Chemin de fer du troisième réseau
CHEMIN DE FER
du troisième réseau.
Actuellement, en France, toutes les principales voies ferrées rayonnant de Paris vers les frontières et les ports sont achevées, mais l’augmentation même du transit, due à ces premiers railways, fait désirer aujourd’hui la création de lignes transversales reliant les petites localités au réseau général et assurant aux villes de province des communications directes les unes avec les autres.
Seulement ces nouvelles lignes, desservant des communes de second et de troisième ordre, ne produisent qu’un faible revenu kilométrique et par suite ne sont financièrement exécutables qu’à la condition de réduire au strict minimum les dépenses de premier établissement.
Les chemins de fer d’intérêt local sont généralement construits dans de semblables conditions, mais il est aussi un certain nombre de lignes d’intérêt général qui doivent être établies avec la même sévère économie, et c’est à ce titre que la ligne de Boulogne à Saint-Omer mérite une mention spéciale.
Cette ligne est la première section de celle de Boulogne à Armentières, qui a été concédée, avec tout le reste de son réseau, à la compagnie du Nord-Est le 22 mai 1869 et qui sera ouverte en 1874 ; elle se détache, à Hesdigneul, du chemin de fer de Boulogne à Paris, se bifurque à Arques, coupe à Berguette la ligne du Nord, et se soude à Armentières au réseau de cette compagnie, pendant qu’un court embranchement relie la station d’Arques à celle de Saint-Omer et complète ainsi la ligne directe de Saint-Omer à Boulogne, d’une longueur de 63 kilomètres.
Le Boulonnais, que cette ligne traverse, forme un massif montueux entre les plaines picardes et flamandes, et le railway coupe les collines boulonnaises en passant par leurs crêtes les plus hautes ; aussi, au travers de ce pays accidenté, a-t-on été obligé d’élever le maximum des rampes à 16 millimètres par mètre et de réduire le rayon minimum des courbes à 500 mètres.
Grâce à ces rampes et à ces courbes on a pu éviter les viaducs et les tunnels, mais il y a des tranchées et des remblais considérables. Le chemin de fer traverse le faîte des collines, élevé du 208 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une profonde tranchée de 12 mètres de hauteur et de 1 kilomètre de longueur, ayant nécessité l’enlèvement de 200 000 mètres cubes de déblais.
L’État a imposé à la compagnie l’achat des terrains et l’établissement des ouvrages d’art pour deux voies, bien qu’on en ait posé qu’une seule. Dans ces conditions, la grande valeur des terrains étant donnée, on doit reconnaître que le prix de revient de ce chemin de fer, environ cent mille francs le kilomètre, est loin d’être exagéré.
Grâce à l’aimable obligeance de M. J. Serkx, l’habile constructeur de la nouvelle ligne, j’ai pu la parcourir dans toute son étendue sur une locomotive de terrassement, et j’ai été frappé des aspects tantôt sylvestres tantôt agrestes que présente ce railway hardiment tracé au milieu de cette pittoresque oasis du boulonnais qui forme un îlot de bois, de collines et de ruisseaux au milieu des fertiles mais monotones plaines du nord de la France.