Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/B

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A Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 BONAPARTE


Bachelu (Gilbert-Désiré-Joseph, baron)[modifier]

Sommaire

général de division, né à Salins, en Franche-Comté, le 9 février 1777, fils d’un conseiller-maître à la Cour des comptes de Dôle ; il fut reçu en 1794 à l’école du génie de Metz, en qualité d’élève sous-lieutenant. Capitaine en l790, il fit la campagne du Rhin et suivit Moreau dans sa retraite en Égypte ; Kléber le fit chef de bataillon au siège du Caire en 1800 ; en 1801, il fit, comme colonel du génie, la campagne de Saint-Domingue, sous les ordres du général en chef Leclerc qui en fit son aide-de-camp. Il assista au combat de la Crète-à-Pierrot où il dirigea le placement des troupes dans les lignes de circonvallation établies sur la droite de l’Artibouille. Le colonel Bachelu revint de cette malheureuse expédition avec la veuve de son général.

On le vit depuis chef d’état-major, de 1803 à 1805, au camp de Boulogne où il reçut la décoration de légionnaire ; colonel du 12e de ligne en 1805, sous les ordres du général Marmont qui commandait l’armée de Hollande, il passa, en 1807, en Dalmatie et attaqua, le 30 mai, à Castel-Nuovo, 5,000 Monténégrins, soutenus par deux bataillons russes, et les culbuta à la baïonnette. Général de brigade le 5 juin 1809 ; après Essling, il se distingua pendant la première campagne de Cologne et principalement au siège de Dantzig. En 1812, il fit la campagne de Russie, et commanda l’arrière-garde pendant la retraite de Tilsilt, à Dantzig où il fut employé jusqu’au 1er janvier 1814. Le 12 janvier 1813, Bachelu avait chassé les Russes de la position formidable de Stublau, et le 3 mars.il avait repoussé l’attaque générale dirigée par Platow sur les faubourgs de la place. Le 26 juin 1813, il fut nommé général de division ; pendant les Cent-Jours, le général Bachelu commanda la première division du deuxième corps d’armée et se distingua dans la courte campagne de juin. De retour à Paris, après le désastre de Waterloo, où il tomba blessé en attaquant le bois d’Hougoumont, il fut emprisonné deux fois comme suspect, exilé de Paris, puis de la France, où il ne rentra qu’en 1817.

Après la révolution de juillet, le général Bachelu fut envoyé à la chambre des députés par les électeurs du Jura ; il venait d’obtenir la croix de commandeur de la Légion d’honneur.

Il est mort à Paris le 16 juin 1847, âgé de 72 ans.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Etoile, côté sud.

Bacler d’Albe (Louis-Albert-Guislain, baron)[modifier]

né le 21 octobre 1781, à Saint-Pol (Pas-de-Calais), d’un ancien trésorier du régiment de Toul.

Peintre et ingénieur géographe, il s’occupait de l’étude des arts lorsque la révolution éclata ; il en accepta les principes. Il s’enrôla et devint bientôt capitaine d’artillerie pendant le siège de Toulon. Bonaparte, durant les campagnes d’Italie, l’attacha à son état-major en qualité de directeur du bureau topographique, puis de chef des ingénieurs-géographes ; il fut chargé, après la paix, de former, de dresser la carte de l’Italie en cinquante-quatre feuilles. Devenu général de brigade, il fut nommé, en 1815, chef du dépôt général de la guerre ; mais la Restauration lui enleva cette place, et Bacler se retira à Sèvres, où il se livra de nouveau à la culture des arts ; il s’occupa de la lithographie et fit plusieurs publications qui popularisèrent cette précieuse découverte.

Bâcler mourut à Sèvres, le 12 septembre 1824, âgé de 43 ans.

Parmi ses œuvres d’art, on doit citer plusieurs ouvrages lithographiques sur la Suisse, l’Espagne, et surtout deux tableaux, la bataille d’Arcole et la veille d’Austerlitz auxquelles il avait assisté. Le premier de ces tableaux se voyait à Trianon et le second dans la galerie de Diane à Paris. Comme cartographe, Bacler d’Albe est au premier rang ; il a publié, dans le Mémorial topographique, plusieurs dissertations sur la gravure des cartes ; il a formé les artistes du dépôt de la guerre qui ont gravé de si admirables cartes. C’est lui qui a fait prévaloir la projection horizontale sur l’ancienne méthode-perspective.

A tant de titres, on doit ajouter le service que Bâcler a rendu à la France, en empêchant les alliés de s’emparer des cuivres de la grande carte de Cassini.

Baillod (Jean-Pierre, baron)[modifier]

né à Songieu, département de l’Ain, le 20 août 1771. Il entra au service dans le 11e bataillon de l’Ain (22e demi-brigade d’infanterie légère) le 22 septembre 1793 ; y fut nommé capitaine le 27 du même mois, servit à l’armée des Alpes, et en décembre 1794 à l’armée d’Italie.

En 1796, il fut nommé commissionné-adjoint aux adjudants-généraux.

Le 1er février 1800, il fut promu au grade de chef de bataillon, fut employé au camp de Boulogne en 1804 et créé chevalier de la Légion d’honneur.

A la grande armée, il servit de 1805 à 1810, sous les ordres du général Saint-Hilàire, puis du général Grandjean.

Adjudant commandant en 1807 ; officier de la Légion d’honneur dans la même année ; commandant en 1809, il avait été blessé à la bataille d’Essling, il eut un cheval tué sous lui à Austerlilz et au combat d’Heislberg.

Rentré en France en février 1810, il fut nommé chef d’état-major de la quatorzième division militaire.

Le 6 août 1811, il fut nommé général de brigade et commanda le département de la Manche.

En 1812, on l’envoya de nouveau au camp de Boulogne, et, en 1813 (janvier) il était sous les ordres de Lauriston, chef d’état-major au corps d’observation de l’Elbe (3e corps). Blessé grièvement à la bataille de Leipzig, il obtint un congé pour se rétablir de ses blessures.

En décembre, il fut désigné comme chef d’état-major, au 2e corps commandé par le duc de Bellune ; en avril sa blessure le retenant, il fut renvoyé dans le département de la Manche.

Chevalier de l’ordre de la Couronne de Fer en septembre 1813, il fut créé chevalier de Saint-Louis en janvier 1815, et employé comme chef d’état-major du général Lemarois.

Il fut nommé lieutenant-général le ler novembre 1826.

Candidat aux élections de 1827, il fut envoyé à la chambre des députés en 1830 et 1831, et devint ensuite membre du conseil général de la Manche.

Le général Baillod, commandeur de la Légion d’honneur, a été admis à la retraite le S octobre 1833, conformément à l’ordonnance du a avril 1832.

Bailly (Carles-Gaspaud-Elisabeth-Joseph de)[modifier]

né en 1765 ; à Bourneuf-la-Forêt (Mayenne), entra comme sous-lieutenant au régiment d’infanterie du roi, en 1780, et se trouva, le 28 août 1790, à l’affaire de Nancy, où il fut blessé.

Attaché au parti de l’émigration, il commanda le régiment des hussards de Salm, à l’armée de Condé, passa en 1800 au service du Portugal, avec le grade de brigadier, et rentra en France en 1808. Nommé maréchal-de-camp le 18 avril 1816, et commandeur de Saint-Louis, le 23 mai 1825, il est mort au château de Fresnay, dans la Mayenne, le 14 janvier 1850.

Bailly de Monthyon (Francois-Gédéon, comte)[modifier]

né à l’Ile-Bourbon, le 7 janvier 1776, entra comme sous-lieutenant dans le 74e de ligne, le 24 février 1793 ; servit aux armées de la Moselle et du Nord ; quitta le service comme officier noble, y rentra bientôt en qualité d’aide-de-camp dugénéral en chef de l’armée des Pyrénées-Orientales, etfit ensuite partie des armées de l’Ouest, de Sambre-et-Meuse, deMayenneetd’Italie ; ily gagna tous ses grades, jusqu’ à celui de chef d’escadron au 9e chasseurs à cheval.

Après la bataille de Marengo, il fut attaché, avec ce grade, à l’état-major du maréchal Berthier, il reçut à Austerlitz le’grade de colonel, la croix d’officier et celle du mérite de Bavière ; il remplit ensuite des missions diplomatiques près des cours de Bade, de Hesse et de Wurtemberg.

En 1806, et pendant les campagnes de Prusse et de Pologne, il remplit les fonctions d’aide-major-général.

Gouverneur deTilsitt en 1807, général de brigade enc 1808, à la campagne dé Portugal, il fut rappelé à la grande armée comme chef d’état-major ; puis nommé au commandement de l’aile gauche à la première affaire de Rohr par Napoléon. M. de Monthyon reçut, après les journées d’Eckmùhl, d’Essling et de Wagram, où il eut trois chevaux tués sous lui, le titre de comte, avec dotation de 10,000 fr. de rente, la Grand-Croix de Hesse, et celle de commandeur de l’ordre du mérite militaire de Wurtemberg. En 1810, il inspecta les divisions destinées pour l’armée d’Espagne ; en 1811, il commanda sous Bayonne une division d’infanterie s’élevarit à 20,000 hommes ; en 1812, il était à Berlin, chef d’état-major de la grande armée. Après les batailles de Smolensk, deBorodino, de Malojaros-lawitz et le passage de la Bérésina auxquels il assista, il fut nommé,le 4 décembre, généraldedivision, et remplaça Berthier comme major-général, après le départ de Napoléon. Le comte de Monthyon se trouva, en 1813, à Lutzen, à Bautzen et à Wurtchen, remplaça de nouveau le major-général depuis le 24 août jusqu’à la fin d’octobre, et fut nommé grand officier de la Légion d’honneur en novembre. En 1814, il fit la campagne de France, reçut la croix de Saint-Louis à la première restauration, fit la campagne de 1813 en Belgique, comme, chef de l’état-major général, fut blessé à Mont-Saint-Jean, et, pendant la seconde Restauration, fut employé dans le corps royal d’état-major.

Louis-Philippe le fit pair de France, il est grand cordon de la Légion d’honneur. La république le mit à la retraite.

Son nom figure sur le côté ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

Baraguay D’Hilliers (A.)[modifier]

général de division, né à Paris le 6 septembre 1795 ; il est le fils du général sénateur Baraguay-d’Hilliers, qui fut chef d’état-major de Custine, commanda la force armée contre les insurgés du faubourg Saint-Antoine, et se distingua, depuis, dans toutes les grandes batailles de l’Empire.

Napoléon finissait donc lorsque M. Baraguay-d’Hilliers arrivait à l’âge de servir la patrie, mais il avait été à’ bonne école, et le fils devait marcher glorieusement sur les traces de son père.

En 1832, il fut nommé gouverneur de l’école deSaint-Cyr. Il eut à réprimer, en cette qualité, un complot républicain qui avait pris naissance dans l’école, à l’instigation du citoyen Guinard. Ceux qui lui en font un reproche sont très injustes, à notre avis. Il ne fit en cela que ce que l’honneur, d’accord avec le devoir, lui commandait impérieusement.

Il s’est aussi distingué dans les combats de l’occupation d’Afrique. Les succès n’y ont pas toujours répondu à sa bravoure.

Il a été promu au grade de général de division, le 6 août 1843.

A l’époque de la révolution de février, il commandait la place de Besançon, et, en cette qualité, il s’opposa énergique-mentàl’invasion de la République rouge en la personne des commissaires de M. Ledru-Rollin. Les Francs-Comtois lui en conservèrent de la reconnaissance, et le nommèrent plus tard représentant du peuple à l’Assemblée nationale, et depuis à l’Assemblée législative. Il est grand officier de la Légion d’honneur.

Le prince Louis-Bonaparte, président de la République, l’envoya à Rome en qualité de général en chef de l’armée d’occupation et d’ambassadeur extraordinaire. C’était à lui qu’était réservé l’honneur de réinstaller dans la capitale du monde chrétien le souverain Pontife, que les révolutionnaires en avaient chassé ; il s’est acquitté dignement de cette tâche honorable.

Son administration à Rome a été tout à la fois.ferme et prudente. Cette ville pourra dire de lui ce que Venise a dit du général Louis Baraguay-d’Hilliers, père du gouverneur de Rome actuel. Chargé par le général Bonaparte de former le blocus de Venise, il agit avec tant d’habileté que la ville ne tarda pas à ouvrir ses portes, et à lui donner le nom flatteur de Buono Générale, pour la modération avec laquelle il exerça le pouvoir pendant cinq mois que Venise fut sous sa domination.

Le général Baraguay d’Hilliers de retour en France, a repris sa place à l’Assemblée législative.

Barbanégre (Joseph,baron)[modifier]

né le 22 août 1772, àPontacq (Béarn). D’abord marin, puis capitaine dans le 5e bataillon des Basses-Pyrénées. ; chef de bataillon dans la garde consulaire, colonel du 48e, avec lequel il se battit en héros à Austerlitz, à Iéna, à Eylau ; général de brigade après la paix de Tilsitt, il contribua puissamment au gain des batailles d’Eckmùhl, de Ratisbonne,et de Wagram, se couvrit de gloire à Krasnoé et au passage du Niémen, défendit vaillamment Stetin en 1813, etHuningue en 1815. Il n’avait dans cette dernière place qu’une centaine d’artilleurs, cinq gendarmes, une quarantaine de soldats de différents régiments, une vingtaine de douaniers, quelques militaires retraités et environ 150 gardes nationaux. Il résista deux mois, du 27 juin au 27 août, aux efforts de 30,000 Autrichiens, soutenus par les Suisses, qu’il châtia en, bombardant deux fois la ville de Bâle ; lorsqu’il sortit de la ville, après une capitulation honorable, il n’avait pas avec lui 50 hommes valides. L’ennemi était stupéfait.

« Que de belles actions, a dit Napoléon,-ont été « e perdre dans la confusion de nos désastres ou même dans la multiplicité de celles que nous avons produites ! » et il mettait au premier rang l’extraordinaire et singulière défense d’Huningue par l’intrépide Barbanègre.

Barbot (Marie-Étienne, baron, puis vicomte de)[modifier]

né à Toulouse en 1770, fit en 1792 la campagne de Savoie, comme chef des volontaires de la Haute-Garonne. En 1793, il assista au siége de Toulon. ïïfiteri-suite la campagne d’Espagne et prit part à-l’affaire du Boulon, au siège de Saint-Elme, aux batailles de la montagne Noire et au siège de Rosés. Les talents et la bravoure qu’il déploya dans ces différentes affaires lui valurent le grade de chef de brigade. De retour en France, il servit quelque temps dans la "Vendée. Bientôt il partit pour les Antilles en qualité de chef d’état-major du général Lagarde, "’et se signala par la prise du Roseau, capitale delà Dominique. [En 1807, Napoléon, irrité contre la ville de Hersfeld, dont le peuple était accusé d’avoir assassiné un détachement français, ordonna que trente des habitants seraient fusillés, et chargea Barbot de cette exécution. Celui-ci s’étant convaincu de l’innocence des habitants de Hersfeld, crut devoir désobéir aux ordres de l’Empereur ; et pour mieux assurer le succès de sa légitime et généreuse désobéissance, il rédigea son rapport comme si les trente victimes désignées avaient été exécutées. En 1808, le baron Barbot retourna en Espagne, prit part aux affaires de Rio-Seco, de Burgos, de la Corogne, de Braga, d’Oporto, de Busaco, de Sabuyal, d’Alméida, à la suite desquelles il fut promu au grade de général de brigade. Il rentra en France avec le maréchal Soult, se trouva à tous | les engagements qui eurent lieu près.des Pyrénées, et se signala à la bataille de Toulouse.

Quand on apprit le débarquement de Napoléon au golfe Juan, il reçut le commandement supérieur de Bordeaux. A la rentrée du roi, il fut nommé lieutenant-général, chevalier de Saint-Louis et commandeur de la Légion d’honneur.

Admis à la retraite en 1835, il est mort à Toulouse le 16 février 1839.

Barbou de Courrieres (Gabriel)[modifier]

né à Abbeville (Somme), le 21 novembre 1761, était de la famille des imprimeurs de ce nom. Engagé comme soldat en 1779, il était lieutenant en 1782. En 1791 il passa avec son régiment à Saint-Domingue, y séjourna seize mois, et à son retour en France, fut employé, avec le grade d’adjudant général aux armées des Arden-nes et de Sambre-et-Meuse ; il se trouva à la bataille de Fleurus, au blocus du Ques-noy, deLandrecies, de Vâlenciennes et de Condé, et il s’y distingua par ses talents et son courage. Nommé en 1794. général de brigade, il servit dans la division du général Bernadotte, et fit les deux campagnes de 1795 et 1796.

L’année suivante, Barbou, nommé chef d’état-major de l’armée de Sambre-et-Meuse, eut, au combat d’Éttersdorf, son cheval tué sous lui. En 1798 il fut chargé de faire, cesser les troubles que la conscription avait occasionnés dans le Brabant. Sa fermeté et • sa modération rétablirent l’ordre dans ce pays et lui concilièrent l’estime générale. En 1799, il combattit dans la Nord-Hollande, sous les ordres du général Brune, et se signala aux batailles de Berghem et de Kastricum, gagnées sur les Russes et sur les Anglais. H obtint le grade de général de division que lui avaient mérité ’ses services et ses talents. Il fit la campagne de 1801 sous les ordres du général Au-gereau, dont l’armée occupait la Franco-nie. Appelé, à la fin de cette année, au commandement de la 17° division militaire, il parvint ù rétablir l’ordre dans les départements du Midi. Plus tard, le général Barbou remplaça en Suisse le maréchal Ney ; ensuite il commanda une division au camp de Boulogne,, et succéda, en octobre 1805, à Bernadotte dansle commandement de l’armée de Hanovre. Les Russes et les Suédois s’étant portés dans ce pays avec des forces imposantes, Barbou se retira dans la forteresse de Hameln, et s’y maintint jusqu’à la paix de Presbourg. Il remplit à cette époque les fonctions de commissaire de l’Empereur près le gouvernement hano-vrien. Revenu en France, il passa à l’armée d’Espagne, et y commanda une division sous les ordres de Dupont. Il eut une grande part aux affaires du pont de l’Alcala et à la prise de Cordoue ; mais il partagea aussi la honte de la capitulation de Baylen. Il revint en France après une courte captivité, et fut envoyé en Italie, où il se trouva sous les ordres du prince Eugène à la malheureuse affaire de Sacile. Chargé alors de défendre Venise contre l’archiduc Jean, il parvint à s’y maintenir, malgré les efforts des Autrichiens victorieux. Il fut ensuite envoyé dans le Tyrol, pour y comprimer un soulèvement. ( Enfin en 1810, il fut appelé au commandement de la’place d’Ancône et occupa ce poste jusqu’en 1812. Au 20 mars 1815, il commandait la 13e division militaire et fut admis à la retraite le 8 février 1816. Il est mort à Paris le 6 décembre 1817, Son nom est inscrit sur le monument de la barrière de l’Etoile (côté nord).

Barclay de Tolly.[modifier]

Feld-maréchal des armées russes, fils d’un pasteur. de la Livonie. Il embrassa, à 14 ans, la carrière militaire et obtint un avancement rapide. Sa réputation militaire date de 1807. Général d’infanterie en 1809 ; ministre de la guerre en 1810 ; il comr manda, en 1812, la première armée d’Occident, lors de sa belle retraite’ et de sa jonction avec la seconde armée d’Occident, commandée par Kutusoff. Barclay de Tolly fut chargé, en 1813, du commandement en chef des armées combinées de la Russie et de la Prusse. Il dénonça le 27 juillet la cessation de l’amnistie. Après la bataille de Leipzig, l’empereur Alexandre lui accorda le titre de comte. Ce général dirigea les opérations de l’armée russe pendant l’invasion et y maintint une grande discipline ; après son entrée à Paris, le 21 mars, il fut créé feld-ma-réchal, se rendit, en juillet, à Varsovie, d’où il se porta sur le Rhin après le 20

mars. Pendant la seconde invasion, il établit son quartier général à Châlons-sur-Marne. Ce fut alors qu’il reçut le titre de Prince. — Mort le 2o mai 1818, à Interbourg, en se rendant auxeaux deCalsbad, en Bohême.

Babdelin (le général Auguste de)[modifier]

né à Aix en Provence, d’une famille qui doit ses lettres de noblesse au roi René, en i 472 ; en 1782 il entra dans les gardes dû corps, compagnie de Villeroy, depuis compagnie de Grammont. Au licenciement de ce corps, il se rendit à Turin auprès des ducs d’Angoulême et de Berry. Il revint peu après en France et fut sur le point d’accompagner le ’roi àVarennes. Il quitta de nouveau la France et.fit avec l’armée de Condé la campagne de 1792. Après le licenciement de" cette armée, il alla en-Hollande, puis en Angleterre où il s’occupa d’agriculture pendant plusieurs années. Louis XVIII ayant formé une petite cour, M. de Bar-delin y reprit son service de garde du corps, sous les ordres du duc de Grammont. Enl814, ilaccompagnaLouisXVIII à Paris, fut nommé porte-étendard avec’ grade de lieutenant-colonel, escorta le roi dans sa fuite sur- Lille et Gand, et continua son service auprès de lui jusqu’au 18 juin ; il fut alors nommé sous-lieutenant, et après la campagne d’Espagne, lieutenant des gardes du corps aveclerang de colonel de cavalerie. Ayant demandé sa retraite quelques années après, il l’obtint comme.officier général.

Bardet de Maison-Rouge (Martial, baron)[modifier]

né le 27 mai 1764, à la Maison - Rouge, à Périlhac (Haute-Vienne), soldat au 70e régiment d’infanterie, le S juin 1781 ; volontaire au pre-^ mier bataillon de la Haute-Vienne, le 22 septembre 1794 ; capitaine à l’élection, le 3 octobre suivant, il fit avec-ce grade les campagnes de 1792, 1793 et de

BAR

( 38 )

BAR


rani^aux armées des Ardennes et du Nord.

Il se signala sous les ordres de Du-mouriez, de Custinc et de Bouchard ; il fut nommé, le 1" frimaire an H, chef de bataillon dans la 49e demi-brigade de ligne. Il fit avec ce corps les campagnes de l’an m à l’an iv à l’armée de Sambre-et-Meùse, contribua au succès de l’affaire de Sprimont, où il passa la Roër au gué, gravit sous le feu de l’ennemi la montagne qu’il occupait et lui fit un grand nombre dé prisonniers.

Le 12 fructidor an iv, chargé près de Berg-Ëberach, d ! ar’r'êter là marche des colonnes autrichiennes, qui poursuivaient dans sa retraite la division Berna-dotte, il exécuta, avec un bataillon de grenadiers plusieurs charges à la baïonnette et facilita la marche rétrograde qui s’opérait en bon ordre.

Bardet fit avec la même distinction les guerres des ans vu, vin et ix, à l’armée gallo-batave, et fut nommé chef de ■ sa demi-brigade, le 24 fructidor an vu.

Cette même année, le général Aùge-reau lui confia le soin de s’opposer, avec deux bataillons, àù progrès d’une colonne russe qui allait déboucher du village de Berghem (Nord-Hollande). Le brave colonel charge aussitôt l’ennemi avec impétuosité, le renverse et le met en déroute. Le général russe, Herrrianh, et son état-major, la colonne entière, sept pièces de canon et six drapeaux tombèrent en son pouvoir.

A l’organisation du 12 vendémiaire an xu, la 49e demi-brigade de ligne ayant été incorporée dans le 24e régiment de la même arme, le colonel Bardet alla prendre le commandement du 27°, avec lequel il fit les campagnes des côtes de l’Océan, pendant les années xu et xm. Membre de la Légion d’honneur, le 49 frimaire an xn, et officier de cet ordre Ie2o prairial, même année, il suivit son régiment à la grande armée de

l’ail xiv à 1807 et se couvrit de gloire Ji la.bataille d’Austerlitz. L’Empereur, satisfait de sa conduite, le nomma commandeur et général de brigade en 1807.

Attaché peu de jours après au 6° corps, il passa avec lui, Vannée suivante à l’armée de Portugal, servit sous les ordres de Ney, et se fit remarquer à la prise d’O-viédo. Mis en disponibilité en 1811, il fut employé, le 2 mai 1812, au camp de Boulogne, d’où il passa au 24e corps de la grande armée, fit les campagnes de Russie et d’Allemagne, et se signala à l’affaire d’Interbock, le 6 septembre 1813, où il fut blessé.

Employé en 1814 à l’armée de Lyon, il fut nommé général de division le 3 mars de cette même année, et commandant temporaire de Strasbourg, le 3 mail815.

Le général Bardet a été mis à la retraite, le 24 septembre 1810 ; il est mort le 3 mai 1838,. Son nom figure sur l’arc de triomphe de l’Etoile ; côté nord.

BARDIN (ETIENNE-ALEXANDRE)[modifier]

né à Paris en 1774, fut soldat volontaire au commencement de la révolution de 1789. Nommé adjudant-major le 12 septembre 1792, dans le 8e bataillon des volontaires nationaux, il assista à la défense de Bergues, à la bataille de Honds-coote, ’ au déblocus de Dunkerqite, au siège d’Ypres. Il fit partie de l’armée de Sambre-et-Meuse, comme commandant une compagnie de la

8cdemi-brigaded’in-fanterie légère. En l’anvi,il étaiten Italie au siège d’Ancône. En l’an vin, il était second aide-de-camp de Junot ; commandant de Paris, chef de bataillon en l’an xi, et major en 1804 ; il commandait là cohorte d’Eure-et-Loir dans la campagne de Flessingue contre les Anglais. Après cette expédition, il fut qulque temps attaché au ministère de la guerre, et en •1811, il obtint le grade de colonel dans les pupilles de la garde avec rang de major de la vieille garde impériale. Cette même année il reçut la décoration d’officier de la Légion d’honneur et fut nommé colonel du 9° régiment des tirailleurs de la jeune garde, à la tête duquel il fit la campagne de Saxe. Après la bataille de Dresde où il commandait une brigade, il fut promu au rang de commandeur de la Légion d’honneur, et peu avant celle de Leipzig, il fut nommé baron.

Après le licenciement de l’armée, le duc de Feltre l’attacha au dépôt de la guerre ; en 1818, le colonel Bardin fut nommé maréchal-de-camp et mis à la retraite. On lui doit le Manuel d’infanterie et plusieurs ouvrages militaires. De plus, il a publié sur la même matière un grand nombre d’articles fort bien traités^

BARRA (JOSEPH)[modifier]

Barra était un enfant de la commune de Palaiseau,’ près Versailles. En 92, saisi d’une exaltation précoce, il demanda à entrer dans la division de Bressuire, commandée par Desmares. Il n’avait pas douze ans. Il partagea toutes les fatigues : et tous les dangers de la guerre ; une fois il lutta seul contre deux ennemis et les fit prisonniers. Au mois de frimaire an n, frappé au front d’un coup de sabre dans la mêlée, il tomba et mourut en pressant la cocarde tricolore sur son cœur. Cette mort qui eût été glorieuse pour tout soldat, parut héroïque dans un enfant qui, à un âge ordinairement insouciant et consacré aux jeux et au honneur, avait compris et consommé entièrement un si grand sacrifice. Le commandant Desmare.s-en donna avis à la Convention ; il terminait ainsi son rapport : a Aussi vertueux que courageux, se bornant à sa nourriture et à son habillement, il faisait passer à sa mère tout ce qu’il pouvait se procurer ; il la laisse, avec plusieurs filles et son jeune frère

infirme, sans aucune espèce de secours. Je supplie la Convention de ne pas laisser cette malheureuse mère dans l’horreur de l’indigence. »

La Convention décida que la patrie adoptait la mère de Barra. Le 40 prairial an n, cette pauvre femme fut admise avec deux de ses enfants dans l’enceinte de l’Assemblée et prit place quelques instants à côté du président, qui était Prieur (de la Côte-d’Or), Des applaudissements unanimes s’élevèrent et se prolongèrent dans toutes les parties de la salle. Un orateur lui adressa quelques paroles de consolation : « Non, tu n’as rien perdu, lui dit-il, ’ton fils n’est pas mort ; il a reçu une nouvelle existence, et il est né à l’immortalité. »

Grétry fit un opéra sur ce sujet ; le Théâtre-Français donna aussi l’Apothéose du jeune Barra. Le 8 nivôse suivant, on rendit le décret suivant :

« La Convention nationale décerne les honneurs du Panthéon au jeune Barra. Louis David est chargé de donner ses soins à l’embellissement de cette fête nationale. La gravure qui représentera l’action héroïque de Joseph Barra sera faite aux frais de la République, d’après un tableau de David ; un exemplaire, envoyé par la Convention nationale, sera placé dans chaque école primaire. » 1 Le tableau n’a pas été exécuté ; Barra n’a pas eu les honneurs du Panthéon ; mais David d’Angers a donné,une statue de Joseph Barra k l’exposition de 1839.

BARROJS (PIERRE, comte)[modifier]

lieutenant-général, né à.Ligny (Meuse), le 30 octobre 1774. Son père était boulanger. Entré au service le 12 août 1793 dans le bataillon des, éclaireurs de la Meuse ; lieutenant le 12 septembre, même année ; .commandant le même corps à la bataille de Watignies. Le bataillon de la Meuse, amalgamé avec les chasseurs des Cévennes, étant devenu le 9° régiment d’infanterie légère, Barrois se trouva aux batailles de Fleurus, de la Roër, etc. Il avait été nommé capitaine adjudant-major pendant le second blocus de Mayence. Son régiment s’étant distingué à Ma-rengo, reçut le nom à ! incomparable, que le premier consul lit inscrire sur son drapeau. Le jeune Barrois, nommé colonel du 96e de ligne, se rendit au camp de Mont-Cenis, sous les ordres de Ney. Il y fut nommé officier de la Légion d’honneur et eut la croix de commandeur après la campagne d’Austerlitz. Le 14 février 1807, le colonel Barrois fut promu au grade de général de brigade. Ses actions d’éclat se succédèrent, et après la bataille de Friedland, l’Empereur nomma les généraux de Barrois et Labruyère grands officiers de la Légion d’honneur. Un an après la paix de Til-sitt, sa division se rendit en Espagne. Le général Barrois se couvrit de gloire aux affaires d’Espinosa, du Sommo-Sierra, d’Ucler, de Medellin, de Talavera, de Chiclana, etc., et fut nommé général de division le 27 juin 4811. Il quitta le commandement de cette division pour se rendre à Wilna, où il arriva après la campagne ; on lui confia alors une division de la jeune garde, avec laquelle il se trouva à la bataille de Bautzen, au combat de Reichenbach et de Gorlitz, et-à. la bataille de Dresde. Après s’être battu avec courage à Wachau (16 octobre) et à Leipzig, il fut chargé, avec la division Roguet, de faire l’arrière-garde de l’armée jusqu’au Rhin. Lorsque sa division repassa le Rhin, elle était réduite à 2,500 hommes. Il continua la campagne de Belgique avec le comte Maison, et eut une part active à l’affaire deCourtrai, le 31 mars 1814. Après l’abdication, le général Barrois se retira à la campagne. En mars 1815 il fut mis à la tête d’une division de six régiments. A Fleurus et à Waterloo, il commandait une division de la jeune garde, et fut mis à la retraite, le 1" janvier 1825.

Le général Barrois, remis en activité en 1830, fut successivement commandant de la 3e division et inspecteur général d’infanterie. Au mois d’août 1831 il entra en Belgique avec l’armée du Nord, et reprit le service de l’inspection générale des troupes, après la campagne. Il est grand-croix de la Légion d’honneur depuis 1836.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Etoile (côté ouest).

BAUDIN (CHARLES)[modifier]

né à Sedan.C’est le fils du représentant Baudin (des Ar-dennes).

Enseigne à bord de la frégate la Pié-rhontaise, il assista en 1808 à un combat contre les Anglais dans la.mer des Indes, et il eut le bras droit emporté par un boulet. Ainsi mutilé, le jeune enseigne ne crut pas devoir abandonner la carrière.

Lieutenant de vaisseau en 1812, il commandait le brick le Renard ; il reçut l’ordre d’escorter, avec une petite goëlette pour conserve, un convoi de quatorze bâtiments chargés de munitions navales, en destination pour Toulon. Parti de Gênes le 11 juin, le convoi fut constamment harcelé par les nombreux croiseurs ennemis qui infestaient la Méditerranée.

Le 16, se trouvant à la hauteur de Saint-Tropez, poursuivi par un vaisseau de ligne, une frégate et un brick anglais, le commandant du Renard manœuvre de façon à assurer le sort de son convoi, qu’il fait entrer dans le port de Saint-Tropez ; puis, il vient hardiment offrir le combat au brick ennemi,~trop éloigné en ce moment du vaisseau et de la frégate, pour espérer un secours immédiat : arrivé bord à bord, il fait ouvrir le feu, et BAU {’ un combat terrible s’engage entre le Renard et l’ennemi qui compte un équipage nombreux, et foudroie nos braves marins du feu de ses vingt-deux’caronades.

Pendant trois quarts d’heure le Renard fit pleuvoir sur le pont ennemi une grêle de projectiles ; on se battait vergue contre vergue ; les deux navires étaient littéralement hachés par les boulets ; l’avantage était à nous et l’ennemi ne pouvait nous échapper sans l’arrivée de la frégate sous la protection de laquelle il se réfugia et qui le remorqua au. large, l’arrachant ainsi à la colère de nos braves.

Sur 94 hommes composant l’équipage du Renard, 14 furent tués et 28 blessés dans l’action. Au nombre des derniers ; se trouvait le lieutenant Baudin à qui ce combat valut le grade de capitaine de frégate.

La Restauration le mit en non-activité, mais le repos lui pesait ; il entra dans’ la marine marchande, ce fut alors, assure-t-on, qu’avec quelques camarades, il forma le projet abandonné d’alier à Sainte-Hélène délivrer Napoléon.

1830 rendit ses épaulettes au capitaine au long cours. A la fin de 1833, il fut enfin nommé capitaine de vaisseau, et en 1838, trente ans après le jour où il avait perdu un bras au service de son pays, il fut promu au grade de. contre-amiral.

A cette époque fut résolue l’expédition contre le Mexique. L’amiral Baudin fut chargé du commandement de l’escadre. Arrivé devant les côtes de la Nouvelle-Espagne avec vingt-trois bâtiments, l’amiral épuisa, pendant un mois, toutes les voies de conciliation. Il fallut recourir à la force, et le 27 novembre 1838, la frégate amirale la Néréide, la Gloire et riphigénie, et les bombardes le Cyclope et le Vulcain, ouvrirent un feu terrible contre Saint-Jean-d’Ulloa, forteresse regardée imprenable par les Mexicains, et qui commande le port et la ville de

•) BAU la Véra-pruz. Quelques heures suffirent pour éteindre le feu des Mexicains, et le lendemain matin, la garnison de Saint-Jean-d’Ulloa, qui n’était plus qu’un monceau de ruines, nous livrait cette forteresse et la ville de la Véra-Cruz. L’amiral Baudin permit aux Mexicains de laisser dans cette ville 1,000 hommes de troupes pour y maintenir l’ordre.

Pendant le combat, un boulet tombé sur la dunette où se trouvait l’amiral, avait failli l’emporter ainsi que tout son état-major.

On sait la part brillante que prit à cette expédition le prince de Joinville, commandant la corvette la Créole. Le jeune prince y montra un rare courage et le sang-froid d’un vieux marin. Cependant le gouvernement mexicain, loin d’être suffisamment averti par cette rude leçon, se refusa de nouveau à céder. L’amiral et les troupes sous ses ordres eurent à combattre de nouveau, et ce fut toujours victorieusement. Le canot monté par M. Baudin, fut criblé de balles dans le combat du 5 décembre, et plusieurs marins" furent tués. Le résultat de cette affaire fut le désarmement de la Véra-Cruz, la déroute complète des Mexicains, dont le général Santa-Anna eut une jambe emportée, et enfin une paix par laquelle la France obtint satisfaction.

M. Baudin fut nommé vice-amiral le 22 janvier 1839. En 1840, il reçut le cordon de commandeur et fut investi d’une mission militaire et diplomatique près de la République de Buenos-Ayres, ainsi que du commandement en chef des forces navales dans les mers de l’Amérique du Sud. •.

Depuis lors, M. Baudin a eu, pendant quelque temps, le portefeuille de la marine.

BAUDRAND (MARIE-ETIENNE-FRANÇOIS-HENRI)[modifier]

né le 21 août 1774 à Besançon ( Doubs), fils d’un avocat au parlement de Besançon, était destiné à la carrière du barreau : il préféra.celle des armes., entra comme soldat dans le 12e bataillon du Doubs, et servit à l’armée du Haut-Rhin depuis le mois d’août 1793 jusqu’au 22 ventôse an n. Admis alors à l’école de Metz en qualité d’élève sous-lieutenant de génie, il obtint le grade de lieutenant à sa sortie de l’école, le 1" germinal an m, et fut employé en sous ordre à Valenciennes. Nommé capitaine le 1" thermidor suivant, il devint chef du service du génie dans la place de Condé le 1" nivôse an iv ; désigne pour faire partie de.l’armée d’Angleterre le 1er pluviôse an vi, et attaché peu après à l’état-major de celle de Mayence, où il exerça les mêmes fonctions. Employé à l’état-major général de l’armée de Naples, le 1" vendémiaire an vu, il prit part aux différents combats livrés à cette époque et par cette armée. Du 26 floréal au 15 thermidor, il resta dans Gaëte et se trouva à toutes les sorties faites par la garnison. Transporté en France après capitulation de la place, il servit à Toulon pendant l’hiver de l’an vin, et passa à l’armée d’Italie le 16 ventôse de cette année.

Blessé de deux coups de feu le 3 prairial à la défense de la tête du pont du Var (1), il marcha avec le corps du général, Suchet lors de l’occupation de Gênes, se trouva au blocus de Savone du 4" thermidor an xin au 26 frimaire an is, et fut chargé de la construction des retranchements du ûaut Adda jusqu’à Lecco et de la tête de pont et du camp retranché de Brivio. Il assista au siège de Peschiéra, et eut en chef le service de cette place, après sa reddition, le 1" frimaire an îx.

(1) Le Ministre de la guerre adressa ! à M. Baudrand ; le 9 germinal an ix une lettre de félicitntion à l’occasion de sa brillante conduite à la défense du port du Var.

Chargé Je J5, \îcndémiaire an xi d’une reconnaissance militaire de la place de Plaisance et des têtes de pont du Pô, il s’acquitta avec succès de cette mission, et au mois de nivôse suivant il passa à la direction de Besançon. Nommé chef du génie à Schelestadt le 20 floréal, il y reçut la décoration de la Légion d’honneur le 25 prairial-an xn.

Désigné pour faire partie de la grande armée, et employé à l’état-major du prince Murât, commandant en chef la réserve de cavalerie, il fit en cette qualité ,1a campagne de l’an xiv, et prit part aux combats de Wertingen et de Langeneaa. Le 17 janvier 1806, il retourna à l’armée de Naples. Au siège de Gaëte, depuis le 15 avril jusqu’au 18 juillet, jour de la reddition de cette place ; on lui confia plusieurs opérations importantes.

Nommé chef de bataillon le 5 septembre suivant, il reçut le 15 juillet 1807 des lettres de service pour le corps d’armée destinée à l’occupation des îles Ioniennes. Embarqué à Tarente quelques jours après en qualité de commandant du génie de ce corps, il remplit les fonctions de directeur des fortifications à Corfou depuis le 15 octobre 1808 jusqu’au mois de juin 1813. Il fut chargé en cette qualité de reconnaître, créer, entretenir, augmenter ou restreindre les moyens de défense, spécialement à Sainte-Maure, à Paxo, à Parga, sur le continent, aux écueils de Fano, Merlère et Salmatrachi. Cet officier supérieur ne pouvait se rendre dans ces différents postes qu’en passant, à la faveur de la nuit, sous le canon de l’ennemi. Lors du siège de la citadelle de Sainte-Maure par les Anglais, il se rendit d : après les ordres du gouverneur général des îles Ioniennes près du pacha de Janina, et de là, déguisé en Turc et sous l’escorte de quatre cavaliers de cette nation, dans la citadelle de Sainte-Maure. Il traversa à la nage, sous le feu des canonnières des assiégeants, le bras de mer qui sépare l’île de Leucade de l’ancienne Arcananie, entra dans la place assiégée, y remplit sa mission, et retourna par le même chemin à Corfou en traversant, sans escorte, des lieux infestés de brigands.

Nommé major le 8 décembre 1810, et colonel le 31 mars 1812, il fut fait prisonnier par. les Anglais le 11 juin 1813 à son retour de Parga et dePaxo, et alors, que les’hommes de l’équipage de la chaloupe qu’il montait avaient été tués ou mis hors de combat. Conduit en Sicile, puis à Malte, il fut renvoyé sur parole par le général Maitland le 8 juin 1814.

A sa rentrée en France, une ordonnance royale du 29 juillet le créa officier de la Légion d’honneur, et une’ autre du 5 octobre chevalier de Saint-Louis. . . A son retour de l’île d’Elbe, l’Empereur, par décision du 5 avril 1815, l’attacha au 3e corps d’observation de l’armée du Nord, et lui confia ensuite les fonc-de chef de l’état-major général du génie de la même arme. Il assista à la bataille du mont Saint-Jean, suivit l’armée sur la Loirej et ne s’en sépara qu’après le licenciement. Chargé le 16 décembre ’de la même année d’une mission relative au cantonnement des troupes anglaises, il reçut l’ordre, le 26 mars 1816, d’établir sa résidence au quartier général du duc de Wellington, où il resta.jusqu’à l’époque de l’évacuation du territoire français par les armées étrangères.

Le 5 décembre 1818, le roi de Saxe lui envoya l’ordre de chevalier de Saint-Henri, et le 18 du même mois il reçut celle de chevalier de l’ordre hauovrien des Guelfes. Il exerça ensuite les fonctions de directeur des fortifications de la place de Cambrai jusqu’au 29 avril 1821, époque de sa nomination au grade de tna-réchaï-de-camp ; et chaque année, depuis lors, il fit partie du comité du génie, de

la commission mixte des travaux publics, du jury d’examen de sortie des élèves de. l’école de Metz et.de la commission créée pour le perfectionnement des cours de.l’École polytechnique.

En 1822, il accompagna le ministre de, la marine dans l’inspection des ports de l’Océan, pour discuter sur les observations qui intéressaient ce département et celui de la guerre. Le 30 novembre suivant, le gouvernement le chargea de l’inspection des places de Cadix et de Barcelonne. Employé au mois de janvier 1825 comme chef de bureau et de la division du génie au ministère de la guerre, il reçut, le 23 mai, la décoration de commandeur de la Légion d’honneur, et fut désigné, au mois de décembre, pour inspecter le service du génie à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe.

Embarqué pour, la Guyane française, dans les premiers mois de 1826, il fut nommé commandeur de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 29 octobre de cette même année. Il revint en France, au mois de juin 1827.

Nommé aide-de-camp du duc de Chartres, le 24 août 1828, il accompagna ce jeune prince dans un voyage qu’il fit, en 1829, en Angleterre^ en Ecosse et en Irlande. .

Lors de la révolution de Juillet 1830,/ le général Baudrand était à Joigny, où le 1er régiment de hussards, dont le prince était colonel, tenait alors garnison. Il marcha avec lui surPariset y arriva le 4 août. Le 17’ du même mois il quittait Paris pour aller notifier à Georges IV l’avéiie^ ment de Louis-Philippe au • trône dès Français, et le 30 août Û était de retour^ Grand officier de la Légion d’honneur-, le 18 octobre, lieutenant-général le 41 décembre- de la même année, il prit part, en septembre 1831, à l’expédition de Belgique, où il accompagna le prince royal, et partit de nouveau pour Londres, au mois d’octobre suivant, chargé d’une mission particulière. Lors du mouvement insurrectionnel qui éclata à Lyon, au mois de. novembre de la même année, le général Baudrànd se rendit dans cette ville avec le prince royal et le suivit également dans le Midi, en mai et juin 1832.

Le roi l’éleva à la pairie, le 11 octobre suivant. Il assista comme aide-de-camp du duc d’Orléans au siège et à la prise d’Anvers, au mois de décembre de la même année, et accompagna le prince dans un voyage qu’il fit à Londres, en 1833.

Nommé grand-croix de la Légion d’honneur, le 30 mai 1837, il a été admis à la 2e section (réserve) du cadre de l’état-major, conformément aux dispositions de la loi du 4 août 1839. Il fut nommé depuis gouverneur de M. le comte de Paris.

On a donné à M. le général Baudrànd le titre de chevalier dans YAnnuaire militaire, et celui de comte dans YAlma-nach royal et dans tous les actes relatifs à la Chambre des pairs ; d’un autre côté, quelques personnes affirment qu’il à obtenu du roi Charles X des lettres patentes de baron ; il y a erreur ou courtoisie de toutes parts ; M. le général Baudrànd n’a jamais été chevalier, baron, ni comte.

BAUDUIN (PIERRE-FRANÇOIS, baron)[modifier]

né le 2o janvier 1768, à Liancourt (Somme), entra’au service le 11 septembre 1792, en qualité de lieutenant dans la 118e demi-brigade, devenue 32e demi-brigade en l’an îv. Quartier-maître le 11 fructidor, ann, lieutenant le 4 ventôse an m, adjoint aux adjudants-généraux le 5 du même mois, et capitaine adjoint le 14 vendémiaire an y, il fit les campagnes de 1792 à l’an n, aux ar-méesdesAlpesetd’Italie, etcelledel’aniu

) BAU sur la frégate la Courageuse, et celle de l’an îv à l’an vu aux armées des Alpes et d’Italie. Désigné pour faire partie de la deuxième armée de réserve d’Italie en l’an vin, il fut appelé comme aide-de-camp auprès du général Herbin, le 15 germinal.

Le 20 prairial, à l’affaire deMontebello, il pénétra un des premiers dans le village de Casteggio, à la tête d’un détachement de la 24° demi-brigade légère, et força l’ennemi à abandonner cette position.

Il rendit d’importants services à la bataille de Marengo, quoique blessé d’un coup de feu à la cuisse dès le commencement de la journée. Une partie de la division Gardanne ayant été forcée et mise en déroute sur la ligne de Grosse-Cassini, Bauduin rallia les grenadiers et Tes carabiniers et manœuvra avec eux de manière à protéger le flanc de la colonne que commandait le général Herbin. Sur la ligne du village de Marengo, où la brigade de ce général combattit jusqu’à trois heures après midi. Il traversa trois fois le ruisseau qui le séparait de l’ennemi pour le charger, et dans la dernière tentative entraîna à sa suite un bataillon qui hésitait à passer, en jetant son chapeau de l’autre côté du ruisseau et en s’y. précipitant le premier.

Promu chef de bataillon sur le champ de bataille en récompense de sa ’.belle action, il passa en cette qualité à la 16" demi-brigade de ligne le 16 pluviôse an xi, fut nommé membre de la Légion d’honneur le 25 prairial an xn, et suivit les opérations de son nouveau corps pendant les ans xm et xiv, sur mer, avec l’amiral Villeneuve, et en 1807 et 1808 à la grande armée.

Il fit la campagne de 1809 en Allemagne, se distingua à Essling et à Pres-bourg, fut promu colonel du 93e régiment de ligne, le 2 juillet, et créé officier de de la Légion d’honneur et

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baron de l’Empire, les 13 et lo août de la même année.

Envoyé en 1810 au corps d’observation de Hollande, et en 1812 à la grande armée de Russie, il fut grièvement blessé au bras droit pendant la campagne, et reçut la croix de commandeur de la Légion d’honneur le 26 août.

Elevé au grade de général de brigade, le 9. mars 1 813,- il acquit une nouvelle gloire aux batailles de Lutzen, de Wurt-schen et de Bautzen, en Saxe. Il prit le commandement du département des Pyrénées-Orientales, le 11 août de la même année.

Attaché à la 7e division provisoire d’infanterie de jeune garde, le 24 janvier 1814, il fit avec elle la campagne de France.

Mis en non-activité, après l’abdication de l’Empereur, nommé chevalier de Saint-Louis, le 11 septembre, il fut appelé pendant les Cent-Jours au commandement d’une brigade à l’armée du.Nord et périt glorieusement à la bataille du mont Saint-Jean.

Son nom est gravé sur les tables de bronze du Musée de Versailles.

BAUX, dit Lebeau (JEAN-LOUIS)[modifier]

Le général Lebeau, né à Carcassonne, en 1780, était entré, comme réquisition-naire, en 1798, dans la 4° demi-brigade de ligne, et y avait fait ses premières armes sur le Rhin. A la prise de Biberach, le 27 avril 1800, il avait, avec une escouade de tirailleurs, pénétré, la baïonnette en avant, dans’ le village qui domine la ville, et y avait’fait un grand nombre de prisonniers. L’année suivante, à la formation de la garde consulaire, il fut désigné pour faire partie des chasseurs à pied, où il ne tarda pas à être nommé sergent-major. Sous-lieutenant en février 1803, et légionnaire le 1" août en récompense de son fait d’armes de

Biberach, il était capitaine aux voltigeurs de la jeune garde à Wagram.

Passé en Espagne avec la division Dorsenne, en 1810, il commandait, le 13 février 1811, une avant-garde de 75 hommes,quifranchit, aupasdecourse, le pont du village d’Amonelez, défendu, à l’extrémité, par. 700 Espagnols qu’il mit en fuite. Le 10 octobre de la même année, il revenait d’escorter le général Bonet, avec un détachement de 200 voltigeurs, lorsqu’il apprit qu’un parti de 400 guérillas faisait un mouvement pour l’envelopper ; aussitôt il marche sur eux, les atteint à trois heures du matin au village de Matensa, les combat jusqu’au jour et enlève à la baïonnette le village, où il fait trente-cinq prisonniers.

Au retour de la campagne de Russie qu’il fit avec les fusiliers-chasseurs, il prit comme major le commandement du 5e bataillon du 4e régiment de ligne, et reçut la croix d’officier de là Légion d’honneur le 6 avril 1813.

A la suite de la convention du 30 mars 1814, une grande partie des troupes, ayant reçu l’ordre de s’éloigner de la capitale, le major Baux escortait, avec ’ 1,200 hommes de son dépôt, un’parc d’artillerie de la garde composé de 80 pièces de canon, dirigé sur Orléans, lorsque le 4 avril, aux environs de Pilhi-viers, il se vit attaqué en queue par un parti de 3,000 cosaques irréguliers ; en peu d’instants, toute sa troupe fut réunie à l’arrière garde, dans un carré formé par les voitures de bagages, et durant un combat de quatre heures, où il reçut deux coups de sabre sur la tête et un coup de lance au côté ; il donna le temps à son convoi de dépasser Neuville et d’atteindre tranquillement Orléans.

Le major Baux commanda le 1w de ligne à mont Saint-Jean, où un coup de feu lui fracassa le bras gauche ; il prit sa retraite à la seconde Restauration.

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Rappelé à l’activité après la révolution de Juillet, il fut nommé colonel du 57e régiment de ligne en 1831 ; commandeur de la Légion d’honneur le 30 avril 1835, et maréchal-de-camp le 12 avril 1839. Il avait commandé le département de Vauclusc jusqu’en septembre 1842, époque de son passage dans la section de réserve, et avait été mis à la retraite en avril 1848. Cet officier général est mort à Paris, le 28 mars 1849, âgé de 69 ans.

BEAUHARNAIS(EUGENE de)[modifier]

fils adoptif de l’Empereur et vice-roi d’Italie, naquit à Paris, le 3 septembre 1781, du général Alexandre de Beauharnais et de Joséphine ïascher de la Pagerie.

En 1794, après la mort de son père sur l’échafaud révolutionnaire, Joséphine étant en prison, ses deux enfants Eugène et Hortense avaient été livrés à des mains étrangères par les comités des sections ; une vieille gouvernante prit soin de la jeune Hortense ; Eugène fut mis en service et en apprentissage chez un menuisier. Lorsque sa mère eut épousé le général Bonaparte, il entra dans la carrière militaire en qualité d’aide-de-camp de son beau-père ; mais avant de partir pour l’Italie, il compléta son éducation imparfaite. — II fit partie de l’expédition d’Égypte et se trouva aux actions les plus meurtrières : à l’attaque de Suez, où il entra le premier, à la tête de l’a— vant-garde, le 8 novembre 1798, et mérita le grade de lieutenant. De retour en France, il fut fait chef d’escadron sur le champ de bataille deMarengo. En 1802, il fut fait colonel ; il devint général de brigade au commencement de 1804, et le •4 juin de la même année, jour anniversaire de Marengo, Napoléon, empereur, donna à son beau-fils le titre de Prince français, et l’année suivante celui d’archichancelier d’État et de grand officier de la Légion d’honneur ; il n’avait encore que 24 ans. Bientôt après, Eugène fut chargé, en qualité de vice-roi, de l’administration du royaume d’Italie (7 juin 180S). 11 se tira avec honneur de cette tâche si difficile.

Après la campagne de 1805, il épousa la princesse Auguste Amélie de Bavière, et Napoléon l’investit du titre de Prince de Venise, le déclara son fils adoptif et l’héritier présomptif de la couronne d’Italie.

En 1809, 100,000 Autrichiens attaquèrent l’Italie. Eugène perdit d’abord la bataille de Sacile, inais il prit sa revanche dans vingt combats brillants qui le-conduisirent aux portes de Vienne, et cette marche glorieuse fut couronnée par la bataille de Raab, que Napoléon appelait une petite fille de Marengo.

Ce fut pendant la campagne de 1809 qu’Eugène commanda en chef pour la première fois. Parti de Milan le 5 avril, il alla à la rencontre de l’archiduc Jean, qui s’avançait sur l’isonzo avec des forces considérables, éprouva un échec sur la Piave qui ne le découragea pas. Aidé des généraux Macdonald, Baraguay d’Hilliers, Barbou, Grenier, Broussier, il repoussa bientôt l’ennemi, s’empara de Vicence et de Bassano, battit complètement l’archiduc à la bataille de la Piave, et s’empara de toutes les positions sur le revers des montagnes de la Carinthie.

Pendant qu’il poursuivait sa’ marche victorieuse vers les frontières de la Hongrie, il apprit que le général autrichien ; Jellachich, cherchait à se réunir à l’archiduc Jean. Eugène l’attaque et l’oblige a mettre bas les armes avec la totalité des •troupes qu’il commandait. Le succès de cette journée décisive lui permit d’opérer sa jonction avec la grande armée sur les hauteurs de Somering. On remarqua avec étonnement que le vice-roi, depuis le passage de la Piave jusqu’à Somerin’g, fit aux ennemis un

IFA ’( plus grand nombre de prisonniers qu’il n’avait de soldats sous les drapeaux. Quand Napoléon le revit, il le tint longtemps pressé sur son cœur, puis le présentant aux maréchaux et à : son état-major, il s’écria : « Ce n’est pas seulement le courage qui aurait amené ici Eugène ; il n’y a que le cœur qui puisse opérer de pareils prodiges ! »

Ce fut à l’occasion de cette marche d’Eugène, si remarquable sous le rap port stratégique, que l’Empereur adressa aux soldats du vice-roi ces paroles célè bres : « Soldats de l’armée d’Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué Soyez les bien venus ! Je suis content de vous. »

A l’époque de la répudiation de Joséphine, il vint à Paris, mandé par l’Empereur, et pria| Napoléon de lui accorder une explication en présence de l’Impératrice* Dans cette circonstance, oïi Napoléon ne pouvait motiver sa résolution qu’en faisant valoir l’intérêt de la France, Joséphine sut se taire et se résigner ; mais,’tremblant de voir l’avenir de son fils compromis, et portant ses yeux remplis de larmes sur Eugène, elle dit à l’Empereur : « Une fois séparés’, mes enfants ne seront plus rien pour vous. Faites Eugène roi d’Italie, et votre politique, j’ose le croire, sera approuvée par toutes les puissances de l’Europe. » — Le prince dit alors vivement : « Ma bonne mère, qu’il ne soit nullement question de moi dans cette triste occurrence. Votre fils ne voudrait pas d’une couronne qui semblerait être le prix de votre séparation. »

Napoléon, que la noblesse de ce discours émut profondément, tendit la main au vice-roi, la serra avec force et répondit avec gravité : « Je reconnais Eugène dans ces paroles ; il a raison de s’en rapporter à ma tendresse. » Après le divorce de sa mère, qui le navra, il voulut renoncer aux affaires, mais vaincu par les instances de Joséphine et de Napoléon lui-même, il sacrifia ses ressentiments personnels, mais dès lors refusa toute faveur nouvelle qui n’aurait été pour lui que le prix du divorce de sa mère.

On sait la part brillante qu’il prit à> la campagne- et surtout à la retraite de Russie. Il commandait le 4e corps, qui fut entièrement détruit. A la tête de 12,000 hommes dénués de tout, attaqué tous les jours par les armées russes et prussiennes, tous les jours risquant d’être débordé, le prince arriva à Leipzig le 9 mars, et son armée, grossie pendant la marche, comptait alors 50,000 hommes, avec lesquels il put tenir la ligne de l’Elbe, menacée par 150,000 alliés. Cette campagne de 50 jours, depuis Posnau jusqu’à Leipzig, est peut-être l’épisode le plus étonnant de l’expédition de Russie, et tous les militaires s’accordent à le regarder comme un chef-d’œuvre de stratégie qui, seul, place le prince Eugène au rang des plus grands capitaines. « Nous avons tous commis des fautes, dit Napoléon, Eugène est le seul qui n’en ait pas fait. J>

En 1813, le vice-roi dut retourner en Italie pour la défendre de l’invasion de 65,000 Autrichiens et de l’armée napolitaine commandée par Murat. Il paralysa leurs efforts pendant cette campagne, l’une des plus remarquables de l’histoire des guerres modernes.

Mais la gloire^ militaire d’Eugène le recommande moins que son héroïque dévouement à Napoléon. Les alliés lui offrirent la couronne d’Italie, il refusa et se retira en Bavière, auprès du roi son beau-père,’ qui le nomma prince d’Eichstadt, duc de Leuchtemberg et premier pair du royaume. — Au retour de Napoléon, en 1815, il se trouvait à Vienne et ne prit aucune part à la guerre. Il avait été obligé, pour ne pas être arrêté, 48)

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de s’engager sur parole à ne pas quitter la Bavière.

Il mourut le 22 février 1824, frappé d’une attaque d’apoplexie, âgé de 44 ans ; il a laissé cinq enfants. L’aînée des filles est reine de Suède, la seconde est veuve de l’empereur don Pedro ; la dernière a épousé le prince deHohenzollern. Son fils aîné, le prince Auguste de Leuchtemberg, mort fort jeune, avait épousé la reine de Portugal.

BEAULIEU (JEAN-PIERRE, baron de)[modifier]

général autrichien, né le 26 octobre i 725, à Lathuy, province du Brabant, et mort à Lintz, le 22 décembre 1819. Ce nom appartient à une famille de gentilshommes brabançons, pauvre et sans autre éclat que celui que reflète sur elle la gloire militaire de l’homme de guerre qui fait l’objet de cette notice. Voué aux études mathématiques, Beaulieu embrassa très-jeune la carrière des armes, et servit avec distinction dans la guerre de Sept-Ans, comme aide-de-carnp du maréchal autrichien Daun. La croix de Marie-Thérèse et un titre de baron furent la récompense de sa conduite aux batailles de Colin, de Breslau, de Leuthen et de Hochkirchen. Depuis 1763 jusqu’en 1789 Beaulieu, quoique revfîtu du titre de colonel d’état-major, se consacra presque exclusivement aux arts, auxscien-ces, et à l’éducation de son fils. A cette dernière époque, il reçut le grade de général-major, et le commandement de quelques trqupes destinées à étouffer la révolution brabançonne. C’est dans un combat livré aux insurgés, que, voyant son fils tomber mortellement blessé à ses côtés, et s’adressant à ses soldats : « Mes amis, leur dit-il, ce n’est pas le moment de pleurer, mais de vaincre ! » Devenu lieutenant-général et placé, en 1792, sur la frontière des Pays-Bas, Beaulieu se défendit bravement contre les attaques

du général Biron, et refoula les Français jusque sous les murs de. Yalenciennes. Ce fait d’armes, le premier des guerres de la Révolution, fut suivi de divers succès en Flandre et dans la province du Luxembourg, où avec d,500 hommes, il soutint un jour les efforts de l’armée de la Moselle, guidée par Jourdan.

En 1796, la renommée militaire de Beaulieu lui valut le commandement en chef de l’armée d’Italie. Mais cette faveur fut fatale à sa gloire. Le soldat intrépide, le général consommé, fut constamment battu par le jeune vainqueur de Monte-notte. Poursuivi à outrance sur le Pô, sur l’Adda, au pont de Lodi, sur le Min-cio, l’expérience et l’audace de Beaulieu ne purent résister nulle part à l’impétuosité de Bonaparte, et il dut céder le commandement à Wurmser, que la fortune traita plus impitoyablement encore. Alors Beaulieu quitta le service, pour vivre dans la solitude où l’accompagnèrent l’estime et les regrets de son armée. Retiré, près de Lintz, dans un château qu’il avait acheté du produit de ses économies et des largesses de LéopoW ’ s’y livra à son goût favori pour l’étude et les soins agricoles, mais touj ours poursuivi, écrasé, sous le poids des souvenirs de la campagne de 1796.

Il est peu de soldats dont la vie ait été éprouvée par de plus cruels malheurs : son fils tué sous ses yeux, son gendre mortellement frappé à la bataille d’Oste-rach, ses trois frères aussi morts les armes à la main ; sa fortune, sa bibliothèque, son cabinet de médailles et d’antiquités, anéantis par les désastres de la guerre ; enfin,.cinquante années de glorieux services effacés par deux mois de revers, telles furent les douleurs qui attristèrent la vie d’un général estimable sous tous les rapports. Beaulieu a laissé, dit-on, sur ses campagnes, des mémoires qui sont encore inédits.

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BEAUMONT DE LA BONNIN1ÈRE (MARC-ANTOINE, comte de)[modifier]

issu d’une ancienne famille de la Touraine, né à Beaumpnt (Indre-et-Loire), le 23 septembre 1763, il entra dans les pages de Louis XVI, le 31 décembre 1777. Il était premier page lorsque, le 2 juin 1784, on le nomma capitaine au 9e régiment de dragons. Pourvu d’une compagnie le o mars 1788, il reçut le brevet de lieutenant-colonel lé 22 juillet 1792, et celui de colonel le 7 août suivant. Il se trouvait à Lyon, avec son régiment, à l’époque où la terreur pesait de tout son poids sur cette ville, fit des représentations hardies, devint suspect, fut arrêté et condamné à mort. On le conduisait au supplice, quand ses dragons, réunis et en armes, déclarèrent qu’ils useraient de violence pour l’arracher à la mort, lés représentants du peuple le leur rendirent, et il les conduisit en Italie, où il servit sous Masséna, sous Schérer et sous Bonaparte.

Fait général de brigade, le 5 germinal an m, il se trouva, en l’an iv, à Lodi, soumit CréiX,lfé, concourut à l’enlèvement de ; la redoute de Medolano, et poursuivit vivement Wurmser pendant sa retraite sur le Mincio. Il partagea les fatigues et les dangers de l’armée en l’an v et en l’an vi. Au mois de germinal an vu, à la bataille de Magnano, vprès de Vérone, il fut frappé d’une balle qui lui traversa l’épaule droite. En l’an vin, il se fit remarquer à Marengo, et en l’an x, au combat de Valeggio, il eut un cheval tué sous lui.

Il fut élevé au grade de général de division en l’an xi, et en l’an xn le premier Consul le nomma membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire, puis commandant de l’ordre le 2b prairial.suivant.

Il fit, à la grande armée, les campagnes de l’an xiv, de 1806 à 1807, à la

tête d’une division de dragons, et se distingua au passage du Rhin près de Kehl,.aux combats de Wertingen, d’Ulm, de Ried, de Lambach, à la prise de Steger, aux batailles d’Austerlitz, d’iéna, d’Eylau, à Zehdenich, à Prentzlow, sur la Bjura et à Cznarnowo.

L’Empereur reconnut ses services : il le nomma grand officier de la Légion d’honneur le 10 février 1806, premier chambellan de Madame-Mère, sénateur le 14 août 1807, et comte de l’Empire au mois de mars 1808 ; à Wagram, en 1809, il commandait une division de cavalerie.

Cet officier général adhéra, en 1814, aux actes du sénat qui prononçait la déchéance de Napoléon et le rappel des Bourbons. Louis XVIII, â son arrivée à Paris, le fit pair de France le 4 juin, et chevalier de Saint-Louis le 27 du même mois. Il ne servit point pendant les Cent-Jours et reprit son siège au Luxembourg après la seconde rentrée du roi ; il commandait alors une division de l’armée de Paris.

Comme général, le comte deBeaumont a donné souvent des preuves de bravoure et d’intelligence ; comme pair, et au milieu des excès qui suivirent la Restauration, il ne cessa point de montrer un esprit plein de sagesse et de modération.

Il est mort le 4 février 1830, et a été inhumé dans la même tombe que le prince d’Eckmùhl, dont il avait épousé la sœur, et avec lequel il était lié depuis longtemps de la plus étroite amitié.

Son nom est inscrit sur le monument de la barrière de l’Étoile, côté est.

BEAUMONT (LOUIS-CHRETIEN CARRIERE, baron de)[modifier]

naquit le 24 avril 1771, à Malplaquet (Somme). Soldat au régiment dé dragons de la Reine (6e) le 1er avril 1788, il devint sous-lieutenant au 6" hussards le 23 novembre. 1792, lieutenant et aide-dc-camp du général Dumas les 4

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20 avril et 23 septembre 1793, et servit aux armées du Nord et de la Vendée de 1792 à l’an iv ; il avait gagné son premier grade à l’attaque du camp de Maulde. Nommé adjoint à l’état-major. général de l’armée d’Italie le 1er vendémiaire an v, et capitaine le 14 du même mois, il fit partie de l’expédition d’Irlande et de celle d’Égypte. A la bataille d’A-boukir, il mérita par sa belle conduite le grade de chef d’escadron provisoire, qui lui fut conféré le 27 thermidor an vu, et il devint le même jour aide-de-camp" du général Murât, suivit néanmoins le général Dumas dans la province de Gizeh, et concourut à en chasser les Arabes qu’il poursuivit fort avant dans le désert. De retour en France, un arrêté du premier consul, du 1er floréal an vin, le confirma dans le grade de chef d’escadron. Après avoir pris une part glorieuse à la bataille de Marengo, il - fut élevé au grade de chef de brigade le 27 germinal an îx. Il obtint la croix d’officier de la Légion d’honneur, et, le 12 pluviôse an xm, le commandement du 10e régiment de hussards. Il se fit remarquer à la tête de ce corps pendant la campagne de l’an xiv aux combats de Wertingen et d’Ams-tetten, aux batailles d’Ulm et d’Auster-litz. L’Empereur le nomma général de brigade le 1" nivôse suivant.

A Wertingen, son cheval s’étant élancé au moment d’une charge de cavalerie au milieu d’un régiment de cuirassiers autrichiens, il prit de sa main un capitaine de ce corps et tua plusieurs cavaliers qui cherchaient à dégager leur chef.

Il se trouva aux batailles d’Iéna et d’Eylau. Chargé par Napoléon, le 14 mai 1806, d’arrêter la marche d’un corps ennemi fort de 10,000 hommes qui marchait de Pillau sur Dantzig, il attaqua ce corps, le culbuta, lui enleva son artillerie et lui fit un grand nombre de prisonniers. Le même jour, il reçut sur le champ de bataille la décoration de commandant de la Légion d’honneur. Il commanda à Friedland la cavalerie de réserve du let corps et contribua au succès de cette journée.

Envoyé en Espagne en novembre 1808, il prit part à la bataille d’Uclès et à celle de Medelin où il enfonça avec sa brigade la droite de l’ennemi et lui prit 6,000 hommes.

Le 26 juillet 1809, en avant d’Alca-bon, il tailla en pièces les dragons de Villa-Viciosa ; le lendemain il poursuivit la colonne anglo-espagnole jusqu’à Tavaleira, et à Ocana il fit 4,000 prisonniers. A Santi-Petri, le 5 mars 1811, il arrêta avec 150 chevaux du 1" régiment de dragons la marche de 2 escadrons anglais.

Rappelé à la grande armée, l’Empereur l’attacha au 2e corps de réserve de cavalerie, avec lequel il combattit à Smo-lensk et à la Moskowa. Il se signala, le 4 octobre, dans en engagement en avant de Moscou sur la route de cette ville à Kalouga, à l’attaque du 17 du même mois et pendant toute la durée de la retraite jusqu’à Wilna. Général de division le 4 novembre 1812, il commanda, dans la campagne de 1813, une division de cavalerie légère du 3e, puis du 6e corps, et se distingua aux batailles de Lutzen, de Dresde, de Leipzig et de Hanau.

Il est mort à Metz le 16 décembre 1813. Il était baron de l’Empire ; son,nom est inscrit sur la partie est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

BECKER (LEONARD-NICOLAS)[modifier]

comte de Mons, né à Obernai ou Oberchnhein (Bas-Rhin) le 18 janvier 1770. Il servait dans un régiment de dragons lorsque la révolution arrivant, lui fit franchir rapidement tous les grades inférieurs. Successivement adjudant - général et général de brigade, le général Becker a épousé la sœur de Desaix. Il fut promu au grade de général de division sur le champ de ’bataille d’Austerlitz. Membre de la chambré des représentants dans les Cent-Jours, pair de France en 1819. Fouché savait que le [général Becker avait personnellement à se plaindre de l’Empereur : il lui fit donner la commission, par le gouvernement provisoire, de garder Napoléon à la Malmaison, et de le surveiller. Fouché ne doutait pas de trouver en Becker un cœur aigri et disposé à la vengeance ; on ne pouvait se tromper plus grossièrement. Ce général ne cessa de montrer un respect et un dévouement qui honorent son caractère. Ce fut par lui. que l’Empereur envoya offrir au gouvernement provisoire de mar,-cher comme simple citoyen à la tête des troupes pour, repousser Blùcher et continuer aussitôt sa route.

Napoléon avait comblé Becker de. ses faveurs. On ne sait pas positivement la cause des disgrâces qui suivirent de près ces faveurs. On a prétendu qu’il avait blâmé publiquement le système militaire suivi par Napoléon. Quoi qu’il en soit, on l’exila pendant plusieurs années dans le commandement de Belle-Isle en mer.

Le général Becker quitta Rochefort après que Napoléon se fut fatalement embarqué sur le Bellérophon. Arrêté à Orléans par les Prussiens et conduit à Paris comme prisonnier de guerre, il fut mis immédiatement en liberté. On lui offrit un commandement qu’il refusa.

Arrêté de nouveau à Poitiers, comme il retournait à son château de Mons, il demeura en surveillance jusqu’à la publication de l’ordonnance du 9 septembre 1816. Nommé grand-croix de la Légion d’honneur le 21 mars 1831, il mourut à son château de Mons en novembre 1840.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Etoile, côté sud.

BEDEAU ( MARIE-ALMONSE)[modifier]

né à Ver-ton (Loire-inférieure), le 19 août 18(M. Le général Bedeau entra, à l’âge de 16 ans, à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, et en sortit en 1822, en qualité de sous-lieutenant élève, à l’école d’appli : -cation d’état-major. Il servit successive^ ment dans le 8° de cuirassiers, dans les lanciers de la garde royale, le 2e régiment d’artillerie à cheval et le 13e de ligne. Il était capitaine au 3° régiment d’infanterie légère, lorsqu’il fut déjaché auprès du général Ferrier, dont il devint Taide-de-camp.—Attaché, en cette qualité, aux généraux Gérard et Schramm, il fit, sous leurs ordres, les campagnes de Belgique de 1831 et 1832. Puis, en ! 836, il entra, comme chef de bataillon, dans la légion étrangère, qu’il alla immédiatement rejoindre en Afrique. Là, il ne tarda pas à se distinguer dans toutes les affaires vraiment sérieuses auxquelles son corps prit part. Colonel au 17e léger, il fit partie des deux expéditions de Sétif, 16 et 17 octobre 1838 et mai 1839. Son régiment traversa les Bibans, sous les ordres du duc d’Orléans, et se trouva, un mois après, entre le camp supérieur de Blidah et la Chiffa, au fameux combat à l’arme blanche, contre les réguliers de l’Émir, combat où les caisses des tambours arabes, une pièce de canon, les drapeaux du kalifat d’Abd-el-Kader, quatre cents fusils et trois cents cadavres de fantassins tombèrent en notre pouvoir. Le colonel Bedeau resta momentanément à Cher-chell, dont on venait de s’emparer, et repoussa plusieurs fois avec succès les Arabes qui attaquèrent ses lignes. L’expédition sur le Fondouck, celle de Mé-déah, les combats de l’Affroun,de l’Oued-Ger de l’Oued-Nador et de Mouzaïa, trouvent le jeune colonel toujours plus invincible ; rien ne lasse son courage ni sa patience. Au retour de Médéah, le 20 mai, pendant que nos cavaliers, escortant le convoi, s’engagent dans le bois des Oliviers, Abd-el-Kader fait attaquer avec vigueur le colonel Bedeau, qui attend l’ennemi de sang-froid et marche ensuite sur lui à la baïonnette. Cette arme, si terrible dans les mains.françaises, fait reculer les Arabes, qui jonchent de leurs cadavres le champ de bataille ; et nous laissent en toute liberté traverser le défilé. On voit encore le brave colonel, sous les ordres du général Changarnief, qui dirigeait une expédition dans la vallée du Chélif, commander l’arrière-garde aux combats meurtriers de Gontar et de l’Oued- Adélia, et supporter presque seul le poids de la journée. On le retrouve partout où le danger menace, et le grade de maréchal-de-camp, digne récompense de son infatigable activité, vient encore ranimer son zèle. Fier de cette distinction, il s’efforça de la justifier par de nouveaux et continuels succès qui l’ont fait l’émule des Lamoricière, des Chan-garnier, des Baraguay d’Hilliers, les meilleurs généraux del’arméed’Afrique. Ses razzias adroites et énergiques aux alentours de Tlemcen n’ont,pas peu contribué à ramener le calme dans cette partie de nos possessions. Sa vigilance sut mettre en défaut toutes les ruses des Arabes, et son courage triompha tpu-jours, malgré leur nombre, des ennemis que le fanatisme, la vengeance ou la cupidité lui opposaient. Les dangers qu’il courut àLella-Marghina, dans sa conférence avec les perfides Marocains, et la manière à la fois prudente et digne dont il échappa à cette infâme trahison, peuvent donner une idée du sang-froid qu’il sait déployer dans les grandes circonstances. Assurément, parmi les réputations que nos campagnes d’Afrique ont fait éclore, celle du général Bedeau se distingue comme une des plus solidement fondées et des plus loyalement acquises. La fortune militaire du général Bedeau ne pouvait que s’accroître. Nommé successivement gouverneur de la province de Constantine, puis général de division, il était à Paris en février 1848. Le 24, il se mit à la tête des troupes, et parcourut les rues de Paris, s’efforçant d’y rétablir l’ordre. Les premiers régiments qui défilèrent sur les boulevards, la crosse en l’air, étaient guidés par lui. Il commandait les chasseurs d’Orléans au moment de l’attaque du poste de l’allée Gabrielle. Dangereusement blessé aux fatales journées de Juin, il fut l’objet des plus vives inquiétudes. M. le généralBedeau a été envoyé à l’Assemblée nationale constituante. Il siège aujourd’hui à l’Assemblée législative.

BELLAVÈNE (JACQUES-NICOLAS, baron)[modifier]

né à Verdun (Meuse), le 20 octobre 1770. Entré comme simple soldat dans le 2" régiment de cavalerie, le 24 mars 1791, il devint sous-lieutenant, le 10 mai 1792, et officier d’ordonnance de son régiment à l’état-major de l’armée du Rhin. Il fut fait aide-de-camp, le 19 mai 1793, et le même jour, dans une cjiarge exécutée par le 2° régiment, il enleva à l’ennemi / caissons et ramena prisonnier le colonel, comte Klénau.

On le nomma adjoint à l’état-major général, le 29 vendémiaire an n. Dans la nuit du 12 au 13 frimaire, ayant reconnu, pendant une visite aux avant-postes, que l’armée autrichienne, défaite à Niederbronn, évacuait Haguenau, il marcha sur cette place à la tête de 50 dragons, surprit le poste qui gardait la barrière, entra dans la ville, fit cesser le pillage auquel se livrait l’ennemi et lui fit 400 prisonniers.

Nommé en récompense de cette action, adjudant-général chef de bataillon, le 23 germinal suivant, il fut chargé,- le 4 prairial, avec 2 escadrons de chasseurs, de tourner les positions de Neu-

BEL ( J holfen qu’occupaient 1,500 Bavarois ; il les força à se retirer et leur fit 200 prisonniers. Promu adjudant-général colonel provisoire, le 3 messidor de la même année, il passa au blocus de Mayence. Là, dans la nuit du 25 au 26 brumaire an in, il enleva 600 hommes du corps connu sous le nom de Manteaux-Rouges, qui étaient à Weissenau ; ce poste ayant, été occupé de nouveau le 26, il le surprit pendant la nuit suivante et lui fit 400 prisonniers.

Confirmé dans son grade d’adjudant-général colonel, le 25 prairial an m, il fit partie de la commission c^réée par le général Moreau pour préparer un projet de passage du Rhin. Ce projet, remis au général au mois de prairial an iv, eut son approbation, et le passage s’effectua le 6 messidor. Le même jour, le général en chef, Moreau, le nomma général de brigade.

Le 17, à la bataille de Rastadt, la division du général Sainte-Suzanne se trouvant compromise, Bellavène s’engagea pour la soutenir avec sa demi-brigade de cavalerie, et fut atteint d’un boulet qui lui emporta une jambe et le renversa de cheval. Le gouvernement confirma le 22 sa nomination provisoire au grade de général de brigade.

Employé au cabinet topographique du gouvernement, il reçut, le 5 pluviôse an v, un commandement dans la 3e division militaire, et le conserva jusqu’au lor germinal an vu.

Nommé inspecteur aux revues le 8 pluviôse an vin, il fut rappelé au commandement de la 4e division militaire pendant la tenue du congrès de Lunéville.

Le 19 ventôse an xi, le premier Consul lui confia l’organisation, le commandement et la direction des études de l’école de Saint-Cyr, avec la mission d’in-pecteur du Prytanée militaire ; il le nomma, en l’an xu, membre de la Légion d’honneur, le 19 frimaire, et commandant de l’Ordre le 25 prairial.

L’Empereur le fit général de division, le 4 octobre 1807, lui conféra, en 1808, le titre de baron, et le nomma inspecteur général des écoles militaires, le 1" juillet 1812.

En 1814, le Roi lui donna, le 8 juillet, la croix de Saint-Louis ; mais, le 2 août, il lui enleva son inspection et le mit en demi-solde le 1." janvier 1815. •

Napoléon, à son retour de l’île d’Elbe, le rétablit dans ses fonctions. Bellavène se montra reconnaissant et fit don au gouvernement d’une somme de 4,000 fr. pour servir à l’équipement des gardes nationales. Le Dictionnaire des Généraux français a conservé de lui un trait qui fait honneur à son caractère, et que nous nous empressons de consigner ici :

« Lorsque les troupes alliées arrivèrent dans les environs de Paris, un officier et six soldats prussiens se logèrent à Saint-Cyr ; bientôt une troupe nombreuse de fédérés se présenta devant cet établissement, demandant que les Prussiens lui fussent livrés, et voulant aussi enlever les armes et emmener les élèves. Le général Bellavène, après avoir fait mettre les sept étrangers en lieu de sûreté, se présenta seul aux fédérés, et leur déclara que, devant compte des armes au ministre, des élèves à leurs parents, de ses hôtes à l’honneur, il était résolu à ne livrer ni les uns ni les autres. Cette fermeté imposa aux fédérés, qui renoncèrent à leur entreprise. »

Louis XVIII, revenu à Paris, l’admit à la retraite le 27 septembre 1815. Il se retira à Milly, petite ville. du département de Seine-et-Oise, où il mourut le 8 février 1826.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté est.

== BELLEGARDE (FRÉDÉRIC, comte de) == feld-maréchal autrichien, né en 1753, à Chambéry, en Savoie, mort à Vienne le 4 janvier 1830, descendait d’une des plus anciennes familles de là Savoie. Eri-tré de bonne heure auservice d’Autriche, il fit les.campagnes dé 1793 à 1795 avec une telle distinction, qu’en 1796 oh,lûi conféra lé grade de feld-maréchal-iieute-nânt. L’année suivante ; il conclut avec Bonaparte l’armistice de Léobeii, et, en 1799, fut investi du commandement du côrp"s d’armée chargé de maintenir les communicatioris^entre Soiiwaroff et l’archiduc Charles. À l’issue de la campagne d’Italie j en 1800, il fut appelé à une des premières places du conseil aulique de guerre ; qu’il présida en 1805 après le départ de l’archiduc Charles. Au mois de juillet de la même année il fut nommé commandant général des États vénitiens, et-, en 1806, feld-niaréchal et gouverneur civil et militaire de la Gallicie, puis gouverneur de l’archiduc, héritier du trône. Pendant la campagne de 1809, il commanda en Bohême le premier et le second corps, et se sighala par sa bravoure aux batailles d’Asperri et dé Wa-gram. Lors de la paix de Vienne, il fut de ’ nouveau ’ nommé gouverneur de la Gallicie, fonction qu’il remplit jusqu’en 1813, époque à laquelle il fut appelé encore une fois au conseil aulique dé guerre. Peu de temps après, il fut envoyé à l’armée d’Italie, et s’avança jusqu’à Plaisance, où il conclut un armistice, le 16 avril, avec le vice-roi Eugène. Nommé alors gouverneur général des provinces italiennes que le sort des armes avait fait rentrer sous la domination autrichienne, il gagna l’estime des populations par la douceur de son administration. En 1815, il combattit Murât sur les rives du Pô, h Occhiobello et à Ferrare, refusa l’armistice proposé- par le chef d’état-major de l’armée napolitaine ; et après la défaite de Murât, continua d’administrer le Milanais avec la même sagesse. En 1816 l’archiduc Antoine ayant été nommé vice - roi du royaume lonibàrdo - vénitien, et lé comte de Saurau, gouverneur de la Lbmbardie, le maréchal Bellegarde vint peridaiit quelque temps habiter Paris. Rappelé plus tard à la présidence du conseil aulique de guerre ; il continua de’ rehiplirces fonctions jusqu’en 1825 ; mais alors là faiblesse de sa vue l’obligea de donner sa démission.

BELLIARD (AUGUSTIN-DANIEL, comte)[modifier]

Lieuteiiant-géiléral des armées’", pair de France, ambassadëur,etc., lié àFontenay-le-Comte (Vendée), le25 mars 1769.—Ce nom est un de ceux dont l’illustration appartient tout entière à la révolution de 1789". Issu d’une famille obscure, Belliard faisait Ses études dans Une petite ville du Poitou, lorsqu’éclatèrent les grands événements qui allaient changer les destinées de la France. L’enfant du peuple s’élança dés bans de l’école, courut sous les drapeaux et figura magnifiquement pendant vingt ans sur tous les grands théâtres de notre gloire. Jamais carrière ne s’ouvrit sous de plus beaux auspices. Engagé volontaire eh 1791, il s’essaya aux combats dans les grandes journées de Grand-Pré, Sainte - Menehould, Jemmàpes et Nerwinde, où il servit comme aide-de-camp de Dumouriez. Placé, à Jemma-pes, à la tête des hussards de Berchini, il enleva successivement plusieurs redoutes ennemies, et conquit sur le champ de bataille le grade d’adjudant-général. Mais ce début faillit être fatal à sa fortune militaire. Compromis par la défection de Dumouriez, Belliard fut arrêté après le départ de ce général, transféré à Paris et cassé. Sans doute, les sévérités révolutionnaires ne se seraient pas bornées à une destitution, si le jeune adjudant-général n’eût immédiatement de-

BEL ( ! mandé à servir son pays comme volontaire. Il entra j en elïet, dans le 3" régiment dé chasseurs, et fit tout une campagne conime simple soldat. Cet acte d’abnégation patriotique le réhabilita dans l’estime du pouvoir ombrageux qui l’avait frappé pour un crime qui n’était’ pas le sien ; il fut réintégré dans son grade et placé sous lés ordres du pacificateur de la Vendée, le célèbre Hoche, qui le compta bientôt au nombre de ses plus braves et plus habiles officiers. Depuis ce moment, sous la République comme soùs l’Empire, la vie de Belliard ne fut qu’une succession continuelle des plus brillants faits d’armes. Par une faveur providentielle de sa destinée, il prit part à toutes les grandes guerres, combattit sur tous, les champs de bataille, partagea tous les revers et tous les triomphes de là France. En 1776, il fit sous Bonaparte l’immortelle campagne d’Italie, et se couvrit de gloire à Castiglione, à Vérone, à Caldiéro, à Arcole, à Saint-Georges, au passage du Larvis, à New-Marck, à Brixen, à Tramen, etc. A Arcole, il eut deux chevaux tués sous lui et fut nommé général de brigade ; à tramen, il mit en pleine déroute le corps autrichiendeLandon ; partout il déploya une intrépidité et uiie intelligence qui lui méritèrent les applaudissements de l’armée et les suffrages de Bonaparte. En 1798, il contribua, sous Championnet, à la conquête de Naples, de la Sicile et des États de l’Église. — Ici commence la carrière diplomatique de Belliard. Envoyé extraordinaire près du gouvernement napolitain, il sut, par l’autorité de son nom, maintenir les conquêtes de son épée. Lors de la révolte de-Rome contre les troupes françaises, son attitude énergique empêcha Ferdinand de franchir la frontière pour appuyer l’insurrection.— Il accompagna Bonaparte en Égypte, contribua, en passant, à la prise de Malte, décida celle d’Alexandrie, comr battit héroïquement aux Pyramides, où, à la tête d’un carré d’infanterie, il eut la gloire de recevoir la première charge des Mamelucks ; àBanou,’où, avec cinq cents hommes il détruisit cinq mille Mec-quais, Mamelucks ou Arabes ; . à Sapht-Rachin, où soutenu par deux bataillons seulement, il défit plusieurs milliers de révoltés, et contraignit Mourad-Bey à demander la paix. C’est Belliard qui, le premier, franchit les limites de l’empire romain, pénétra en Abyssinie, et porta la gloire de nos armes jusqu’en Calafché. Il remporta avec Desaix la victoire d’Hé-liopolis, et marcha avec douze cents hommes contre l’armée ottomane qu’il chassa de Damiette. — Assiégé dans le Caire par les forces combinées’ des Anglais, des Turcs etdes Mamelucks, assailli par terre et par mer, aux prises avec une population nombreuse et fanatique, il obtint, par son énergie, une capitulation honorable, et ramena en France les troupes placées sous ses ordres. Rentré en Europe, il commanda en Belgique où il laissa une grande réputation de justice et de loyauté. En 1805 et 1806, il prit une large part aux campagnes d’Allemagne et de Prusse, en qualité de chef d’É-tat-major de Murât, contribua puissamment à la victoire d’Ulm, et s’immortalisa à Austerlitz, à Iéna, à Erfurth, à Lu-beck, à Heiberg, à Hoff, à’Ëylau et à ’ Friédlahd. Employé ensuite à l’armée d’Espagne, il fut’nommé gouverneur de Madrid, dont, après la désastreuse bataille de Talavera, il apaisa l’insurrection en se jetant seul au milieu de la population soulevée. Aussi humain que’brave, Belliardeut’lecourage de suspendre, malgré les ordres réitérés de Napoléon, l’exécution du marquis de Saint-Simon, et de laisser àlapiété de sa fille le temps d’obtenir la grâce de son père. Devenu major général du roi Joseph, il dirigea toutes les opérations des divers points de l’armée péninsulaire, et commanda ensuite l’armée du centre. En 1812, il lit la mémorable campagne de Russie, et combattit "Witepsk, à Smolensk, à Mojaïsk,.avec sa valeur accoutumée. C’est lui, qui, après la retraite de Moscou, ralliait réorganisa, en Russie, la cavalerie française. Dangereusement blessé à Leipzig, il continua la lutte, eut deux chevaux tués sous lui à Hanau, et rentra à Mayence avec les glorieux, débris de l’armée. — Grandissant "au milieu des dangers de la patrie, Belliard combattit en héros sur le’ sol envahi de la France. Tour à tour major-général de l’armée, et commandant en.chef de la cavalerie, il disputa pied à pied le terrain aux alliés, et resta jusqu’au dernier moment fidèle à la France et à l’Empereur : il ne quitta Fontainebleau qu’après le départ de Napoléon pour l’île d’Elbe.

La renommée de Belliard était trop éclatante pour que la Restauration ne crût pas devoir la rattacher à sa cause. Louis XVIII le nomma pair de France, chevalier de Saint-Louis, et, après le débarquement de l’île d’Elbe, major général de l’armée que le duc de Berri devait opposer à Napoléon. Fidèle à ses nouveaux devoirs, Belliard accompagna, la famille royale jusqu’à Beauvais, et ne rentra à Paris que sur l’ordre exprès de Louis XVIII.

Affranchi de ses engagements, il accepta de Napoléon une mission auprès de Murât ; mais quand il arriva à Naplcs, la ruine de ce prince était consommée. Rentré à Paris, il prit le commandement de l’armée de la Moselle, et se battit une fois encore pour l’indépendance de son pays. Après la seconde abdication de Napoléon, il fut dépouillé de son titre de pair de France et jeté dans un cachot où il languit six mois, sans pouvoir obtenir des juges. Cependant, en 1822, cet

homme dont.le sang avait coulé dans cent combats fut réintégré dans ses dignités.

Après la révolution de Juillet, le nouveau gouvernement le chargea d’aller notifier au cabinet de "Vienne l’avéne-ment de Louis-Philippe. Il fut ensuite nommé ambassadeur de France en Belgique, et son intervention personnelle sauva Anvers prêt à succomber sous le canon des Hollandais. Le 28 janvier 1832, il tomba frappé d’une attaque d’apoplexie foudroyante, au moment où il sortait du palais de Léopold. Bon, intègre, juste et affable, la mort de Belliard ne fut pas moins un sujet de deuil pour la Belgique que pour la France.

Ses dépouilles mortelles furent transportées à Paris et déposées au cimetière du Père Lachaise, le 1-4 mars de la même année.

Son nom est inscrit à l’arc de triomphe de l’Étoile, côté sud.

BENCKENDORFF (ALEXANDRE, comte de)[modifier]

général en chef de cavalerie russe, aide-de-camp général, de l’Empereur, commandant de son quartier général, sénateur, etc., décoré de tous les ordres.

Issu d’une famille noble et illustre de Livonie, il naquit en 1783, dans l’un des châteaux de la résidence impériale, aux environs de Pétersbourg. Son père, général au service de Russie, et sa mère, née baronne de Schilling, firent sa première éducation. A 45 ans, il entra comme sous-officier dans la garde impé-périale, devint aide-de-camp de l’empereur Paul Ier ; chargé de plusieurs missions, il s’en acquitta avec talent, se battit courageusement contre les Turcs et se distingua aux différentes batailles qui furent livrées aux Français, et notamment à Eylau et à Ostrolenska. Après la paix de Tilsitt, il alla de nouveau se battre contre les Turcs et battit un corps d’armée avec un seul régiment BEL ( 56 )

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de.lanciers. Dans la campagne de 1812, il commandait, le 8 août, l’avant-garde du général Wintzengerode, et fut promu. à cette occasion au grade de général major. Pendant la retraite, il commandait l’arrière-garde.

En 1813, à la tête d’un détachement isolé, entre Francfort-sur-l’Oder et Berlin, il battit un régiment français et lui fit 800 prisonniers dont 48 officiers. Le comte, de Benckendorff déploya, dans toutes les affaires qui suivirent, une brillante intrépidité et un véritable talent ; il se distingua surtout à Grosbern, à Leipzig, dans son expédition, de Hollande, à Epernay, à Craonne et à Laon.

Après la paix de 1815, il fut nommé au commandement de la deuxième division de dragons ; en 1819, chef d’état-major de la garde impériale et aide-de-camp général de l’Empereur ; en 1821, il obtint le grade de lieutenant-général et le commandement de la première division de cuirassiers.

Pendant le.désastre de Pétersbourg,’ en 1824, il montra le plus grand dévouement et une abnégation qui lui méritèrent l’estime de la nation russe. — II se distingua encore lors de l’émeute du 26 décembre 1825 ; et, pendant la campagne contre la Turquie, il^coopéra au siège de la forteresse de Schoùmla et de Varna ; l’année suivante, il fut nommé général en chef de cavalerie, et en 1831 appelé à siéger au conseil des ministres.

En 1832, l’Empereur lui conféra le titre de comte de l’Empire, et, en 1834, de chevalier de l’ordre de Saint-André, premier ordre de l’empire.,

Pendant une cruelle maladie qu’il fit,’ on entendit l’Empereur répéter plusieurs fois, à son chevet, cette parole honorable : « cet homme ne m’a jamais brouillé avec personne et m’a réconcilié avec bien du monde. »

BENNINGSEN (le comte BAUTEIN-LE-VIN-AUGUSTE-THEOPHILE de)[modifier]

est né dans le pays d’Hanovre, en 1745 ; il entra de bonne heure au service russe, y fut nommé commandant du régiment de cavalerie légère d’Isuni, brigadier des armées et général de cavalerie ; il obtint ensuite le gouvernement du grand duché de Lithuanie. Il servit en 1794, dans la guerre de la Russie contre la Pologne, y acquit de la réputation et reçut, en octobre de la même année, l’ordre de Saint-Georges de troisième classe et une épée. 11 fut décoré peu après de l’ordre de Sainte Alexandre de Newski. Tombé dans la disgrâce de Paul I", le comte de Ben-ningsen avait été congédié du service ; ilallaitquitter Saint-Pétersbourg, lorsque la mort de ce prince (1801) et l’avéne-ment d’Alexandre, le décidèrent à rentrer dans la carrière. Appelé au gouvernement de la Lithuanie, il vint se fixer à Wilna et y demeura jusqu’au commencement de la campagne contre les Français (1805) ; ,chargé d’un commandement, il ne put arriver à temps à Au-sterlitz, retourna en Russie, fut employé l’année suivante en Pologne, et, après d’inutiles efforts pour couvrir Varsovie, se vit contraint de l’abandonner.

Le général Kamenskoi ayant été rappelé, Benningsen fut nommé général en chef de l’armée russe et dirigea les opérations de cette armée à Pullusk et à Prussich-Eylau ; après cette seconde affaire, il reçut l’ordre de.Saint-Georges, deuxième classé. Il commandait les troupes russes à la bataille de Friedland, et fut présenté à Napoléon par l’empereur de Russie à la suite de l’entrevue de Tilsitt. Il quitta alors leservice.

En 1813, lorsqu’une coalition plus redoutable se réunit. contre Napoléon, le commandement de l’armée russe fut confié de nouveau à Benningsen. Le mare-, chai prince d’Eckmûlh s’étant renfermé dans Hambourg, avec des forces considérables, le général russe qui dirigeait les opérations de l’aile droite des alliés, s’approcha de Hambourg et en forma le blocus, mais il lui fut impossible de forcer le général français à capituler. Da-voût resta dans Hambourg jusqu’après l’entrée de Louis XVIII à Paris. Benning-sen put alors occuper cette ville et fut décoré de l’ordre de Saint-Georges, première classe, eh récompense de cette occupation.

Nommé général en chef d’une puis-saute armée sûr les frontières de la Turquie, il fut rappelé eh Pologne et à Berlin pendant les Cent-Jours, et retourna ensuite à son gouvernement du sud de la Russie. Il se trouvait â Tulzin, près de Hambourg en mai 1816 et y reçut du roi de France la grand’croix de la Légion d’honneur.

Le comte deBenningsen est mort dans sa terre de Bauteih, en Hanovre, le 3 octobre 1826, âgé de 81 ans :

L’OSTËNDE (GREGOIRE)[modifier]

né le 8 juillet 1786, à fieiguefort, près d’Isle (Haute-Vienne), sortit de l’école militaire de Fontainebleau en mars 1806, pour rejoindre, comme sous-lieutenant ; le 75e de ligne, à l’armée des côtes de l’Océan. Fait prisonnier avec le corps du général Dupont, à la suite de la funeste capitulation de Bàylen ; en juillet 1808, il fut conduit sur les prisons flottantes, en rade de-Cadix.

Dans la nuit du 5 juin 1809, il parvint à s’échapper àla nage du ponton la Vieille-Castille, avec uh de ses compagnons d’infortune, et à gagner, à l’aide d’un canot, la côte de Tanger, où il se mit sous la protection du consul français.

Quelques mois après, à la nouvelle de la marche du duc de Bellune sur Cadix, le-lieutenant Lostende, secondé par quelques Français réfugiés comme lui dans le

Maroc*, arma, un petit bâtiment, traversa en plein jour le détroit de Gibraltar, en ’ vue de la flotte anglaise, débarqua au cap Trafalgar, et alla rejoindre l’armée fran çaise.

Après la campagne de Russie, qu’il fit comme capitaine au régiment d’Illyrie, il reçut la croix de légionnaire des mains de l’Empereur, à Dresde, le 22 juillet 1813jet devint àide-de-camp du général Guilleminot. Grièvement blessé d’un coup de baïonnette dans l’aine, à Ho-cheiijj s’oii’s Mâyehce, pendant la retraite, le 9 novembre, il tomba au pouvoir des Autrichiens, et rie rentra des prisons de Hongrie qu’en juin 1814 A Waterloo, il combattait avec son général dans, les rangs, du 2e corps commandé par Jérôme Bonaparte.

A l’ouverture delà campagne de 1823, en Espagne, il suivit le général Guilleminot major général de l’armée et obtint le gradé de chef de bataillon avec la croix d’officier.

En 182Ï, il accompagna le général Guilleminot dans son ambassade à Cons-tantinople.

En 1828, il prit part, comme volontaire, à l’expédition de Morée et rentra en France avec le général Guilleminot, en septembre 1831.

En 1834, il assista aux manœuvres de l’armée sarde, comme chef d’état-major de la 19e division, et fut envoyé à Londres en 1837, comme membre d’une commission créée pour la révision du Code pénal militaire : il reçût la croix de Commandeur à son retour.

Maréchal de camp de la promotion’ du 27 février 1841, M. de Lostende fut employé depuis lors à Poitiers, au camp de Compiègne, à Mâcon et à Chalon-sur-Saône. Admis à la retraite en septembre 1848, il mourut à Mâcon, le 12 avril 18-49, âgé de 63 ans.

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BERGE (FRANÇOIS-BEAUDIRE, baron)[modifier]

né à Collioure (Pyrénées-Orientales), le 11 mars 1779. Entré à l’École polytechnique le 17 brumaire an III, il passa, le 18 brumaire an V, élève sous-lieutenant à celle d’artillerie de Metz, d’où il sortit, le 13 floréal suivant, avec le grade de lieutenant en second, et alla rejoindre là portion du 1er régiment d’artillerie qui faisait partie de l’armée d’Angleterre.

Détaché à l’état-major de l’armée d’Orient il fit les campagnes d’Égypte et de Syrie, assista à la prise de Malte, à celle d’Alexandrie, au combat de Chebreiss ; aux batailles des Pyramides, d’Abbukir et d’Alexandrie, aux sièges de Jaffa, de Saint-Jean-d’Acre et du Caire.

Capitaine de 3e classe le 4e jour complémentaire an VII, il fut promu le 27 floréal an VIII à la 21 classe de son grade dans le 4e régiment d’artillerie à pied, et remplit les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Songis jusqu’au mois de brumaire an X.

Passé dans l’artillerie de la garde consulaire le 15 nivose de cette année, ii continua néanmoins son service d’aide-de-camp auprès de son général, appelé à la même daté au commandement de l’artillerie de cette garde.

Le 6 brumaire an XII, le pretnier Consul le nomma chef de bataillon, sous-directeur d’artillerie à la Guadeloupe ; mais sur les instances du général Songis, alors premier inspecteur d’artillerie, il continua de servir sous ses ordres et fit avec lui les campagnes des ans XII et XIII à l’armée des côtes de l’Océan. Il y reçut, le 25 prairial an XII, la décoration de la Légion d’honneur et celle d’officier de l’ordre.

Il fit avec la grande armée les guerres d’Allemagne, de Prusse et de Pologne, de l’an XIV à 1807, et se trouva aux combats livrés sons les murs d’Ulm les 23, 24 et 25 vendémiaire an XIV, aux batailles d’Austerlitz, d’Iéna et d’Eylau.

Major le 21 mars 1806, et colonel le 30 août 1808, il passa à l’armée d’Espagne le 24 novembre comme chef d’état-major de son armée, et prit, le 28 décembre le commandement du 5e régiment d’artillerie à cheval. Il combattit à Talavera de la Ëeina, où il fut blessé d’un coup de feu au côté droit, à Altrionacid et à Ocafia les 28 juillet, 11 août et 18 novembre 1809, et au passage de la Sierra-Morena le 20 janvier 1810.

Nommé chevalier de l’Empire le 15 août suivant, il eut le bras traversé d’une balle au combat d’Albuféra, le 16 mai 1811, et à celui de Santa-Martha-de Villaiba ; le 15 juin même année ; il mérita la croix de commandant de la Légion d’honneur, qui lui fut décernée le 6 août suivant. Placé à la tête de l’artillerie de l’armée du midi de l’Espagne le 3 avril 1813, il reçut le 26 mai le grade de général de brigade, et prit une part glorieuse à toutes les affaires qui précédèrent et suivirent l’évacuation de la Péninsule. A la fin de cette dernière campagne, il reçut le titre de baron de l’Empire ; mais il ne prit qu’une faible part aux événements politiques et militaires de 1814.

Chevalier de Saint-Louis le 20 août de cette année, et nommé membre de la commission chargée de déterminer le classement des places de guerre, ainsi que les travaux d’amélioration qu’elles pouvaient exiger, il fut attaché dans le mois de mars 1815 à l’état-major du duc d’Angoulême. Après le départ de ce prince, il se rendit dans la capitale, où il reçut le 6 juin le commandement de l’artillerie du corps de cavalerie placé sous les ordres du maréchal Grouchy.

En 1816, il commandait l’École royale d’application à Metz. Nommé le 14 décembre 1822 commandant supérieur des troupes et du matériel de l’artillerie, de la direction de Perpignan et du 4e corps de l’armée des Pyrénées, il fit, en cette qualité, la campagne d’Espagne de 1823. Cette campagne lui valut, le 3 octobre suivant, le brevet de lieutenant-général, et le 23 novembre la plaque de 4e classe de l’ordre de Saint-Ferdinand d’Espagne.

Nommé membre du comité consultatif de son arme le 22 décembre 1824, et grand officier de la Légion d’honneur le 3 novembre 1827, il fut mis en disponibilité le 8 septembre 1830.

Replacé provisoirement sur le cadre du comité d’artillerie le 1er juillet 1831, il est mort à Paris le 18 avril 1832.

Son nom est inscrit sur le côté de l’arc de triomphe de l’Étoile.

BERNADOTTE (JEAN-BAPTISTE-JULES)[modifier]

fils d’un jurisconsulte, naquit à Pau, en Béarn, le 26 janvier 1764. Après avoir reçu une éducation soignée sous les yeux de son père, il embrassa par goût la carrière militaire en 1780. Lorsque la Révolution éclata, il avait le grade de sergent, mais il ne tarda pas à arriver aux plus hautes dignités militaires à une époque où le courage et le talent étaient les seules conditions d’avancement. En 1794, il était général de division, et se couvrit de gloire à la journée de Fleurus. Le passage qu’il opéra sur le Rhin, près de Weuwied, en 1793, les avantages qu’il remporta sur l’ennemi, près de Lahn, en 1796, le blocus de Mayence, le combat de Neuhoff, le passage de la Rednitz, la prise d’Altorf et de Neumark. la défaite du général Cray sur le Mein, établirent d’une manière inébranlable sa réputation militaire.

En quittant l’armée du Rhin, le général Bernadotte conduisit des renforts à l’armée d’Italie, et fut chargé par Bonaparte du siège de Gradiska. Après la victoire de Rivoli, il reçut la mission de porter au Directoire les trophées de cette brillante journée.

Après le 18 fructidor, Bernadotte obtint le commandement de Marseille ; mais les troubles de cette partie de la France et la répugnance qu’il éprouvait pour les mesures violentes, le firent renoncer à ce poste. Il retourna à l’année d’Italie.

A la suite du traité de Campo-Formio, Bernadotte fut envoyé à Vienne, en qualité d’ambassadeur ; une émeute provoquée par l’apparition du drapeau tricolore sur l’hôtel de l’ambassade, le détermina à quitter l’Autriche : il se rendit à Rastadt et de là à Paris.

Chargé du commandement de l’armée d’observation, en 1799, il reçut ordre de passer le Rhin pour bloquer Philisbourg ; mais les revers des Français en Italie et en Allemagne le forcèrent à renoncer à ce projet.

Nommé alors ministre de la guerre, il chercha à ranimer le zèle de nos armées par des mesures vigoureuses ; mais à tort ou à raison, on" lui attribue plusieurs fautes qui excitèrent le mécontentement et le forcèrent à donner sa démission peu de temps avant le 18 brumaire ; il se retira alors à la campagne, se prononça contre le coup d’État de Bonaparte, et le refroidissement qui s’opéra à cette époque entre ces deux généraux alla toujours en augmentant. NéanmoinsBernadotte entra au conseil d’État etacceptale commandement de l’armée de l’Ouest, où il étouffa les derniers germes de la guerre civile.

Après la paix de Lunéville, il fut nommé ambassadeur aux États-Unis ; mais la reprise des hostilités l’empêcha de se rendre à son poste.

En 1804, on l’envoya en Hanovre comme gouverneur général, et il reçut le bâton de maréchal lors de la première création.

En 1805, Bernadotte contribua puissamment à la reddition d’Ulm en tournant l’armée autrichienne. A Austerlitz, il commanda le centre de l’armée française qui résista au choc désespéré des Russes., En 1806, le 5^juin, le maréchal Bernadette fut créé prince de Ponte-Corvo. Cette même année, dans la campagne de Prusse, il commanda le 1er corps ; àléna, sa conduite fut telle que l’Empereur avait signé l’ordre de le faire traduire devant un conseil de guerre ; il avait manqué de faire perdre la bataille. Ce fut lui qui poursuivit Blucher, le força de capituler et s’empara de Lubeck, où le carnage fut horrible malgré les efforts des généraux pour l’arrêter. Bernadotte eut, en cette occasion, les plus grands égards pour ce qui restait d’habitants à Lubeck et surtout pour les prisonniers suédois.

Au commencement de 1807, il livra, le 27 janvier, le sanglant combat de Noh-rungen. Une blessure qu’il reçut à Span-den, le 5 juin, l’empêcha de prendre part à la bataille de Friedland. Après Ja paix de Tilsitt, il commanda, jusqu’en 1809, l’année d’occupation de l’Allemagne septentrionale.

A la rupture entre la France et l’Autriche, il prit le commandement de l’armée saxonne. A Wagram, après avoir défendu pendant plus de deux heures le village de ce nom, dévoré par les flammes, il envoya demander du secours au général Dupas ; celui-ci refusa, se fondant sur des ordres supérieurs ; alorsBer-nàdotte fit tous ses efforts pour sauver le reste de ses braves, et se rendit au quartier général de Napoléon pour se plaindre et donner sa démission. Il se retira à Paris, sortit un instant de son repos pour repousser les Anglais à Wâlcheren, et reçut, en 1810, la nouvelle de son élévation au. rang de prince héréditaire de Suède. La seule condition qu’on lui imposa fut d’abjurer la religion catholique

pour la réformée. Eugène s’y était refusé, sa femme, princesse de Bavière, n’aurait pu s’en consoler. Bernadotte abjura le 20 octobre, il débarqua à Helsingborg, et le 31 suivant, il fut présenté aux États ; le 5 novembre, adopté par le roi Charles XIII, il prit les noms de Charles-Jeari et dès 1811, pendant la maladie de son père adoptif, il commença à diriger les affaires du royaume.. En 1812, il provoqua le décret qui ouvrit les ports de la Suède au commerce de tou tes les nations. Cette même année, il tint un moment en ses mains les destinées du monde : Avant que Napoléon eût atteint Moscou, il pouvait reprendre là Finlande et marcher sur Pétersbourg ; mais il céda à des ressentiments personnels ; il "sacrifia sa nouvelle patrie et l’ancienne, sa propre gloire, la cause des peuples et le sort du monde. En 1813 (juillet), il se joignit à la coalition contre la France,-non sans avoir tenté tous les moyens d’éclairer Napoléon sur les dangers de sa situation ; il prit le commandement de l’armée alliée du nord de l’Allemagne, se signala aux journées de Gros-Beeren et de Dennë-witz, contribua, par une marche savante, à la victoire de Leipzig, puis descendit l’Elbe, s’empara de Lubeck et se dirigea vers le Holstein, où il força le roi de Danemark à signer, le 14 janvier 1814, la-paix de Kiel, en vertu de laquelle la Nor-wège fut cédée à la Suède. Il s’avança. ensuite lentement vers la France à la tète de son armée et gagna assez de temps" pour que la nouvelle de la paix de Paris le dispensât -de passer le Rhin. Il avait protesté hautement contre l’invasion du territoire français, et accusa les alliés de manquer à la foi promise. En 1815, il refusa formellement d’entrer dans la seconde coalition contre Napoléon.

Le 5 février 1818, à la mort de Charles XIII, il monta sur le trône de Suède et gouverna ce pays avec modération et sagesse.

Bernadotte (Charles XIV) est mort le 8 mars 1844.

BERNARD (SIMON, baron)[modifier]

général du génie, né à Dôle, le 28 avril 4779, de ’ parents pauvres ; il fut élevé par des religieux et admis à l’école d’application d’artillerie, à Metz, a l’âge’de 17 ans. Il sortit le secpnd dans la promotion du génie, en 1797. Il fit sesjpremières armes à l’armée du Rhin et y gagna bientôt les épaulettes de capitaine (22 mars 1800).

L’Empereur parle du général Bernard dans le Mémorial de Sainte-Hélène dans les termes suivants : « Dans un des voyages que Napoléon fit pour inspecter les travaux d’Anvers, il se trouva un jour aux prises sur le métier, avec un capitaine du génie qui, modestement et obscurément, concourait aux fortifications de la place. A quelque temps de là, cet officier reçut inopinément une lettre d’avancement, sa nomination d’aide-de-camp. de l’Empereur, et l’ordre de se rendre en service ’aux Tuileries. Le pauvre officier crut rêver ou ne douta pas qu’on ne se fût trompé. Ses mœurs étaient si innocentes et ses relations si restreintes, qu’il alla confier à M. de Las-Casas toute son ignorance de la cour et son extrême embarras d’y paraître. Mais il était facile de le çassurer ; il y entrait par la belle porte et s’y présentait avec un bon fond. Cet officier est le général Bernard, dont cette circonstance mit les talents au grand jour, et qui lors de nos catastrophes, a été recueilli par les États-Unis, qui l’ont placé à la tête de leurs travaux militaires. »

A la nouvelle de la révolution de Juillet, le général Bernard revint en France, devint aide-de7camp du Roi, lieutenant-général du génie (1831). Mi-

nistre de la guerre, du 10 novembre 1834 au 18 décembre de la même année ; il reprit ce portefeuille du 19 septembre 1836 au 31 mars 1839 ; fit paraître les ordonnances des 20 et 25 décembre 1837 sur les services de marche, de la solde et des revues, et du 16 mars 1838 sur l’avancement.

Il mourut en 1839, âgé de 60 ans.

Le gouvernement des États-Unis, en apprenant cette mort, ordonna un deuil de 30 jours à tous les officiers de l’armée.

BERRUYER (JEAN-FRANÇOIS)[modifier]

né à Lyon, le 6 janvier 1737, d’une famille de négociants honorables, s’enrôla comme volontaire dans le régiment d’infanterie d’Aumont, en 1753. Nommé sergent en 1736, il fit la campagne de Minorque, assista au siège de Mahon, et combattit avec distinction en Allemagne pendant la guerre de Sept-Ans. Il se signala d’abord en 1761, à la tête d’un détachement de soixante hommes, en arrêtant une colonne ennemie dans un défilé, où il reçut six coups de sabre et un coup de feu. Ce trait de bravoure lui valut le grade de cornette dans les volontaires de Sou-bise.

L’année suivante, à la retraite de Si-guenème, il soutint un combat corps à corps contre le général Bénevel, commandant l’avant-garde prussienne, reçut quatre blessures de la main de cet officier général, le fit ensuite prisonnier, et mérita par ce nouvel exploit d’être élevé au grade de lieutenant.

Devenu capitaine en 1767, Berruyer fit les campagnes de 1768 et 1769 en Corse, et obtint successivement les grades de major en 1783, lieutenant-colonel en 1787, colonel du régiment de Guienne en 1791, colonel-général des carabiniers, maréchal-de-camp, lieutenant-général et de commandant en chef de l’armée de l’intérieur en 1792.

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Lorsque l’arméeprussienne, victorieuse en Champagne, se disposait à marcher sur Paris, on confia à Berruyer le commandement des troupes rassemhlées sous la capitale. Il se montra digne de cette haute marque de confiance par un patriotisme à toute épreuve, et par la fermeté avec laquelle il réclama du gouvernement l’amélioration du sort de ses compagnons d’armes, qu’on osait laisser dans le plus honteux dénûment.

Appelé, la même année, aux fonctions de commandant en second de Paris, il devint ensuite général en chef de l’ar-méede l’Ouest, et s’empara de Chemillé, où, le 16 août 1793, il remporta une victoire signalée sur les Vendéens.

Malheureusement, le général Ligon-nier, qui, avec une autre division, les avait attaqués à Vezin, battit en retraite » Berruyer, ’ dans une lettre à la Convention, accusa de ce revers la lâcheté de quelques corps de volontaires, l’inexpérience deceux qui les commandaient, la famine et le dénûment absolu d’une armée obligée de. combattre dans les taillis et les marécages. Des députés de Maine-et-Loire l’accusèrent alors d’avoir laissé prendre toute l’artillerie par sa lenteur et son refus de communiquer ses plans aux commissaires du département.

Berruyer reçut l’ordre de se rendre aussitôt à Paris, où,1a Convention le traduisit à sa barre. Une autre accusation vint l’y frapper ; le député Chasles lui reprocha sa tenue militaire, comme incompatible avec la simplicité qui devait distinguer les armes d’un républicain. Goupilleaux prit alors la défense du général en chef de l’armée de l’Ouest, puis Chaudieu, représentant du peuple près de l’armée de réserve qui se trouvait à Angers vers le même temps, adressa à la Convention une lettre dans laquelle il faisait justice de la ridicule attaque dont Berruyer avait été l’objet, attaque qui, fort heureusement, n’eut pas plus de succès que la dénonciation.

« Berruyer, disait-il, en terminant cette lettre, a des formes trop républicaines pour des hommes qui ne sont pas encore nés à la liberté ; il professe des principes trop austères pour des hommes qui ne se doutent pas qu’on puisse aimer et servir la patrie pour elle-même. Celui qui s’est élevé constamment’ contre les désorganisateurs, celui qui poursuit avec sévérité tous les genres de brigandages, celui qui veut que le soldat obéisse et se batte, doit compter autant d’ennemis qu’il y a de traîtres et de lâches : voilà les crimes de Berruyer et des généraux qui sont sous ses ordres ; nous en avons été les témoins ; et, s’ils sont coupables,. nous sommes leurs complices. » Renvoyé à son poste, Berruyer combattit à la prise de Saumur, y fut danger reusement blessé, et revint à Paris, où il. fut nommé inspecteur général des armées des Alpes et d’Italie. Lorsque, le 13 vendémiaire an iv, la Convention appela autour de son enceinte les troupes du camp des Sablons pour réprimer l’insurrection des royalistes qui avaient arboré la bannière des sections, Berruyer eut, le commandement d’un corps formé spontanément en faveur de l’Assemblée, se distingua dans le combat qu’il livra aux : ennemis du gouvernement, y eut un cheval tué sous lui, et mérita les éloges de ceux,pour lesquels il avait combattu.

Après avoir été employé par le gouvernement directorial, Berruyer ’fut nommé, gouverneur des Invalides, et mourut le 7 floréal an XII, dans sa soixante-septième année. Il avait été fait membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire de la même année.

Son nom figure sur le monument de l’Étoile, côté-ouest.

BERTHEZÈNE (PIERRE, baron)[modifier]

lieutenant-général, est né à Vcndargues (Hérault) le 24 mars 1775. La révolution le força à partir comme soldat au 5e bataillon de l’Hérault, pour défendre le territoire menacé parlesEspagnols. Au bout d’un an, il était déjà sous-lieutenant quand son corps passa à la division Gar-nier de l’armée d’Italie. Déjà renommé par son courage,Berthezène eut l’insigne honneur d’être nommé capitaine sur le’ ' champ de bataille de Saint^Julien, o messidor an vni. A la suite des combats de Sette-Pani, de Ronclii-di-Moglia et de Pouzzole sur le Mincio, il passa chef de bataillon au 72’ régiment de ligne. Compris en 4804 dans la grande promotion de la Légion d’honneur, au camp de Boulogne, il entra comme major au 65e de ligne et obtint trois ans plus tard le grade de colonel du 10e d’infanterie légère. L’Empereur, après la bataille d’Heilsberg, le fit officier de la~* Légion d’honneur et le créa baron de l’Empire, avec une dotation en Westphalie. A peine remis des graves blessures qu’il avait reçues à Eckmûhl, puis à Wagram, il prit, en qualité d’adjudant-général, le commandement des grenadiers de la garde impériale, qui devaient faire la campagne de Russie, et rendit à l’armée les plus utiles services. Nommé général de division le 4 août 1813, il fut forcé de capituler à Dresde par le manque de vivres et de munitions ; mais les coalisés, violant la capitulation, envoyèrent les Français prisonniers en Bohême et en Hongrie. En 1814Berthezène, rentré en France, fut mis en disponibilité. Cependant le maréchal Soult l’appela au comité de la guerre, et Louis XVIII le dé-corade la croix de Saint -Louis ; mais après le débarquement de Napoléon, il s’attacha de nouveau à la fortune de son ancien souverain et combattit vaillamment à Fleuras, à Vavrès, à Bierges, à Namur et sous les murs de Paris. Au re-

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BER BER ( (M ) tour des Bourbons, il dut se réfugier en Belgique. Le maréchal Gouvion-Saint-Gyr le fit rentrer 3n grâce. On le vit successivement membre du comité d’infanterie et inspecteur général. Lors de l’expédition d’Alger, il commanda la V division d’infanterie et ’ contribua beaucoup au succès de nos armes aux combats de Staoueli et de Bouzareah.

Sa belle conduite décida M. de Bour-mont, puis le général Clause ! , à demander pour lui la pairie, qui lui fut accordée deux ans après. Nommé grand officier de la Légion d’honneur, il remplaça en février 1831, le général Clause ! dans le commandement de l’Algérie. L’armée expéditionnaire étant alors réduite à 9,300 hommes, avec ces faibles ressources, le général Berthezène entreprit l’expédition de Médéah. Soulevées par l’intrigue et encouragées par l’affaiblissement de nos forces, lestribus de la plaine se révoltèrent et vinrent nous attaquer au gué de l’Arrach et à la ferme modèle ; quelques heures suffirent pour les battre.

Le général Berthezène, pendant tout le temps qu’il fut gouverneur de l’Algérie, eut une administration ferme et sage, il restreignit les dépenses au strict nécessaire, et donna lui-même l’exemple de la plus grande économie. Cette probité excessive souleva de toutes parts d’interminables criailleries ; on l’accusa de petitesse, d’avarice ; mais le ministère lui rendit pleine justice. Le duc de Ro-vigo le remplaça en janvier 1840.

BERTHIER (Louis-ALEXANDRE)[modifier]

maréchal de France, né à Versailles le 20 novembre 1753. Destiné à l’état militaire, il reçut une éducation soignée.

Berthier fut d’abord officier dans le corps royal du génie, ensuite capitaine de dragons de Lorraine. Il fit la guerre d’Amérique sous les ordres de Lafayette et en revint colonel. Dès le début de la révolution, il fut nommé major général de la garde nationale de Versailles, puis adjudant-général,, chef d’état-major de Luckner ; général de brigade en Vendée, général de division à l’armée d’Italie en 4796, commandant en chef de l’armée qui s’empara de Rome en 1798 ; chef d’état-major général de l’armée d’Égypte ; général en chef de l’armée de réserve, après le 18 brumaire ; ministre de la guerre ; maréchal d’Empire et grand veneur ; prince de Neufchâtel et de Va-lengin (1806) ; chef de la 1" cohorte de la Légion d’honneur ; marié à la fille du prince Guillaume, beau-frère et cousin du roi de Wurtemberg ; colonel général d’artillerie, prince de Wagram et vice-connétable de l’Empire. Berthier fit toutes les campagnes de Napoléon comme major général de l’armée. Le 11 avril 1814, il adhéra au décret du sénat qui excluait Napoléon du trône.- Pair de France, le 4 juin 1814 ; capitaine de l’une des compagnies des gardes du corps. Il suivit Louis XVIII à. Gand et le quitta pour se rendre en Bavière. Le 1er juin 1815, il se donna la mort en se jetant par la fenêtre du palais de Bamberg, ou plutôt, selon la version la plus probable, il fut précipité dans la rue par six hom mes masqués qui s’étaient introduits dans sa chambre. Il avait persécuté les socié tés secrètes, dans sa petite principauté de Neufchâtel. Elles s’en vengèrent, comme se vengent les sociétés secrètes. « Berthier avait une grande activité et il était d’un caractère indécis, peu propre à commander en chef, mais pos sédant toutes les qualités d’un bon chef d’état-major. Il connaissait bien la carte, était rompu à présenter avec simplicité les mouvements les plus composés d’une armée » (Montholon, iome III.)

Berthier, faible et sans esprit, était en Égypte à la tête de ceux qu’on appelait la faction des amoureux. Quand le général T. I.

en chef fut sur le point d’appareiller de Toulon, Berthier accourut de Paris en poste, jour et nuit, pour lui dire qu’il était malade et qu’il ne pouvait le suivre, bien qu’il fût son chef d’état-major. Le général en chef n’y fit seulement pas attention. Berlhier n’était plus aux pieds de celle qui l’avait dépêché avec excuse : aussi s’embarqua-t-il ; mais, arrivé en Égypte, ses souvenirs lui revinrent. Il demanda et obtint de retourner en France ; il prit congé de Napoléon, lui fit ses- adieux ; mais il revint bientôt après, fondant en larmes, disant qu’il ne voulait pas, après tout, se déshonorer, ni séparer sa vie de celle de son général…

L’Empereur croyait bien lui avoir donné 40 millions dans sa vie ; mais il pensait que la faiblesse de son esprit, son peu d’ordre et sa ridicule passion en avaient gaspillé une grandeparlie…

Berthier n’était pas sans talents, mais ses talents, son mérite, étaient spéciaux et techniques. L’Empereur, dans ses campagnes, avait Berthier dans sa voilure. C’était pendant la route, que l’Empereur, parcourant les livres d’ordres et les états de situation, arrêtait ses plans et ordonnait ses manœuvres. Berthier exécutait les ordres et les différents détails avec une régularité, une précision et uneprompti- ; tude admirables. (Las Cases, tome I°\)

Tel était Berthier : soldat plein de bravoure et sans courage civil ; excellent organisateur et hors d’état de commander 500 hommes.—Comme organisateur, on lui doit : la formation de la-’garde des consuls (décembre 1799) ; l’institution des armes d’honneur (1799) ; la création de la Légion d’honneur (20 mai 1802) ; la réunion à Metz des écoles d’application de l’artillerie et du génie (1802) ; l’école militaire spéciale de Fontainebleau (janvier 1803) ; une loi qui accorde despfoBER priétés territoriales aux vétérans, dans les 20e et 27° divisions militaires (avril 1803) ; la création de dix-huit maréchaux d’Empire (19 mai 1804), etc.

BERTHIER (JOSEPH-ALEXANDRE, vicomte)[modifier]

né à Paris le S mars 1792, était le plus jeune des quatre frères de ce nom, qui figurent avec distinction dans l’histoire de l’Empire, entra à l’école militaire en 1809 et en sortit, en février 1812, sous-lieutenant au 16e régiment de chasseurs à cheval. Lieutenant, le 9 août 1812 et chevalier de la Légion d’honneur après avoir été blessé deux fois grièvement, il combattit à la Moskowa en qualité d’officier d’ordonnance du roi de Naples, et reçut une commission d’aide - de - camp auprès du général Bruyère et un ordre pour1 se rendre auprès du général Rapp, gouverneur de Dàntzig. Cette dernière mission était d’autant plus difficile qu’il lui fallut parcourir seul une vaste étendue de pays ennemi, en pleine révolte contre les Français. De là, il alla à Altona, par Hambourg, porter des dépêches pour le général Carra Saint-Cyr.

M. Berthier, de retour à son corps d’armée, assista aux batailles de Lut-zen, de Bautzen et de Gorlitz, où il se fit remarquer par sa vaillante conduite. Il eut un cheval tué sous lui, pendant que son général avait les deux jambes emportées. Nommé capitaine dans un régiment de hussards, en mai 1813, il fut attaché à son frère, le prince major général, en qualité d’aide-de-camp, et nommé chef d’escadron par l’Empereur, en \ 814, pour sa belle conduite à Mon-tereau.

Le 1er juin, même année, M. Berlhier fut nommé sous-lieutenant, avec grade de major, dans la garde du corps, compagnie de Wagram, puis officier de la Légion d’honneur, puis lieutenant, au

PG ) BER grade de colonel, dans la compagnie de Noailles.

En 1823, il commanda un escadron de guerre des gardes, en Espagne ; il fut fait dans cette campagne chevalier de Saint-Louis et de l’ordre de Charles III. Le -11 août 1830, on le nomma maré-chal-de-carnp, et il fut mis en disponibilité.

En 1836, il rentra en activité et commanda dans les Pyrénées-Orientales et en Corse, puis dans les départements de la Meuse et de Vaucluse ; il fut fait commandeur de la Légion d’honneur, le 21 mai 1843. Commandant à Marseille en l’absence du général d’Hautpoul, au moment de la Révolution de février, il y tint une conduite ferme et conciliante, qui lui valut les félicitations et les remerciements de tout le conseil municipal. Obligé de quitter son commandement, il s’était retiré à Paris, attendant que le pays réclamât de nouveau ses ser^ vices, lorsqu’il mourut presque subitement, le 23 janvier, à peine âgé de 57 ans.

Le général Berthier laisse un fils de 20 ans, officier dans l’armée, héritier d’un beau nom auquel il ne saurait faillir. Noblesse et gloire obligent.

BERTHOIS (AUGUSTE-MARIE, baron de)[modifier]

fils d’Un colonel du génie, victime des fureurs aveugles de la populace de Lille qui le pendit à un réverbère, en 1792, sous prétexte de trahison, naquit à’Calais, en 1787. Il fut reçu, en 1804, à l’École polytechnique, le 13e sur 134. Lieutenant du génie, le 1" août 1809, il rejoignit le grand quartier général de l’Empereur à Vienne, et fut irri-médjatement chargé de reconnaître la vallée de la Drave et quelques positions sur la frontière d’Autriche, vers l’Italie et la Turquie ; en 1810, il rejoignit eh Espagne là brigade de siège, destinée à

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agir en Aragon, fit avec le 3e corps, les sièges de Mequinenza, de Sagonte et de Valence, sous le maréchal Suchet, et fut mis à l’ordre de l’armée pour sa belle conduite ; il le fut encore, en 1812, après la bataille de Gastalla et la reconnaissance d’Alicante.

En 1813, il rejoignit le 6e corps en Allemagne, et plus tard le grand quartier général, et ne quitta plus l’Empereur jusqu’à son abdication. Dans ce court espace de temps, il concourut aux travaux de défense de Dresde et de Mayence et assista à dix-neuf batailles ou combats.

Nommé capitaine en Espagne, le 31 juillet 1811, et chef de bataillon, après la bataille de Leipzig, il était proposé pour la croix d’Officier depuis la bataille de Dresde. Chevalier de Saint-Louis, le 5 septembre 1814, il suivit le duc de Berri jusqu’à la frontière, fut employé aux travaux de défense de Paris sous le général Haxo, en mai 1815 ; mis en disponibilité par les Bourbons, envoyé dans les places fortes du Nord, il y resta onze ans et fut nommé lieutenant-colonel, en 1828, etcolonel en mars 1831. Il fut alors employé de nouveau aux travaux de défense de Paris, assista au siège d’Anvers, où il reçut la croix de Commandeur ; fut promu au grade de maréchal-de-camp, en octobre 1838, et nommé membre du comité des fortifications, et inspecteur général du génie.

Il a siégé plusieurs fois à la Chambre législative.

BERTON (JEAN-BAPTISTE)[modifier]

né à Euilly (Ardennes) près Sedan, en 1774, fut élevé à l’école de Brienne, et en 1793, entra comme sous-lieutenant dans les chasseurs des Ardennes. On lit dans un de ses états de service, délivré à Hanovre le 27 floréal an xu de la République : a… A eu un cheval tué sous lui ù

Nerwinde. Il fit 30 prisonniers dans une escarmouche, à Avesnes, avec un détachement.de 25 hommes ; eut un second cheval tué sous lui, le 28 fructidor an îv, en chargeant sur deux pièces d’artillerie ennemies, sur les hauteurs de Nassau. Le 30 floréal an v, il chargea l’ennemi à la tête d’une compagnie, dans la plaine de Wisbaden, fit 50 prisonniers, prit une pièce de canon et.deux caissons, et fit mettre bas les armes à trois compagnies de Croates. Il a fait toutes les cam-gnes de la Révolution et les campagnes de Hanovre avec zèle, bravoure et distinction. » S^ne’.'le général chef d’état-major< BERTHIEH.

Berton fit, en outre, les campagnes des années vu, vin et ix aux armées du Rhin et du Danube, celles des ans xm, xiv, 1806 et 1807 à la grande armée, celles de 1808 à 1813 en Espagne, celle de 1814 à l’armée du Midi, et en 1815 la campagne de Waterloo.

Attaché à l’état-major du maréchal Bernadotte, il le suivit à Austerlitz, à Iéna, etc. Par sa brillante conduite à Lubeck, où fut traqué et pris le général Blûcher, il enleva le grade de chef d’escadron, le plus difficile de tous à obtenir en 1807. Le maréchal Victor qui eut occasion d’apprécier Berton à la bataille de Friedland et d’Espinosa, le proposa à l’Empereur, dans une revue, pour le grade de colonel. L’Empereur, n’ayant pas de régiment libre, fit Berton adjudant-commandant. Le nouvel adjudant se fit remarquer à la bataille de Tala-vera, à Aknonacid > où il enleva la haute position de ce double piton sur lequel s’élève la ville ; à Osana, où il conduisit à l’ennemi les lanciers polonais avec habileté, sang-froid et intrépidité ; à l’affaire de la Sierra-Morena où, à la tête d’un détachement de mille hommes,

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il se rendit maître de Malaga, vigoureusement défendue par 7 à 8,000 Espagnols. Le maréchal Soult lui donna le gouvernement militaire de l’Andalousie. En 1813, lorsque l’armée dut évacuer l’Andalousie à la suite de la bataille des Arypyles, Berton rendit de grands services par sa valeur et par son sang-froid. Enfin, le 30 mai 1813, Napoléon lui conféra le titre de général de brigade. Dans ce nouveau grade, Berton ne démentit pas la belle conduite qu’il avait tenue jusqu’alors ; il se couvrit de gloire à la bataille de Toulouse.

La première Restauration le mit à la retraite. En 1815 Berton commanda une brigade du corps d’Excelmans et se fit encore remarquer à Waterloo.

Mis une deuxième fois à la demi-solde à la seconde Restauration, il employa ses loisirs à des travaux littéraires.

Le 24 février 1822, trompé par des agents provocateurs, Use mit à la tête de 150 hommes, établit un gouvernement provisoire à Thouars et marcha sur Saumùr ; mais bientôt les insurgés se. débandèrent et Berton se réfugia à Laleu chez un de ses amis, trahi par un nommé Wolfel qui feignait de partager ses projets, il fut arrêté par lui, condamné à mort par la Cour royale de Poitiers et exécuté le 6 octobre 1822.

BERTRAND (HENRI-GATIEN, comte)[modifier]

naquit à Châteauroux (Indre) le 28 mars 1773, il avait étudié pour entrer dans les ponts et chaussées ; il servit d’abord dans la garde nationale de Paris. Le 10 août son bataillon se porta aux,Tuileries pour défendre la royauté constitutionnelle. Sous-lieutenant dans la guerre des Pyrénées en 1795 et 1796 ; l’année suivante il fit partie de l’ambassade envoyée à Conslantinople. Employé dans l’expédition d’Égypte, Bertrand y reçut les brevets de lieutenant-colonel, de colonel et de général de brigade. Aide-de-camp de Napoléon après la campagne d’Austerlitz, et général de division, grand maréchal du Palais, à la mort de Duroc en novembre 1813 ; commandant en chef des glorieux débris de l’armée française, après la bataille d’Hanau ; aide-major général de la garde nationale en 1814. Bertrand accompagna Napoléon à l’île d’Elbe et servit comme Ministre de l’Intérieur et Gouverneur des affaires civiles ; revint en France avec lui le 26 février 1815, et le suivit encore à Sainte-Hélène. Le 7 mai 1816, Bertrand fut condamné à mort par contumace ; à son retour en 1821, Louis XVIII annula le jugement et le réintégra dans tous ses grades. Appelé peu après à la Chambre, il siégea à gauche. Chargé de présider à la translation des cendres de l’Empereur, il alla à Sainte-Hélène avec l’escadre ; précédemment il avait remis au roi les armes léguées par Napoléon à la France, et qui devaient être déposées sur son tombeau aux Invalides.

Bertrand fit preuve de talent et de courage à Austerlitz, et, après la bataille on le vit, à la tête d’un faible corps, ramener un grand nombre de prisonniers et 19 pièces de canon. Il attaqua et prit la forteresse de Spandau, le 25 octobre 1806. Il se conduisit vaillamment a Frjedland, et rendit le service le plus essentiel de la campagne à Essling (1809), par la rapide construction des ponts hardis établis sur le Danube. Sans l’active habileté de Bertrand, l’armée française, renfermée dans Unter-Lobau (ile du Danube), ne pouvait se porter sur le champ de bataille de Wagram.

Il rendit des services non moins importants dans les autres campagnes.

Le général Bertrand est mort le 5 février 1844. Sur la proposition de M. de Briqueville ses cendres reposeront aux Invalides auprès de celles de Napoléon. C’est le 15 mai 1847 que le corps du grand maréchal a été déposé dans cette demeure. Il avait épousé Fanny DILLON, parente de l’impératrice Joséphine.

__PAGESEPARATOR__BERTRAND DE SIVRAY (Louis, baron)

né le 23 août 1766, au Luc (Var). Issu d’une famille noble de la Provence, il entra, le 20 juillet 1782, dans la compagnie des cadets-gentilshornmes établis à Lorient ; passa sous-lieutenant le 18 août 1785 dans le régiment de Charles le Bourbon, et fut nommé lieutenant le 1" avril 1788. Ce corps ayant été réincorporé dans le régiment de Pondichéry, le 3 décembre 1785, le jeune Bertrand fut compris dans lanouvelle organisation. Député à l’Assemblée nationale par les "garnisons de l’Inde, le 21 septembre 1791, il se rendit à Paris, et c’est là qu’il apprit par les officiers de son régiment qui étaient de retour en France, sa nomination au grade de capitaine (1792). Aide-de-camp du général Montredon, le 18 août 1793, il fit avec lui la cam-. pagne de cette année à l’armée des Pyrénées-Orientales, et passa successivement avec les mêmes fonctions auprès des généraux Prévost et Pérignon, pendant les campagnes des ans n et m.

Nommé chef de bataillon des chas-seurs-éclaireurs de cette même armée, le 6 ventôse an m, il s’y fit remarquer dans toutes les rencontres avec l’ennemi.

Le 28 thermidor, an vu, il passa avec son grade dans la 41e demi-brigade de ligne, et servit à l’armée d’Italie sous les ordres de Moreau.

Colonel du 3e régiment d’infanterie légère, le 13 prairial an vin, il fit les deux campagnes suivantes en Italie.

Le premier consul le nomma membre de laLégion d’honneur, le 19frimairean xii, et officier du même ordre le 2o prairial suivant.

Le colonel Bertrand fit avec une égale distinction les guerres d’Italie des ans xiu et xiv, et celles de Dalmatie de 1806 à 1808. L’ouverture de la campagne d’Autriche en 1808 lui fournit de nouvelles occasions de se signaler. Au mois de mai 1809, il défendit à la tête de son régiment une position devant Licea, vigoureusement attaquée par les Autrichiens.

Napoléon lui conféra le 9 juin suivant le grade de général de brigade, dans lequel il fut employé à l’armée d’Illyrie, jusqu’au 7 décembre 1810 ; peu après il reçut le titre de baron de l’Empire.

Mis en disponibilité par suite de la réduction de cette armée, il ne reprit de l’activité qu’à l’époque de la campagne de Russie.

Rentré en France,, le 2 février 1813,-il fut appelé, le 6 avril suivant, au commandement du département du Var, et au commandement supérieur des îles d’Hyères. Le 25 novembre de la même-année, le gouvernement le désigna pour remplir les fonctions de chef d’état-ma-jor du général prince d’Essling, commandant supérieur de’ la 8* division militaire ; il conserva cette position jusqu’au 9 janvier 1814. Le 18 avril, le maréchal lui donna l’ordre de prendre le commandement du Var, dans lequel il fut remplacé le 10 mai.

Le général Bertrand fut mis à la retraite le 1er août 1815, et y resta jusqu’au 22 mars 1831, époque à laquelle le nouveau gouvernement le plaça dans le cadre de réserve.

Admis de nouveau à faire valoir ses droits à la retraite, il l’obtint le 1er mai 1832,’et alla en jouirxdans ses foyers, entièrement retiré des affaires.

BESSIÈRES (JEAN-BAPTISTE)[modifier]

maréchal, né à Preissac (Lot), le 6 août, 1768. 11 entra dans la garde constitutionnelle de Louis XVI en 1791, passa adjudant sous-officier dans les chasseurs à cheval des Pyrénées, capitaine dans le 22e régiment de chasseurs, au combat de Ro-veredo, avec six de ses chasseurs, il enleva deux canons à l’ennemi. Commandant des guides du général en chef de BES ( ’ l’armée d’Italie, et colonel du même corps en.Égypte ; général de brigade ; général de division ; maréchal d’Empire en 1804 ; duc d’Istrie en 1808 ; ambassadeur près la cour de Wurtemberg. Mort sur le champ de bataille, à l’attaque du défilé de Rippach en Saxe, le Ie’ mai 1813, veille de la bataille de Lutzen.

Bessières resta constamment attaché à la garde impériale, c’est-à-dire qu’il assista à toutes nos grandes journées. Sa bravoure personnelle était extraordinaire. Il était bon, généreux, d’une loyauté, d’une droiture antique ; adoré de la garde au milieu de laquelle il passait sa vie. A Wagram, un boulet le renverse de son cheval sans le blesser ; Ce fut un cri dé douleur sur toute la ligne. Napoléon accourt au galop et lui dit : « Bessières, voilà un beau boulet ! il a fait pleurer ma garde. » (Napoléon à Saint-Hélène.)

Le maréchal Bessières avait une réputation de bravoure méritée ; il serait impossible de citer tous ses beaux faits d’armes. Il fut remarquable surtout à Roveredo, aux batailles de la Favorite et de Rivoli, à Saint-Jean-d’Acre où il fit des prodiges, à ■Aboukir, à Marengo où il détermina par une dernière charge la retraite de l’ennemi, pendant toute la campagne d’Austeflitz, à Iéna, aux batailles de Friedland et d’Eylau dont il décida le succès. En Espagne, en 1808, Bessières mit le comble à sa gloire par sa victoire de Médina del Rio Secco. Napoléon, en en recevant la nouvelle, s’écria : C’est une seconde bataille de Villa Viciosa (en 1710) ; Bessières a mis mon frère Joseph sur le trône d’Espagne. — Le maréchal duc d’Istrie continua sa glorieuse carrière à Essling et surtout à Wagram, et au moment où il fut tué, en 1813, il commandait en chef toute la cavalerie de l’armée.

BESSIÈRES (BERTRAND, baron)[modifier]

né le 6 janvier 1773, à Preissac (Lot), frère du maréchal duc d’Istrie. Soldat au 17° régiment de cavalerie, le 15 août 1791, le jeune Bessières obtint tous ses grades à la pointe de son sabre. Le 15 brumaire, an II, il était sous-lieutenant, et il passa en cette qualité dans le 22° régiment des chasseurs à cheval. Il fit avec ce corps les campagnes de 1792, 1793 et de l’an n aux armées du centre et du Nord, sous les ordres des généraux Lafayette et Dumouriez.

Nommé lieutenant le 19 messidor aiv, m, Bessières qui avait fait la guerre en Italie pendant les années iv et v, fut incorporé par le général Bonaparte dans la compagnie des guides, le 15 prairial an v, avec le grade de capitaine.

Bessières fut nommé chef d’escadron sur le champ de bataille d’Aboukir, et Colonel du 11e régiment de chasseurs à cheval, le 21 nivôse an vm. .. Rentré en France avec le général Me-nou, il fit les campagnes de l’armée des côtes de l’Océan des ansxu et xm, et fut employé aux camps de Boulogne et de Saint-Omer.

Membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et officier de cet ordre le 25 prairial suivant, l’Empereur le nomma peu de temps après électeur du département du Lot. Il fit avec la grande armée les campagnes de l’an xiv et de 1806.

Le 3 nivôse an xiv, l’Empereur lui remit le brevet de général de brigade pour sa belle conduite à Austerlitz où il avait ’été blessé.

Envoyé à l’armée d’Italie en 1806, il y commanda une brigade de chasseurs à cheval jusqu’en 1808, époque à laquelle il fut employé au corps d’observation des Pyrénées-Orientales, devenu armée de Catalogne ou 7e division de l’armée d’Espagne. Il commanda une brigade de dragons, du 7 décembre 1810 au 4 juin 1811, et fut mis, à cette même date, à la disposition du général Kellermann.

Nommé général de division par décret impérial du 31 juillet, il refusa d’accep-’ ter ce grade dont l’annulation eut lieu le 30 novembre suivant. A la fin de cette année, il battit un corps de cavalerie qui venait au secours d’Astorga. Appelé le 5 décembre au commandement d’une brigade de cuirassiers de la division Saint-Germain, il fit partie de l’expédition de Russie, se distingua au début de la campagne et fit des prodiges de valeur à la bataille de la Moskowa, où il reçut un coup de mitraille à l’épaule gauche.

En 1813, il assista à la bataille de Leipzig avec la lre division du 1er corps de cavalerie et reçut au commencement de l’action un coup de sabre à la tête. Napoléon lui conféra le titre de baron de l’Empire, et lui donna la croix de commandeur.

Resté en disponibilité en 1814, il adressa sa soumission à Louis XVIII qui le nomma chevalier de Saint-Louis.

Le 23 janvier 1815, il fut nommé au commandement du département du Doubs, d’où il passa le 15 avril à celui de Lot-et-Garonne.

Le général Ressières était en non-activité depuis le mois de juillet 1813, lorsque le 24 juin 1818, il fut désigné pour remplir la place de lieutenant de Roi de la place de Calais. Il fut réintégré immédiatement dans le cadre d’activité des, officiers généraux, et le Ministre de la guerre lui confia le commandement de la 1" subdivision militaire..

Nommé lieutenant général le 15 avril 1821, il fut admis à la retraite le 1" décembre 1824.

REURMANN (le baron de)[modifier]

Issu d’une famille de l’Alsace, Jean-Ernest de Reurmann est né, le 25 octobre 1775, à Strasbourg. Soldat dès sa plus tendre jeunesse, il devint rapidement sous-lieutenant en

1790, lieutenant eu 1791’et capitaine en 1792 ; il se trouva au siège d’Anvers, à la bataille de Valmy, à celles de Dunkerque, d’Hondschoote, de Nerwinde, et aux sièges de Maëstiïcht et de Mayence ; puis comme adjoint aux adjudants généraux à la bataille de Fleurus où il fut blessé. Après avoir combattu à Duss’eldorf et à Wurtzbourg, il fit les campagnes de Suisse et d’Italie en 1798 et 1799, et fut fait prisonnier à l’affaire de Saint-Julien.

Le premier consul lui conféra le grade de chef de bataillon lorsqu’il était encore détenu. Mis en liberté, il devint en l’an xi, adjudant commandant et fut employé à Toulon pendant près de deux années. Il y fut nommé officier de la Légion d’honneur, en récompense de ses services.

Depuis, il se trouva aux grandes jour-’ nées d’Ulm, d’Austerlitz et d’Iéna ; à la prise de Lubeck, à Eylau, à Heilsberg, à Kœnigsberg, et donna partout des preuves de la plus rare intrépidité. L’Empereur le créa commandant de la Légion d’honneur en 1807 et baron de l’Empire en 1S08. Passé en Espagne en 1809, le baron de Reurmann, à la tête d’un corps de troupes westphaliennes, déploya la plus brillante valeur au siège de Girone. Ce fut lui qui enleva le couvent retranché de Saint-Denis ; à l’attaque du fort de Mont-Saint-Jean. il monta trois fois à l’assaut. Nommé chef d’état-major, il se signala encore au siège de Fi-guières.

L’Empereur lui conféra le grade de général de brigade le 23 octobre 1810. Le 7 janvier 1812, il se signala encore en enlevant, à la tète de quatre compagnies, une forte position appelée le Calvaire* défendue par 3,000 Espagnols.

En 1814, le général de Reurmann fut chargé d’aller rejoindre le corps d’Auge-reau à Lyon. Il sut conserver la position de la Grange-Blanche dont on lui avait confié Ja défense, repoussa les attaques BEU réitérées de l’ennemi et lui fit éprouver des perles considérables.

Au retour des Bourbons, il fut nommé chevalier du Mérite militaire et chargé en 1818 du commandement de Toulon. En 1830, la ville de Toulon lui décerna une épée d’honneur, en souvenir de sa noble conduite, pendant les circonstances difficiles de cette époque.

On l’a vu successivement depuis lors commandant du département du Var de •1&32 à 1837, époque où il fut placé sur le cadre de réserve, grand officier de la Légion d’honneur’et maire de Toukta.

BEURNONVILLE (PIERRE-RUEL, marquis de)[modifier]

pair, maréchal de France, etc., né le 10 mars 1762 à Champignôles, près dcBar-sur-Aube, fut destiné par ses parents à l’état ecclésiastique ; mais, entraîné par son goût pour l’état militaire, il fut admis à 14 ans dans la gendarmerie de Lunéville. Sous-lieutenant en 1777 dans le régiment colonial de l’Ile-de-France, il se signala dans les trois campagnes de l’Inde, sous les ordres de Suf-fren. Commandant des milices de l’île Bourbon en 1789, il fut destitué par le gouvernement ; il se plaignit au ministre, et obtint pour tout dédommagement la croix de Saint-Louis. Aide-de-camp du iiiaréchal Luckner en 1792, il passa maréchal-de-camp dans la1 même année. Chargé de ladéfeuse du.campdeMaulde, il résista pendant plusieurs mois à des forces supérieures et fit, à cette occasion,, que Dumouriez le surnomma, à cause de sa haute stature et de son courage impétueux, YAjax français. Beurnouville prit part aux journées de Valmy et de Jem-mapes. Chargé de conquérir le Luxembourg, il n’opéra pas cette conquête sans faire quelques pertes qu’il dissimulait dans ses rapports. Il ne craignit pas de dire dans l’un d’eux que l’ennemi avait perdu beaucoup de monde, mais que les Français en avaient été quittes pour le petit doigt d’un chasseur.

On fit alors celte épigrammè :

Quand d’ennemis tués on compte plus de mille, Nous ne perdons qu’un doigt, encor le plus petit.

Holà, Monsieur de Beurnonville,

Le petit doigt n’a pas tout dit.

En février 1793, Beurnonville fut nommé ministre de la guerre, en remplacement de Pache. Adjoint aux commissaires chargés d’aller arrêter Dumouriez dans son camp, Dumouriez donna ordre d’arrêter ces commissaires eux-mêmes et voulait en excepter Beurnonville qui lui dit tout bas : Vous me perdez ! Dumouriez le comprit et le fit arrêter comme les autres. Livré aux Autrichiens, il fut incarcéré dans diverses forteresses pendant trente-sept mois. Échangé en novembre 1795 avec les autres contre la fille de Louis XVI, il fut chargé du commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse qu’il ne conserva que quelques mois. En 1797, il fut sur le point d’être nommé membre du Directoire au lieu de Barthélémy.

Au 18 fructidor, il reçut le commandement de l’armée de Hollande, fut bientôt remplacé par Joubert et revint à Paris avec le titre d’inspecteur général.

Au 18 brumaire, il favorisa les projets de Bonaparte, et en reçut l’ambassade de Berlin. A son retour, il rapporta une correspondance qui révélait les intrigues du parti royaliste, et qui fut imprimée sous le titre de : Papiers saisis à Bareuth. Il fut ensuite envoyé à Madrid, et à son retour, nommé sénateur, grand officier de la Légion d’honneur, comte de l’Empire ; mais de tous les généraux de la Révolution, il fut le seul exclu du titre de maréchal, Napoléon, dit-on, ne lui accordant aucune capacité militaire.

Membre du gouvernement provisoire en 1814, Louis XVIII le nomma à son retour pair de France et membre de son conseil privé. Proscrit par un décret pendant les Cent-Jours, il suivit le roi à Gand et lui resta toujours dévoué. En 1816, il fut nommé commandeur de l’ordre de Saint-Louis, marquis, maréchal de France, cordon bleu, etc.

Beurnonville mourut le 23 avril 182Π; il était grand dignitaire de l’ordre de la Franc-Maçonnerie.

BEURNONVILLE (ETIENNE-MARTIN, baron de)[modifier]

né à la Ferté-sur-Aube (Haute-Marne), le 11 juillet 1789. D’abord destiné à la marine, puis admis à l’École militaire de Fontainebleau, le 15 décembre 1806, en sortit le 27 février 1807, âgé de 16 ans et demi, avec le grade de sous-lieutenant au 27e d’infanterie légère, division Yillate, 1er corps,fsous les ordres de Bernadotte, et fit la campagne de Prusse.

En 1808, le 1er corps, commandé alors par Victor, passa en Espagne. M. de Beurnonville assista avec le 27e léger, aux combats de Durango, de Balmaseda, et à la bataille d’Espinosa ;

Lieutenant le 24 novembre suivant, il assista au combat de Somo-Sierra, à la prise de Madrid, aux batailles d’Uclès et de Medellin.

Aide-de-camp de Macdonald.en 1810 et 1811, ce fut lui qui porta à Paris les drapeaux de la garnison de Figuières ; il était capitaine aide-de-camp depuis le 26 juin 1810. Il était avec Macdonald à la campagne de Russie, au. siège de Riga.

Chef de bataillon le 13 avril 1813, il assista à l’attaque de Mersebourg, à Lut-zen et à’Bautzen et à tous les combats livrés par le 11* corps. Il prit part, toujours avec Macdonald, aux opérations de l’armée de Silésie, aux batailles du 16 et du 18 octobre devant Leipzig. Le 19, il couvrait la retraite avec les débris des 5" et 11’ corps, et faillit périr avec Poniatowski en traversant la Pleiss. Le 30 octobre, à Hanau, il prit le commandement du 22e léger, dont le colonel venait d’être tué. Il ne fut réellement nommé que le 7 novembre suivant. Le 29 novembre, il combattit avec un courage héroïque contre Bulow, et une balle lui traversa la poitrine.

Après le départ de Napoléon pour l’île d’Elbe, M. de Beurnonville s’attacha sincèrement aux Bourbons, fut fait chevalier de Saint-Louis le 7 août 4814, et baron le 6 décembre suivant. Il avait été nommé colonel du 1" léger le 20 mai 1814.’

Le 20 mars 1815, plusieurs régiments de la garnison de Paris concentrés à Ris avaient quitté la cocarde blanche et s’étaient dirigées sur Fontainebleau au-devant de Napoléon ; le Ie* léger, commandé par Beurnouville demeura calme et immobile. Le colonel Beurnouville fut mis à la retraite le 22 mars.

Au retour de Louis XVIII, il fut nommé colonel du 6e d’infanterie de la garde royale ; le 7 novembre, il-fut fait maréchal-de-camp, sans perdre son régiment, et commandeur de la Légion d’honneur le 18 mai 1820.

Après la mort du maréchal Beurnonville, le 23 avril 1821, son neveu fut élevé à la dignité de pair. Le 17 juillet 1822, il suivit le duc d’Ang.oulême en Espagne, en qualité d’aide-de-camp, reçut la croix de 4." classe de l’ordre de Saint-Ferdinand, et deux ans après, fut nommé grand officier de la Légion d’honneur.

Absent de Paris pendant les journées de juillet, il rejoignit le duc d’Angoû-lême à Saint-LÔ, et l’accompagna jusqu’à Cherbourg.

Pair de France, il s’incrivit contre la proposition Baude, relative à l’expulsion des Bourbons de la branche aînée, et, lors de la discussion de l’art. 23 de la Charte qui prononçait l’abolition de l’hérédité de la pairie, il ne voulut pas participer à ce qu’il croyait un suicide politique et donna sa démission.

BIGARRÉ (AUGUSTE JULIEN, comte de)[modifier]

né à Belle-Isle en mer (Morbihan), le 1er janvier 1775. Son père appartenait à la magistrature. A l’âge de 14 ans, Auguste Bigarré s’embarqua comme marin pour les Antilles, fit quatre voyages à Saint-Domingue et guerroya contre les nègres révoltés. De retour en France, il fut nommé en 1792 soùs-lieutenant au 9e régiment d’infanterie, ci-devant Normandie, fut blessé à Quiberon sous le général Hoche qui le nomma lieutenant. En l’an v, il était capitaine de carabiniers dans la lie légion des crânes et fit partie de l’expédition d’Irlande. Ce fut à bord du vaisseau les Droits de l’homme qu’il combattit pendant douze heures contre un vaisseau anglais et une frégate.

Après cette expédition malheureuse, il fit plusieurs campagnes sous les ordres de Hoche et de Moveau, et se distingua partout. Nommé capitaine dans les chasseurs à pied de la gardé des consuls, il arrêta aux Tuileries, un jour de garde, un fou qui voulait assassiner Napoléon. Peu après il eut sa nomination de major au 4e de ligne, commandé par Joseph Bonaparte. Il fit avec ce grade les campagnes d’Ulm et d’Austerlitz ; Dans cette dernière bataille, il s’empara d’une batterie formidable ; mais il perdit une des aigles de son régiment enlevée au sergent-major Saint-Cyr, neveu du maréchal, après que ce jeune homme eut reçu 14 coups de sabre sur la tête et sur les mains. Pour réparer cet affront, vers la fin de la bataille, le 2e bataillon du -i6 de ligne, ayant à sa tête le major Bigarré et le commandant Calez, s’empara du régiment russe dé Moscou, de son colonel et de deux drapeaux. L’Empereur fit rendre une nouvelle aigle au régiment et nomma Bigarré officier de la Légion d’honneur.

Joseph Bonaparte, devenu roi de Na-ples, appela Bigarré comme aide-de-camp auprès de sa personne, et le nomma maréclial-de-camp en 1808. Au départ de Joseph pour l’Espagne, Bigarréle suivit avec le même titre et assista aux diverses batailles commandées par le roi Joseph.

Après la débâcle de Vittoria et la rentrée de l’armée en France, il alla rejoindre l’Empereur qui lui donna le commandement d’une brigade sous les ordres de Macdonald. Il fit avec ce corps la campagne de 1813, fut nommé lieutenant-général et baron après la bataille de Craonne, à l’issue de laquelle le maréchal Ney vint le complimenter de la part de l’Empereur sur la bravoure avec laquelle sa division avait tenu la droite de l’armée russeenéchec. Peu de jours après, l’Empereur lui donna le commandement d’une division de la jeune garde sous les ordres du duc de Trévise.

Après la chute de Napoléon, le roi Louis -XYIII l’envoya commander le département d’Ille-et-Vilaine, et lui donna la croix de Saint-Louis et celle de commandant de la Légion d’honneur.

Après le débarquement de l’Empereur à Cannes, il reçut le commandement de la 13e division et ne put empêcher l’explosion de la guerre civile dans le Morbihan. Dans une rencontre avec les Chouans, il reçut un coup de feu à travers le corps. Après la bataille de Waterloo on lui ôta son commandement, et il resta en non-activité jusqu’à 1830. A cette époque il prit de son propre mouvement le commandement de la 13e division, et fut maintenu’par Louis-Philippe qui le nomma grand officier de la Légion d’honneur et inspecteur général d’infanterie en 1835 et 1836.

BILLARD (PIERRE-JOSEPH, baron)[modifier]

né le 28 décembre 1772, à Paris. Après avoir fait ses études au collège Mazarin, il entra comme aspirant volontaire, le 7 mars 1787, dans la marine royale, et fit, à bord de la gabarre la Guiane, du sloop l’Amitié et de la corvette l’Ariel, les campagnes de 1787-1788 et 1789 ;

A son retour en France, au mois de février 1790, il fit partie de la garde nationale de Paris jusqu’au 12 janvier 1792, époque de sa nomination au grade de sous-lieutenant dans le 34e régiment d’infanterie,. dont le 2e bataillon fut incorporé, en l’an n, dans la 68e demi-brigade d’infanterie, devenue, eii l’an iv, 15e demi-brigade de ligne.

Lieutenant, le 28 mai suivant, il fit les guerres de 1792 à l’an v, à l’armée du Nord, et assista à la bataille de Jemma-pes, au siège de Maëstricht, aux affaires de Saint-Tron, de Tirlemont, et à la bataille de Nerwinde. L’armée ayant été dissoute au camp sous Tournai, le bataillon auquel il appartenait alla tenir garnison à Lille, et fit ensuite partie du camp de la Madeleine, établi sous les murs de cette place. Le jeune Billard eut alors le commandement d’une compagnie de tirailleurs aux avant-postes. Au mois de germinal an’n, l’armée se mit en-mouvement, et la 68° demi-brigade prit une part glorieuse aux affaires de Menin, de Courtrai, de Turcoing, d’Ypres, d’Hoo-glède, de Bois-le-Duc et de Nimègue. Le 29 floréal an n, à la bataille de Turcoing, le lieutenant Billard reprit 2 pièces de canon que les Français avaient abandonnées, et, le 30 prairial suivant, à Hoo-glède, il contribua à la défaite du régiment de dragons de Latour. Appelé à remplir les fonctions d’adjudant-major le 28 floréal an iv, et nommé capitaine de grenadiers le 5 frimaire an v, il passa, le 22 messidor, en qualité d’aide-de-camp auprès du général Schérer, devint chef de

5) B1L bataillon le 17 pluviôse an vu, et servit en Italie pendant une partie de cette dernière année. Placé comme adjoint à l’état-major de la 17" division militaire (Paris), le 1S thermidor, il s’y trouvait encore au mois de brumaire an viu, et il se rendit avec le général Andréossy à Saint-Cloud. La conduite du commandant Billard, pendant les journées des 18 et 19, lui valut un sabre de la manufacture de Versailles, que lui donna le premier consul.

Chargé de plusieurs missions importantes pour l’armée de l’Ouest, et particulièrement d’une reconnaissance des côtes de là Manche, il s’en acquitta avec un plein succès.

Le 13 floréal an xi, il fut mis à la disposition du général Mortier, et resta à l’armée de Hanovre pendant une partie de l’an xi et en l’an XII. Aide-de-camp de cet officier général, alors commandant de l’artillerie consulaire, le 12 frimaire an XII, et créé membre et officier de la Légion d’honneur le 2b prairial, il conserva ses fonctions auprès de son général, lorsque celui-ci fut élevé à la dignité de maréchal de l’Empire. Il l’accompagna au camp de Boulogne et à la grande armée pendant les campagnes de l’an xiv et de 1806 en Autriche.

Après la prise d’Ulm, il suivit les opérations du corps du maréchal Mortier sur la rive gauche du Danube, et prit part au combat de Diernstein, le 20 brumaire an xiv.

Nommé colonel le 10 juillet 1806, il continua ses fonctions d’aide-de-camp jusqu’au 14 août, et alla prendre le commandement du 29e régiment d’infanterie de ligne qui appartenait à l’armée de Naples. C’est à la tête de ce corps qu’il concourut à l’expédition des Calabres en 1807 et 1808.

Chargé de la prise de Crotone, il l’en-léva en quarante-huit heures avec deux bataillons de son régiment et trois cents hommes de la garde civique. Quoique les approches de cette place fussent défendues par un grand nombre d’insurgés, et que la place elle-même renfermât une garnison de troupes régulières. L’occupation de Crotone était de la plus grande importance, tant à cause de son port que par la facilité qu’avaient de débarquer sur ce point tous les hommes qu’on envoyait de Sicile. Aussi le roi Joseph lui témoigna-t-il sa satisfaction par une lettre autographe rédigée dans les termes les plus honorables pour le 29e de ligne et pour son chef.

Le 28 mai 1807, le 29" de ligne trouva encore l’occasion de se signaler à l’affaire de Mileto, et le général Régnier cita particulièrement dans son rapport le colonel-Billard. Le 29e de ligne eut, dans cette circonstance, vingt-et-un officiers et trois-cent trente sous-officiers et soldats mis hors de combat. A la fin de 1808, le colonel Billard commandait l’île de Pro-cida, et pendant son séjour une escadre anglaise, composée de cinq vaisseaux et de six frégates, se présenta devant l’île. Un parlementaire vint sommer le colonel de rendre la place, mais celui-ci lui répondit que les Français n’avaient pas pour habitude de se rendre à une première invitation. L’officier anglais se retira, et, après quelques démonstrations sans résultat, l’escadre ennemie leva l’ancre et se dirigea sur Ischia, où elle n’obtint pas plus de succès.

En 1809 il fit partie de l’armée sous les ordres du prince Eugène, et se trouva au combat devant Caldiero, au passage de la Piave, à la.bataille de Raab, et au combat du 5 juillet au soir, ou l’armée d’Italie éprouva un’ échec en voulant s’emparer du plateau de Wagram. Le 29q de ligne eut, dans cette affaire, soixanle-.dix officiers tués ou blessés, et le colonel y perdit un cheval tué sous lui.

Le soir, le prince dit au colonel en le voyant : « On m’avait annoncé la triste anouvelle que votre régiment était en-« tièrement détruit, et que vous étiez au « nombre des blessés. — Non, » répondit le colonel, « et j’espère que demain « les faibles débris du 29e et moi nous « prendrons notre revanche. » En effet, les deux divisions Broussier et Lamarque se couvrirent de gloire. Les colonels des 13° et 9e régiment furent tués, le colonel Billard eut la moitié de son chapeau emporté par un boulet, et son cheval blessé sous lui. Le général commandant la brigade, mis hors de combat dès le commencement de l’action, avait laissé le commandement au colonel Billard, qui l’avait conservé pendant toute la journée.

L’Empereur, par décret du 1b août 1809, lui accorda le titre de baron de l’Empire, avec une dotation de 6,000 fr. de rente. Le prince plaça le 29e de ligne dans la division du général Barbou, qui, réunie au corps du général Baraguay d’Hilliers, était chargée de pacifier le Tyrol. La prise du malheureux Hoffer, chef des insurgés, fut le résultat des habiles dispositions du colonel Billard. Au commencement de 1810, les Tyroliens s’étant soumis, le 29e se rendit àLi-vourne, où il tint garnison jusqu’en 1811, époque à laquelle il fut envoyé à Toulon. En arrivant dans cette place, le colonel Billard reçut sa nomination au grade de général de brigade, auquel il avait étéélcvé le 6 août 1811. Il demeura chargé du commandement du département du Var et spécialement des troupes en garnison à Toulon.

Le 29 mars 1812, il reçut l’ordre de se rendre à Wesel pour y prendre le commandement de la 3e brigade de la 12* division d’infanterie, faisant partie du 9° côrps^ de la grande armée. C’est à la tête de ces troupes qu’il fit la mémorable campagne de Russie. Le 9’ corps chargé de l’arrière-garde de l’armée, n’eut jusqu’à son arrivée à Smolensk que d’es engagements de peu d’importance.

Cependant le duc de Bellune ayant réuni à son commandement celui du corps du duc de Reggio, qui avait été mis hors de combat, crut devoir faire une reconnaissance des forces de l’ennemi. C’était la première fois que le 9° corps se trouvait en ligne. Cette reconnaissance, par l’acharnement qui eut lieu de part et d’autre, devint un véritable combat dans lequel le 9° corps, qui était en tête, perdit du monde sans obtenir de résultat décisif. La brigade Billard qui tenait la gauche, eut ordre de se porter dans cette direction pour rétablir la communication de la route, ce qu’elle exécuta en faisant 200 prisonniers.

L’aide-de-camp russe Boutôurlin a prétendu dans son ouvrage sur Ja guerre de 1812 (tome n, page 359) que, dans une des affaires qui eurent lieu, la brigade Billard, à l’approche de l’artillerie russe, n’attendit pas l’ennemi et se retira. C’est une erreur qu’il importe de rectifier. Le général Billard, commandant l’avant-garde, renforcé par les lanciers de Berg, ne fut point attaqué et passa la nuit dans sa position, appuyé au village de Batoury. Il y eut à la vérité un bataillon de la lrc brigade qui fut fait prisonnier. H avait été envoyé le matin avec les lanciers de Berg pour faire une reconnaissance dont le résultat fut la retraite des lanciers et la prise du bataillon. Le général Billard voyant revenir les lanciers, qui étaient vivement pressés par une quantité innombrable de Cosaques, se porta en avant et arrêta la cavalerie ennemie. Il envoya demander au général Patournaux deux pièces de canon pour aller au secours du bataillon compromis, mais ces pièces n’arrivèrent pas à temps. Le 9e corps ayant reçu l’ordre quelque temps après de se tenir en mesure de pouvoir faire face à Wittgenstein et à Tchitchakow, et cependant de ne pas compromettre des troupes sur lesquelles l’Empereur comptait pour protéger son mouvement rétrograde sur Smolensk, il lui devenait impossible d’entreprendre quelque chose de sérieux y ainsi ce corps se fondit sans avoir rendu les services qu’on pouvait attendre de lui. Les marches’et les contre-marches, plus que les combats, l’avaient réduit de moitié au moment où il fut chargé du commandement de l’arrière-garde. La 42e division qui, en entrant en campagne, était forte de 12,500 hommes, en comptait alors à peine 3,000.

Le 28 novembre, le général Billard, avec sa brigade, dont l’effectif ne dépassait pas 1,000 combattants, eut mission de rejeter de l’autre côté de la Bérésina les troupes de Tchitchakow, qui s’étaient introduites dans Borisovyen passant un à un sur les débris du pont brûlé. Les dispositions qu’il’prit eurent tout le succès qu’on pouvait en espérer. Un bataillon du 44e de ligne ayant chargé à la baïonnette tandis que le 126e se portait au point de retraite de l’ennemi, un grand nombre de Russes trouvèrent la mort ou se noyèrent en voulant passer Irop précipitamment le fleuve. Le général Billard, relevé par la brigade du général Blan-mont, alla rejoindre le général de division Patournaux," qui se trouvait arrêté avec la i" brigade par le corps du comte de Wittgenstein. Le général Patournaux à la tête des troupes du général Billard, réduites à 430 combattants, prit une direction à droite dans l’intention de chercher un gué où il pût faire passer sa division. Il envoya des officiers pour prévenir les deux autres brigades de ce mouvement, mais cet avis ne parvint pas aux généraux Camus et Blanmont qui, ne recevant pas d’ordres, se retirèrent sur le plateau de Borisow, après avoir vainement essayé de se frayer un passage. Cette malheureuse division, après des efforts inouïs, exténuée par le froid, la fatigue et les privations, fut obligée de mettre bas les armes. Le général Billard, conduit à Witepsk, ne rentra en France qu’au mois de juillet 1814.

Chevalier de Saint-Louis et commandeur de la Légion d’honneur, lès 13 et 23 août suivant, le général Billard fut mis en non-activité le 1er septembre, et nommé inspecteur d’infanterie adjoint dans la 6" division militaire le 16 janvier 1815 ; il exerçait encore ces fonctions lorsque Napoléon revint de l’île d’Elbe.

Dès le 31 mars, un décret lui donna le commandement d’une brigade à la 4e division du corps d’armée du comte Reille, mais il passa ensuite à la 1" brigade de la 8e division du 3e corps de l’armée du Nord, avec lequel il fit la campagne des Cent-Jours. Son cheval s’étant renversé sur lui, le 15 juin, en combattant dans le village de Saint-Amand, il fut obligé de se rendre à Paris pour y soigner sa santé, et fut mis en non-activité vers la fin de l’année.

De 1816 à 1821, il exerça les fonctions d’inspecteur général des troupes d’infanterie dans différentes divisions militaires. Appelé à faire partie du comité consultatif d’inspection, il y montra les connaissances d’un officier habitué au maniement des troupes, et passa, le 26 décembre 1821, au commandement de la 1" subdivision delà 5e division militaire.

Promu au grade de lieutenant-général et mis en disponibilité le 30 juillet 1823, il remplit les fonctions d’inspecteur général d’infanterie dans les 2e et 16e divisions militaires le 29 juin 1825, commanda la 1" division du camp de Saint-Omer en 1827, fut en même temps chargé de l’inspection des troupes de cette division, et reçut le 15 septembre la décoration de commandeur de Saint-Louis. Il continua ses fonctions d’inspecteur général pendant les années suivantes, devint gentilhomme honoraire de la chambre du roi, et fut compris comme disponible dans le cadre d’activité de l’état-major général le 7 février 1831.

Envoyé à Bruxelles, pour l’organisation et l’inspection des troupes de l’armée belge le 4 septembre suivant, il ne voulut point accepter les offres que lui fit le roi Léopold de prendre du service en Belgique et rentra en France le 14 janvier 1832.

Chargé le 25 mai 1833 de l’inspection générale des troupes d’infanterie de la 13e division militaire, il passa au commandement de la sixième (Besançon) le 16 novembre 1835. Grand officier de la Légion d’honneur le 16 février -1837, et commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique le 10 octobre suivant, il fut admis à la pension de retraite le 24 janvier 1838, et se retira à Paris pour y résider.

BISMARK (le comte de)[modifier]

lieutenant-général, commandant en chef de la cavalerie du royaume de Wurtemberg, etc. Frédéric-Guillaume, comte de Bismark, descendant d’une ancienne famille noble, d’origine slave, naquit à Win-dheim, en Westphalie, le 28 juillet 1783. En 1796, il entra comme enseigne dans l’armée hanovrienne.

En 1803, lors de l’occupation du Hanovre par l’armée française, il prit du service dans les troupes du duc de Nassau. En 1804, il se retira en Angleterre, où il entra dans la légion anglo-hano-vrienne. En 1805, il prit part à l’expédition des Anglais dans le nord de l’Alle-lemagne. En 1807, il entra, comme capitaine, dans l’armée wurtembergeoise. Dans la campagne de 1809 contre l’Autriche, il se signala surtout au combat de Riedau, où sa conduite le fit remarquer par l’empereur Napoléon, qui lui donna la croix. — Il fit la campagne de Russie dans le 3e corps de la grande armée, commandé par le maréchal Ney, et fit preuve d’une grande intrépidité unie à une habileté remarquable. A la bataille de la Mos-kowa, il eut trois chevaux tués sous lui ; le comte de Bismark, alors chef d’escadron, dut prendre le commandement du régiment, réduit à 7o hommes. — Après le passage de la Bérésina, il fut chargé de ramener en Wurtemberg les faibles restes du contingent de ce royaume. — En 1813, il rentra en ligne -à la tête du 1er régiment de chevau-légers, et se couvrit de gloire à Bautzen et à Seiffersdorf, où il fut promu au grade d’officier de la Légion d’honneur. A Leipzig, il fut fait prisonnier.

Après la réunion du "Wurtemberg à la coalition, le comte de Bismarkfut nommé colonel, chef d’élat-major du prince Adam, qui commandait la cavalerie wurtembergeoise ; il lit en cette qualité les deux campagnes de France et se distingua sous les murs de Strasbourg, en 1815.

Après la paix, il fut nommé aide-de-camp général du roi de Wurtemberg, major général de la cavalerie en 1819, puis successivement membre à vie de la première chambre de Wurtemberg, ambassadeur à Carlsruhe, à Berlin, à Dresde, à Hanovre, et enfin en 1830, lieutenant-général commandant en chef de la cavalerie du royaume de Wurtemberg.

Le comte de Bismark a écrit un grand nombre d’ouvrages estimés sur l’art militaire ;

BISSON (PIERRE-FRANÇOIS - JOSEPH, comte)[modifier]

enfant de troupe, né à Montpellier, le 16 février 1767, passa par les grades inférieurs et ne devint officier qu’après la Révolution. Il fut nommé en l’an n, chef de bataillon à l’armée de Sambre-et-Meuse. Chargé de la défense du Gatelet, le 23 mai 1793, et enfermé dans cette place avec 60 grenadiers et 50 dragons, il se vit investi par 6,000 hommes de troupes ennemies. Bisson, pour leur cacher la faiblesse de la garnison, plaça ses grenadiers en tirailleurs devant les gués principaux, en avant d’un pont qu’il fit couper, puis il partagea sa cavalerie en trois pelotons, ayant l’ordre de se tenir constamment en mouvement, tandis que dans la place, deux tambours battaient continuellement là générale sur différents points, ce qui fit supposer aux assiégeants la présence de nombreux défenseurs.’ Ils se préparèrent donc à former le siège en règle du Cate-let ; mais ils se retirèrent dès qu’ils apprirent que le général Legrand amenait des secours à la garnison.

A l’affaire de Messenheim, le comman^ dant Bisson, à la tête d’un bataillon de 417 hommes seulement, soutint le choc. de 3,000 fantassins et 1,200 cavaliers ennemis. Après avoir perdu, dans ce combat opiniâtre, le tiers de ses soldats, ce qui rendait sa position on ne peut plus critique, il sut se tirer d’embarras par un admirable coup d’audace. Il précipita son cheval au milieu de la colonne ennemie, sabra, culbuta tout ce qui barrait lé passage, traversa la Naw à la nage, courut prendre position à Kirn, occupa tous les défilés et arrêta les progrès de l’ennemi.

Nommé, le 17 messidor an vu, chef de la 43e demi-brigade, il se conduisit avec tant de bravoure et d’intelligence- à la bataille de Marengo, le 25prairiâl an xnr, que le prerriier consul le fit général de brigade le 16 messidor suivant. Le 5 nivôse an ix, il contribua puissamment au passage du Mincio, et le même jour, il se rendit maître de la forteresse de Monzambano après un combat sanglant. Il commanda ensuite la 6° division militaire, et quand, le 19 frimaire an xn, la croix de la Légion d’honneur lui fut décernée, il était attaché à la première division.du camp de Saint-Omer. Nommé commandant de l’ordre le 25 prairial suivant et général de division le 12 pluviôse an xm, il fit la campagne d’Allemagne sous le prince d’Eckmiihl. Blessé dangereusement au passage de la Traun, l’Empereur récompensa ses longs services en lui décernant, le 4 nivôse an xiv, le titre de grand officier de la Légion d’honneur et en lui conférant le gouvernement général des États de Brunswick’, des principautés de Hildesheim, d’Alberstadt, d’Eichsfeld, ainsi que des villes de Goslar et de Mulhausen. ; il fut aussi gouverneur de Frioul et du comté de Gorezzia.

En 1807, il fit avec Ney la campagne de Prusse et de Pologne, et prit une honorable part a la fameuse bataille de Friedland, livrée le 13 juin,

Créé comte de l’Empire en 1808, l’Empereur lui accorda une dotation de 30,000 francs sur les domaines de Neu-hans et de Lauenbourg, situés en Hanovre.

Le général Bisson avait une haute stature, mais il était devenu d’une obésité extrême. Ce fut sans doute à cause de celte corpulence extraordinaire qu’il cessa, quoique jeune encore, de coopérer activement aux luttes de l’Empire. Depuis 1807 jusqu’au 26 juillet 1811, époque où il mourut à Mantoue : il resta étranger aux victoires de l’armée française. Il ne jouissait pas seulement d’une grande réputation de bravoure, il passait aussi pour un gourmand de distinction. Son appétit était tel, qu’il recevait de l’Empereur un traitement supplémentaire et spécial pour y pourvoir. Brillât-Savarin lui a consacré les lignes suivantes dans sa Physiologie du goût : « C’est ainsi, dit-il, que le général Bisson, qui buvait chaque jour huit bouteilles de vin à son déjeuner, n’avait pas l’air d’y toucher. Il avait un plus grand verre que les autres, elle vidait plus souvent ; mais on eût dit qu’il n’y faisait pas attention ; et tout en humant ainsi seize litres de liquide, il n’était pas plus empêché de plaisanter et de donner ses ordres que s’il n’eût dû boire qu’un carafon. »

Son nom figure sur le monument de l’Etoile, côté est.

BIZANNET (N.)[modifier]

simple soldat, passa par tous les grades, et parvint, par son seul courage, à celui de général. Il défendit Monaco en 1793, il commanda ensuite Toulon en 1814 ; il fut chargé de la défense de Berg-op-Zoom, ayant sous ses ordres les marins de la garde. Bizan-net commanda Marseille pendant les Cent-Jours sous les ordres de Brune.

A Berg-op-Zoom, Bizannet avait 2,700 combattants ; un général anglais, à la faveur de la nuit et d’intelligences avec les habitants, s’y introduit avec 4,800 hommes d’élite. Ils sont dans la place ; la population est pour eux ; on se bat dans toutes les rues, et la presque totalité de la troupe anglaise est tuée ou demeure.prisonnière.

BLANIAC (GUILLAUME-JOSEPH-LAFON)[modifier]

né à Villeneuve-d’Agen, entra au service en 1792, comme sous-lieutenant au 5e régiment de chasseurs à cheval, fit la campagne de l’armée du Nord, et se trouva à la bataille de Hondschoote et à la prise de Furnes. Il se distingua ensuite en Italie où il gagna les épaulettes de capitaine. Après la paix de Campo-For-mio, il fit partie de l’expédition d’Égypte en qualité d’aide-de-camp de Berthier,

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se trouva à la prise d’Alexandrie, au combat de Damanhour et fut nommé chef d’escadron au 20" dragons.

Sa conduite dans plusieurs affaires lui valut le grade d’adjudant-général. Chef de l’état-major de la cavalerie à la bataille d’Alexandrie contre les Anglais, cet officier, enveloppé de toutes parts, blessé d’un coup de fusil reçu à bout ^portant, percé de coups de baïonnette, refusa de se rendre et se-fit jour à coups de sabre. Nommé alors colonel du 14e dragons, il fit la campagne de 1805 avec ce corps et assista à. la conquête du royaume de Naples.

Devenu général de brigade, il apaisa les soulèvements de la Calabre et devint gouverneur de Naples, puis de Madrid, en 1810. Depuis cette année jusqu’à la bataille de Vittoria, en 1813. et pendant toute la guerre d’Espagne, il fit preuve de grands talents militaires, qui lui valurent enfin le grade de général de division. Il abandonna le service en 181 S.

BLEIN (ANGE-FRANÇOIS-ALEXANDRE, baron)[modifier]

né le 2o novembre 1767, à Bourg-lès-Valence (Drôme). Élève à l’école des ponts et chaussées le 1" janvier 1785, il en sortit le 1er janvier 1789 avec le grade d’ingénieur ordinaire. Après avoir été employé comme élève et comme ingénieur aux travaux du Tréport et de Cherbourg, il alla rejoindre l’armée du "Var en 1793, et s’occupa de la construction du pont de ce nom et des retranchements du mont Gros.

Capitaine au corps du génie militaire, le 3 messidor an n, il passa à l’armée de Sambre-et-Meuse, où il prit part à plusieurs affaires d’avant-garde, au blocus et aux préparatifs du siège de Valenciennes, et, à la fin de cette campagne, au siège de Maëstricht. .

Employé dans le mois de thermidor, T. I.

an m, aux travaux du canal de Sambre-et-Oise, à Landrecies, et envoyé dans le mois de messidor, an vi, à l’armée de Mayence, il fit la campagne suivante aux armées du Danube et d’Helvétie, servit au siège de Philisbourg, et mit les places de Manheim et de Cassel en état de’défense.

Nommé chef de bataillon, le 17 thermidor an vu, il se trouva, en l’an vin, au passage du Rhin, à l’affaire deNeres-heim, le 5 messidor, et au blocus d’Ulm. Il suivit, en l’an ix, le général Moreau à l’armée du Rhin, et se trouva à l’affaire de Haag, à la bataille de Hohenlinden, aux passages de l’Inn et de la Saale, les 10, 12, 18 et 22 frimaire.

Après la paix de Lunéville, le gouvernement lui confia la direction des fortifications de Saint-Quentin.

Attaché à l’état-major général de Berthier, il fit les guerres des ans XII et xm à l’armée des côtes de l’Océan, où il reçut, le 2o prairial an xn, la décoration de la Légion d’honneur.

Attaché au grand quartier général pendant la campagne de l’an xiv en Autriche, il prit part aux batailles de Wer-tingen et d’Austerlitz, et devint colonel le S nivôse. Détaché, après la bataille d’Iéna, au 9" corps en Silésie, il servit au siège de Breslau, et contribua, l’année suivante, à la reddition des places de Brieg, de Schweinilz, de Kosel, de Reiss et de Silberberg. Sa conduite distinguée à l’affaire qui eut lieu en avant de Glafz et à la prise du camp retranché devant cette place, lui mérita, le 5 juillet 1807, la décoration d’officier de la Légion d’honneur.

Il partit pour l’armée d’Espagne en Î808, en qualité de commandant du génie du quartier général, et il se signala cette même année à la bataille de Somo-Sierra, à la prise de Madrid, et pendant toute la campagne dite d’Astorga.

BLU ( i Envoyé en mission près le maréchal duc de Dalmatie, il assisla, le 30 janvier 1809, à la prise du Férolle. Rappelé à la grande armée d’Allemagne peu de temps après, il prit part, en qualité de chef d’état-major général du génie, aux batailles de Thann, de Landshutt, d’Eckmuhl, à la prise de Ratisbonne et de Vienne, ù la bataille d’Essling, au passage du Danube, à la bataille de Wagram et au combat de Znaïm ; il fut blessé à Landshutt et à Ratisbonne.

Diversement employé, delSlO à 1811, il fit partie de la grande armée de 1812 à 1814. L’Empereur l’avait nommé général de brigade le 22 juillet 1813, et commandant de la Légion d’honneur le 3 avril 1814. Louis XVIII le créa eheva-lier de Saint-Louis le 8 juillet suivant, et prononça son admission à la retraite le 1" août 1815.

Compris comme disponible le 22 mars 1831 dans le cadre d’activité de l’état-majdr général de l’armée, une décision du 30 avril 1832 le remit en jouissance de sa pension de retraite.

Grièvement blesséàlarevuedu 28 juillet 1835 par les projectiles delà machine Fieschi, il reçut une seconde pension, conformément à la loi du 4 septembre de la même année, et le roi le nomma grand officier de la Légion d’honneur, le 29 avrill837.

Le général Blein est décoré de la croix de chevalier de l’ordre de Wurtemberg. Son nom figure sur la partie nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

BLUCHER (W.)[modifier]

prince de Wahls-tadt, feld-maréchal prussien, né en 1742 à Rostock, dans le duché de Mecklem-bourg-Schwerin.

Porte-enseigne d’un régiment suédois pendant la guerre de Sept-Ans, Blûcher fut fait prisonnier par les Prussiens, et incorporé, avec une sorte de violence, dans les troupes de Frédéric. Devenu capitaine, il se fit remarquer par son courage et donna sa démission à l’occasion d’un passe-droit. Frédéric le Grand signa cette démission en ces termes : « Le capitaine Blûcher est autorisé à quitter son poste, et il peut aller au diable si cela lui convient. »

Blûcher, rappelé au service 15 ans après par Frédéric-Guillaume, alla combattre sur le Rhin," où ses brillantes qualités militaires la firent bientôt nommer général-major, puis lieutenant-général. Il était chef d’avant-garde à Auerstaedt ; commandant d’un corps d’armée en 1813, à la bataille de Lutzen où il se distingua, général en chef de l’armée de Silésie à Katzbach où il battit les généraux Mac-donald et Sébasliani, et à la bataille de Leipzig au gain de laquelle il contribua. Nommé alors feld-maréchal, il pénétra en France jusqu’à Brienne où Napoléon le battit complètement. A la Rolhière et à Laon, il eut le rare honneur de résister au choc de 36 milie hommes commandés par Napoléon : à la vérité, il en avait 90 mille sous ses ordres. L’année suivante (1815), il se porta entre la Moselle et la Meuse et fut battu à Ligny et à Sombref, mais il causa du mal aux Français à Waterloo. Peu de jours après, sous les murs de Paris, le pont du Pecq lui fut livré, et cette trahison lui assura une marche tranquille vers Paris ; il se montra difficile surla capitulation de cette ville et voulait faire sauter le pont d’Iéna.

Blûcher est mort en 1819.

La tactique de ce général était uniforme : assaillir l’ennemi avec impétuosité, se retirer lorsqu’il faisait une résistance trop opiniâtre, se rallier à quelque distance, suivre après ses mouvements, saisir la moindre faute ; fondre, sur lui, le culbuter, lui enlever des prisonniers, se retirer rapidement, telle fut celle.qu’il employa presque toujours.

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La bonne foi n’était pas sa vertu favorite, il était d’un caractère haineux et vindicatif.

BOINOD (JEAN-DANIEL-MATHIEU)[modifier]

né le 29 octobre 1756 à Vevay, canton de Vaud (Suisse), fut d’abord imprimeur-libraire, entra au service le 13 août 1792, comme quartier-maître trésorier dans la légion des Allobroges. Commissaire des guerres provisoire, le 25 brumaire an H, et employé à l’armée de siège de Toulon au service de l’artillerie. C’est là que commencèrent ses relations avec Napoléon et que s’établit entre eux cette intimité qui résista à toutes les épreuves. Boinod ne fut pas compris dans l’organisation du 25 prairial an m. Le général Bonaparte lui écrivait à ce sujet :

« Je ne vous ai pas écrit, mon ami, parce que je n’avais aucune nouvelle agréable à vous donner. Vous n’êtes pas conservé commissaire des guerres : mais il est possible que cela change avant mon départ de Paris, qui ne sera pas encore d’ici à quelques décades. Donnez-moi de vos nouvelles. L’on est ici tranquille. Je vous envoie quelques numéros de la Sentinelle de Louvet. Les nouvelles du Midi sont toutes affligeantes ; l’escadre perd un vaisseau ; ’l'armée d’Italie évacue les positions,. les places intéressantes et perd son artillerie. Le magasin à poudre de Nice saule ; les terroristes nouveaux ont le dessus ; on égorge de tous côtés. Il faut espérer que bientôt un gouvernement ferme et mieux organisé fera cesser tout cela. Adieu, mon.ami, écrivez-moi. « BONAPARTE. »

Au bas de cette lettre, le général indiquait ainsi son adresse :

« Au général Bonaparte, sous l’enveloppe du citoyen Casabianca, représentant du peuple, rue de la Michodière, ri ? 6. »

Boinod fut nommé enfin commissaire

des guerres titulaire, le 17 vendémiaire an iv, à l’armée d’Italie, où il déploya tant d’intelligence, de probité et d’activité que le général en chef lui envoya une gratification de cent mille francs, Boinod lui écrivit : « Je ne te reconnais pas, citoyen général, le droit de disposer ainsi des deniers de la République. L’armée souffre ; je viens d’employer cette somme à ses besoins. »

Napoléon se souvint de ce refus à Sainte-Hélène, et légua à Boinod une somme de 100,000 fr., par son troisième codicille du 21 avril 1821.

A cette même armée d’Italie, Boinod signe un marché ; mais il s’aperçoit que le fournisseur a trop d’avantage. Il lui dit : « Je vais faire casser le marché par le ministre, si tu ne me donnes un pot-devin ! — Comment, vous, citoyen Boinod, un pot-de-vin ! — Oui, moi, et je veux 30,000 francs. » Le fournisseur en prend l’engagement par écrit, et, sur le premier bordereau ordonnancé à son profit, Boinod écrit : « A déduire 30,000 francs que le fournisseur a promis de me donner, et qui appartiennent à la République. »,

Boinod fit partie de l’expédition d’É-gypte. Le 23 nivôse anvrii, en signant sa commission de commissaire ordonnateur, le premier consul ajouta de sa main, en marge du mémoire de proposition : « II sera écrit au citoyen Boinod une lettre de satisfaction sur le zèle qu’il a toujours montré,.sur son exacte probité, sur sa sévérité à empêcher les dilapidations, et cette lettre sera imprimée au journal officiel, B

Nommé inspecteur aux revues le 18 pluviôse suivant, il se rendit à Bourg pour la levée et l’organisation des bataillons du train d’artillerie. Il alla ensuite, dans le Valais, afin de préparer à assurer les subsistances et tes transports pour le passage du Saint-Bernard,

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II fit la campagne de l’an vm, à l’armée d’Italie, en qualité d’ordonnateur en chef. Le 25 nivôse an x, il fut nommé inspecteur aux revues, attaché à la place de Besançon.

Boinod, dans l’inflexibilité de ses principes, fut le seul de la vieille armée d’Italie qui protesta par un vote négatif contre le consulat à vie. Le premier consul ne s’en montra point offensé, et le 12 vendémiaire an xn, il l’employa près la cavalerie des camps établis sur les côtes de l’Océan. Quelque temps après, quand le peuple dut se prononcer au sujet de l’érection de l’Empire, Murât remit au premier consul le vote des corps de cavalerie et lui dit qu’il y avait un seul opposant. « Quel est-il ? demanda-t-il vivement. —C’est l’inspecteur Boinod. — Je le reconnais bien là ; c’est un quaker. »

Le 4 germinal an xn, l’Empereur comprit l’intègre Boinod sur la liste des membres de la Légion d’honneur. Boinod fit les campagnes de l’an xiv à la grande armée, et eut, le 21 juin 1806, l’inspection du 2* corps dans le Frioul.

Le 17 septembre suivant, l’Empereur fattacha au ministère de la guerre du royaume d’Italie et écrivit au vice-roi : « Je vous envoie Boinod, laissez-le faire. »

Nommé chevalier de la Couronne de Fer et officier de la Légion d’honneur, il reçut en 1808 une mission importante en Dalmatie et s’en acquitta avec le plus grand succès. Présenté pour le titre de baron lors de la création de la noblesse impériale : « Vous ne le connaissez pas, dit Napoléon en le rayant ; mais moi je le connais ; il refuserait. »

Nommé inspecteur aux revues de l’armée d’Italie, le prince vice-roi lui confia (15 mai 1809) l’intendance générale de ladite armée en Allemagne. Inspecteur en chef, par décret impé-

rial du 20 janvier 1840, il continua de servir à l’armée d’Italie.

Vers cette époque, l’armée vivait encore au moyen de réquisitions. Plusieurs des principaux habitants du pays ayant cru nécessaire de demander tin abonnement, nommèrent une députation qui devait se rendre auprès de l’Empereur à l’insu de Boinod ; mais celui-ci, en ayant eu connaissance, prit la poste et arriva à Paris un jour après les députés ; ceux-ci déjà reçus par l’Empereur, lui avaient proposé un abonnement de 17 millions auquel il paraissait disposé à consentir. Le lendemain, Boinod accourut : « Je viens, dit-il, empêcher Votre Majesté de commettre une grande faute. » Et il expose ses projets.

« Je connais les ressources du pays ; chargez-moi de cette négociation et vous obtiendrez près du double. — J’ai confiance en vos lumières et en votre probité, M. Boinod ; je vous donne mes pouvoirs, » lui dit l’Empereur. Le même jour, Eoinod va trouver les députés qui se croyaient sûrs du succès ; il les détrompe en leur disant : « L’Empereur n’a point donné son consentement. J’ai ses pleins pouvoirs ; vous ne traiterez qu’avec moi et sur les lieux. » De retour à Milan, il obtint trente-deux millions.

Comme premier administrateur de l’Italie, il lui était alloué 12 mille francs par mois pour frais de bureaux. Après quelques mois de service, il reconnut que 6 mille francs lui suffisaient, et il remboursa le surplus au trésor.

Pendant qu’il était au ministère de la guerre du royaume d’Italie, l’Empereur mit à sa disposition des fonds qui ne furent pas tous employés ; le reliquat se montait à une somme d’environ cent mille francs dont il voulut faire le versement au trésor ; mais l’Empereur s’y opposant, Boinod insista, affirmant que son traite-

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Après le départ de Napoléon pourj’île d’Elbe, Boinod qui avait protesté contre l’Empire, courut se ranger à côté de son bienfaiteur, de son ami. Abandonnant sa position, compromettant son avenir, il se rend en Suisse, y installe sa femme et ses enfants, et après avoir traversé l’Italie, il s’embarqua incognito à Piombino sur une petite barque qui conduisait des ouvriers tanneurs à l’île d’Elbe. Il débarqua, au mois d’août, àPorto-Longone ; l’Empereur s’y trouvait alors et fit à Boinod l’accueil le plus bienveillant. Le lendemain, un ordre du jour apprit aux troupes que M. Boinod était chargé en chef des services administratifs de l’île d’Elbe. L’Empereur le laissa maître" de fixer lui-même ses appointements ; ef celui qui aurait pu avoir des millions, ne voulut accepter que 3,000 francs, dont 900 francs furent consacrés à son secrétaire, et 600 à son domestique. Rayé des contrôles du corps des inspecteurs aux revues, Boinod revint en France avec l’Empereur, et fut nommé inspecteur en chef aux revues de la garde impériale. On lui alloua 40,000 francs pour frais d’installation ; mais la caisse d’un des régiments soumis à sa surveillance se trouvant à découvert d’une pareille somme, il envoya au chef du corps ces 40,000 francs en l’invitant à combler un déficit qu’il serait obligé de signaler.

Rayé de nouveau des contrôles après la seconde abdication, il fut admis à la retraite le 16 avril 1817, et se vit bientôt obligé d’accepter pour soutenir sa famille, le modeste emploi d’agent spécial de la Manutention des vivres de Paris, emploi qu’il exerça pendant douze ans. Il apporta dans ce service d’immenses améliorations qui produisirent d’importantes économies pour l’État, et une nourriture infiniment supérieure pour le soldat.

Après la révolution de juillet, nommé président de la commission des anciens fonctionnaires militaires, il donna sa démission de directeur des subsistances. Il reprit son rang comme intendant militaire dans le cadre d’activité et fut nommé commandeur de la Légion d’honneur. >

Admis de nouveau à la retraite le 27 mai 1832, il avait alors quarante ans de services effectifs, et pour toute fortune sa pension de retraite, son traitement d’officier de la Légion d’honneur, et les 50,000 francs auxquels se réduisit en réalité le legs’que lui avait fait l’Empe- » reur. Boinod était au nombre de ceux db le captif de Sainte-Hélène disait : a Si je n’avais eu que des serviteurs de cette trempe, j’aurais porté aussi haut que possible l’honneur du nom français. J’en aurais fait l’objet du respect du monde entier. »

Cet homme, taillé à l’antique, mourut à Paris le 28 mai 1842. Le corps de l’intendance, lui fit élever un modeste tombeau au cimetière du Mont-Parnasse, et lui consacra une médaille en bronze représentant ses traits avec cette inscription latine : Pure àcta œtas. Portant en exergue, sur le revers, les mots suivants : // eut l’insigne honneur de figurer sur le testament de Napoléon, et au milieu :

A Boinod, Inspecteur en chef aux revues, Le Corps de l’intendance militaire. Siège de Toulon, Italie, Égypte, Allemagne, Ile d’Elbe.

BOISSEROLLE-BOISVILLIERS (JEAN-AURELE de)[modifier]

né à Paris, le 3 septembre 1764, était fils du comte de Boisserollc, conseiller au parlement de Montpellier. Sa mère était la nièce du célèbre financier Law. Le jeune de Boisserolle reçut une éducation soignée au collège des Écossais. A seize ans, ses études étant terminées, il entra au service le 1" avril 4782 comme sous-lieutenant dans la légion dite de Luxembourg, avec laquelle il fit les guerres de 1782 et 1783 aux Indes-Orientales, ayant pour compagnon et ami le savant orientaliste Foucher. ’ De retour en France, en février 178-4/ il fut présenté à Madame, tante du roi, et le 2 avril 1785, il fit partie de la Maison du roi, en qualité de lieutenant des gardes du corps. Quand vint la Révolution et après le licenciement de la Maison du roi, le 12 septembre 1791, il émigra ; mais sa mère fut alors obligée de se cacher et ses sœurs furent emprisonnées. Cédant aux instances de son vieux père et tremblant pour le sort de sa famille, M. de Boisserolle fit taire les craintes que pouvait lui donner son titre d’émigré, rentra en France et se retira auprès de son père, dans le département du Gard, où il courut d’abord quelques dangers, au milieu de cette population exaltée. Un jourj une douzaine de paysans tirèrent sur lui en même temps, et, par une circonstance inouïe, il ne fut pas même blessé. Soit que ces hommes fanatisés aient cru à un miracle, ou pour un autre motif, leur rage se changea en enthousiasme, et quand la garde nationale du pays fut appelée à la défense des frontières des Pyrénées, ce fut M. de Boisserolle, celui-là même qu’ils avaient voulu tuer qu’ils élurent pour commandant du 8e bataillon des volontaires du Gard (1" novembre 1793).

Arrivé en Catalogne, les connaissances supérieures qu’il possédait dans les mathématiques et le dessin, le firent naturellement choisir pour faire partie du corps du génie. Il fut nommé tout d’abord adjudant à l’état-major général de l’armée des Pyrénées-Orientales.

De retour à Paris, en 1797^ il entra dans l’état-major, où il resta jusqu’au moment où il partit pour l’expédition d’Égypte, avec le général Bonaparte, en qualité de lieutenant du génie ; il en revint avec le grade de capitaine.

Lors de l’organisation de la gendarmerie, M. de Boisserolle fut nommé chef d’escadron dans la 24" légion du département des Bouches-du-Rhône (Marseille), poste pénible et périlleux dans ces temps, où des bandes armées infestaient les routes, dévalisaient les courriers et livraient souvent des combats acharnés à la gendarmerie*

Peu après il fut appelé à Paris pour assister au couronnement de l’Empereur. C’est à cette époque, 25 prairial an xu, qu’il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur. Il fut ensuite envoyé à Gô-nes, pour y organiser la gendarmerie ; il rentra ensuite dans l’armée active, fit les campagnes d’Italie, d’Allemagne, de Prusse et de Pologne, et enfin lit partie de l’expédition de Russie. Il venait d’être promu au grade de général de brigade, 4 juillet 1813, après une affaire dans laquelle il s’était particulièrement distingué. Chargé de s’emparer d’un village et de le brûler, s’il ne pouvait s’y maintenir, il s’en empara, bien qu’il n’eût sous ses ordres que peu de monde et ne perdit pas un seul homme. En récompense de ce fait d’armes, l’Empereur le nomma officier de la Légion d’honneur, le 31 juillet 1813.

A Moscou, il reçut le titre de barpn de l’Empire, titre dont, par modestie, jamais il ne se para. Pendant la retraite, il fut abandonné au pied d’un arbre, où il serait mort sans l’humanité d’un grenadier qui lui desserra les dents avec la lame de son couteau, et fit couler sur ses lèvres la dernière goutte d’eau-de-vie qu’il possédait. Ses yeux s’étant entr’ouverts, le brave grenadier courut au bivouac, y prit une brouette, l’y coucha en travers et le rapporta au camp. Ce fut un regret de tous les instants de la vie du général de Boisserolle de n’avoir pu retrouver l’homme qui lui avait sauvé la vie. Malheureusement cette vie devait être désormais bien douloureuse, puisqu’il avait eu les pieds gelés. Aussi ne put-il assister à la désastreuse journée de Waterloo, -où la gloire française sembla rendre le dernier soupir ; et. quand Louis XVIII, en lui envoyant la croix de Saint-Louis, voulut lui confier le commandement du dépôt du Calvados, auquel Napoléon l’avait précédemment appelé, il dut répondre à cette haute faveur par la demande de sa retraite, qu’il obtint le 9 septembre 1815.

De 1815 au l*r février 1829, époque de sa mort, le général de Boisserolle se livra avec une ardeur juvénile à l’étude d’une langue qui avait été la passion constante de sa vie, pendant les courts loisirs que lui laissèrent toutes les campagnes auxquelles il prit part. Il fit une grammaire et un dictionnaire sanscrit. Ce travail fabuleux fut le résultat de la connaissance approfondie qu’il avait, non-seulement des langues européennes vivantes, mais de toutes les langues mortes. Un secrétaire infidèle’fit ’disparaître, à la mort du général, un ou-’ vrage auquel il ne semblait pas que la vie d’un homme pût suffire. Les deux ouvrages ont été publiés à l’étranger, sous un autre nom que celui de l’auteur.

M. le général de Boisserolle tenait, par sa famille, à toutes les illustrations de l’époque ; on y comptait les Lauris-ton, Boncelot, La Fare, Genestons, etc., etc. Il ne s’en prévalut jamais que pour rendre service à ses amis à qui sa bourse

fut toujours ouverte. Aussi, tandis que tant d’autres généraux achetaient des domaines, où ils allaient se reposer des fatigues de la guerre, il était réduit à traduire les ouvrages des économistes anglais, pour améliorer sa modique retraite ; il ne lui restait rien d’un beau. patrimoine.

Très - spirituel et penseur profond, M. de Boisserolle. possédait surtout cette amabilité que l’on a qualifiée d’amabilité française ; il cherchait toujours à s’eiïacer. Son goût pour la poésie et sa facilité à faire des vers ne l’empêchèrent pas d’avoir des connaissances très-étendues en mathématiques. Il avait inventé une voiture qui marchait avec rapidité, au moyen d’un mécanisme ingénieux qu’un enfant pouvait faire mouvoir. Il avait l’intention d’offrir à l’Empereur ce chef-d’œuvre ; "mais" c’était à l’époque de la machine infernale ; la politique absorbait tous les esprits, les inventeurs étaient considérés comme des utopistes. Fulton lui-même fut repoussé et dut porter aux États-Unis ses admirables secrets. Les amis de M. de Boisserolle, parmi lesquels était le prince Eugène, l’engagèrent d’attendre des circonstances plus favorables.

Imbu dans sa jeunesse des doctrines de d’Alembert, Diderot, Rousseau, Voltaire, etc., l’expérience des hommes et des choses le conduisit, sur la fin de sa vie, à revenir sincèrement aux sentiments d’un philosophe chrétien.

BON (Louis-ANDRE)[modifier]

né à Romans en Dauphiné, le 25 octobre 1758, s’enrôla fort jeune dans le régiment Royal-Infanterie, et fit une partie de la guerre d’Amérique. — Commandant d’un bataillon de volontaires nationaux en 1792, il alla rejoindre Dugommier sur les frontières d’Espagne, fut bientôt chef de brigade, donna des preuves d’un grand courage au siège de Beilegarde et y fut nommé général de brigade. 11 était en’Italie à tous les combats où commandèrent Bonaparte etAugereau. Après la paix de Campo-Formio, il commanda la 8e division militaire (Marseille), y fit cesser les désordres causés par la réaction thermidorienne, et rendit les mêmes services àr Avignon. Nommé général de division, il partit pour l’Égypte, se distingua devant Alexandrie ; détermina la prise du Caire par l’attaque d’un poste important et contribua au triomphe inespéré de Mont-Thabor, en tournant l’ennemi attaqué de front par Kléber. Il se distingua également à la prise d’El-Arich, enleva Gaza, força Jaffa et alla périr devant les murs de Saint-Jean-d’Acre. Il se trouvait, le 10 mai 1799, à la tôte de ses grenadiers, au pied de la brèche, dans le dernier assaut livré au corps de la place, lorsqu’il reçut une blessure mortelle qui l’enleva à sa division. —Le général Bon avait toutes les qualités qui font les grands généraux.

Quatorze ans après, l’Empereur, visitant l’école militaire de Saint-Germain, demanda le nom de l’un des élèves qu’il passait en revue : c’était le fils du général Bon. — « Où est votre mère, dit Napoléon. — A Paris, à un quatrième étage, où elle meurt de faim. »

Ce long et involontaire oubli fut réparé à l’instant même ; la veuve du général illustre reçut une dotation, et le fils fut créé baron de l’Empire avec une autre dotation.

BONAMY (CHARLES-AUGUSTE-JEAN-BAPTISTE-LOUIS-JOSEPH)[modifier]

né à Fontenay-le-Comte en 1764. Il s’enrôla en 1791 dans le premier bataillon des volontaires de la Vendée ; fut nommé en 1792 sous-lieutenant de cavalerie, et fit en cette qualité les campagnes de Belgique et de Champagne, sous Dumouriez. Après la défection de ce général, il passa en Vendée, d’où il revint en 1794, avec le général Marceau. Bientôt après, Kléber le fit son chef d’état-major, et il se distingua dans plusieurs occasions, notamment au siège de Mayence (octobre 179b). Accusé en 1796, d’avoir favorisé les approvisionnements de la garnison autrichienne d’Eh-renbreitstein, que les Français tenaient bloquée, il parvint à se disculper, mais il cessa d’être employé pendant deux ans. Cependant, en 1798, il suivit à Rome le général Championnet, qui le choisit pour son chef d’état-major ; nommé alors général de brigade, il se distingua dans la rapide invasion du royaume de Naples ; mais, accusé de nouveau d’avoirpris part aux abus qui causèrent la disgrâce du général en chef, il fut arrêté et ne dut sa liberté qu’à la Révolution qui renversa une partie des Directeurs. Ce fut à cette époque qu’il publia, sous le titre de Coup d’œil rapide sur les opérations de la campagne de Naples jusqu’à l’entrée des Français dans cette ville, un ouvrage, dont le but principal était sa justification, mais qui offre cependant quelques renseignements utiles pour l’histoire. Il était encore en Italie en 1800, et il eut quelque part au triomphe de Marengo.

Le général Bonamy fit partie de l’expédition de Russie et s’y distingua dans plusieurs occasions ; mais ce fut surtout à la bataille de la Moskowa qu’il s’illustra par l’un des plus beaux faits d’armes de cette guerre. Ayant reçu l’ordre d’attaquer, au centre de l’armée russe, la terrible redoute où quarante pièces de canon vomissaient incessamment la mort ; il se mit à la tête du 30e régiment, essuya de nombreuses décharges de mitraille, perdit la moitié de sa troupe, et devint, avec le reste, maître du redoutable retranchement. Mais, attaqué aussitôt par d’innombrables masses d’infanterie, il voulut encore résister, vit tomber à ses côtés le dernier de ses soldats, fut lui-même percé de vingt coups de baïonnette et laissé pour mort sur le champ de bataille. Il tomba au pouvoir des Russes, qui le gardèrent vingt-deux mois prisonnier. Il revint en France en 1814. Après le retour de Napoléon, le général Bonamy fut nommé député au Champ de Mai, et lorsque l’armée se retira derrière la Loire, il fut chargé d’y conduire tous les dépôts et magasins, qu’il réussit ainsi à conserver à la France.

Resté sans fonctions après le licenciement, il rentra dans la vie privée et mourut en septembre 1830.

A Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 BONAPARTE