Chansons populaires de la Basse-Bretagne/Marie Geffroy

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MARIE GEFFROY.
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   Marie Geffroy, l’héritière,
Est une fille de bon caquet ;
Pour caqueter, pour se moquer,
Marie Geffroy a bonne langue.

   Marie le Moal demandait
A sa fille, Marie Geffroy :
— Ma fille Marie, dites-moi :
M’aimez-vous ou ne m’aimez-vous pas ?

   — Oh ! si, ma mère, je vous aime,
Comme le cœur que je porte.
Ce n’est pas moi la moins aimante,
Car il n’y a que vous que j’aime,

   — Oh ! oui, ma fille, vous aimez
Celui que moi je n’aime point ;
Vous aimez un jeune tailleur,
Qui n’est pas du tout à mon goût.

   Celui-là n’est pas du tout à mon goût,
Prenez plutôt Yves Joraud :
Sans doute, il n’est pas beau garçon,
Mais, avec lui, on trouve du bien.

   — Soit mécontent qui voudra,
Le maître tailleur moi j’aurai,
Il est joli garçon et déluré,
Et un maître pour tailler les habits.


   Quand il va, le dimanche, à la grand’messe,
Par la noblesse il est salué ;
Il est salué par la noblesse,
Comme s’il était le fils du roi de France.

   — Eh bien ! suis-le donc, quand tu voudras,
Ma malédiction tu auras, quand tu le suivras.
La malédiction de sa mère elle a eu,
Et de son malheur elle a été cause.

   Quand ils furent fiancés et mariés,
Ils faisaient si mauvais ménage qu’il n’y avait pas
___________________________ moyen d’y résister ;
Ils faisaient si mauvais ménage qu’il n’y avait pas
___________________________ moyen d’y résister;
Le maître tailleur est parti.

   Marie Geffroy disait,
Au presbytère de Camlez quand elle arrivait :
— Bonjour et joie, mon oncle,
Moi, j’ai une triste destinée.

   La malédiction de ma mère j’ai eu,
Et de mon malheur elle est cause.
Le recteur de Camlez a dit
A Marie Geffroy, quand il l’a entendue :

   — Taisez-vous, Marie, ne pleurez pas,
La malédiction d’une mère n’est rien du tout ;
La malédiction d’une mère n’est rien ;
La malédiction d’un père est quelque chose.

   Marie Geffroy, si vous m’obéissez,
Ici, avec moi, vous resterez.
Je chercherai pour votre enfant une nourrice,
La plus jolie jeune femme qu’il y ait à Camlez.

   — Soit mécontent qui voudra,
A la recherche de mon époux j’irai,
Et je ne me lasserai pas a marcher,
Jusqu’à ce que j’aie trouvé mon époux.

   Quand pour la première fois elle l’a trouvé,
Il était dans une salle, qui s’ébattait ;
Il était dans une salle qui s’ébattait,
Quatre demoiselles étaient avec lui.

   — Bonjour et joie à vous, mon époux,
Il y avait grand temps que je ne vous avais vu.
— Voyez, dit-il, la pièce effrontée,
Qui me prend pour son mari !


   Qui me prend pour son mari,
Moi qui n’ai jamais été fiancé.
Un affronteur était avec lui,
Qui se tourna vers lui :

   — Maître tailleur, tu mens,
Celle-là est Marie Geffroy.
— Si c’est Marie Geffroy celle-ci,
Bien changée alors je la trouve !

   — Et comment n’aurais-je pas changé ?
Il y a sept mois que je n’ai eu un brin de santé,
Moi qui souffre de la fièvre la plus violente,
Et qui la tremble trois fois par jour.

   — Viens avec moi à l’auberge,
Je te donnerai remède contre elle ;
Je te donnerai un remède qui la coupera net ;
Tu ne trembleras plus jamais la fièvre.

   L’hôtesse disait
A Marie Geffroy, là, alors :
— Marie Geffroy, si vous m’obéissez,
Pus une goutte de lui vous ne boirez.

   — Me donnât-il du fiel,
S’il me dit de boire, je le boirai.
Pire que le fiel elle a eu,
Elle a bu le sang d’un crapaud.

   Elle a bu le sang d’un crapaud ;
Sur l’aire de la maison elle est tombée ;
Sur l’aire de la maison elle est tombée,
De deux enfants elle a avorté.

   Marie Geffroy disait,
Sur l’aire de la maison étendue :
— Petites jeunes filles, je vous prie,
N’épousez pas d’étrangers.

   Prenez un homme de votre contrée,
Que vous connaîtrez auparavant :
Moi, j’ai un maître tailleur pour mari,
Et de ma mort il est cause !


Chanté par Jeannette Morvan de
Rospez — 26 mai 1872.
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