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Chants et Chansons (Pierre Dupont)/La Fille du peuple

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LA FILLE DU PEUPLE.


1846


Sous les haillons et sous la bure,
Qui n’a vu sourire une fois,
Entre dix mille, une figure
Plus fraîche que l’eau dans les bois !
Qui n’a, sur le croulant abîme
De l’infamie et des douleurs,
Surpris dansante une victime
Plus délicate que les fleurs !

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

Enfant de Dieu, qu’elle est souffrante !
La pauvreté meurtrit sa chair,
Qui, de limpide et transparente,
Devient rude et noircit à l’air :
Des cités aux champs la poussière,
La fange, les chardons sanglants,
Et tous les venins de la terre
Mordent et rongent ses pieds blancs.

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?


Hélas ! quand sa beauté résiste
Aux outrages inférieurs,
Son printemps n’en est pas moins triste,
Ses matins n’en sont pas meilleurs.
Que de vipères et d’embûches
S’entrecroisent à ses talons !
Autour du trésor de ses ruches,
Quel bourdonnement de frelons !

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

Qu’une invisible sentinelle
Veille au seuil de votre réduit !
Usez plutôt votre prunelle
Aux lueurs des lampes de nuit ;
Trempez de sueurs et de larmes
Votre pain noir de tous les jours,
Plutôt que de livrer sans armes
Vos amours frêles aux vautours.

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

Celle de qui l’âme se donne
Pour des bijoux et pour de l’or,
Se prépare un brumeux automne,
Un hiver plus sinistre encor !
Le jour où sa beauté s’envole
Avec l’essaim des jouvenceaux,
La voyez-vous, la pauvre folle !
Grossir de pleurs l’eau des ruisseaux.


Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

Mais l’héroïne qui se garde
De tout injuste ravisseur
Est sacrée, et Dieu la regarde
Avec des yeux pleins de douceur.
Un souffle emporte Geneviève
À la rencontre d’Attila ;
Jeanne la Pucelle se lève :
Saxons et Normands, halte-là !

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

Fille du peuple, sœur aimée,
Qui veillez à tous les grabats ;
Qui, dans le sang et la fumée,
Arrachez leur proie aux combats,
Que votre joyeux règne advienne,
Qu’on brise les fers à vos pieds,
Et que l’on vous couronne reine
Avec du myrte et des rosiers !

Oiseau sans nid, fleur sans racine,
Cœur aimant qui cherchez un cœur,
Racontez-moi votre origine :
N’êtes-vous pas aussi ma sœur ?

LA FILLE DU PEUPLE.

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   Sous les hail- lons et sous la bu- re,
   Qui n’a vu sou- ri- re une fois,
   En- tre dix mille, u- ne fi- gu- re
   Plus fraî- che que l’eau dans les bois!
   Qui n’a, sur le croû- lant a- bî- me
   De l’in- fa- mie et des dou- leurs,
   Sur- pris dan- san- te u- ne vic- ti- me
   Plus dé- li- ca- te que les fleurs!
   Oi- seau sans nid, fleur sans ra- ci- ne,
   Cœur ai- mant qui cher- chez un cœur,
   Ra- con- tez- moi votre o- ri- gi- ne:
   N’ê- tes- vous pas aus- si ma sœur?
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