Chronique de la quinzaine, 1864/23

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Chronique n° 783
30 novembre 1864


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 novembre 1864.

L’école romantique ne se trompait point lorsqu’elle invoquait la loi des contrastes et recherchait l’antithèse du sublime et du grotesque. C’est la condition de notre humanité que les choses les plus sérieuses s’offrent parfois à nous sous une forme comique. Cela dépend des circonstances et des changeantes dispositions de l’opinion. Pourquoi nous plaindrions-nous de ces surprises ? Il est des temps où il est difficile de prendre quelque chose au sérieux ; c’est le moment de rire, et il ne faut point tant se plaindre quand l’occasion s’en présente. Mirabeau lui-même, Royer-Collard ou Benjamin Constant seraient de ce monde qu’il leur serait impossible d’allumer aujourd’hui des foudres d’éloquence à la question de la liberté de la presse. La liberté de la presse est la première condition du gouvernement des peuples par les peuples ; elle est le plus efficace instrument de l’égalité, elle est la garantie de la dignité humaine, elle est la sauvegarde des intérêts. Les peuples qui ont eu la volonté et le pouvoir de s’émanciper ont fait des révolutions pour conquérir la liberté de la presse, chacun le sait, et, quoique la liberté de la presse soit refusée à la France dans la seconde moitié du XIXe siècle, personne n’est prêt encore à se monter pour ce motif au ton des grandes colères. Il y a temps pour tout dans l’histoire des idées politiques : il y a l’heure où l’on écrit l’Homme aux quarante écus et l’heure où l’on fulmine l’Essai sur le despotisme, il y a l’heure où l’on voit partir en riant les parlemens pour l’exil et l’heure où l’on prend la Bastille. On n’est pas d’humeur en ce moment à prendre la Bastille pour rendre la liberté aux journaux ; contentons-nous donc du spectacle du jour, et sachons gré à MM. de Girardin, de Persigny et Boniface de la petite saynète comique qu’ils viennent de jouer à propos de la liberté de la presse.

Le premier piquant de la pièce est le rôle qu’y a joué M. de Persigny. Il y a trois semaines, un bruit vague se répandit dans Paris : le Montesquieu de la constitution de 1852, M. de Persigny en personne, venait, disait-on, de se convertir au libéralisme. Les gens d’esprit, qui n’ont aucun intérêt à suivre le développement intellectuel de l’orateur de Saint-Étienne, ne prirent point garde à la nouvelle ; mais il existe heureusement une classe de gens qui ne laissent tomber aucun de nos commérages parisiens : ce sont les correspondans des journaux étrangers. La métamorphose libérale de M. de Persigny était une bonne fortune que ne pouvaient laisser échapper les gazettes de Hollande de notre époque. Ces bons limiers surent prendre le gibier au gîte. Ils découvrirent qu’une conjonction avait eu lieu entre deux fortes têtes du siècle, M. de Girardin, l’homme de la liberté, et M. de Persigny, l’homme de l’autorité ; ils apprirent que, dans cette conjonction, M. de Persigny avait fait une concession au journaliste. M. de Girardin leur laissa lire une phrase d’une lettre que M. de Persigny lui avait écrite. Celui qui fut, à son passage au ministère de l’intérieur, un si terrible avertisseur de journaux, y disait : « J’avoue que cette question de la presse me préoccupe beaucoup, et que je me sentirais bien peu disposé aujourd’hui à maintenir le régime actuel sans de sérieuses modifications. » La phrase ainsi détachée avait l’air en effet d’être une amende honorable. Les nouvellistes à la main de l’étranger se crurent autorisés à dire que l’homme qui était ministre de l’intérieur quand fut promulgué le décret de février 1852, que l’homme qui, pour excuser cette législation exceptionnelle, avait inventé la théorie des juges hanovriens, que l’homme qui avait eu jusqu’au dernier discours de Saint-Étienne un idéal de liberté que Punch représentait naguère sous la forme d’une pauvre femme enchaînée et bâillonnée, que M. de Persigny, en un mot, n’approuvait plus le régime actuel de la presse.

La révélation était solennelle. M. de Girardin était en train de faire un prosélyte, et, ce prosélyte n’était autre que le ministre qui s’est montré l’antagoniste le plus opiniâtre de la liberté des journaux. Cependant la conversion de M. de Persigny n’avait aucune prise sur l’indifférence publique, et l’on n’eût prêté aucune attention à cette boutade, si l’on n’eût vu intervenir dans le débat un vieux prébendaire du journalisme, le plus ancien rédacteur du Constitutionnel, l’excellent et inoffensif M. Boniface. Parmi les hommes de ce temps qui ont été mêlés aux affaires du journalisme, il n’a été donné à aucun d’acquérir une aussi grande dose de philosophie. Combien d’hommes et de choses ont passé devant lui ! Il est un des survivans de l’antique Constitutionnel de M. Jay. Il a pu voir encore le vieux et robuste M. Etienne arrivant tard dans la soirée pour réviser les articles de ses rédacteurs en chef. Il était du temps où M. Boilay tirait de si piquans articles de vives causeries de M. Thiers. Il a vu le Constitutionnel prendre des allures fringantes sous la direction fantasque du bourgeois de Paris, M. Véron. Il a été du Constitutionnel de M. Mirés, et il est du Constitutionnel d’aujourd’hui. Auprès de lui ont grouillé des ministres, des pairs de France, des députés, des banquiers, des sénateurs et des conseillers d’état. Révolutions et coups d’état ont tout changé dans son entourage, et ont envoyé tour à tour au pouvoir ou dans la retraite la foule agitée de ceux dont il fut le modeste collaborateur. Lui seul est resté, paisible et serein, fidèle à la plume et aux ciseaux. Comment un homme de cette expérience et de cette circonspection est-il venu compromettre le fruit d’une carrière si sage par un acte inconcevable d’audace et d’étourderie ? M. Boniface a voulu se mêler à l’entretien de M. de Girardin et de M. de Persigny ; il a osé y prendre part en messager et en porte-parole de l’empereur. Un homme de cette longue pratique parlementaire n’a pas craint de découvrir la couronne. Il a fait la leçon à un ancien ministre, à un membre du conseil privé, à un duc ; il lui a annoncé, et il a mis le public tout entier dans la confidence, qu’il avait encouru le déplaisir de l’empereur en improuvant le régime actuel de la presse. M. Boniface a pris là vis-à-vis de l’empereur une liberté bien étrange ; il a usurpé les attributions du Moniteur ou du ministre d’état ; il réduit des hommes tels que nous, habitués non-seulement par les traditions parlementaires, mais par les devoirs de politesse qu’enseigne le code éternel de la civilité puérile et honnête, à ne point mettre les souverains en cause, il nous réduit, dis-je, à ne point croire à la solidité de ses prétentions et à la véracité de ses assurances. Nous n’avons du reste qu’à nous applaudir de n’avoir attaché aucune importance aux velléités libérales qu’on attribuait à M. de Persigny. L’équipée de M. Boniface a eu pour résultat la publication de la lettre de l’ancien ministre, et la faute de celui-ci a paru bien vénielle. S’il croit que le régime des journaux a besoin d’être modifié, il n’en garde pas moins pour la presse ce dédain qu’ont toujours professé les gens du bel air et les personnes de qualité. Pauvre presse ! M. de Persigny continue à faire peu de cas de toi, et M. Boniface ne veut point encore que tu sois libre : voilà pour aujourd’hui le dernier mot de la comédie.

S’arrêter à de pareilles misères quand il se passe en ce moment dans le monde tant de choses sérieuses et grandes, c’est en vérité, comme disait Mme de Sévigné, se chatouiller pour se faire rire. En attendant que M. de Girardin ait achevé de persuader M. de Persigny et que celui-ci soit parvenu à convaincre M. Boniface, la liberté vient d’accomplir en Amérique un acte qui a de quoi consoler et enorgueillir ses amis. Nous voulons parler de l’élection présidentielle des États-Unis. La réélection de M. Lincoln à la présidence est un événement d’une haute portée non-seulement pour les États-Unis eux-mêmes, mais pour le monde. Il est intéressant d’étudier le caractère de cette élection, le tour qu’elle va donner à l’attitude des partis au sein des États-Unis, l’influence qu’elle peut exercer sur les dispositions des états séparatistes, et le retentissement qu’elle doit avoir sur la vie politique de notre Europe.

Une élection présidentielle au milieu d’une guerre acharnée comme celle que poursuivent les États-Unis était la plus terrible épreuve que pût traverser la grande république américaine. M. Lincoln a commencé l’allocution qu’il adressait à la foule qui venait le complimenter sur son élection par ces remarquables paroles : « Ç’a été pendant longtemps un grave problème de savoir si un gouvernement qui ne serait pas trop fort pour les libertés du peuple serait assez fort pour maintenir sa propre existence dans les grandes crises. À cet égard, la rébellion actuelle a soumis notre république à une épreuve sévère. Une élection présidentielle, ayant lieu à l’époque régulière pendant le cours de la rébellion, n’a pas peu contribué à augmenter nos difficultés. Si le peuple, loyal et uni, était poussé au bout de ses forces par la rébellion, ne pouvait-il être exposé à une défaillance lorsque ses efforts seraient divisés et en partie neutralisés par une lutte politique intérieure ? Mais l’élection était une nécessité. Nous ne pouvons avoir de gouvernement libre sans élections, et si la rébellion avait le pouvoir de nous contraindre à anticiper ou à ajourner une élection nationale, elle pourrait se vanter à bon droit de nous avoir déjà vaincus et ruinés. » Cette élection s’est accomplie, à l’heure fixée par la constitution, malgré une guerre terrible, au milieu de la plus libre compétition des partis. Donc ce grand fait est acquis : la guerre n’a point dérangé le mécanisme de la noble et glorieuse constitution républicaine de l’Union. L’élection ne s’est pas faite seulement au moment régulier et en pleine liberté ; le peuple américain a prononcé sur sa politique et sur sa destinée au milieu de l’ordre le plus parfait. Les correspondans de la presse anglaise, d’ordinaire si prévenus contre les Yankees, sont contraints de rendre témoignage de l’imposante attitude qu’a gardée la démocratie américaine. Ils s’accordent à dire que, malgré la vivacité de la lutte, les opérations électorales ont été conduites dans tout le pays avec une droiture de sentimens, une convenance et un ordre qui font le plus grand honneur au peuple américain. Toutes les plaintes chicanières inspirées avant l’élection par l’esprit de parti sont tombées devant le fait. Il ne peut plus être question de fraudes électorales ; s’il en a été commis, c’est en petit nombre, par les deux partis, et elles n’ont pu avoir d’influence sur le résultat de l’élection. On ne peut plus parler de pression, exercée sur les votes militaires : à l’armée du Potomac, on a vu des régimens se partager entre l’oncle Abe et le petit Mac. On ne peut plus alléguer l’illégalité du serment politique imposé dans les états de la Louisiane, du Tennessee et de la Floride, où les confédérés sont en force : la majorité de M. Lincoln dans le collège électoral demeurerait énorme quand on en retrancherait les votes de ces états ; bien plus, cette majorité est si considérable que, lors même que les états confédérés eussent pris part à l’élection et eussent tous voté pour le général Mac-Clellan, elle n’en serait pas moins toujours acquise à M. Lincoln. Ainsi le peuple américain vient de faire sa grande démonstration constitutionnelle de la façon la plus honorable pour ses institutions et la plus décisive pour la politique suivie par son gouvernement.

Pour bien se rendre compte de la portée du verdict que l’Union américaine vient de prononcer sur elle-même, il faut considérer encore de plus près le caractère de cette élection. Il semble que le peuple américain ait été guidé dans cette grande épreuve par un véritable instinct de conservation nationale, et que la majorité n’ait voulu laisser planer sur sa pensée et sur sa volonté aucune équivoque. Le peuple américain a écarté la candidature qui aurait exprimé une politique ambiguë, et il a donné au représentant suprême qu’il s’est choisi une majorité compacte et certaine, dont la composition et l’ampleur devaient enlever tout prétexte aux supputations et aux interprétations contradictoires de partis différens. La candidature qui a échoué, celle du général Mac-Clellan, avait précisément le tort de représenter les opinions dissemblables des démocrates de la paix et des démocrates de la guerre, des copperheads prêts à accepter le démembrement de la république et des démocrates déterminés à ne faire la paix que sous la condition du rétablissement de l’Union. Le général Mac-Clellan appartient à cette dernière opinion : il veut le rétablissement de l’Union à tout prix, et telle était la contradiction de sa situation qu’il a été obligé de corriger par la lettre où il acceptait la candidature les déclarations trop pacifiques de la plateforme de Chicago sur laquelle sa candidature était fondée. Si Mac-Clellan eût été élu, son gouvernement eût été paralysé dès le début par les tendances contraires des partis qui le soutenaient. Les uns eussent réclamé de lui la paix, les autres le rétablissement de l’Union même par la guerre. Avant de faire face au danger extérieur, il eût été obligé de se créer un parti en appelant les républicains modérés à s’unir aux war-democrats, il eût consumé dans les hésitations débilitantes et dans les misérables tiraillemens d’une crise intérieure les premiers efforts du nouveau pouvoir présidentiel. L’Union eût été livrée à un pouvoir faible et indécis, la sécession se fût affermie et fortifiée en face de ces incertitudes ; il eût fallu ou se résigner au démembrement de la république, ou réparer par des efforts plus douloureux et plus coûteux la perte d’un temps précieux et des avantages légués par les sacrifices passés. Avec Abraham Lincoln, rien de semblable : un président soutenu par un parti uni et déterminé, nul ébranlement dans l’administration et la conduite de la guerre, la politique de l’Union se continuant avec une confiante énergie.

Le choix du président était sans doute d’un intérêt suprême ; mais dans les circonstances que traversent les États-Unis, il ne suffisait pas que le président choisi réunît les conditions strictement légales de l’élection, il fallait qu’il puisât une force incontestée dans la consécration d’une acclamation véritablement populaire. On sait que les conditions de l’élection présidentielle aux États-Unis sont telles que la nomination d’un président n’est point attachée nécessairement à l’expression de la majorité numérique des suffrages directs. Le président est nommé par un collège électoral où les états sont représentés par un nombre de délégués qui n’est point proportionné à leur population respective. Il peut arriver que celui qui est élu président par la majorité des délégués des états réunis en collège électoral ne soit pas celui que la majorité des électeurs primaires, pris en masse, avaient eu en vue. Il peut arriver que la majorité du collège électoral ne soit formée que par des combinaisons et des compromis de parti. C’est précisément ce qui était arrivé à l’élection précédente. M. Lincoln n’avait dû son élection en 1860 qu’à une scission du parti démocrate, qu’à une coalition d’une fraction de ce parti et du parti républicain. M. Lincoln était bien le président légalement élu ; mais son bulletin, son ticket, comme on dit aux États-Unis, avait été loin de réunir la majorité des électeurs primaires. Or si un président qui a eu la majorité du collège représentant les états, sans avoir la majorité pour son ticket dans l’universalité des suffrages directs, et un président qui réunit la double majorité dû premier et du second degré occupent la suprême magistrature de la république avec la même autorité légale, la différence est grande entre eux au point de vue de l’ascendant moral et de la puissance politique. Il est impossible que le premier ne se ressente point, dans la direction du gouvernement, des influences hétérogènes qui ont concouru à sa nomination ; il est impossible que la majorité du peuple voie réellement en lui l’expression complète de sa confiance et de sa volonté. Il n’en est pas de même dans le second cas, lorsque le président est vraiment l’élu de la majorité des électeurs pris en masse. Alors plus de doute sur la direction de la volonté nationale, plus de tiraillement dans les conseils du magistrat suprême porté au pouvoir non plus par des marchandages de parti, mais par une manifestation vraiment populaire. Telle est la situation que la dernière élection fait à M. Lincoln. On a reproché à M. Lincoln, dans les premiers temps de sa présidence, des irrésolutions et des tâtonnemens qui étaient la conséquence naturelle des circonstances au milieu desquelles l’élection de 1860 s’était opérée. Aujourd’hui il n’y a plus de motif aux incertitudes de conduite. M. Lincoln n’a pas seulement une énorme majorité dans le collège électoral ; il est l’élu de la majorité des votes populaires réunis. La majorité qui l’a porté dans l’ensemble de ces votes est d’environ cinq cent mille voix. La nature des élémens qui ont formé cette majorité doit être prise en sérieuse considération. On disait avant l’élection que le principal appoint du parti républicain, rallié à M. Lincoln, serait la classe des fournisseurs qui ont trouvé de grands profits dans la guerre ; les partisans des esclavagistes représentaient le parti de M. Lincoln comme celui des agioteurs et des spéculateurs effrénés. On dépeignait aussi les états agricoles de l’ouest comme ruinés par la guerre nationale et prêts, pour y mettre un terme, à se rallier au parti démocrate. Ces appréciations, que les partisans du sud avaient répandues bruyamment en Europe, ont été démenties par l’événement de la façon la plus éclatante. C’est parmi les populations essentiellement agricoles, c’est au sein des classes dont le patriotisme a ses racines dans le sol que M. Lincoln a recruté la masse de ses adhérens ; Les états de l’ouest ont voté pour lui. Dans le grand état de New-York, la ville, avec sa population flottante, avec la foule de ses spéculateurs fiévreux, avec son mob sans cesse recruté par les émigrans, a donné une majorité de 37,000 voix contre M. Lincoln ; mais dans l’ensemble de l’état de New-York la population vraiment autochthone des fermiers a victorieusement rétabli l’équilibre : elle a fait passer par 9,000 voix de majorité le ticket républicain et a renversé du même coup le fameux gouverneur démocrate, le promoteur ardent de la plateforme de Chicago, M. Horatio Seymour.

Choix du président, manifestation énergique d’une majorité décidée, composition même de cette majorité, tout concourt à donner à la dernière élection présidentielle la signification et le caractère réclamés par la gravité des circonstances et la grandeur de l’enjeu pour lequel on combat en Amérique. Le peuple américain a su éviter dans cette salutaire épreuve les pièges que, d’après les adversaires européens de la démocratie et de la liberté, il devait rencontrer dans sa propre constitution. Guidé par un infaillible instinct patriotique, le peuple américain a voulu affirmer avant tout, dans cette élection, l’unité, l’identité et les droits souverains de sa vie nationale. Il importe qu’on prenne bien gardé en Europe au profond changement produit par cette élection dans la situation des États-Unis. La question qui se débattait dans ce scrutin était au fond celle même pour laquelle on combat des bords du Potomac au golfe du Mexique. Il s’agissait de savoir si, au travers de ses institutions fédérales, l’Union américaine possède et doit conserver une existence nationale, s’il y a et s’il y aura une nation américaine, s’il y a et s’il doit y avoir un patriotisme américain. On comprend que, dans une fédération, les attributions des états distincts dans tout ce qui concerne leur administration intérieure soient aussi larges que possible ; mais une fédération est toujours l’expression d’une unité nationale et politique, et, si loin que soient portés les droits des états distincts dont elle est composée, il est impossible de comprendre qu’ils puissent aller jusqu’au droit de détruire, suivant le bon plaisir de chaque état, la fédération même, forme et organe de l’unité politique et nationale. Il est bizarre qu’en Angleterre des esprits distingués, mais prévenus par des rivalités nationales, et qu’en France des esprits aveuglés par l’ignorance ou gâtés par une frivolité perverse, aient voulu que la constitution des États-Unis fût fondée sur un aussi monstrueux contre-sens, et se fût ainsi exposée à un perpétuel suicide. Que les meneurs des états du sud, plus préoccupés de la question sociale que de la question politique, résolus à faire appel à la force pour établir, en sortant violemment de l’Union, un état social fondé sur l’esclavage, aient mis en avant la première théorie venue, cela est peu surprenant ; leur conduite passée, comme leur conduite présente, dément d’ailleurs leur prétention. Qui peut oublier que, tant que la puissance fédérale a été aux mains de leur parti, ils en ont abusé contre les droits des états avec une infatuation effrénée, et qu’ils ont imposé à l’Union la jurisprudence Dred-Scott, qui soumettait les états libres au droit de recherche des esclaves fugitifs ? Et aujourd’hui, au sein de leur confédération éphémère, ne crient-ils pas à la trahison lorsque quelqu’un soutient parmi eux que chacun des états séparés a le droit de disposer de lui-même et de traiter directement avec le gouvernement de l’Union sans passer par l’intermédiaire du pouvoir confédéré ? Ce qui nous afflige, ce qui passera dans l’avenir pour une des plus étranges aberrations de notre époque, c’est qu’en France et en Angleterre on ait pu avoir un instant la pensée de refuser à la constitution américaine, au peuple américain, ce qui est la condition première et vitale de la conservation de toute constitution et de tout peuple. On faisait, il est vrai, bon marché de la logique, et on se rejetait sur les faits. — Ceci, disait-on, est une question de force et d’intérêts ; les états du nord ne pourront pas vaincre la confédération. Il n’y a pas de patriotisme aux États-Unis, il n’y a que des intérêts : les intérêts se plieront docilement aux décisions de la force ; vous verrez à la prochaine élection les états du nord écouter la voix de leurs intérêts et nommer un président démocrate pour veiller à la décomposition amiable de la république. — Posée en ces termes, la question était pour ainsi dire enfermée dans le domaine de l’expérience. Nous étions, nous, de ceux qui croyaient que les États-Unis avaient en abondance tout ce qu’il faut pour échauffer le patriotisme d’une nation et assurer la mission d’un grand peuple : dans le passé les glorieux souvenirs, dans le présent l’amour et l’orgueil des institutions libres, la juste fierté de la prospérité et de la puissance, — dans l’avenir le grand idéal humain à réaliser d’un gouvernement fondé sur la pure égalité et la complète liberté ; nous acceptions cependant avec modestie l’expérience à laquelle les adversaires des États-Unis faisaient un appel si présomptueux. — L’expérience aujourd’hui est consommée ; il faut qu’en Angleterre comme en France les détracteurs de l’Union américaine en prennent leur parti : l’élection du 8 novembre apprend à tous qu’il y a aux États-Unis autre chose que des citoyens de l’Illinois, de l’Ohio, de la Pensylvanie, de New-York, que ces citoyens entendent avant tout être des citoyens de la libre, puissante et glorieuse république américaine, que le cœur d’un peuple bat sous le lien volontairement accepté de l’Union, que ce peuple, éclairé par l’infaillible intuition du patriotisme, ne veut point laisser inscrire dans sa constitution le principe de son démembrement. Le verdict du 8 novembre montre enfin les États-Unis tels qu’ils sont, et au dedans comme au dehors enlève à leurs ennemis toute illusion.

Le grand avantage de ces jugemens populaires quand, comme aux États-Unis, ils sont rendus avec une liberté et une sincérité qui défient toute contestation querelleuse, c’est de produire un grand apaisement intérieur, de balayer pour ainsi dire l’arène des partis, d’en faire disparaître les devises et les armes des anciennes polémiques, de transformer les opinions par la vertu de la chose jugée. On peut prédire qu’un effet semblable va se produire immédiatement aux États-Unis. Les vieilles classifications de républicains, d’abolitionistes, de démocrates de la guerre et de démocrates de la paix, n’ont plus de raison d’être. Ce n’est pas telle ou telle faction qui a triomphé dans la lutte électorale, c’est la nation elle-même, c’est le parti de la nation. Le premier résultat, c’est la dissolution forcée de la coalition des démocrates de la guerre et de la paix. On ne relève plus en Amérique les drapeaux qui ont été ainsi abattus. Les démocrates de la guerre étaient éloignés du gouvernement de M. Lincoln plutôt par des questions de personnes que par les principes. Ils veulent la réconciliation avec le sud, mais avec le rétablissement de l’Union, et, comme le général Mac-Clellan le disait dans son manifeste électoral, contraints à la guerre par l’entêtement des séparatistes, ils étaient résolus à la pousser à outrance. Le sort des war-democrats est donc d’aller se fondre dans le parti national qui a élu M. Lincoln. Quant aux démocrates de la paix, aux copperheads, ils sont pour longtemps réduits à l’impuissance. Les dispositions déjà exprimées du président réélu aideront à la dissolution des oppositions coalisées. Dans le simple et honnête discours qu’il a prononcé après l’élection, M. Lincoln a fait à la conciliation un appel qui sera entendu. « Maintenant que l’élection est finie, a-t-il dit, n’avons-nous pas tous un égal intérêt à nous réunir dans un commun effort pour sauver notre pays ? Quant à moi, j’ai toujours évité, j’éviterai toujours d’élever un obstacle sur cette voie. Depuis que je suis ici, je n’ai volontairement froissé personne. Je suis sensible au grand honneur d’une réélection, mais le désappointement que ce résultat a dû causer à d’autres n’ajoute rien à ma satisfaction. Puis-je demander à ceux qui m’ont soutenu de s’unir à moi dans ce même esprit vis-à-vis de ceux qui m’ont été contraires ? » Dans le sentiment de la force que lui donne le vote populaire, le gouvernement américain ne doit pas se montrer seulement conciliant envers les anciens adversaires de l’intérieur ; il peut, avec dignité et habileté, faire vis-à-vis des états rebelles une solennelle démarche de paix ; il peut leur adresser une nouvelle et pressante invitation à rentrer dans l’Union en leur offrant l’oubli du passé et une complète amnistie. Un discours prononcé à New-York par le général Butler indiquerait que telle est l’intention du président. Si malheureusement le grand acte qui vient de s’accomplir dans le nord n’ébranle pas l’obstination du sud, le gouvernement américain sera en mesure de continuer la guerre avec plus de ressources, de force et d’énergie qu’il n’a pu en montrer jusqu’à ce jour. Sans croire que la lutte soit poussée aux extrémités dont a parlé le général Butler, il est une mesure prochaine à laquelle le sud doit s’attendre, et qui a été annoncée dans un récent discours de M. Seward. Le parti national a aujourd’hui -dans le congrès une majorité suffisante pour voter un amendement à la constitution. « J’ai entendu dire à nos adversaires (ce sont les paroles de M. Seward) que cette guerre a été un avortement, et qu’elle a été entreprise pour abolir l’esclavage. Je ne reconnais pas que tel ait été l’objet de la guerre, nous ne l’avons faite que pour conserver l’Union ; mais je prends au mot nos adversaires. Voyons comment les choses se sont passées. La première année de la guerre a supprimé la traite des noirs dans les États-Unis ; la seconde année a placé les nègres au niveau des soldats de la liberté et a aboli l’esclavage dans le district de Columbie ; la troisième année a aboli l’esclavage dans le Maryland, et si les démocrates pensent que la guerre aura été aussi un avortement cette année, quand le congrès se réunira, il adoptera un amendement constitutionnel et abolira l’esclavage dans toute l’étendue des États-Unis. Or je sais que quand l’esclavage sera détruit, le seul élément de discorde qui existe au sein du peuple américain cessera de produire ses œuvres malfaisantes. » Cette terrible question de l’esclavage reparaît ainsi par la force des choses au terme de la lutte. Les politiques du sud et du nord ont fait de vains efforts pour la dissimuler et la rejeter sur l’arrière-plan. Les politiques du sud prétendaient qu’elle n’était point le mobile de leur sortie de l’Union ; les politiques du nord soutenaient qu’ils voulaient rétablir l’Union, fût-ce au prix de concessions sur la question des esclaves. Les politiques des deux partis ont inutilement cherché à s’amuser les uns les autres ; la force des choses a rendu les deux intérêts, l’intérêt politique et l’intérêt social et d’humanité, solidaires l’un de l’autre. Deux nécessités qui n’en font plus qu’une veulent que l’Union soit rétablie, et que l’esclavage soit aboli.

On ignore encore l’impression que l’élection du 8 novembre aura produite au sein des états séparatistes. Il est impossible que la réélection de M. Lincoln et la défaite des démocrates dans l’état de New-York n’aient point été pour les hommes du sud une déception amère, et ne deviennent pour eux une cause prochaine de découragement. On comptait beaucoup dans le sud sur l’élection de Mac-Clellan. Les premiers débats du congrès de Richmond ont montré quelles étaient à cet égard les espérances des séparatistes. On croyait qu’avec la présidence de Mac-Clellan deux conventions seraient simultanément convoquées dans les états fédéraux et dans les états confédérés, et qu’un nouvel ordre de choses sortirait des délibérations parallèles de ces deux assemblées. Certes ceux qui en France et en Angleterre ont épousé avec une chaleur si malencontreuse la cause des confédérés se doutent peu des étranges paroles qui ont été prononcées le 8 novembre dans le congrès séparatiste, et qui ont été rapportées par les journaux de Richmond. Un des membres de ce congrès qui a rempli de ses véhémens discours la plus grande partie de la séance, M. Foote, qui croyait encore alors aux chances de succès de Mac-Clellan, a dit dans une péroraison pleine de bravades : « Nous avons plus d’amis dans le nord qu’en Angleterre ou en France. Ces pays ne veulent que la ruine commune du nord et du sud. Je veux, quand notre indépendance sera reconnue, que nous formions avec les états du nord une alliance offensive et défensive, afin de mettre en vigueur en Amérique la doctrine de Monroe. Par cette alliance, la puissance anglaise au Canada serait balayée, et la domination de la France au Mexique serait renversée. Six ou sept cent mille hommes feraient l’affaire, et infligeraient un juste châtiment aux deux monarchies au cœur de glace qui s’efforcent aujourd’hui de cerner les deux républiques et d’en restreindre la croissance. » Voilà un langage qui se fait écouter au sein du parlement confédéré. Au surplus, la réunion de ce congrès a révélé la profonde détresse de la sécession. Le rapport du ministre des finances de M. Jefferson Davis a montré la pénurie du trésor confédéré. L’avilissement du papier avec lequel les séparatistes font la guerre est arrivé à la plus extrême limite ; ces assignats perdent 94 pour 100. M. Jefferson Davis a déclaré, dans un récent discours, que les deux tiers des soldats qui devraient être sous les drapeaux étaient absens. C’est cet épuisement du personnel combattant qui a engagé le président confédéré à proposer l’enrôlement et l’émancipation de quarante mille noirs. Cette proposition a soulevé les plus vives résistances. À ce propos aussi on a prononcé dans le congrès de Richmond des paroles qui paraîtraient bien étranges au public européen, si la presse dévouée à la cause du sud osait les lui faire connaître. Un membre, M. Chambers par exemple, s’est écrié qu’il rougissait d’avoir à discuter une pareille question. « Toute la nature crie contre une telle idée. La race nègre a été condamnée à l’esclavage par le Tout-Puissant. L’émancipation serait la destruction de tout notre système social et politique. Dieu nous préserve que ce cheval de Troie soit introduit parmi nous. Le nègre ne se battra pas, toute l’histoire le démontre. » Ici vient une interruption d’un membre : « Les Yankees le font bien combattre. — Pas beaucoup, riposte un autre. — Gorgez-le de whisky, s’écrie un troisième, et il se battra. » M. Chambers poursuit, à travers les interruptions : « J’espère qu’on ne propose pas de mêler les nègres avec nos braves soldats blancs… Le nègre ne peut-être un bon soldat ; la loi de sa race s’y oppose. La nature l’a formé pour l’esclavage : étant le meilleur des esclaves, il doit être le pire des soldats, etc. » On ne regarde point assez en Europe à ces déclarations naïves, spontanées, où l’on peut voir sur quelles erreurs sociales et politiques, sur quels principes répugnans à la conscience humaine, s’appuie l’œuvre téméraire, funeste et fatalement caduque entreprise par les meneurs du sud. La bravoure des soldats sur le champ de bataille, l’habileté des généraux, la capacité et l’indomptable énergie des chefs politiques, peuvent masquer pendant un temps les infirmités incurables d’une mauvaise cause ; elles ne peuvent en empêcher la ruine finale. Nous aussi, en Angleterre, en France, nous avons vu dans nos luttes civiles des partis rétrogrades soutenus dans leurs derniers efforts par une vaillance devant laquelle on ne se défend point contre la sympathie et l’admiration ; mais nous avons appris par ces exemples, et les propriétaires d’esclaves des états confédérés vont apprendre par une douloureuse expérience, que la résolution et l’héroïsme de quelques hommes ne peuvent point prévaloir contre les forces parfois grossières et tumultueuses de la civilisation en marche.

Nous attendons avec plus de curiosité et d’anxiété les conséquences morales de l’élection du 8 novembre au nord et au sud des États-Unis que le résultat des opérations militaires momentanément engagées ; mais, sans anticiper sur un avenir qui se présente avec des chances plus favorables, les amis que la démocratie américaine a conservés en Europe peuvent trouver aujourd’hui dans le grand fait de la réélection de M. Lincoln des motifs suffisans de satisfaction et de confiance. Il y a eu, depuis quatre ans, de mauvais jours où l’on a pu trembler sur le sort de la république américaine. La cause de la liberté, de la démocratie, du progrès humain, est si malheureuse dans cette seconde moitié du XIXe siècle, qu’on a pu craindre par instans qu’elle ne fût menacée d’un nouveau désastre et condamnée à voir s’écrouler dans une chute précoce l’œuvre de Washington. L’attitude que vient de prendre le peuple américain est faite pour consoler, rassurer et encourager en Europe les amis de la liberté. L’Europe moderne et la jeune république américaine ont souvent réagi l’une sur l’autre dans les vicissitudes de leurs révolutions. Persuadés que ces influences réciproques des peuples les uns sur les autres doivent devenir de plus en plus actives, nous accueillons la grande manifestation du peuple américain comme un heureux augure du réveil des idées généreuses sur notre vieux continent.

Parmi les faits dont le parti libéral doit se féliciter, nous n’hésitons point à compter la fin des débats du parlement italien sur la convention du 15 septembre et la translation de la capitale. L’Italie a heureusement traversé cette crise ; elle y a trouvé une occasion d’affirmer son unité avec une nouvelle énergie. Nous louerons particulièrement les ministres italiens et le parlement d’avoir regardé courageusement en face, dans cette conjoncture, les difficultés de la question financière. La fermeté avec laquelle M. Sella a réclamé les ressources dont l’état du trésor rendait le recouvrement indispensable fait grand honneur à ce ministre ; elle a eu ce résultat heureux de provoquer de la part des municipalités qui offrent de faire l’avance de l’impôt foncier de 1865 une manifestation véritablement patriotique. En dépit des petites et intempestives chicanes diplomatiques auxquelles l’interprétation de la convention a donné lieu, l’Italie s’est exécutée, pour ce qui la concerne dans la convention, avec un empressement, un bon vouloir, un esprit politique très remarquables. Dans l’œuvre commune entreprise par la convention, l’Italie a fait pour le moment sa tâche ; elle est en règle. C’est à d’autres maintenant de parler et d’agir. La cour de Rome ne peut plus tarder beaucoup à faire connaître sa pensée et ses intentions sur la retraite des troupes françaises, sur le transfert proposé d’une partie de sa dette à l’Italie, sur la force protectrice de l’ordre intérieur qu’elle aura d’ici à deux ans à organiser. Jusqu’à présent, la cour de Rome a gardé le silence ; mais, les Italiens s’étant mis en mesure d’exécuter les engagemens qui les concernent, le moment est venu pour le saint-père de parler, ou pour la France de l’interroger avec une respectueuse sollicitude.

Les suites de la question danoise viennent de donner lieu à une nouvelle et petite querelle d’Allemands. Ce ne sera pas la dernière. Les états moyens ont été mis en demeure par la Prusse de cesser l’occupation fédérale du Holstein. Cet incident est un nouveau succès pour M. de Bismark, un nouveau déboire pour M. de Beust. Les troupes saxonnes et hanovriennes sont éconduites du Holstein. Le principe au nom duquel l’évacuation a été demandée ne peut être contesté par la diète, et cependant il a de quoi inquiéter les meneurs de la diète de l’école de M. de Beust. En ce moment, le Holstein et le Slesvig appartiennent à la Prusse et à l’Autriche, à qui la cession conjointe en a été faite par le roi de Danemark. Le moyen que la diète germanique ose continuer l’occupation fédérale d’une province qui appartient provisoirement à la Prusse et à l’Autriche ! On n’y saurait songer, et pourtant quelle force ne donne point pour l’avenir à l’ambition prussienne cette cession directe du roi de Danemark, qu’elle invoque comme son seul titre ? Les duchés resteront aux mains de la Prusse tant que la diète n’aura point prononcé sur les titres des princes qui s’en proclament les souverains légitimes, et sait-on combien durera ce procès ?

Nous voudrions finir comme nous avons commencé en parlant de notre politique intérieure ; malheureusement la matière est peu abondante. Il a été soulevé récemment dans les régions élevées du pouvoir une question qui, pour n’être point arrivée au grand public, n’est pas cependant dépourvue d’intérêt. Nous avons, comme on sait, en France un conseil privé et un conseil des ministres. Quelques ministres sont membres du conseil privé ; mais tous les membres du conseil privé ne sont pas ministres. Il paraît que l’oisiveté pèse à ceux des membres du conseil privé qui n’ont point un portefeuille : ils se regardent comme des excellences in partibus infidelium ; ils voudraient être plus activement mêlés aux affaires, ils tiendraient à prendre part aux délibérations du conseil des ministres. Les ministres à portefeuille ont peu d’inclination à recevoir dans leur cénacle des collègues qui auraient un prorata d’influence sur la conduite du gouvernement sans partager le travail ministériel. Ainsi, tandis que M. de Persigny causait à bâtons rompus avec M. de Girardin sur la législation de la presse, une question bien plus importante pour lui s’agitait dans l’empyrée. Peut-être ceux qui étaient au courant des débuts de cet incident ne savent-ils point encore que la question est tranchée pour le moment, et que les membres du conseil privé qui n’ont point de portefeuille ne franchiront pas jusqu’à nouvel ordre le seuil du conseil des ministres. Nous le leur apprenons généreusement, afin de remplir, nous aussi, notre métier de nouvellistes, et de nous donner de l’importance.


E. FORCADE.