Chronique du 28 février 1874 (La Nature)
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CHRONIQUE
Cristallisation du verre. — À Blanzy (Saône-et-Loire) existe une grande verrerie perfectionnée. Le verre, au lieu de s’y fabriquer dans des creusets, y est produit dans un grand four chauffé au gaz, ayant 6 mètres de long sur 2 de large, et dont l’installation est due à MM. Clémandot et Videau. Le four ayant été mis au repos, pour cause de réparation, on trouva le verre qui y était resté après la dernière chauffe envahi par le phénomène de la dévitrification. Nos lecteurs savent que Réaumur d’abord, et à sa suite de nombreux observateurs, ont appelé l’attention sur les modifications de structure dont le verre est le siège quand ou l’abandonne pendant 24 ou 18 heures à une température peu inférieure à son point de fusion. De transparent il devient opaque, laiteux, et on le connaît sous le nom très-significatif de porcelaine de Réaumur. Mais à Blanzy les choses se sont passées autrement. Il s’est produit dans la masse de verre de gros cristaux parfaitement nets, dont les dimensions dépassent plusieurs centimètres. Souvent même il s’y est développé de véritables géodes toutes tapissées de pareils cristaux qu’on a pu analyser complètement au double point de vue chimique et cristallographique. Grâce à l’examen auquel M. Péligot les a soumis, ils ont enfin fourni la notion cherchée depuis Réaumur des modifications que le verre subit en se dévitrifiant.
Deux hypothèses étaient en effet en présence. L’une défendue, entre autres, par M, Dumas, consiste à dire que la masse vitreuse subit un véritable départ ; un silicate défini s’en sépare et cristallise, tandis que le reste demeure emprisonné entre les cristaux et indiscernable. Dans l’autre hypothèse, on admet, avec Pelouze, que les cristaux ont la même composition que le verre et résultent d’un simple travail moléculaire, pareil à celui qui rend opaques l’acide arsénieux et le sucre d’orge. Le choix était très-difficile, car l’analyse portait forcément sur le mélange des cristaux et de leur gangue que l’on n’en pouvait séparer. Aujourd’hui les circonstances sont, au contraire, tout à fait favorables, et M. Péligot vient avec l’autorité de la chimie et de la cristallographie donner pleinement raison à la première hypothèse. Il est désormais démontré que les cristaux de verre résultent d’un vrai départ et en outre que leur composition, ainsi que leur forme, les rangent dans l’espèce minéralogique appelée pyroxène. Le fait est d’autant plus intéressant qu’il jette de la lumière sur la production des pyroxènes de la nature, où l’on retrouve, d’après les recherches de M. Lechartier, des éléments étrangers, interposés entre les particules cristallines et témoignant peut-être de l’existence primitive d’un magma vitreux d’où les cristaux se sont dégagés.
Construction de nouveaux aquariums. — D’après la Nature (anglaise) on s’occupe en ce moment de la construction de deux nouveaux aquariums, l’un au Central-Park, de New-York, et l’autre à Liverpool. Le premier sera placé sous la direction de M. Saville Kent, qui a été pendant longtemps le curateur de l’aquarium de Brighton, et qui a organisé avec un talent incomparable le bel établissement sur lequel nous comptons appeler prochainement l’attention de nos lecteurs.
L’aquarium de Liverpool sera placé dans un local voisin de la salle Philharmonique et qui a déjà été acheté par une compagnie financière formée pour cet objet et dont le capital est de 1 125 000 francs. Une souscription sera ouverte pour la construction de l’aquarium de New-York, et, d’après nos renseignements, sera très-rapidement couverte.
Nous enregistrons avec satisfaction ce développement d’une industrie scientifique qui a pris naissance au Collège de France, où M. Coste établit comme on le sait le premier aquarium vers 1850.
Les chaleurs extraordinaires à New-York. — On avait cru constater très-souvent que les hivers exceptionnels de ce côté de l’Atlantique correspondent à des hivers chauds en Amérique, et vice versa. On avait même bâti sur ces coïncidences une théorie ingénieuse expliquant ces alternatives, par des déplacements du Gulf-Stream. Mais il n’en est rien, car la température a New-York est aussi exceptionnelle qu’à Londres et à Paris. Les industriels qui gagnent leur vie à récolter la glace sur les grands lacs commencent à se demander s’ils pourront se livrer cette année à leur occupation ordinaire. Pour retrouver des circonstances météorologiques pareilles, il faut remonter à l’année 1825. Les registres de l’état de New-York montrent que jamais les canaux n’ont été ouverts si tardivement.
Le 14 janvier, les marchands de glace ont dû se rassurer, car les probabilités du lendemain étaient ainsi conçues : Pour la Nouvelle-Angleterre, les États du centre, et la région inférieure des lacs, neige avec vent, de frais à variable, et abaissement de température. L’orage qui est central, dans les États du milieu, sera certainement suivi par un temps froid mercredi soir et jeudi. Le lendemain le télégraphe annonçait que de grandes masses de neige se trouvaient accumulées dans Washington et que la circulation y était interrompue.