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Chants et Chansons (Pierre Dupont)/Le Cuirassier de Waterloo

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LE CUIRASSIER DE WATERLOO.


1850.


Lorsque notre moderne France
À Waterloo sembla périr,
On a vu la Sainte-Alliance
En grand gala se réjouir ;
La province fut rançonnée,
Le paysan porta ses liards,
Et l’ouvrier sur sa journée
Fournit l’appoint des trois milliards.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Géricaut, ta mâle peinture
De la France exprime le deuil :
Ton cuirassier haut de stature
Roule des larmes dans son œil ;
Son casque d’un acier livide
Couvre son front humilié ;
Son cheval qu’il tient par la bride
Marche au pas et traîne le pié.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !


Mais dans l’ombre de sa prunelle,
Luttant contre le désespoir,
Il point une blanche étincelle
Comme un astre dans un ciel noir ;
Sa main froisse encor la dragonne
Du sabre au fourreau prisonnier ;
On dirait que le clairon sonne
Et réveille le cuirassier.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Dix-huit-cent-trente le relève
Et rattache ses éperons ;
Remonté sur sa bête, il rêve
Gagner encor triples chevrons.
Cette moustache grise effleure
Le drapeau de la liberté,
Mais quelques jours passés il pleure
Dix-huit-cent-trente escamoté.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

La foule marche aux Tuileries,
C’est le vingt-quatre Février,
Soudain aux troupes aguerries
Apparaît le beau cuirassier :
De son grand cheval fantastique
Il entraîne tous nos soldats
Qui, devinant la République,
Au peuple tendent leurs deux bras.


Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Va donc, République guerrière !
Cours affranchir les Apennins,
La Hongrie et l’Europe entière !
Mais nous ne sommes que des nains.
Quand jusqu’aux frontières de France
Les Radetzkis sont revenus,
On n’a pas mis dans la balance
Le sabre du Gaulois Brennus.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Pourtant nos lames étaient bonnes
Qui se rouillent dans le fourreau ;
Nous aurions brisé les couronnes
En respectant chaque drapeau.
La République s’est trompée,
Est-ce aux mains de ses vrais amis
Qu’elle a confié son épée
Et les clefs de notre pays ?

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Naguères un reflet de gloire
Illumina notre avenir,

Le plus grand nom de notre histoire
Revint comme pour nous unir.
L’ancien avait refait la carte,
Comment porter un pareil nom ?
Il fallait rester Bonaparte
Et se rappeler Washington.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !

Allons, mon cheval de bataille !
Il ne te reste qu’à mourir.
Nous ne faisons plus rien qui vaille,
Nous ne pouvons plus te nourrir.
Sur tes vieux jours la République
Un râtelier d’or te devrait,
Mais une race famélique
À ta place mange au budget.

Rentre ta bête à l’écurie,
Ton cheval si fier au galop,
Et va pleurer sur ta patrie,
Beau cuirassier de Waterloo !


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LE CUIRASSIER DE WATERLOO.

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   Lors- que no- tre mo- der- ne France
   à Wa- ter- loo sem- bla pé- rir,
   On a vu la sain- te- alli- ance
   En grand ga- la se ré- jou- ir;
   La pro- vin- ce fut ran- çon- né- e,
   Le pa- y- san por- ta ses liards,
   Et l’ou- vri- er sur sa jour- née
   Four- nit l’ap- point des trois mil- liards.
   Ren- tre ta bê- te à l’é- cu- rie,
   Ton che- val si fier au ga- lop,
   Et va pleu- rer sur ta pa- tri- e,
   Beau cui- ras- sier de Wa- ter- loo!
   Et va pleu- rer sur ta pa- tri- e,
   Beau cui- ras- sier de Wa- ter- loo!
   Beau cui- ras- sier de Wa- ter- loo!
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