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Ces dames aux chapeaux verts/2/9

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CHAPITRE IX


Un samedi jour de marché.

La grande et la petite place sont bruyantes et tumultueuses. Les appels des marchandes, les discussions des ménagères se mêlent aux cris des canards, aux gloussements des poules, aux hennissements des chevaux. Des charlatans installent, aux carrefours, des voitures coloriées et, montés sur le siège comme dans une chaire, entreprennent de démontrer aux foules que la pâte « Triplepâte » est capable à la fois de combattre la migraine, de chasser les cors aux pieds et de faire briller les métaux.

Jeanne et Marie, en compagnie d’Arlette, procèdent à leurs achats hebdomadaires. Elles sont suivies d’un commissionnaire de douze ans qu’elles ont embauché pour quelques sous :

— Combien votre beurre ? demande Jeanne à certaine Flamande plantureuse, qui se donne des allures bourgeoises en portant de travers, sur ses cheveux roux et cosmétiqués, un chapeau garni de fleurs voyantes.

— Soixante-trois sous la livre… C’est du bon, tu sais, madame, tu peux goûter…

À la pointe du couteau, elle présente un morceau de sa marchandise grasse et jaune.

— Donnez-m’en trois livres.

— Je t’ajoute un « betch » pour « l’enfantch ».

— Que dit-elle ? demande tout bas Arlette.

— Elle ajoute un morceau, pour l’enfant… L’enfant c’est nous !

— Ah ! très flattée !

Jeanne, agitée, met le beurre dans le filet que porte le petit commissionnaire.

— Nous allons maintenant acheter nos œufs, déclare-t-elle. Il m’en faut un quarteron et demi…

Cela fait, ces dames prennent la rue étroite qui sépare les deux places. Elles doivent franchir des ruisseaux, qui charrient des feuilles de choux, de la paille d’emballage, des débris de carottes. Et elles parviennent dans un second marché essentiellement différent. Ici ce ne sont plus les Flamandes cossues qui ont chevaux et voitures. Ce sont de modestes fermières aux joues rouges, qui présentent des poulets vivants qu’elles tiennent par les pattes, la tête en bas. Elles sont en cheveux avec un simple tablier sur leurs robes de cotonnade. Maraîchères, elles n’ont pour amener leurs lourds paniers de choux-fleurs et leurs sacs d’artichauts, qu’un petit baudet de louage.

Pendant que Jeanne fait ses acquisitions, Arlette taquine, à travers les barreaux de leur carriole, des petits porcs, qui grognent. Mais son attention est bientôt attirée par une puissante automobile, qui essaie, à grands coups de trompe, de se frayer un passage dans cette cohue :

— Ah ! par exemple ! Ferdinand… arrêtez…

Le chauffeur se retourne. Il reconnaît Arlette et stoppe. À la fenêtre de la voiture, paraît une jeune fille :

— Jessy !

Arlette et Jessy étaient, à Paris, des amies intimes. Elles s’étonnent de se retrouver ainsi. Jessy est avec sa mère :

— Que fais-tu dans ce village, ma chérie ?

— Tu sais le malheur qui est arrivé à mon pauvre papa. J’ai quitté Paris dans de si déplorables conditions que je n’ai écrit à personne. Ici je suis dans un béguinage…

— Comment, un béguinage ?

— C’est-à-dire que j’ai été recueillie par des cousines, ces demoiselles Davernis, des vieilles filles qui s’étagent de trente-cinq à soixante ans. Ce n’est pas très folichon !

— Oh ! mais… nous allons nous voir souvent !

— Comment cela ?

— Notre château de la Croix-Mauve n’est qu’à vingtcinq kilomètres d’ici… Nous y passons l’été… Je viendrai te chercher…

Dominant la voix des porcs, Jeanne et Marie réclamaient depuis un moment Arlette à tous les échos. Celle-ci qui était montée dans l’auto pour causer plus aisément, entr’ouvre la portière en riant :

— Ne pleurez plus, filles de Jérusalem, me voici !

Les deux sœurs sont tellement étonnées qu’elles en restent bouche bée. Arlette descend, les prend par la main et les amène à ses amies :

— Je vous présente Mlles Jeanne et Marie Davernis…

— Je vous présente Mme Barthier-Wisques et sa délicieuse fille, Jessy…

Mme Barthier-Wisques accueille les deux demoiselles de la façon la plus aimable. Comme le chauffeur déclare qu’il lui est impossible de rester stationnaire en cet endroit, elle les invite à monter dans la voiture :

— Où allez-vous, mesdemoiselles ?

— Nous rentrons chez nous.

— Permettez que nous vous reconduisions…

Jeanne et Marie seraient bien en peine d’expliquer comment cela s’est produit. Mais elles se trouvent toutes les deux, quelques secondes plus tard, assises au fond de la limousine. C’est la première fois qu’elles montent en automobile !

Le chauffeur met la machine en marche lorsque Jeanne s’écrie :

— Et le commissionnaire ?

Nouvel arrêt ! Ferdinand prend auprès de lui le filet gonflé de provisions.

La voiture démarre…

Telcide et Rosalie, pendant ces événements, sont assises à leur table à ouvrage. Le ronflement d’une automobile est chose si peu fréquente dans l’enclos qu’elles se lèvent pour assister au passage de celle-ci. Quel n’est pas leur ahurissement lorsqu’elles la voient, dans le judas, s’arrêter devant elles. Et qui en descend ? Leur sœur Jeanne.

Comme si son cœur allait cesser de battre, Telcide pose la main sur sa poitrine.

— Seigneur Jésus ! dit Rosalie…

Derrière Jeanne, sortent Marie, Arlette, Mme Barthier-Wisques et Jessy.

La porte ouverte, Arlette fait les présentations. Telcide, qui connaît, de réputation, Mme Barthier-Wiques, et de nom, le château de la Croix-Mauve, est flattée de voir chez elle une aussi grande dame. Elle daigne être aimable.

— Ma chère demoiselle, lui dit Mme Barthier-Wisques, Jessy est si heureuse de retrouver son amie Arlette, que je vous demande de bien vouloir permettre à votre pupille de passer quelques jours chez nous. Nous enverrons l’auto la chercher. J’espère d’ailleurs que vous me ferez le plaisir de l’amener vous-même… Je serai très flattée de vous recevoir au château…

Au château ! il n’en faut pas plus pour séduire Telcide… Oui, mais il y a la question de l’automobile. Très franchement elle avoue sa méfiance :

— N’ayez aucune crainte, mon chauffeur est très prudent…

— Oui, oui… il n’y a pas de danger… En même temps, Jeanne et Marie gloussent leur appréciation. De ne plus être tout à fait des débutantes, elles regardent Telcide avec un air supérieur. Mais celle-ci entend ne pas leur laisser cet avantage. Mme Barthier-Wisques lui dit :

— Alors, c’est entendu… Demain !… à deux heures !… l’auto sera là…

Elle répond :

— C’est entendu !…

Très satisfaites les unes des autres, ces dames se quittent. Arlette et Jessy s’embrassent.

Pourtant Telcide n’est pas tranquille. Elle interroge Jeanne et Marie. Pour elles, les automobiles ont toujours été des inventions du diable…

— Certes, j’ai été saisie, lui confie Jeanne, mais il me semble que je remonterai sans frayeur dans cette machine. Nous avons pourtant marché à une vitesse folle !

— Quant à moi, ajoute Marie, j’ai fermé les yeux tout le temps. Je crois que c’est le meilleur moyen… Mais Rosalie n’est pas convaincue. Elle déclare que cette expédition se fera sans elle.

— Voyons, voyons, mam’zelle Rosalie, intervient Ernestine, vous ne pouvez pas vous » astenir ». Cette dame a été bien honnête de vous inviter. Vous devez y aller…

— Vous croyez, Ernestine ?

— J’en suis sûre, mam’zelle Rosalie.

— Dans ce cas, je ferai comme Marie, je fermerai les yeux tout le temps et je dirai mon chapelet. Mais ce que mon vieux cœur battra !…

Le lendemain, à deux heures moins le quart, ces demoiselles sont prêtes, habillées comme pour la tombola. Elles sont très peu loquaces. La nuit, en rêve, elles ont entrevu mille accidents possibles.

Arlette, qui est depuis deux jours sans nouvelles de M. Hyacinthe, ne perd pas une occasion de parler du professeur à Marie. Que celle-ci soit préparée petit à petit au grand bonheur qui s’approche !

— Hein ? ma cousine, quelle joie si M. Ulysse pouvait vous voir dans cette somptueuse limousine !

— Taisez-vous, Arlette…

— Car vous savez, ma cousine, rien ne m’ôtera de l’idée que M. Hyacinthe vous aime. À la loterie, il avait une façon de vous regarder !…

À deux heures précises, l’auto arrive.

Ernestine, qui a couru de la cuisine, tout en s’essuyant les mains à son tablier, crie son admiration :

— Ah ! c’qu’elle est jolie, c’te machine ! C’est comme qui dirait un salon. Ça doit coûter des mille et des cents…

Elle propose d’offrir au chauffeur « un petit verre d’eau-de-vie ». Mais Telcide refuse. S’il allait ensuite la précipiter dans un fossé !

Rosalie monte la première. Elle croit s’asseoir comme sur une chaise. Mais la banquette très renversée est profonde. Elle est si effrayée de s’y enfoncer que bêtement elle crie :

— Au secours ! Je me noie…

Jeanne, contente de montrer qu’elle connaît le maniement des strapontins, essaie d’en baisser un. Elle se pince les doigts…

Lorsque Ferdinand a donné son coup de manivelle et qu’on entend le ronronnement des cylindres, ces demoiselles se taisent, comme, dans les cirques, la musique au moment des exercices difficiles.

Un ronflement de sirène fait sursauter les voyageuses. Arlette, d’un signe de la main, dit au revoir à Ernestine. Telcide, bien calée dans le fond, ne bouge plus. L’automobile est en route.

Derrière leur fenêtre, Félicité et Caroline Lerouge ont assisté à ce départ, mais elles ont évité de se montrer pour que leurs amies n’aient pas la joie d’avoir été vues :

— Les Davernis ont toujours été des esbrouffeuses… déclare Caroline…

La voiture suit d’abord avec précaution les vieilles rues sinueuses. Gracieusement elle exécute des virages. Juste au moment où Jeanne fait remarquer qu’on ne sent pas les pavés et qu’on n’éprouve aucune secousse, un caniveau précipite ces demoiselles les unes sur les autres. Elles poussent des cris perçants. Mais on arrive bientôt sur la grand-route.

— Que faites-vous ? demande Telcide à Arlette, qui a saisi le cornet acoustique et qui l’approche de ses lèvres. Vous allez nous faire dérailler…

— Ne craignez rien…

Obéissant à l’ordre qui lui a été donné, le chauffeur s’arrête. Arlette ouvre la portière et descend :

— Pourquoi nous quittez-vous ?

— Vous êtes trop serrées.

— Mais non.

— Je monte devant…

Mais c’est non seulement sur le siège qu’elle s’installe, c’est au volant…

— Petite folle, vous voulez nous tuer !

L’automobile filant soudain, les protestations de Telcide se perdent dans la vitesse. Rosalie, qui n’a aucune conscience du temps, affirme à ses sœurs qu’il leur est encore loisible de renoncer à cette excursion et de rester chez elles. Mais Marie ferme les yeux.

Jeanne est la seule qui prenne quelque plaisir à regarder le défilé des arbres de chaque côté de la route. Elle admire Arlette qu’en elle-même elle compare à une amazone. Comme elle aimerait avoir sa souplesse et son sang-froid !

Une demi-heure se passe. Elles croient être encore dans les environs et constatent qu’elles commencent à s’habituer à « ce mode de locomotion moderne », lorsque, au bout d’une avenue bordée de peupliers, elles aperçoivent un château.

Une grande grille s’ouvre devant elles. Les pneus font chuchoter un chemin de gravier fin, arrondi autour d’un bassin. L’automobile se range au pied d’une terrasse. Ces demoiselles sont arrivées ! Mme Barthier-Wisques et Jessy les attendent…

— Vous avez fait bon voyage ?

— Excellent !

— C’est Arlette qui vous a conduites ?… Elle mène parfaitement.

— Oui… Nous l’ignorions…

Pendant que la maîtresse de maison fait les honneurs de son château, Jessy entraîne son amie du côté du tennis.

— Je vais te prêter une raquette, des souliers… Nous avons quelques bons joueurs…

— Hélas ! j’ai perdu mon entraînement…

— Tu le retrouveras vite !…

Devant les deux « courts », Arlette est présentée à quelques jeunes gens et jeunes filles. Le hasard la désigne pour être la partenaire d’une jeune fille, qu’on appelle Clotilde et qu’on lui a présentée comme étant fiancée. Elle est grande, avec le teint brun, les traits durs. Elle est fière et hautaine.

— Je plains celui qu’elle va épouser, ne peut s’empêcher de penser Arlette…

Mais tout cela ne serait rien si cette Clotilde jouait bien au tennis. Or elle perd son « service » en jetant régulièrement sa première balle dans le filet et la seconde « out ! » Pour s’excuser, elle prétend que le jeu est mal tracé et que le terrain va en pente. Elle s’avise même de donner aux autres des conseils. Arlette a assez de présence d’esprit pour n’y pas répondre, mais elle eût aimé triompher, devant le cercle des invités, qui suivent la partie. Ses cousines ne sont-elles pas elles-mêmes assises sur la pelouse ? Bien sages dans leurs fauteuils de rotin, les mains croisées sur leurs jupes de cachemire, elles écoutent sans les comprendre les cris. « Quinze… trente… quarante »…

— Play ?

— Ready !

C’est au tour d’Arlette de « livrer ». Les balles rapides, légèrement « coupées », rasent le filet et la bande, avec un bond si allongé, un angle si aigu qu’il est impossible de les reprendre. En cinq coups, le jeu est gagné…

Mais trois minutes plus tard, malgré ce sursaut de défense, la première manche est perdue. Et la jeune fille condescend à dire :

— C’est moi qui vous ai fait perdre… Si je joue si mal, c’est que je suis énervée… Mon fiancé devrait être ici depuis une heure. Et il n’arrive pas !… Excusez-moi…

Pour la seconde manche, les adversaires changent de côté. Mais avec ou sans soleil, Clotilde est toujours aussi maladroite. Arlette gagne son nouveau service, mais le bilan est de « cinq jeux à un » lorsque sa partenaire lui dit :

— Enfin, voici Jacques !

Jacques ? C’est Jacques de Fleurville.

Malgré elle, Arlette se mord la lèvre. Elle éprouve autant d’émotion que de surprise. Elle aurait préféré ne plus le voir. Les renseignements que Telcide lui a donnés l’ont mise dans un état d’esprit étrange vis-à-vis de lui. Elle n’a personnellement rien à lui reprocher. Mais la peur d’être dupe lui commande la prudence et même la méfiance.

— Je suis désolé, dit Jacques à sa fiancée. Un pneu crevé m’a mis en retard…

— Vous n’êtes jamais pressé de me rejoindre…

— Mais je vous assure…

— Faites-moi grâce de vos excuses… Je suis exténuée… Prenez ma raquette et jouez à ma place… Mademoiselle ne s’en plaindra pas… Vous êtes certainement meilleur joueur que moi…

Jacques se retourne et voit Arlette :

— Vous ici ?… Ah !… par exemple !…

Ils se serrent la main…

— Comment allez-vous ?

— Je vais bien… Et vous ?

— Tiens ! vous vous connaissez ? prononce d’un ton sec la fiancée…

— Oui… Pourquoi ?

— Pour rien. Jouez…

Arlette et Jacques ont juste le temps de se mettre d’accord sur la tactique de leur jeu. La partie reprend, acharnée. Arlette, qui a le coup de raquette d’une promptitude rare, reste au filet et rabat les balles. Jacques excelle dans les coups de fond.

— Cinq à deux !

Ce premier résultat les encourage. Leurs adversaires sont sur leurs gardes. Jacques réussit à placer une balle si exactement sur la ligne extrême qu’Arlette ne peut s’empêcher de crier : « Bravo ! » Les spectateurs applaudissent.

Quelques secondes plus tard, c’est Arlette qui arrête si justement une balle que celle-ci tombe dans le camp ennemi :

— Oh ! ça c’est épatant ! crie Jacques…

Enfin par sept jeux contre cinq, ils gagnent la seconde manche. Et par sept jeux à trois ils remportent la belle…

Jeanne Davernis, qui tantôt enviait sa petite cousine de savoir conduire une auto, l’envie maintenant de savoir jouer au tennis. Cependant que Telcide ne voit qu’une chose ; c’est qu’Arlette partage sa victoire avec le fils d’un propriétaire honni ! Clotilde de Poulbaques a paru se désintéresser totalement de la partie.

— Je crois que votre fiancée serait heureuse de vous voir près d’elle, dit Arlette à Jacques, qui semble vouloir commencer une longue conversation avec elle…

— Oh ! elle a le temps !

— Non, non, soyez gentil… allez-y…

Avec une moue significative il obéit :

— Eh bien ! ma chère Clotilde, qu’en dites-vous ?

— De quoi ?

— J’ai gagné cette partie si mal engagée.

— Si mal engagée ? Vous êtes très aimable… Je vous remercie…

— Je n’ai pas voulu vous vexer.

— Non, non… Au contraire…

Comme elle se lève, ils s’éloignent tous les deux dans la direction du rond-point d’où l’on a une vue superbe. Mais, arrivés là, ils tournent à droite sans même regarder le panorama…

Après le thé, sur la pelouse, les matches recommencent. Le soleil descend. Ses derniers rayons jettent des lueurs rouges dans les arbres où les merles sifflent. Des brumes violettes roulent dans les buissons.

Jacques vient en courant présenter ses hommages à Arlette. Il lui baise la main et s’excuse de devoir partir aussi vite. Comme Clotilde ne reparaît pas, il y a tout lieu de croire que la paix est faite entre les deux fiancés et qu’ils s’en vont ensemble.

Une demi-heure plus tard, à leur tour, ces demoiselles Davernis prennent congé. Elles veulent être chez elles pour l’heure du souper. Elles sont ravies, absolument ravies de leur excursion. C’est sans aucune arrière-pensée qu’elles permettent à Arlette de demeurer quelques jours au château. Mme Barthier-Wisques les a conquises à la fois par sa distinction et sa simplicité…

Lorsqu’elles remontent en auto, elles ont gagné une telle assurance qu’on les croirait propriétaires de la voiture.

Jessy et Arlette, debout sur la terrasse, leur font des signes d’adieu avec leurs mouchoirs. Quand elles ont disparu, Arlette crie en jetant en l’air sa raquette ;

— Enfin, je respire !…

À tout autre moment, Jessy demanderait à son amie les raisons de cette exclamation, mais elle a hâte de lui raconter autre chose :

— Tu as vu, tout à l’heure, lui dit-elle, Clotilde de Poulbaques, que nous invitons parce qu’elle est de nos voisines. Je ne sais pas comment tu la trouves. À moi, elle me déplaît souverainement.

— À moi aussi…

— Parce que sa noblesse remonte au déluge et parce qu’elle est riche, elle se croit permis d’avoir un caractère exécrable…

— Je m’en suis aperçue…

— Eh bien ! elle a eu tout à l’heure une scène très violente avec Jacques de Fleurville, qui, lui, est charmant. Et leurs fiançailles sont rompues… N’est-ce pas que c’est amusant ?

— Oui… C’est très drôle !…