Bon sang ne peut mentir/12
XII — BON SANG NE PEUT MENTIR.
Trois jours après, le missionnaire arrivait au centre de la colonie, accompagné de ses deux protégés. Une douce surprise était réservée aux deux enfants. Jean Rollais n’était pas mort. Abattu par la hache de l’ennemi, laissé pour mort, il avait repris connaissance quelques heures après la mêlée et gravement blessé, il avait péniblement regagné Montréal. Mais le brave colon n’était plus qu’une ombre de lui-même. Les chagrins et les douleurs avaient courbé ses épaules et tracé sur son noble front des rides profondes. En deux mois, il avait vieilli de dix ans.
Lorsqu’il revit, épuisés par les souffrances de toutes sortes, les deux êtres qu’il aimait tant et dont il pleurait la mort, il crût à un rêve, et craignait à chaque instant de se réveiller à la triste réalité. Les deux enfants, qui se considéraient orphelins et seuls ici-bas se jetèrent dans ses bras et pleuraient de bonheur. Jean Rollais était fier de son enfant. Le sang des anciens chevaliers n’était pas dégénéré. La valeur française allait enfanter des héros sur la terre nouvelle. Bon sang ne saurait mentir !
Une scène émouvante, ce fut celle qui les réunit le lendemain auprès de l’autel du Dieu très haut. Jean Rollais avait voulu que la messe fut dite pour le repos de l’âme de sa sœur dévouée. Tous les trois reçurent le Pain des forts.
Devant le ciboire ouvert, le missionnaire ne put retenir son émotion. Deux larmes coulèrent sur ses joues amaigries, et tombèrent sur le corporal, pendant qu’il murmurait, les yeux fixés sur les saintes espèces blanches dans le ciboire d’or.
Mais alors, les pères étaient des saints et les enfants des héros.