Chants et Chansons (Pierre Dupont)/Une Chaîne

UNE CHAINE.
Vous êtes à l’adolescence
La fleur des fleurs de la cité.
Des vertus vous êtes l’essence,
Et la perle de la beauté.
De l’âme et des yeux on vous aime,
Parmi tous qui choisirez-vous ?
Qui ravira le diadème,
Qui s’appellera votre époux ?
Vous souriez comme une reine
À maints discours,
Mais vous ne rivez pas la chaîne
De vos amours.
L’un pour vous a vidé son coffre,
Mais, dans ses écrins vainement,
De sa main ridée il vous offre
Or, bijoux, perle, diamant ;
Vainement dans ses flatteries
Étincelant avec efforts,
Entre vous et ses pierreries
Il sait découvrir mille accords :
Vous souriez comme une reine
À maints discours,
Mais vous ne rivez pas la chaîne
De vos amours.
Un autre plus aimant peut-être,
Langoureux comme un rossignol,
Fait gémir sous votre fenêtre
La guitare de l’Espagnol ;
Il vous mêle en ses folles phrases
Aux fleurs du ciel et des sentiers ;
En des sonnets emplis d’extases,
Il met la lune sous vos pieds :
Vous souriez comme une reine
À maints discours,
Mais vous ne rivez pas la chaîne
De vos amours.
Et moi, ma belle enchanteresse,
N’osant pas même vous parler,
Je vais raconter ma détresse
Aux bois qui savent consoler ;
Le bouleau fleuri me conseille,
Le bouvreuil m’apprend mon secret,
Qui se dit tout bas à l’oreille
Au plus profond de la forêt.
Et vous souriez, ô ma reine,
À mon discours ;
Nous nous aimons, rivez la chaîne
De nos amours !
