Chants et Chansons (Pierre Dupont)/Les Filets

LES FILETS.
Le pêcheur tient sur son épaule
Son grand filet armé de plomb.
Ses enfants pleurent sur le môle,
Leur mère trouve le temps long.
Le filet se déploie et plonge,
De la pêche dépend leur sort.
Et bientôt, ce n’est point un songe,
Mille poissons dansent au bord.
Que l’eau soit clémente ou perfide,
Que le filet soit lourd ou vide,
Le pêcheur aime, et dans l’amour
Il trouve, quand l’onde est trompeuse,
Une pêche miraculeuse
Qui le fait vivre au jour le jour.
Pour le chaume, quelle richesse !…
Mais le pêcheur sur son chemin
Voit des frères dans la détresse
À son filet tendre la main.
Hommes et femmes en guenilles,
Enfants nus qui n’ont pas mangé,
Prenez pour vous et vos familles,
Mon grand filet a dégorgé.
Que l’eau soit clémente ou perfide,
Que le filet soit lourd ou vide,
Le pêcheur aime, et dans l’amour
Il trouve, quand l’onde est trompeuse,
Une pêche miraculeuse
Qui le fait vivre au jour le jour.
Le pêcheur au logis rapporte
Un seul poisson ! Ce sont des cris ;
Car en le guettant de la porte,
En sa bonne œuvre on l’a surpris.
On gronde, cependant on mange.
L’hôtesse, en partageant la chair
Du poisson d’or, bonheur étrange !
Y voit luire un diamant clair.
Que l’eau soit clémente ou perfide,
Que le filet soit lourd ou vide,
Le pêcheur aime, et dans l’amour
Il trouve, quand l’onde est trompeuse,
Une pêche miraculeuse
Qui le fait vivre au jour le jour.
Le rêve de la bonne femme
Transforme son chaume en palais ;
La voilà fière et grande dame,
Elle foule aux pieds les filets.
L’époux eut de la fine pierre,
Chez le joaillier, vingt écus d’or ;
Mais la famine et la misère,
Au retour le guettaient encor.
Que l’eau soit clémente ou perfide,
Que le filet soit lourd ou vide,
Le pêcheur aime, et dans l’amour
Il trouve, quand l’onde est trompeuse,
Une pêche miraculeuse
Qui le fait vivre au jour le jour.
Nous n’avons ni filet ni rame,
Disent en chœur les malheureux.
Le pêcheur sent faillir son âme,
Et son or se partage entre eux.
Au logis, nouvelle tempête ;
Mais lui, certain de l’apaiser,
De sa voix aimante répète
Son chant suivi d’un long baiser
Que l’eau soit clémente ou perfide,
Que le filet soit lourd ou vide,
Le pêcheur aime, et dans l’amour
Il trouve, quand l’onde est trompeuse,
Une pêche miraculeuse
Qui le fait vivre au jour le jour.
