Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BISET, Charles-Emmanuel

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BISET (Charles-Emmanuel), peintre de genre, de portraits, de fêtes galantes, etc., né à Malines en 1633 ou 1634. La ressemblance du genre qu’il adopta avec celui de Gonzalez Coques et la coïncidence des dates, a fait considérer ce dernier comme le maître de notre artiste ; mais on n’a, sur ce point, aucun renseignement authentique. Ce qui paraît être certain, c’est que Biset se rendit en France et que son talent fut fort apprécié à Paris ; il y exécuta, dit-on, plusieurs compositions pour la cour et les seigneurs du temps. Il se fatigua cependant du séjour à l’étranger et, revenu dans sa patrie, entra au service du gouverneur général des Pays-Bas, le comte de Monterey, pour lequel il travailla presque exclusivement pendant quelque temps. Vers cette époque, il alla s’établir à Anvers, s’y maria, fut admis dans la corporation de Saint-Luc, en devint doyen, en 1674, et fut, en même temps, appelé à la direction de l’Académie. Divers témoignages assurent que la vie de Biset était fort désordonnée ; il gagnait beaucoup, dit-on, mais ne savait rien conserver, ni par son activité ni par son ordre. Sa paresse était si grande, ajoute-t-on, que parfois il restait alité pendant plusieurs jours. Ses œuvres portaient alors la marque de ses vices, car malgré l’art avec lequel elles étaient composées, il y en avait, parmi elles, qui soulevaient le cœur. Hâtons-nous de dire que ces détails sont extraits de Campo Weyerman, qui prétend avoir parfaitement connu Biset et qui, à propos de cet artiste, s’étend avec complaisance sur certaines anecdotes scandaleuses trop abondantes dans son livre et que nous soupçonnons être sorties, pour la plupart, du cerveau de l’auteur hollandais. Il nous parait difficile de concilier les travaux assez abondants de Biset, son talent soigné, spirituel, la collaboration d’artistes distingués, tels que Van Ehrenberg et Hemelraet, la place qu’il occupa auprès du comte de Monterey, celle qui le mit à la tète de l’Académie d’Anvers, et enfin la dignité de doyen de Saint-Luc, il nous paraît difficile, disons-nous, de concilier ces divers témoignages d’une existence active et honorée avec la réputation de paresse, d’ivrognerie, d’immoralité que lui donne Weyerman, et, qu’après celui-ci, ont répétée Descamps et même Immerzeel. Quelques témoignages sérieux, cependant, peuvent être invoqués à l’appui de ces fâcheuses assertions. Le premier et le plus important est le choix de certains sujets, de ces compositions libres qui, évidemment, n’attestent ni un goût relevé ni des sentiments de moralité ; ensuite Biset, resté veuf de sa première femme, dont il avait eu son fils Jean-Baptiste, contracta un second mariage peu digne de son rang : il épousa sa servante. C’est encore Weyerman qui raconte comme quoi la publicité donnée à cette union que le peintre voulait tenir secrète, le poussa à l’ivrognerie, au point qu’il s’endetta de façon à être passible de la prison. Il fut tiré de ce mauvais pas, ajoute le même auteur, d’une manière fort inespérée. Le fils d’un boutiquier de Breda, ayant du goût pour la peinture, vint à Anvers avec son père, qui paya les dettes de Biset et l’emmena dans sa ville natale pour donner des leçons à son fils. Le peintre flamand logea chez le marchand de Breda et finit ses jours dans cette maison aussi pauvre et aussi misérable que possible. Le jour ne s’est donc pas fait complètement sur la vie de Biset. Il est à supposer que cette vie fut loin d’être irréprochable, mais le grand nombre de fables inventées par Weyerman et d’autres, doit rendre méfiant et nous autorise à croire que le tableau des vices de Biset est considérablement chargé. Si l’on a beaucoup accusé sa manière de vivre, par contre on a rendu justice à son talent, à cette composition abondante et spirituelle, cette touche fine, ce pinceau agréable, ces figures avenantes, ces accessoires richement ordonnés. Son coloris, parfois brillant, est souvent un peu gris, son dessin manque de correction. Dans certains tableaux de diableries ou scènes de sorcières, il déployait, parait-il, une imagination aussi originale que bizarre et variée. Le Musée de Rotterdam possède de lui un riche Intérieur flamand avec de nombreuses figures que l’on croit être des portraits. Mais c’est à Bruxelles, au Musée royal, que l’on peut admirer le chef-d’œuvre du maître. C’est un tableau historique digne d’être décrit. Il avait été commandé au peintre par les syndics de l’ancienne confrérie de Saint-Sébastien d’Anvers, et les portraits des membres de la corporation devaient tous s’y trouver. Biset imagina de représenter Guillaume Tell s’apprêtant à abattre la pomme placée sur la tête de son fils, afin de pouvoir revêtir les archers anversois du pittoresque costume suisse et de choisir, en même temps, un épisode qui rappelât le but des réunions des membres de la confrérie. Il remplaça seulement l’arbalète du héros suisse par l’arc de la gilde anversoise. Ce tableau, acquis de M. Nieuhenhuys, en 1862, ornait autrefois la salle des réunions de la confrérie de Saint-Sébastien, à Anvers. L’architecture en est peinte par Guillaume van Ehrenberg et le paysage par Hemelraet. Van Ehrenberg n’ayant été reçu dans la corporation de Saint-Luc qu’en 1662, et Hemelraet étant mort en 1668, c’est entre ces deux époques que le tableau de Guillaume Tell a dû être peint, c’est-à-dire alors que Biset était dans toute la force de l’âge et du talent.

Ad. Siret.