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Chants et Chansons (Pierre Dupont)/Les Louis d’or

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LES LOUIS D’OR.


Un soir, le long de la rivière,
Sous l’ombre des noirs peupliers,
Près du moulin de la meunière,
Passait un homme de six pieds.
Il avait la moustache grise,
Le chapeau rond, le manteau bleu ;
Dans ses cheveux soufflait la bise :
C’était le diable ou le bon Dieu.
Sa voix, qui sonnait comme un cuivre
Et qui rendait le son du cor,
Me dit : « Au bois il faut me suivre,
» Je te promets cent louis d’or ! »

Je le suivis sans résistance,
Par son œil rouge ensorcelé ;
Il m’aurait montré la potence,
Que je n’aurais pas reculé.
Il marchait plus vite qu’un lièvre
Et n’avait pas l’air de courir ;
La frayeur me donnait la fièvre,
Je croyais que j’allais mourir.
Mais lui, pour me faire revivre,
Disait, rendant le son du cor :
« Au fond du bois il faut me suivre,
» Je te promets cent louis d’or !


Au fond du bois nous arrivâmes ;
Il faisait nuit, les arbres verts
Jetaient dans l’air de vertes flammes,
Je crus entrer dans les enfers.
J’entends un bruit épouvantable
Et je vois mon homme tout nu :
Holà ! je reconnais le diable
À sa queue, à son front cornu.
Il me fait voir ouvert un livre
Où rien n’était écrit encor,
Et me dit de sa voix de cuivre :
« Veux-tu gagner cent louis d’or ?

» Jure ton sang, jure ton âme,
» Jure le diable et jure Dieu,
» Que tu n’épouseras pas femme
» Ni du hameau, ni d’autre lieu,
» Au moins avant ta quarantaine,
» Et qu’on te verra tous les jours
» Courir de fredaine en fredaine,
» Sans te fixer dans tes amours ! »
Quand sa griffe eut rougi le livre,
Sa voix résonna comme un cor ;
Il me dit : « Signe et je te livre,
» En or sonnant, cent louis d’or ! »

Au lieu de signer sur la page
Où le diable avait mis ses doigts,
Je songeai qu’il était plus sage
De faire un grand signe de croix.
Le diable partit en fumée,
Et je fus transporté soudain
Chez ma meunière bien aimée,
Dans une chambre du moulin.

Elle disait : Tiens, je te livre
Mon cœur, mon moulin, mon trésor.
Elle avait en gros sous de cuivre,
La belle avait cent louis d’or !


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LES LOUIS D’OR.

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   Un soir, le long de la ri- viè- re,
   Sous l’om- bre des noirs peu- pli- ers,
   Près du mou- lin de la meu- niè- re,
   Pas- sait un hom- me de six pieds.
   Il a- vait la mous- ta- che gri- se,
   Le cha- peau rond, le man- teau bleu;
   Dans ses che- veux souf- flait la bi- se:
   C’é- tait le diable ou le bon Dieu.
   Sa voix, qui son- nait comme un cui- vre
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