Chronique du 14 mars 1874 (La Nature)
| 7 mars 1874
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CHRONIQUE
Une nouvelle grotte de stalactites. — On vient de découvrir une grotte des plus merveilleuses dans la vallée de Corsaglia, près de Mondovi. Cette grotte, qui s’ouvre au centre d’une montagne formée de calcaire compacte et gris, est divisée en plusieurs salles consécutives, toutes élégamment garnies de stalactites et de stalagmites de formes admirables et d’une grosseur vraiment extraordinaire, çà et là sillonnées de ruisseaux et de cascades formant autant de lacs, et offrant partout une atmosphère fraîche et bienfaisante.
Le passage de Vénus. — Il y a deux îles Saint-Paul, une près de l’équateur, où le Challenger a touché dans son voyage de Bahia au Cap, et une autre dans l’Océan austral sous la longitude de la mer des Indes. C’est à cette dernière que se rend l’expédition du capitaine Mouchez pour l’observation du passage de Vénus. Le gouvernement britannique qui devait se borner à établir une station se décide, d’après ce que nous apprend sir Biddel Airy, à en établir huit. En outre, lord Lyndsay va établira ses frais une station à l’île Maurice. Une des principales stations anglaises sera celle d’Honolulu (îles Sandwich). Indépendamment de l’observation des passages de Vénus, des astronomes allemands ont proposé d’employer l’opposition de la planète Flora pour déterminer la parallaxe du soleil en 1874. Sir Biddel Airy propose d’attendre jusqu’en 1877 le retour de l’opposition de Mars qui aura lieu dans des circonstances favorables.
Sur l’emploi des scories des hauts fourneaux pour les constructions. — Les scories des hauts fourneaux, dont la production est si abondante, n’ont pas encore trouvé un emploi qui permette à la fois de les utiliser et d’en débarrasser les usines qu’elles encombrent d’une manière souvent fâcheuse. Leur bas prix ne leur permet pas de supporter les frais d’un transport à grande distance. Dans certains pays on se sert directement de ces scories pour des constructions légères, telles que murs de clôture ; mais cet emploi est très-restreint. Un autre usage auquel on fait servir ces scories est l’empierrement des routes ; mais la rapidité avec laquelle elles se désagrègent et se transforment en boue fait que cet usage n’est répandu que dans les localités où le pris des autres matériaux est beaucoup plus élevé. M. P. Tunner a cherché tout récemment à mieux utiliser ce produit si abondant en le mélangeant avec de la chaux, après l’avoir granulé, et le moulant sous une forte pression en briques qu’on laisse ensuite sécher à l’air.
Pour faciliter la granulation des scories on fait couler celles-ci dans un fort courant d’eau, tandis qu’elles sont encore en fusion. La quantité de chaux qu’on mélange au sable des scories est de 1/6 ou 1/4. Cette quantité est d’autant plus faible que les scories sont plus basiques. Le prix de revient du cent de briques, de grandeur ordinaire, est de 12 fr. 50.
Musée antédiluvien du Central-Park, à New-York. — La géologie est fort en honneur aux États-Unis ; les richesses paléontologiques que renferme ce sol en partie inexploré, contribuent à en répandre le goût dans toutes les classes de la société. On achève au Central-Park, à New-York, une restauration de la plupart des animaux antédiluviens, dont les débris fossiles ont été retrouvés dans les couches géologiques des États-Unis. On imite en cela la curieuse exposition du même genre, créée au palais de Cristal, de Sydenham, près Londres. Les animaux sont reconstitués dans leur grandeur naturelle, placés dans la position qui paraît la plus favorable à mettre leurs formes en évidente. Ils sont exécutés en une sorte de composition plastique résistante ; une vaste toiture vitrée couvre l’endroit où sont groupés ces sujets fantastiques.
La néphrite et la jadéite. — La néphrite et la jadéite sont deux minéraux qui manquent absolument dans les couches géologiques de l’Europe ; cependant on a extrait, des constructions lacustres de l’époque préhistorique dans toute l’Europe centrale, des objets taillés en néphrite et en jadéite. Malgré la quantité d’objets que l’on retrouvait, on ne pouvait pas leur assigner une provenance européenne, et l’on était obligé de penser à une importation lente, mais continue, de pays très-éloignés ; importations contemporaine» des premières migrations humaines. Ces pays ignorés, d’où les premiers habitants de l’Europe, comme ceux de l’Égypte, tiraient la néphrite et la jadéite, où les objets travaillés avec ces minéraux, sont situés, à ce que nous apprend M. Schlaginweit-Sakünlunski, sur les deux versants de la chaîne du Kuen-lur. Ce fait important fournit une précieuse indication, que les anthropologistes et les historiens sauront mettre à profit dans leurs recherches. Ces roches plus faciles à travailler que la saussurite, à côté de laquelle elles retrouvent, furent employées de préférence à celle-ci par les peuples préhistoriques. De même qu’à l’âge de la pierre, aujourd’hui encore, la saussurite est considérée comme une matière inférieure à la néphrite et à la jadéite, et on ne la trouve pas dans l’Asie centrale.
Décroissance de la population en France. — La question des populations soulève un problème social dont les données se diversifient à l’infini ; mais la mobilité même des milieux ne doit pas nous empêcher de rechercher les lois particulières spéciales à certains peuples. Nous avons perdu une certaine surface de territoire, qui nous enlève 2 000 000 d’habitants et de plus il y a 367 000 Français de moins qu’en 1866, par le fait de la décroissance de la population. En 1821, il y avait 30 460 000 habitants ; en 1866, 38 067 000 et en 1872, 36 103 000. De 1821 à 1866 l’accroissement fut de 47 p. 100 et la période de doublement varia autour de 148 ans, au minimum. Au commencement du siècle on comptait 425 enfants par 100 mariages, tandis qu’en 1867, ce chiffre n’était plus que de 294. C’est, en moins de 75 ans, une diminution de 64 p. 100. La France occupe le dernier rang dans les nations européennes dans la production moyenne par mariage ; elle est de 4,72 en Russie, tandis que chez nous elle n’est que de 3,08. D’autre part la densité de la population est descendue de 68 habitants par 100 hectares, après avoir été de 70 pour la même surface. Les économistes qui ont étudié cette sèche éloquence de la statistique, signalent comme causes principales de cette dégénérescence : le luxe, les mauvaises mœurs qui en sont la conséquence directe et le mariage entre enfants d’une même famille. La connaissance du devoir, plus que l’État, nous apprendra à extirper de nos mœurs tout ce qui peut arrêter le progrès naturel de la population ; elle nous apprendra que la solidarité humaine n’est pas un vain mot et que tout le monde souffre et s’appauvrit des misères des autres.
Presse typographique à vapeur. — Le Morning Herald de New-York a commencé à se servir d’une nouvelle presse à vapeur, qui est un perfectionnement de la presse rotative du Times de Londres. Jusqu’à ce jour le Herald se servait d’une presse analogue. Il annonce qu’avec les nouvelles dispositions prises il est en mesure de tirer 20 000 exemplaires à l’heure. Chacun de ces exemplaires se compose de trois feuilles pareilles à nos grands journaux. L’économie de main-d’œuvre et de combustible est évaluée par le Morning Herald à 50 000 dollars par an.
Une race de nains. — Nous lisons textuellement dans le London Medical Record : La Société géographique d’Italie a reçu d’Alexandrie, avec la nouvelle de la mort de l’explorateur Miani et divers objets ayant trait à l’ethnologie, deux individus que le savant voyageur avait fait venir des tribus de l’Akka ou Tikku-Tikki, et qu’il avait achetés du roi Munis. L’un est âgé de 18 ans, et il a un peu plus de 3 pieds de haut ; l’autre qui a 10 ans, ne mesure que 2 pieds et demi. Selon Miani, ils appartiennent à cette race de nains décrite dans l’antiquité par Hérodote, et découverte à nouveau dans ces derniers temps par l’allemand Schweinfurth, qui l’a décrite avec soin. Ils sont très-ventrus, leurs membres des plus grêles, leurs genoux cagneux ; le crâne est sphérique, la face prognathe, les membres très-longs, la peau cuivrée, les cheveux crépus comme une tignasse d’étoupes. À bientôt probablement l’exhibition de ces nouveaux monstres devant notre public ! Les monstres humains sont à la mode ; et la nature complaisante s’empresse de nous en offrir de toutes les façons !
Système perfectionné d’hélice propulsive. — M. Griffiths, l’inventeur d’un propulseur dont les formes ont été reconnues comme très avantageuses, est maintenant partisan d’adapter aux navires deux hélices, l’une à l’avant, l’autre à l’arrière ; il propose aussi de placer une hélice dans un fourreau disposé sous la quille, de façon à prendre l’eau à l’avant. Il s’exprime ainsi sur cette invention : Un propulseur produisant son action en pleine eau, comme cela se pratique communément, annule une grande partie du travail effectif, parce que les points d’appui sont perdus dans l’entraînement des molécules liquides. Dans le système tubulaire, l’eau étant comprimée, il n’y a pas de perle de force ; elle doit au contraire donner une résistance de 40 ou 50 pour 100 plus avantageuse.
Expériences sur la propagation du son dans l’atmosphère. — Le son se propage dans l’atmosphère d’autant mieux que les couches d’air sont homogènes ; le brouillard, la pluie, le vent modifient la propagation des ondes sonores. Le professeur Tyndall profita de l’installation des signaux de brume installés en 1873, sur la falaise du South Foreland, pour faire des expériences sur la transmission relative du son avec la transparence ou l’opacité de l’atmosphère. Étant à bord de l’Irène, l’éminent physicien constata que la doctrine, acceptée jusqu’ici sur les propriétés acoustiques d’un temps calme et clair, n’est pas exacte. Ainsi le 5 juillet, étant en mer, à 2 milles de la côte, par une magnifique matinée d’été, il n’entendait ni le sillet à vapeur ni les coups de canon, tandis que le 1er juillet, avec un vent contraire et un brouillard épais on en entendit le son à 12 milles, distance double de celle de la perception favorable. Dans d’autres circonstances, l’interposition d’un nuage entre le poste des signaux et l’observateur, permit d’entendre à 7 milles ; le nuage agissait comme surface réfléchissante. Le professeur Tyndall avait aussi répété des expériences sur la Serpentine River, dans des moments de beau temps et dans des temps brumeux. Il en a déduit cette loi acoustique, que : « la non-homogénéité de l’air est un obstacle à la transmission du son ; » cela indépendamment du brouillard, de la pluie qui peuvent bien apporter quelques modifications de détail, mais sans changer la loi de la propagation des ondes sonores.
La Naturaleza. — La Société mexicaine d’histoire naturelle publie, sous ce titre, depuis le mois de juin 1869, un journal très-intéressant. Ce recueil se compose de tous les mémoires dont il a été donné lecture dans les séances de la Société. Nous remarquons dans le dernier volume un ensemble d’analyses des météorites si nombreuses, comme on le sait, au Mexique. La Société a protesté avec beaucoup de sens contre l’acte de vandalisme commis, au nom de la science, par la Société de géographie et de statistique. En effet cette association a ordonné, avec les meilleures intentions du monde, la destruction d’une grande météorite, qui ne le cède guère en taille qu’à celle du Groenland, découverte par Nordenskiold, et qui est connue dans toute la contrée sous le nom de Descubridora. Le mot de M. de Talleyrand : Pas trop de zèle ! peut donc s’appliquer plus souvent qu’on ne le pense aux savants, aussi bien qu’aux membres de la diplomatie.