenir un grand scélérat. Dès sa plus tendre jeunesse il se livra à la plus infâme prostitution ; beaucoup d’esprit au reste, et une grande mémoire. Terrible à ceux qui lui étaient inférieurs, et osant tout contre eux ; bas et rampant à l’égard de ceux qui étaient au-dessus de lui. Accusé autrefois d’avoir voulu livrer Tarente aux Romains, il avait été envoyé en exil ; non pas qu’il eût aucune autorité dans sa patrie, mais parce qu’étant architecte, sous prétexte de réparer quelque brèche aux murailles de la ville, il avait trouvé le moyen de s’emparer des clefs de la porte d’où l’on passait dans les terres. Il se retira chez les Romains, et de là il écrivit à Tarente et à Annibal. Mais quand il se vit découvert, craignant les suites de sa trahison, il se réfugia chez Philippe, dont il gagna tellement la confiance, et auprès de qui il se mit en si grand crédit, qu’il fut presque cause de la ruine entière d’un si puissant royaume. (Dom Thuillier.)


Mais les Prytacéens qui déjà tenaient Philippe comme suspect à cause de la perfidie avec laquelle il s’était conduit avec les Crétois, soupçonnèrent aussi que c’était pour machiner quelque perfidie qu’Héraclide leur avait été envoyé par lui. (Suidas in Πρυτανεῖς.) Schweigh.


Celui-ci étant entré rappela toutes les raisons qui avaient déterminé Philippe à prendre la fuite. (Suidas in ἀπελογίς.) Schweigh.

..... Leur disant : que Philippe préférait tout souffrir plutôt que de révéler en cela ses desseins aux Rhodiens. Ce discours fit tomber tous les soupçons qu’on avait sur Héraclide. (Suidas in Ἀναδέξαθαι et Ἀπελύσε.) Schweigh.


Force de la vérité.


Je suis persuadé que la plus grande déesse qu’il y ait parmi les hommes, celle qui a le plus de force et de pouvoir, c’est la vérité. On a beau, de tous côtés, s’élever contre elle, en vain toutes les probabilités semblent favoriser le mensonge, elle s’insinue et entre par elle-même, je ne sais comment, dans l’âme. Quelquefois elle fait éclater d’abord sa puissance ; il arrive aussi quelquefois qu’elle demeure long-temps obscurcie et comme étouffée sous les ténèbres ; mais enfin elle reprend le dessus par ses propres forces et triomphe glorieusement de son ennemi. (Dom Thuillier.)


Damoclès était un ministre habile et fort versé dans les affaires. Il fut envoyé avec Pythéon pour observer les conseils des Romains. (Excerpta Vales.) Schweigh.


III.


Cruauté inouïe de Nabis, tyran de Lacédémone.


Depuis la défaite des Lacédémoniens par Machanidas, Nabis, tyran de ce peuple, dominait depuis trois ans dans Sparte, sans oser rien entreprendre de considérable. Il ne s’occupait qu’à jeter les fondements solides d’une longue et insupportable tyrannie. Pour cela il s’attacha à perdre tout ce qui était resté dans cette république. Il en chassa les hommes les plus distingués en richesses et en naissance, et il abandonna leurs biens et leurs femmes aux principaux de son parti et aux étrangers qui étaient à sa solde, tous assassins, et capables de toutes sortes de violences pour enlever le bien d’autrui. Cette espèce de gens, que leur scélératesse avait fait chasser de leur patrie, s’assemblaient de tous les coins du monde auprès du tyran, qui vivait au milieu d’eux comme leur protecteur et leur roi, en faisant d’eux ses satellites et sa garde, et fondant sur eux une réputation d’impiété et une puissance qui fût inébranlable. Il ne se contenta point de reléguer les citoyens, il fit en sorte que, même hors de leur patrie, ils ne trouvassent aucun lieu sûr, aucune retraite assurée. Les uns étaient massacrés dans les chemins par ses émissaires ; il ne rappelait les autres d’exil que pour les faire mourir. Enfin, dans les villes où quelques-uns d’eux demeuraient, il faisait louer des maisons voisines des leurs par des personnes non suspectes, et y envoyait des Crétois qui, par les ouvertures qu’ils faisaient aux murs et par les fenêtres, les perçaient de traits, soit qu’ils fussent debout ou couchés ; il n’y avait ni lieu ni temps où les pauvres Lacédémoniens fussent en sûreté, et la plupart d’entre eux périrent misérablement.

Outre cela, il inventa une machine, si on peut l’appeler de ce nom, qui représentait une femme revêtue d’habits magnifiques, et qui ressemblait tout-à-fait à la sienne. Toutes les fois qu’il faisait venir quelqu’un pour en tirer de l’argent, d’abord il lui parlait avec beaucoup de douceur et d’honnêteté du péril dont le pays et Sparte étaient menacés par les Achéens, du nombre des étrangers qu’il était obligé d’entretenir pour la sûreté de l’état, des dépenses qu’il faisait pour le culte des dieux et pour le bien commun. Si on se laissait toucher par ces discours, il n’allait pas plus loin, c’était tout ce qu’il se proposait. Mais, quand quelqu’un refusait de se rendre et se défendait de donner, il disait ; « Peut-être n’ai-je pas le talent de vous persuader, mais je pense qu’Apéga vous persuadera. » Apéga était le nom de sa femme. À peine avait-il fini ces paroles, que la machine paraissait. Nabis, la prenant par la main, la levait de sa chaise, puis passait à son homme, l’embrassait, le serrait entre ses bras et l’amenait bientôt contre la poitrine de la statue, dont les bras, les mains et le sein étaient hérissés de gros clous cachés sous ses habits ; lui appuyant ensuite les mains sur le dos de la femme, et l’attirant par je ne sais quels ressorts, il le serrait contre le sein de la prétendue Apéga, et l’obligeait par ce supplice de dire tout ce qu’il voulait. Il fit périr de cette manière une grande quantité de ceux dont il n’avait pu extorquer autrement ce qu’il demandait. (Dom Thuillier.)

Toutes ses autres actions répondirent à celles que nous venons de rapporter, et il ne se démentit jamais. Il avait sa part dans les pirateries qu’exerçaient les Crétois. Dans tout le Péloponnèse, il répandait des scélérats dont les uns pillaient les temples, les autres volaient sur les grandes routes, d’autres assassinaient, et, après avoir partagé le butin avec eux, il leur donnait dans Sparte un lieu de refuge pour les mettre en sûreté. Vers ce temps-là quelques Béotiens, étant venus à Lacédémone, gagnèrent tellement l’amitié d’un des écuyers de ce tyran, qu’ils l’engagèrent à faire voyage avec eux. Il prit, en effet, un beau cheval blanc, le plus beau qu’il y eût dans les écuries de son maître. À peine furent-ils arrivés à Mégalopolis, que des satellites envoyés par le tyran se jettent sur eux, emmènent le cheval et l’écuyer, et insultent ceux qu’il accompagnait. D’abord les Béotiens demandent qu’on les conduise au magistrat ; sur le refus qu’on leur en fait, un d’entre eux se met à crier : Au secours ! au secours ! Les habitans s’assemblent et se mettent en devoir de mener les voyageurs aux magistrats. Ce tribunal effraya les satellites de Nabis qui lâchèrent leur proie et se retirèrent. Le tyran, qui cherchait quelque prétexte de courir sus aux peuples voisins, saisit celui-ci. Il se mit en campagne et poursuivit les bestiaux de Proagoras et de quelques autres, et ce fut là le commencement de la guerre. (Excerpta Vales.) Schweigh.


IV.


Affaire d’Antiochus en Arabie.


Chatténia, troisième division du pays des Gerréens. Polybe, livre xiii. Le sol de Chatténia est un sol stérile, mais il est cependant couvert de bourgs et de tours à cause de l’opulence des Gerréens qui l’habitent. Elle est sur la mer Érythréenne. (Steph. Byz. in Καττηνία.) Schweigh.


Leba est comme, Saba, une ville du pays de Chatténia, car Chatténia est une province des Gerréens. (Steph. Byz. in Λαβάς.) Schweigh.


Les Gerréens prièrent le roi de ne pas détruire les avantages qui leur avaient été concédés par les dieux ; c’était, disaient-ils, la jouissance éternelle de la paix et de la liberté. Après s’être fait expliquer leur lettre par des interprètes, il leur répondit qu’il consentait à leur demande. (id. in Ἀξιούσι.) Schweigh.


Il ordonna aussi d’épargner le pays des Chatténiens. (Steph. Byz. in Καττηνία.) Ibid.


Lorsque le roi Antiochus eut confirmé la liberté des Gerréens, ceux-ci lui donnèrent cent talens d’argent, mille d’encens et deux cents de l’aromate appelé stacte ; car on trouvait tous les aromates sur la mer Érythréenne. Le roi s’embarqua ensuite pour se rendre à l’île de Tulé, d’où il retourna par mer à Seleucie. (Suidas in Στακτή.) Ibid.


V.


Fragmens géographiques.


Badiza est une ville des Bruttiens. Polybe, livre xiii. (Steph. Byz. in Καττηνία.) Schweigh.


Lampetia est une ville des Bruttiens. Polybe, livre xiii. (Ibid.)


Mélétussa est une ville d’Illyrie de laquelle parle Polybe dans son livre xiii. (Ibid.)


Ilattia est une ville de Crète. Polybe, livre xiii. (Ibid.)


Sibyrtus est une ville de Crète. Polybe, livre xiii. (Ibid.)


Adram est une ville de Thrace que Polybe, dans son livre xiii, nomme Adrène. (Ibid.)


Champ de Mars, c’est un champ inculte de la Thrace, où les arbres ne croissent que faibles et rabougris, ainsi que le dit Polybe dans son livre xiii. (Ibid.)


Les Digériens sont un peuple de la Thrace. Polybe, livre xiii. (Ibid.)


Cibyle est une ville de Thrace non loin du pays des Astes. Polybe, livre xiii. (Ibid.)