Chronique de Guillaume de Nangis/Année 1300

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Règne de Philippe IV le Bel (1285-1314)

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[1300]


Charles, comte de Valois, s’étant emparé de Dam, port de Flandre, et se disposant à assiéger Gand, Gui, comte de Flandre, aperçut alors la folie de sa présomption, l’alla trouver humblement avec ses deux fils Robert et Guillaume, et se rendit à Charles, à certaines conditions, lui, ses fils, et le reste de sa terre. Conduits à Paris auprès du roi de France, ils n’obtinrent pas le pardon qu’ils lui demandaient, mais on les fit garder en divers lieux jusqu’au temps où on jugerait à propos de leur pardonner. Le pape Boniface fit un indult, et accorda pour cette année et pour tous les cent ans une indulgence plénière de tous leurs péchés à tous ceux qui, après s’être confessés et avoir fait pénitence, se rendraient, dans un vœu humble et pieux de pèlerinage, aux basiliques des saints apôtres Pierre et Paul à Rome. Rodolphe duc d’Autriche, fils d’Albert roi des Romains, épousa à Paris Blanche, sœur du roi de France. Roger de Loria, qui avait long-temps combattu pour les Siciliens contre le roi de Sicile et ses gens, absous maintenant par le pape et créé amiral de la flotte du roi de Sicile, battit sur mer vingt galères des Siciliens, dont il tua plus de cinq cents. Thibaut, évéque de Beauvais, principal soutien des pauvres, mourut, et eut pour successeur Simon, évêque de Noyon, qui fut remplacé en l’église de cette ville par Pierre, auquel succéda André.

Charles, comte de Valois, après la mort de sa première femme, épousa en secondes noces Catherine, fille de Philippe, fils de Baudouin, empereur de Grèce, qui avait été renversé du trône, et à laquelle revenait de droit l’Empire. Les Sarrasins de Nocera, ville de Pouille, qui, rassemblés tous en cette ville du temps de l’empereur Frédéric, vivaient tributaires des rois de Sicile, et se gouvernaient d’après leurs lois, furent pris par Charles, roi de Sicile, et tous ceux qui ne voulurent point se faire chrétiens furent mis à mort.

Le soudan de Babylone ayant rassemblé de nouvelles forces, vainquit et chassa du royaume de Jérusalem et de Syrie les Tartares et les Chrétiens ou Arméniens, et soumit ces pays à sa domination 21. Désirant, autant qu’il me sera accordé ou permis d’en-haut, continuer d’une manière abrégée l’utile chronique composée, avec une studieuse application et une grande élégance de style, par notre vénérable confrère Guillaume de Nangis, et qui s’étend depuis le commencement du monde jusqu’à l’an 13oo du Seigneur inclusivement, je me suis appliqué à noter et intituler les règnes et le cours des années du Seigneur d’après le plan et la disposition observés dans l’ouvrage dudit frère. Mais comme les jours des hommes sont peu nombreux et bornés dans leur durée ; que notre vie, fragile, mortelle et misérable, remplie et hérissée de peines, paraissant comme une vapeur pour un court moment, s’évanouit promptement ainsi qu’une fumée, et que son tissu est soudainement tranché ou subitement arrêté par le Seigneur, lorsqu’elle paraissait encore à son commencement et à ses premiers pas, je prie, au nom de la charité, nos frères présens et à venir, de corriger charitablement tout ce que j’aurai pu écrire d’inexact ou de défectueux et lorsque, prévenu par la mort ou retenu par quelque légitime empêchement, je serai forcé d’interrompre mon travail, ils y ajouteront, s’il leur plaît, les événemens dignes de mémoire survenus plus tard et de leur temps. Nous croyons que nous obtiendrons ce bienfait d’une fraternelle société, cette consolation mutuelle d’une véritable amitié, d’après cette sentence de Salomon, qui dit que « si l’un paraît sur le point de tomber il sera soutenu par l’autre, et que s’il tombe, il en sera relevé. »

21. Ici finit le travail de Guillaume de Nangis, ce qui suit est l’ouvrage d’un continuateur. Voyez la Notice.