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Brumes de fjords/La Genèse profane

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Brumes de fjordsLemerre (p. 115-118).
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LA GENÈSE PROFANE




I. — Avant la naissance de l’Univers, existaient deux principes éternels, Jéhovah et Satan.

II. — Jéhovah incarnait la Force, Satan la Ruse.

III. — Or, les deux grands principes se haïssaient d’une haine profonde.

IV. — En ce temps-là, régnait le Chaos.

V. — Jéhovah dit : « Que la lumière soit. » — Et la lumière fut.

VI. — Et Satan créa le mystère de la nuit.

VII. — Jéhovah souffla sur l’immensité et son haleine fît éclore le Ciel.

VIII. — Satan couvrit l’implacable azur de la grâce fuyante des nuages.

IX. — Des mains laborieuses de Jéhovah surgit le printemps.

X. — Satan rêva la mélancolie de l’automne.

XI. — Jéhovah conçut les formes robustes ou sveltes des animaux.

XII. — Sous le furtif sourire de Satan, jaillirent les fleurs.

XIII. — Jéhovah pétrit de l’argile. Et, de cette argile, il fit l’homme.

XIV. — De l’essence même de cette chair fleurit, idéalisée, la chair de la Femme, œuvre de Satan.

XV. — Jéhovah courba l’homme et la femme sous la violence et l’étreinte.

XVI. — Satan leur apprit la subtilité aiguë de la caresse.

XVII. — Jéhovah forma de son haleine l’âme d’un Poète.

XVIII. — Il inspira l’Aède d’Ionie, le puissant Homère.

XIX. — Homère célébra la magnificence du carnage et la gloire du sang versé, la ruine des villes, les sanglots des veuves, les flammes dévastatrices, l’éclair des épées et le choc des combats.

XX. — Satan s’inclina, vers le couchant, sur le repos de Psapphâ, la Lesbienne.

XXI. — Et elle chanta les formes fugitives de l’amour, les pâleurs et les extases, le déroulement magnifique des chevelures, le brûlant parfum des roses, l’arc-en-ciel, trône de l’Aphroditâ, l’amertume et la douceur de l’Erôs, les danses sacrées des femmes de la Crète autour de l’autel illuminé d’étoiles, le sommeil solitaire tandis que sombrent dans la nuit la lune et les Pléiades, l’immortel orgueil qui méprise la douleur et sourit dans la mort et le charme des baisers féminins rythmés par le flux assourdi de la mer expirant sous les murs voluptueux de Mitylène.




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