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Catéchisme d’économie politique/1881/14

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Texte établi par Charles Comte, Joseph GarnierGuillaumin (p. 83-90).
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CHAPITRE XIV.

De l’importation et de l’exportation des marchandises.


Qu’entend-on par l’importation des marchandises ?

L’importation est une opération commerciale par laquelle un produit est acheté à l’étranger et apporté dans notre pays.

Qu’entend-on par l’exportation ?

C’est une opération par laquelle un produit est acheté dans notre pays et envoyé à l’étranger.

Les commerçants qui se chargent de ces opérations sont-ils des nationaux ou des étrangers ?

Ils sont indifféremment nationaux ou étrangers, selon leurs goûts, leurs talents, et les capitaux qu’ils peuvent employer à ces opérations.

Comment les marchandises exportées d’un pays lui sont-elles payées ?

Par les marchandises importées. Un exemple le fera comprendre. Un commerçant français ou américain, ou tout autre, donne l’ordre à un commissionnaire français d’acheter en France et d’expédier aux États-Unis pour 20,000 francs de soieries. Arrivées aux États-Unis, ces soieries se vendent 25,000 francs, je suppose. Le commerçant, entrepreneur de cette opération, donne l’ordre à son correspondant américain d’employer cette somme en achats de cotons, et d’expédier ces cotons en France, où ils se vendent 30,000 francs.

L’entrepreneur, avec le produit des cotons, paye les soieries au fabricant français, et l’excédent sert à payer les frais de l’opération et les propres soins de l’entrepreneur qui font partie de ses avances.

N’aurait-il pas été plus avantageux pour la France que le commerçant eût fait revenir la valeur des soieries en métal d’argent plutôt qu’en coton ?

L’intérêt de la France, dans cette occasion, n’était pas différent de celui du négociant qui l’a entreprise. L’un et l’autre devaient désirer que la valeur des retours fût la plus grande qu’il était possible ; des cotons qui valent en France 30,000 francs sont, pour le pays comme pour les particuliers qui les font venir, une richesse plus grande que des piastres qui n’auraient valu que 29,000 francs.

Cependant il semble que des piastres frappées en monnaie française auraient fourni un capital plus durable que du coton ?

Vous devez vous rappeler qu’un capital n’est pas plus ou moins durable en raison de la matière où sa valeur est logée, mais bien en raison de l’espèce de consommation qu’on en fait. Un filateur de coton ne perd aucune portion de son capital quand il transforme de l’argent en coton, tandis qu’il dissipe une portion de ses capitaux productifs lorsqu’il transforme une partie des marchandises de son magasin en vaisselle d’argent ou en bijoux[1].

Cependant un pays qui exporterait du numéraire, et qui ne recevrait pas le métal dont on le fait, ne verrait-il pas sa monnaie devenir plus rare et toutes ses ventes plus difficiles ?

Le numéraire deviendrait plus rare, à la vérité, si le métal dont on le fait devenait lui-même plus rare ; mais il n’en résulterait pas que les ventes fussent plus difficiles ; car, de même que toute autre marchandise, l’argent devient plus précieux en devenant plus rare ; et il peut se trouver moins d’onces d’argent dans la circulation, sans qu’il s’y trouve moins de valeurs, si chaque once de métal vaut davantage. Comme on ne recherche pas le numéraire pour le consommer, mais pour acheter, sa valeur importe peu ; le marchand qui en reçoit en moins grande quantité pour ce qu’il vend, en donne à son tour en moins grande quantité pour ce qu’il achète. L’or est bien plus rare que l’argent ; néanmoins, dans les pays où l’on se sert de monnaie d’or, comme en Angleterre, on ne remarque pas que les affaires soient plus difficiles que dans les pays où l’on a des monnaies d’argent. Nous sommes, par la même raison, fondés à croire que si, par impossible, l’argent devenait en France quinze fois moins abondant qu’il n’est à présent, nous ne serions encore qu’au point où se trouvent les nations qui se servent de monnaie d’or ; chaque once d’argent valant quinze fois autant qu’elle vaut à présent, remplacerait quinze onces dont on se sert actuellement.

La quantité d’argent peut-elle être réduite à ce point par l’effet des opérations commerciales ?

Jamais, parce que le commerce lui-même trouve son profit à apporter de l’argent dans un pays où il a une valeur même très peu supérieure à celle qu’il a dans un autre pays.

Peut-on par des prohibitions faire entrer dans un pays plus d’or et d’argent que n’en réclament les besoins de ce pays ?

C’est impossible, parce que, du moment qu’il y a quelque part plus d’argent que n’en réclament les besoins, sa valeur décline par rapport à celle de toutes les autres marchandises. Si notre pays possède la quantité de métaux précieux que réclament ses besoins, les négociants qui en feraient venir n’obtiendraient pas en échange une aussi grande quantité des objets qui doivent composer leur retour, ils perdraient ; or, aucune loi ne peut forcer un négociant à entreprendre une opération de commerce qui donne de la perte.

Que concluez-vous de ces considérations ?

Que ce ne sont point les lois, mais la seule influence des prix qui fait entrer dans un pays l’or et l’argent, ou qui les en fait sortir.

Nous ne devons donc pas craindre de voir notre pays s’épuiser de numéraire par ses achats de marchandises étrangères ?

Cette crainte serait chimérique. De toute manière, un pays ne peut acquérir les produits étrangers qu’avec ce qu’il produit lui-même ; lorsque même il les paye en argent, il ne les acquiert qu’avec des produits de son sol, de ses capitaux et de son industrie ; car ce sont ces produits qui lui servent à acquérir l’argent dont il les paye.

Qu’est-ce que la balance du commerce ?

C’est l’état des exportations d’un pays comparé avec l’état de ses importations.

Si l’on pouvait avoir de pareils états exacts, qu’est-ce qu’ils apprendraient ?

Ce qu’une nation gagne annuellement dans son commerce avec l’étranger. Elle gagne d’autant plus que la somme des produits qu’elle importe surpasse la somme des produits qu’elle exporte.

Sur quel motif appuyez-vous cette conséquence ?

Dans nos relations d’affaires avec les nations étrangères, la nôtre ne saurait perdre ou gagner que ce que nos compatriotes perdent ou gagnent dans ces mêmes relations. Or, nos compatriotes gagnent d’autant plus que la valeur des retours qu’ils reçoivent surpasse davantage la valeur des marchandises qu’ils ont expédiées au dehors.

Pourquoi beaucoup de personnes croient-elles au contraire que le gain d’un pays se compose de l’excédent de ses exportations sur ses importations ?

Parce qu’elles ignorent les procédés du commerce et les sources d’où provient la richesse des nations.

Si nous gagnons dans notre commerce avec une autre nation, faut-il que cette nation perde ce que nous gagnons ?

Nullement ; les marchandises que nous lui expédions sont évaluées par le négociant qui en fait l’envoi, sur le pied de ce qu’elles coûtent à ce négociant ; la nation qui les reçoit les évalue sur le pied de la valeur qu’elles ont après avoir été transportées chez elle. De même, elle évalue celles que nous tirons de son pays, en raison de la valeur qu’elles ont chez elle, et non en raison de la valeur qu’elles ont chez nous. Ses importations peuvent donc excéder ses exportations, et les nôtres présenter le même résultat. Les choses arrivent même généralement ainsi ; toutes les espèces de relations commerciales sont mutuellement avantageuses ; car personne n’est forcé à faire des affaires, et il n’est aucun pays où l’on consente, d’une manière suivie, à en faire pour y perdre.



  1. En se reportant au chapitre V (des Capitaux), on verra comment les capitaux se perpétuent, quoique composés de matières fugitives. On verra également que la majeure partie des monnaies d’or et d’argent, quoique composées de matières durables, ne font pas partie des capitaux d’un pays.