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Catéchisme du curé Meslier/Partie 2

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SECONDE PARTIE.


Réponses catégoriques aux principales demandes du Catéchisme de Montpellier.




Demande. Donnez-nous une idée des vérités de la Religion.

Réponse. Ces vérités-là ne sont pas bonnes à dire.

D. À combien de parties peut-on réduire toutes les vérités de la Religion ?

R. Il n’y auroit pas de quoi en former un volume bien gros.

D. Sommes-nous certains qu’il y a un Dieu ?

R. Pas autant que de la Géométrie d’Euclide & de l’Arithmétique de Barrême.

D. Par quelles raisons pouvons-nous nous convaincre qu’il y a un Dieu ?

R. Ce ne seroit pas par celles qu’on tireroit du mal physique & moral.

D. Pourquoi est-il parlé dans l’Écriture des bras, des jambes, des mains, des pieds de Dieu ?

R. Parce que si les Singes se faisoient un Dieu, ils le feroient velu à l’image d’un Singe.

Le Roi d’Angleterre, Jean Sans-Terre, prioit par les dents de Dieu.

D. N’est-il pas parlé aussi dans la même Écriture-Sainte que Dieu se met en colere ?

R. Oui, sans doute, & en plus d’un endroit ; ce qui prouve que quand on veut parler de ce qu’on ne peut connoître, on s’expose à bien des contradictions & à bien des inconséquences.

D. N’y a-t-il qu’un Dieu ?

R. Cette question n’est gueres philosophique & ne mériteroit pas de réponse. L’Église dit qu’il n’y en a qu’un, mais en même temps elle a trouvé en lui assez d’étoffes pour en tailler trois dans le besoin. Elle en a fait un polype.

D. N’est-ce pas manquer de raison que de croire ce qu’on ne comprend pas ?

R. Qui vous dit le contraire ?

D. Sommes-nous certains que Dieu a révélé le Mystere de la Sainte Trinité ?

R. Autant qu’on peut l’être d’une absurdité.

D. Comment Dieu se fait-il connoître hors de lui-même ?

R. C’est une énigme dont les Prêtres se vantent d’avoir le mot ; ils sont plus hardis que les Philosophes.

D. Quels sont les ouvrages de Dieu ?

R. Si les Prêtres en sont, & si l’œuvre fait connoître l’ouvrier, il faut avouer que Dieu n’a pas toujours fait de bonne besogne.

D. Est-ce le Pere, ou le Fils ou le Saint Esprit qui a fait le monde ?

R. Ils n’étoient pas trop de trois pour le faire.

D. Pourquoi Dieu a-t-il créé le Ciel & la Terre ?

R. Dieu n’a pas de compte à rendre.

D. Comment Dieu a-t-il fait le Ciel & la Terre ?

R. Le comment n’est pas plus aisé à expliquer que le pourquoi. Nous n’en finirons pas, si vous exigiez le comment & le pourquoi de la Religion.

D. Il y a-t-il long-temps que Dieu a créé le Ciel & la Terre ?

R. Les Chronologistes le mettent à l’ouvrage, les uns plutôt, les autres plus tard ; quelques-uns, pour ne pas se tromper dans des calculs aussi difficiles, font le monde éternel & coupent ainsi le nœud.

D. Combien de temps Dieu a-t-il employé pour faire le monde ?

R. Tout juste une semaine entiere.

D. Qu’est-ce que les Anges ?

R. Ce sont des êtres mixtes, des animaux amphibies, moitié Dieux, moitié hommes, ce sont les Commissionnaires du vieux Pere Éternel. On les prendroit pour de mauvaises copies des demi-dieux de la mythologie profane.

D. Les Anges sont-ils nus ou habillés ?

Réponse de Jeanne d’Arc dans son interrogatoire, à Rouen : — pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi les vêtir. —

D. En quoi consiste la vie éternelle ?

R. Quand nous y serons, nous le saurons.

D. Qu’est-ce que les démons ?

R. Suivant Côme Ruggeri, les Démons ne sont que les ennemis que chacun a : & qui n’en a pas ?

D. Les Démons sont-ils tous en Enfer ?

R. Hélas ! non. Il y a sur la terre des Démons mâles & femelles, des Démons domestiques, des Démons politiques, des Démons Ecclésiastiques ; & ces derniers sont les pires de tous.

D. Qu’est-ce que l’Enfer ?

R. Quand nous y serons, nous le saurons.

D. Quelle est la Créature la plus parfaite ?

R. L’homme ne manquera de s’écrier : c’est moi.

D. Comment est-ce que Dieu forma l’Homme ?

R. Encore un comment ! mais comment peut-on faire cette question ?

D. Qu’est-ce que l’Ame ?

R. Quand on m’aura bien expliqué le Méchanisme du Corps, je pourrai dire ce que c’est que l’ame.

D. Qu’est-ce que l’arbre de vie & celui de la science du bien & du mal dont parle la Genese ?

R. C’est peut-être l’emblême d’une chose dont le mot propre feroit rougir une Vierge.

D. Comment le Démon séduisit-il Eve ?

R. Comme on est venu à bout, depuis, de toutes les autres femmes qu’on a attaqué.

D. Qu’étoit-ce le déluge ?

R. Ce ne fut pas le plus beau miracle du Pere des miséricordes.

D. Qui étoit Noé ?

R. Noé est le pere des ivrognes, comme Adam est celui des cocus. L’un se fit montrer au doigt par ses enfants, & l’autre se laissa coîffer par sa femme ; tous deux modeles, dignes de ceux qui les offrent & de ceux à qui on les offre.

D. Que signifie l’Arche de Noé (dans le style figuré) ?

R. L’Arche de Noé représente l’Église.

D. Qu’est-ce que la Tour de Babel (toujours dans le style figuré) ?

R. La Tour de Babel est encore le Symbole de l’Église où l’on parle sans s’entendre & l’ambition est sans comble.

D. Qui étoit Abraham ?

R. Le pere des Croyans. Sa famille diminue de jour en jour & va bientôt s’éteindre.

D. Qu’est-ce que le Sacrifice d’Isaac ?

R. Une atrocité : une mere dit à ce sujet que Dieu n’auroit point commandé un tel sacrifice à une mere : une Juive, ou une dévote cependant en auroit été capable.

D. Que fit Joseph avec la femme de Putiphar ?

R. Il ne fit rien.

D. Qui étoit Moïse ?

R. Le plus habile & le moins heureux des trois imposteurs.

D. Que signifie l’agneau Paschal ?

R. Un enfantillage. Quelques personnes y ont entrevu la conduite des Prêtres, qui, vêtus de la toison des brebis confiées à leurs soins, égorgent pour s’en nourrir le troupeau dont ils se disent impudemment les Pasteurs, & dont ils ne sont que les bouchers.

D. Que signifie le passage de la Mer rouge ?

R. Un miracle pour les sots ; une sottise pour les gens sensés.

D. Que signifie la Mane ?

R. Idem.

D. Que fit Moïse sur la Montagne de Sinaï ?

R. Il y composa mille drogues qui resteroient aujourd’hui sans acheteurs.

D. Comment vécut David ?

R. Comme ont vécû depuis tous les Rois libertins & tyrans.

D. Comment vécut Salomon ?

R. Voyez le Cantique des Cantiques.

D. Qu’étoient les Prophêtes ?

R. Des frippons ou des sots.

D. Qu’étoit Job ?

R. L’image de bien des gens.

D. Que sont les prophéties ?

R. Sunt verba & voces, prætereà que nihil, comme l’ancienne musique française.

D. Qu’étoit Jesus-Christ ?

R. Le fils putatif d’un compagnon charpentier.

D. Qu’étoit la Vierge ?

R. La femme putative d’un Charpentier.

D. A-t-elle toujours été Vierge ?

R. Autant qu’on peut l’être, quand on a eu un enfant.

D. Et S. Joseph, qu’étoit-il ?

R. Ce que sont encore tous les jours maints époux qui ne croient pas lui ressembler tant.

D. Pourquoi Jesus-Christ voulut-il naître dans une étable ?

R. L’étable où il naquit étoit une figure caractéristique de son Église ; le bœuf, l’âne, les Pasteurs & les Rois mulâtres représentoient ceux qui devoient un jour entrer dans le giron de l’Église.

D. Que savons-nous sur l’enfance de J. C.

R. Rien ; & vraisemblablement à en juger d’après ce qu’il fit dans son adolescence jusqu’à sa mort hâtive, nous n’y perdons pas grand’chose.

D. Quelle vie mena J. C.

R. Une vie qui ne lui mériteroit aujourd’hui qu’une loge aux petites maisons, ou un lit aux incurables.

D. Que fit J. C.

R. Ce qu’on ne s’avisera pas de faire de si tôt ; il lui en a trop coûté.

D. Qu’entendez-vous par ces paroles : J. C. se transfigura.

R. J’entends un petit tour de Comus, qui ne prendroit plus aujourd’hui.

D. Qu’est-ce que la Passion de J. C.

R. Le supplice d’un fanatique plus à plaindre qu’à blâmer, qui méritoit plus de pitié que de courroux.

D. Que fit J. C. sur la Croix ?

R. Il rendit l’esprit, & ce ne fut pas le moment le plus douloureux de son supplice.

D. Quels furent les prodiges arrivés à la mort de J. C. ?

R. Le plus grand de ses prodiges, c’est qu’on en parle encore.

D. Pourquoi Dieu a-t-il voulu mourir d’une maniere si ignominieuse ?

R. Ne lui en sachons pas tant de gré ; le genre de sa mort n’étoit peut-être pas à son choix.

D. Quels bienfaits J. C. nous a-t-il procuré par sa mort ?

R. Quand ce ne seroit que le massacre de la S. Barthelemi & l’établissement de la sainte Inquisition.

D. Qu’entendez-vous quand vous dites que J. C. est mort ?

R. J’entends un trait d’histoire fort ordinaire.

D. Jesus-Christ est-il ressuscité ?

R. Ce n’est plus ici un trait historique ; cette question appartient à la mythologie moderne, qui, par parenthese, ne vaut pas son aînée.

D. Après sa Résurrection, à qui Jesus-Christ s’est-il montré ?

R. La premiere personne dont il se laissa toucher, fut une femme.

D. Jesus-Christ n’est-il plus sur la terre ?

R. La meilleure partie de lui-même, son esprit intolérant & fanatique, y est toujours.

D. Quelle place Jesus-Christ occupe-t-il dans le Ciel ?

R. On le fait asseoir à la droite de son Pere.

D. Dieu a-t-il une main droite ?

R. Le croyez-vous manchot ? Ses Substituts ne le sont pas du moins.

D. Pourquoi dites-vous que Jesus-Christ est assis dans le Ciel ?

R. Un Dieu même ne pourroit pas être debout pendant toute l’éternité.

D. Pourquoi dites-vous que Dieu est notre pain ?

R. Parce que nous le mangeons à table d’hôte, servi par des Prêtres qui rançonnent raisonnablement leurs convives. Il n’y a gueres de repas plus léger, & plus cher.

D. Quelles sont les choses que l’on doit imiter en Jesus-Christ ?

R. Je vous dirois plutôt celles dont on devroit se défendre.

D. Comment est-ce que le Saint-Esprit est descendu sur les Apôtres ?

R. En langues de feu ; c’est pour cela que quand leurs successeurs parlent, ils mettent tout en combustion.

D. Qu’est-ce qu’un Martyr ?

R. Un homme qui a perdu la tête, ou qui n’en a jamais eu.

D. Qu’est-ce que l’Église ?

R. C’est un troupeau de moutons, conduits par des loups déguisés en Pasteurs.

D. Quel est l’esprit qui anime le corps de l’Église ?

R. C’est à l’Histoire Ecclésiastique à nous en instruire. Qu’on s’arrête, par exemple, au supplice de Jean Hus.

D. Qu’est-ce qu’un Chrétien ?

R. Saint-Justin, Martyr, va vous répondre pour moi : Omnes qui ratione vixêre, sunt Christiani, etiamsi Athei.

D. L’Église subsistera-t-elle jusqu’à la fin du monde ?

R. On nous en menace fort, mais on interjettera appel au Tribunal de la Raison.

D. Qu’entendez-vous par l’Église Romaine ?

R. Celle qui a fait le plus de mal & le moins de bien, parce qu’elle a été la plus forte.

D. Pourquoi l’Évêque de Rome est-il appellé Pape ?

R. C’est un mot grec, qui veut dire Pere. Les Papes ont oublié l’étymologie de leur nom, ou plutôt ils ne l’ont jamais bien sçue.

D. Quels sont les ennemis de la Religion ?

R. Tous les Amis de la Raison.

D. Quels sont les avantages de la Religion ?

R. Les Prêtres seuls peuvent répondre à cette demande.

D. Les Chrétiens doivent-ils étudier l’Écriture Sainte ?

R. Malheur à leur foi, s’ils y apportent trop d’attention.

D. Tous les usages reçus dans l’Église, viennent-ils des Apôtres ?

R. Il faut être juste ; pour leur honneur, ils n’en viennent pas tous.

D. Qu’est-ce qu’un Concile ?

R. Pour en donner une idée assez juste, il est à propos d’appliquer à un Concile le mot de Piron, sur l’Académie Françoise : ils sont là dedans quarante, & ils ont de l’esprit comme quatre.

D. La Foi est-elle la même en tous ceux qui croient ?

R. Les uns ont une foi vive, les autres une foi morte ou mourante. Il y en a, & c’est le plus grand nombre, qui n’ont ni l’une ni l’autre.

D. Qu’est-ce qu’un vœu ?

R. Ordinairement, c’est une promesse qu’on ne tient pas.

D. Qu’est-ce que la Chasteté ?

R. Demandez à un Carme.

D. Qu’est-ce que mentir ?

R. C’est faire le Prophête.

D. Est-il quelquefois permis de mentir ?

R. Un Prêtre vous dira oui ; un honnête homme vous dira non.

D. Qu’est-ce que la Flatterie ?

R. Personne ne peut mieux la définir qu’un Confesseur de Roi.

D. Est-ce un grand nom que celui de Jesus-Christ ?

R. J’en connois de plus saint.

D. Pourquoi Jesus-Christ fit-il son entrée à Jérusalem, monté sur une ânesse ?

R. L’ânesse opiniâtre & ignorante, étoit le symbole de l’Église future.

D. Pourquoi ne sonne-t-on pas les cloches depuis le Jeudi jusqu’au Samedi-Saint ?

R. Pour ne point réveiller le chat qui dort.

D. Pourquoi appelle-t-on Ténebres l’Office de la Semaine Sainte ?

R. Il est vrai qu’on auroit pu donner ce nom aux Offices que l’Église célebre pendant toute l’année.

D. Pourquoi éteint-on les lampes pendant l’Office du soir de la Semaine Sainte ?

R. Pour montrer allégoriquement que la Religion éteint en nous le flambeau de la Vérité.

D. Pourquoi fait-on du bruit aux mêmes Offices ?

R. Toutes ces cérémonies sont le symbole de la conduite de la Religion Catholique, Apostolique, Romaine, & autres.

D. Pourquoi dépouille-t-on les Autels ?

R. Pour nous exhorter à les recouvrir de présens.

D. Pourquoi chante-on Alleluia ?

R. On chante pour chanter.

D. À quel âge peut-on communier ?

R. Un peu avant qu’on ait atteint toute sa raison.

D. Quel est l’esprit de l’Église dans l’imposition des cendres ?

R. De nous faire ressouvenir que nous sommes sous la verge des Prêtres depuis nôtre naissance jusqu’à notre mort.

D. Qu’est-ce que la Grace ?

R. Je serois peut-être moins embarrassé, si vous me demandiez, qu’est-ce que les Graces ?

D. À qui Dieu donne-t-il ses Graces ?

R. À ceux qui les ont payées d’avance.

D. Qu’est-ce que la Fête-Dieu ?

R. C’est le Carnaval de l’Église, c’est le temps des saintes mascarades.

D. Comment savons-nous qu’il y a un Purgatoire ?

R. Par ceux qui ont intérêt à ce qu’il y en ait un.

D. Qu’est-ce que le Jubilé ?

R. C’est un monitum de l’Église pour reveiller la dévotion & sur-tout la génerosité des fidelles, envers elle.

D. Que faut-il faire pour ne point perdre l’effet des Indulgences ?

R. Il faut les payer exactement.

D. Qu’entendez-vous par les Cas réservés ?

R. J’entends une espece particuliere de despotisme sacerdotal.

D. Qu’est-ce que l’excommunication ?

R. C’est un grand mot qui ne signifie plus grand’chose.

D. Qu’est-ce qu’un Monitoire ?

R. Idem.

D. Qu’est-ce que la Simonie ?

R. C’est un vice du terroir de l’Église.

D. Qu’est-ce que le joug de l’Évangile ?

R. Il pouvoit être léger dans les premiers temps ; mais par la suite il est devenu lourd au point d’en être insupportable.

D. Pourquoi l’Église fait-elle ses prieres publiques dans un langage inconnu au peuple ?

R. Pour lui en imposer. Le peuple est porté à révérer tout ce qu’il n’entend pas.

D. Pourquoi l’Église se sert-elle d’encens ?

R. Pour enivrer les cerveaux foibles de ceux dont la saine raison lui deviendroit funeste.

D. Pourquoi & depuis quand n’est-il plus permis d’offrir à Dieu, comme autrefois, des animaux en sacrifices ?

R. Depuis, & parce qu’on immole des hommes : il est vrai que l’Eglise en ce siecle s’est un peu relâchée de son ancienne & respectable discipline. Autrefois elle immoloit les hommes dans leur vie, dans leur honneur, & dans leurs biens ; les immoler aujourd’hui dans leur vie, seroit par trop criant. Les immoler dans leur honneur n’est plus chose faisable. Il ne lui reste plus que de les immoler dans leurs biens ; & les hommes croient à ce prix, en être quittes à grand marché.

D. Doit-on aller à l’Offrande, à la Messe de Paroisse ?

R. Sans doute, point d’argent, point de Suisse : point d’Offrande, point de Messe.

D. Qu’est-ce qu’un miracle ?

R. C’est ce qu’on n’a jamais vu, & ce qu’on ne verra jamais.

D. Qu’est-ce qu’un Mystere ?

R. C’est l’argument des Théologiens, quand ils n’en ont plus d’autres.

D. Qu’est-ce qu’une Prophétie ?

R. C’est une autorité pour ceux qui n’ont pas bonne mémoire.

D. Qu’est-ce que la Bible ?

R. C’est un Livre dont on empêcheroit aujourd’hui la premiere édition, si heureusement elle étoit encore à faire, pour peu qu’on s’intéressât au maintien des bonnes mœurs.

D. Qu’est-ce que l’Évangile ?

R. C’est un autre Livre Divin que les Chinois n’auroient point préféré au juste milieu de Confucius, & les Romains aux offices de Cicéron ou à l’Enchyridion d’Épictete.

D. Qu’est-ce qu’un Prêtre ?

R. Hélas ! c’est après Dieu l’être dans l’univers, qui a, ou qui a eu le pouvoir le plus absolu, & le plus obscur… Il y auroit un traité philosophique & moral à faire, qui seroit bien piquant s’il étoit bien digéré. Il auroit pour titre : des valets & des Prêtres.

D. Qu’est-ce qu’un Pape ?

R. C’est un Vicaire qui en sçait souvent plus long que son Curé.

D. Qu’est-ce que le Clergé ?

R. C’est un corps sans tête ; mais qui a les bras longs, & qui ne coupe jamais ses ongles.

D. Qu’est-ce que Rome la Sainte ?

R. C’est une Ville où l’on voit beaucoup de statues & peu d’hommes ; où l’on rencontre plus de masques que de visages.

D. Pour finir canoniquement, suivant cet axiome pieux, Deus est alpha & omega ; dites-nous encore une fois ce que c’est que Dieu ?

R. Ce ne sera plus moi qui vous répondrai, je laisserai parler le grand Tertulien :

Deus est ens ignotum & creditum.

D’après cette définition, par un Pere de l’Église, sur le point capital & fondamental de la Religion, on peut sçavoir à quoi s’en tenir sur tout le reste.




PRIERE PHILOSOPHICO-MORALE
à Dieu.


Pour le matin & pour le soir de chaque jour de l’année, depuis la naissance jusqu’à la mort.


Toi que je n’ai jamais vû, & que je ne connois que de nom ; toi dont l’existence est présumée par l’harmonie de cet univers & démentie par le désordre de ce même univers ; toi dont on dit que je suis l’Enfant ; ne me cache pas mon pere. Pour me faire embrasser la Vertu, explique-moi, d’où vient que dans ton empire, elle est si souvent malheureuse ? pour me détourner du vice, dis-moi pourquoi tu permets qu’il soit presque toujours impuni ? Réponds-moi autrement que par la bouche de tes Prêtres sots ou frippons. Je te dois la vie ; te l’avois-je demandée ? Est-elle un bienfait ? Tu m’as donné la Raison pour me conduire, & les passions plus fortes pour m’égarer. Tu m’as doué de la liberté, & tu sçavois que j’en abuserois. Auteur du bien, le serois-tu donc aussi du mal ? Être tout-puissant & parfait, demeurerois-tu indifférent sur le sort de tes ouvrages foibles & imparfaits ? Trop au-dessus d’eux par ta grandeur, ta bonté devroit t’en rapprocher ; pur esprit, comment peux-tu agir sur la matiere ? Hélas ! dans un monde dont je fais partie, je ne rencontre que des énigmes ; & toi, tu en es la premiere & la plus difficile à deviner… jusqu’à ce que tu daignes m’en dire le mot, qu’ai-je à craindre si je ne te préfére que la Vertu ?






ÉPILOGUE.


Quel fourbe, le premier, pour nous donner la loi,
Attacha sur nos yeux le bandeau de la foi,
Dégrada les vertus par un honteux salaire,
De l’homme bienfaisant fit un vil mercenaire,
Et lui montrant au Ciel son rémunérateur,
Osa lui proposer un prix hors de son cœur !…


Fragment d’un poëme moral sur Dieu.


FIN de la seconde & derniere Partie.