Bulletins d’arboriculture, de floriculture et de culture potagère/Bigarreau noir tardif

Le Bigarreau noir tardif
C’est la première planche que nous consacrons à ce genre de fruits dans notre publication. Nous sommes heureux de pouvoir l’étrenner en reproduisant une variété bien précieuse.
On sait que le genre Bigarreau est le plus propre à la culture commerciale, et le seul qui supporte facilement l’exportation au loin. La grande beauté, la fertilité et les excellentes qualités de ce bigarreau avaient fixé depuis longtemps notre attention. À l’École pénitentiaire de Ruisselede, où nous sommes chargé du cours de culture, se trouvent plusieurs très forts arbres de cette variété, mais elle y figurait sous une fausse dénomination.
C’est en étudiant cette année le Bigarreau en question dans les ouvrages de nos maîtres en pomologie, MM. Mas et de Mortillet, que nous avons pu la déterminer. En visitant avec nous l’atelier de notre artiste M. De Pannemaeker où la planche figurée ici recevait le tirage du dernier rehaut, le savant président du Congrès pomologique, M. Mas, a immédiatement reconnu l’identité du portrait. Nous avons là une preuve concluante que le fruit est bien déterminé, ce qui n’est pas toujours chose facile ; ceux qui ne sont pas de la profession pourraient seuls en douter.
Le fruit est gros, arrondi, un peu conique vers l’extrémité, sillon bien marqué. La peau est lisse, brillante, passant graduellement du rouge cerise au noir le plus sombre. Notre planche le représente exactement dans ses degrés successifs de maturité.
La chair est rouge, pourpre et noire à la maturité complète ; elle est ferme, serrée, mais fondante, jus rouge ou pourpre, très sucré, abondant, relevé d’un parfum exquis. L’arbre est vigoureux, à branches dressées, formant une couronne conique arrondie. Il est d’une fertilité surabondante. M. de Mortillet déclare que l’origine de ce fruit est inconnue, qu’il a pour synonyme le nom de Bigarreau noir (Poiteau) et qu’à Besançon, d’où il l’a reçu, il portait le nom de Cerise des Carmélites. Nous pensons que notre variété n’offrira pas de grandes différences avec le Bigarreau des Capucins cultivé dans le Limbourg belge.
Le Bigarreau noir tardif mérite d’être répandu partout. Il rendra de grands services là où on veut s’adonner à la culture d’exportation, culture qui s’implante de plus en plus dans nos Flandres. Nous connaissons déjà des plantations exclusivement faites en bigarreaux. Celui que nous venons de décrire a le grand avantage de mûrir successivement. Aux Écoles de réforme on commence à le cueillir quand il est rouge foncé, fin juin, commencement de juillet et ainsi successivement, jusqu’à la fin du mois. Cette année, le 25 juillet, les arbres étaient encore bien chargés de fruits, à différents degrés de maturité.